tempêtes de cerveau


Comme mon papa et ma maman m’ont bien élevée, à la ferme avec le crotin de chèvre et le boudin fait maison et les légumes du jardin, je suis une fille bien et qui essaye de se nourrir correctement. Or, dans mon champ de maïs, on l’aura deviné, la mode n’est pas aux produits bios du terroire produits sur place par le fermier local le jour même. Non, ici c’est maïs transgénique et steak aux hormones ou rien! Donc quand par le plus grand des hazards je trouve enfin quelque chose d’organic (bio, en anglais), je me jette dessus avec la férocité d’une Sosso sur un morceau de fromage!

Cette fois-ci, ce sont des céréales que j’ai trouvées. Même truc que celles que j’aime bien manger le matin: cranberry cereals (avec des canneberges sèches, miam!). Et je dois dire que le label était tentant (cliquer sur l’image pour la voir en grand, ça vaut le détour): moins de calories, beaucoup moins de cochoneries artificielles, des trucs tout simples et naturels, que des bonnes choses, le rêve! Ici, tout a toujours besoin d’avoir des tonnes de trucs dedans, c’est jamais simple et fait avec des produits qui n’ont pas de numéros dedans ou de noms de bestioles transgéniques!

Hélàs, mal m’en a pris, cette fois! Alors que j’aime malheureusement beaucoup les céréales Post, malgré leur artificialité et leur affiliation avec Kraft et donc Philip Morris, les céréales Kashi, pour lesquelles j’étais prête à sacrifier Post, avaient le goût de popcorn avec des cranberries en plastique pas sucré trempés dans du lait. Immangeable! Et au bout de 30 secondes, le popcorn avait la consistence d’une purée de maïs blanchâtre, pour bébé. Ignoble! Oui je sais que le « crunchiness » (le fait d’être croquant pendant longtemps malgré le lait) est artificiel, chez Post. Je sais que je suis simplement habituée à trop de sucre, trop de colorants, trop de sirop de glucose, trop de partially hydrogenated oil, trop de goût rajouté, trop de vitamines artificielles… Oui c’est bien triste. Mais comment est-ce que Kashi peut penser que les gens vont abandonner Kraft pour aller manger leurs trucs qui n’ont ni le goût, ni la couleur, ni la consistence de céréales « normales »? Ce n’est pas étonnant si les gens ont de plus en plus de problèmes de poids, si on ne peut plus manger une pomme toute bête et qu’on ira chercher un semblant de pomme avec du suchrose cancérigène, des couleurs trafiquées, du goût renforcé, et du chocolat par-dessus pour « faire passer »! Où va le monde, si la normalité devient l’artificialité?

A la poubelle, Kashi! Pfff… je me déçois!

J’en peux plus, je suis au bord des nerfs, à bout de patience, prête à exploser!!! Oui je sais, ça fait depuis le 30 mai que j’attends, et 24 heures de plus ne devraient pas faire une grande différence, mais là, franchement, vu l’enjeu, 24 heures d’attente c’est trop!!! Je ne dors plus, je mange non-stop, j’ai envie de frapper mon ordinateur pour que mes emails arrivent plus vite… en bref, je pête un plomb… de plus.

De quoi parlais-je? D’une bourse de recherche. Cette très importante association professionelle offre des bourses de recherche à quelques doctorants chaque année, mais la compétition est sérieuse. Pour des scientifiques, la quantité de dollars offerte serait négligeable, par rapport à ce qu’eux peuvent recevoir, mais pour une linguiste, c’est énorme! Cinq mille dollars! C’est ce que me coûte ma recherche: des milliers de photocopies et de coups de téléphone, $2,000 de traductions, et $1,500 de timbres! Plus des tas d’autres petites bricoles. Et pour le moment, j’ai payé tout ça de ma poche, ou presque (ma carte de crédit, surtout).

Pour avoir une chance de recevoir cette bourse, il fallait écrire un « proposal » d’environ 20 pages, avec des explications sur l’importance du projet, une description de comment ça allait marcher, qui allait participer, quand, comment, où, pourquoi, et ce que ça allait changer dans le monde de la linguistique, et puis un budget détaillé, et des tas de références, et une lettre de ma directrice de thèse, et des tas d’autres trucs aussi. J’y ai bossé vraiment beaucoup. En fait, j’ai écrit le bidule et puis j’ai tout foutu à la poubelle et j’ai recommencé à zéro, même. J’y ai bossé comme une folle pendant mon dernier séjour en France, entre autre, au moment où ma grand’mère mourait et que je voyageais d’un bout à l’autre de la France et que c’était la panique totale. Vraiment, pour de vrai de vrai, je me suis donnée du mal pour écrire ce machin.

Et ça fait depuis le 31 mai que j’attends. Ils ont dit qu’ils donneraient les résultats le 15 octobre, mais le 15, c’était un samedi, donc j’ai eu de l’espoir qu’ils les donnent le 14… et toute la journée j’ai vérifié mes messages chaque minute possible et j’avais du mal à tenir en place au boulot! Je n’arrête pas de me dire que de toutes les manières, il n’y a aucune chance que je la reçoive, cette bourse, parce que j’écris assez mal en anglais et puis mon projet n’était pas tout à fait le genre de projet auquel ils allaient donner priorité cette année… Et cet été, j’ai fait l’erreur de relir ce fameux « proposal » et j’y ai trouvé des tas d’erreurs…

La nuit dernière, je me suis battue contre moi-même pendant des heures, en me disant que si, j’avais une chance, après tout pourquoi pas, non, arrête de rêver, ça marchera jamais, ça serait trop beau, mais si, allez, mon projet n’est pas si nul que ça, faut avoir de l’espoir dans la vie, non, j’ai fait trop d’erreurs, et ce proposal est trop nul… etc. pendant des heures… et finalement j’ai craqué et j’ai relu le bidule. C’est vraiment pas si mal que ça, en fait. C’est vrai qu’il y a quelques erreurs et quelques « loopholes » comme on dit (des trucs vagues et pas très clair et dont j’ai évité de parler parce que je ne savais pas trop quoi dire dessus à l’époque), et puis mes explications se voulaient parfois tellement intelligentes que j’ai moi-même du mal à me comprendre… mais bon, on voit que c’est un projet sérieux, que ce n’est pas du vent, que j’y travaille rapidement et efficacement… Il y a quelques idées intelligentes aussi… Le budget est bien pensé, je trouve…

En fin de compte je n’en sais rien. Je serai dévastée si je ne reçois pas le bidule, ça je sais. Si je le reçois, c’est champagne pour tous! Visiblement, il va falloir que j’attende jusqu’à lundi pour avoir les résultats… et je me sens incapable de faire quoi que ce soit en attendant! Pour la petite histoire, j’ai essayé d’avoir la même bourse l’année dernière, et mon ennemi juré* l’a reçue et pas moi, mais au moins, personne ne savait que j’avais moi aussi fait la demande. Cette année, mon autre ennemie jurée** (j’en n’ai que deux, promis!) a aussi fait une demande… et si elle la reçoit et pas moi ce sera la honte de ma vie et sur les 15 générations prochaines! Et le pire, c’est que ce sera à moi de lui dire félicitations publiquement et devant des centaines de personnes qui savent que j’ai aussi fait la demande! Ohhhh…. je n’oserai plus jamais sortir de chez moi et je démissionerai de mes fonctions de grand chef pour ne pas avoir à faire ça, si c’est le cas…

Ca y est, j’ai pêté un 426ème plomb….

*Ennemi parce qu’il m’a volé mon idée originale, il y a trois ans de ça, et dans le monde de la recherche, ça fait mal, ce genre de truc.

**Ennemie parce qu’elle a trop de succès, c’est pas juste, et puis elle a déjà publié un bouquin alors que j’ai du mal avec mes articles et elle m’a fichu une partie de mon projet en l’air après avoir promis de m’aider si je l’aidais avec son projet à elle, et elle ne m’a pas aidée, mais je l’ai quand même aidée avec son projet…

Attention, ce post contient des informations que certains pourraient ne pas avoir envie de lire… Enfin, si vous avez survécu à ce post-là, vous survivrez bien à celui-ci!

Je me trouve donc devant un dilemme cruel et douloureux, depuis quelques mois. Dans les commentaires du post sus-mentionné, un lecteur for sympatique m’ouvrait les portes d’une vie meilleure, avec des anglais et les douleurs les accompagnant qui ne débarqueraient que toutes les neuf semaines! J’ai donc décidé d’adopter cette nouvelle méthode… après quelques mois sans rien du tout. Voilà les résultats des observations très scientifiques que j’ai pu recueillir ces derniers mois:

1. Vivre sans pilule, c’est vraiment pas pratique parce que je ne sais jamais quand les anglais vont débarquer. Par contre, mes seins ne gonflent pas et ne sont pas du tout douloureux, deux semaines avant le jour fatidique, comme quand je prends la pilule! En plus, quand les anglais débarquent, les douleurs sont quand même bien moindres que d’habitude. Deux avantages fort agréables, surtout quand on a un chat qui trouve ma poitrine très confortable pour y dormir, la nuit!

2. Le deuxième choix, c’est la pilule normale. L’inconvénient, c’est que ces fichus anglais débarquent tous les mois, mais je sais quand, exactement. De plus, mes seins sont très douloureux deux semaines par mois, mais tout redeviens normal après le débarquement en question.

3. La pilule de trois mois, c’est mon troisième choix. Ahhh, que c’est agréable, de passer neuf semaines sans soucis et sans douleurs! Enfin, sans douleurs… il faut croire que mes pauvres seins ne sont pas habitués à ce rythme, parce qu’au bout de deux semaines, comme d’habitude, ils commencent à enfler et devenir douloureux… très douloureux… et le restent pendant les SEPT semaines restantes! Ahhhh!!! Avec une Sosso qui n’a plus le poids d’un chaton et qui marche, court, et saute à coeur joie sur ma pauvre poitrine, sept semaines de douleurs, c’est quand même… douloureux!

Alors je ne sais pas quoi faire. Je ne sais pas si mon corps va s’habituer à vivre neuf semaines sans rien… Je ne sais pas si j’ai le courage de prendre le risque de ne jamais savoir quand la tornade va me tomber dessus, surtout en ce moment où je voyage beaucoup et j’ai des interviews importantes… Y’a des jours où vraiment, j’aime pas trop être une femme!!!

Je ne suis pas sûre de ce que j’ai envie de dire ce soir, ni de comment le dire… mais ça fait longtemps que ça traîne dans ma p’tite tête alors bon, faut que ça sorte d’une façon où d’une autre. Mais je vous préviens, je décline toute responsabilité en cas d’incompréhension et de trucs mal dits, choquants, tristes, bêtes, ou sans queue ni tête! Ceci est un « essai pas littéraire à la façon de James Joyce dans Ulysses mais sans les histoires de sexe. » Sorry. Je vous aurai prévenus!

L’histoire a commencé il y a bientôt 33 ans (aaaahhhhh… bon, c’est pas de mon grand âge que je veux vous parler, passons!). Non, ce que je veux dire, c’est qu’en fait, cet été je me suis disputée avec quelqu’un que j’aime beaucoup, qui m’a souvent fait rire, qui m’a soutenu dans des mauvais moments, et que je pensais être un vrai ami. Mais l’électronique ne facilite pas toujours la communication, quoi qu’on puisse en dire, et les commentaires de blogs et autres emails n’ont fait qu’envenimer les choses et c’est très bête. Bref. Un des sujets de dissidence était les blogs personnels et les autres. Les blogs de cuisine, de technologie, de politiques, et ceux plus personnels, où les auteurs crachent leurs tripes et leur coeurs, parfois en rigolant, parfois en émouvant, parfois en pleurant. Ce que mon ami perdu disait, c’était que ça l’ennervait de lire, sur ces blogs personnels (dont le mien, j’imagine), les petits problèmes de la vie dont pouvaient se plaindre les gens. C’est vrai, quoi, je viens de raconter que mon allergie aux aubergines était une tragédie! Pour quelqu’un qui a de « vrais » problèmes dans la vie, c’est sûr que de lire ce genre d’ânerie n’aide pas. Enfin, j’ai répondu que moi aussi j’avais des problèmes (même des plus sérieux que mes allergies aux aubergines) et que ceux des autres me paraissaient parfois bien insignifiants, mais qu’on connaissait rarement toute l’histoire de ces gens et qu’il était donc difficile de les juger, et que chacun a des forces différentes et peut survivre à des problèmes différents. Si on n’a jamais eu de soucis dans sa vie (si si, ça existe des gens comme ça!!), un truc qui paraît débile à d’autres peut devenir un énorme soucis. Je suis énervée quand ma soeur me dit que son dernier soucis était le retard de l’avion qui devait la conduire aux Iles Vierges… alors que ça fait des mois que je n’ai pas eu de vacances et que je ne suis jamais allée aux Iles Vierges, moi, et que je dois payer mon loyer avec une carte de crédit parce que sinon je n’aurai pas de quoi manger ce mois-ci. Bon. C’est la vie. C’est pas parce que je n’ai pas un sous qu’elle, qui en a, va avoir une vie facile. C’est chiant d’attendre son avion, c’est certain! Et quand ça m’arrive, j’ai vite fait de m’en plaindre à tout le monde! Alors pourquoi pas elle?

J’ai souvent repensé à ces histoires… Et puis j’ai lu des commentaires sur un blog que j’aime bien, celui d’Ardvisura et d’Ulysses (pas celui de James Joyce), qui discutaient de tout ça, aussi… et ça a remis la question sur le tapis donc c’est pour ça que je cause de tout ça ce soir… pis aussi parce que j’ai plein de trucs chiants à faire que j’ai pas envie de faire!

Quand j’étais jeune, j’en voulais au monde entier parce que moi j’avais des probèmes et « pas eux! » Je racontais à qui voulait ma vie horrible et essayais sûrement de faire que tout le monde se sente coupable d’avoir une vie « plus facile » que moi. Bien sûr, je me suis pas fait beaucoup d’amis avec ce genre d’attitude! Et je n’en étais pas plus heureuse! Petit-à-petit, je me suis rendue compte que ce genre d’attitude ne me mênerait à rien et que si j’avais des probèmes qui se voient, les gens autour de moi en avaient aussi, et parfois des bien pires que les miens, même si ça ne se voyait pas toujours (être américain, par exemple, hein, c’est pas une sinécure, huhuh ;) ).

En plus, et je crois que c’est ce qui m’a fait ouvrir les yeux, certaines personnes dans ma chère famille chérie bien-aimée que j’adore ont exactement le même genre d’attitude. Plaignez-moi, regardez comme ma vie est horrible, faites attention à moi, et dites-vous bien que VOUS, vous avez (eu) une vie bien facile comparée à la mienne! MOI, quand j’étais jeune… MOI, quand me me suis mariée… MOI, quand j’ai eu des enfants… Bon, c’est pas de ma famille disfonctionelle que je veux vous parler, passons, et j’espère que les personnes concernées me pardonneront cette petite digression… Mais en fait, j’imagine que ça m’a aidé à ouvrir les yeux, de voir ce genre de chose chez les autres, parce que je me suis dit que je ne voulais pas faire la même chose. Chacun a son fardeau. Ce n’est pas à moi de juger, et je ne veux pas en rajouter en racontant mes problèmes qui vont faire que les gens se sentiront mal parce qu’ils ne pourront rien y faire!

Oui oui, je sais, les amis c’est fait pour ça, c’est bien de s’exprimer, tout ça tout ça. Heureusement qu’il y a les blogs et les psy, pour s’exprimer, hein?! Parce que maintenant, une des choses que je DETESTE le plus, c’est qu’on me dise « j’essaye d’être plus forte, dans la vie, parce que quand je pense à toi, je me dis que mes problèmes ne sont vraiment pas grand’chose! » Bon, c’est trop complexe ce que je voulais dire, je savais que j’allais m’embourber… Je n’essaye pas de dire que ce n’est pas bien de garder une vision de la réalité (c’est vrai que je parle, me vois, j’entends, me marche, j’ai un toit sur la tête et des diplômes dans la poche (ou sur le mur, plutôt), une famille qui m’aime, tout ça, et que ce n’est pas le cas de tout le monde, je le sais!), mais en même temps, de dire qu’il y a des problèmes dont on ne devrait QUE avoir le droit de rire et qui ne sont que du vent comparés à d’autres problèmes, je trouve que c’est bête. On a tous nos petits et nos grands problèmes, et certains en parlent, d’autres pas, certains les montrent, d’autres pas, certains sont forts, d’autres pas, certains y font face, d’autres pas, certains ont le choix, d’autres pas.

Franchement, ce post c’est de la crotte de bique en tube! Je ne sais toujours pas ce que je voulais dire… peut-être que merdàlafin, on a le droit de se plaindre, parce que parfois, ça fait vachement de bien, même si ce n’est que parce qu’on rêvait de glace à la pistache et qu’il n’y en avait plus au magasin… et en même temps que merdàlafin, arrêtons de nous plaindre parce que ça ne sert pas à grand’chose sauf si c’est fait intelligemment (avec modération, psy, etc.)! Huhuhuh… que je suis bête parfois! Je crois que j’écris ce genre de post pour que mes lecteurs puissent se sentir plus intelligents que d’habitude, parce qu’au moins, ils ne sont pas aussi bête que moi ;)

Bon, ma conclusion peu concluante, c’est que je suis sûre que quand j’ai envie de me plaindre de mes « vrais » problèmes, qui, sur l’échelle de Richter, sont quand même entre 4,0 et 4,9, et que je trouve parfois TRES embêtants, il y a plein de gens qui se disent que vraiment, je me plains pour rien du tout et je ne sais pas ce que c’est que les VRAIS problèmes de la vie! Mais ça me donne quand même le droit de me plaindre! Mais que je vais quand même pas me plaindre tout le temps de tout parce que sinon je vais perdre tous mes lecteurs (et mon lecteur de DVDs serait particulièrement regretté ;) ), et puis que de toutes les manières, les psy c’est fait pour ça, et en plus c’est pas drôle de se plaindre tout le temps, mieux vaut rigolassioner de ce dont on peut rigolassioner! CQFD.

Ptain, demain faut que je vous raconte une histoire de sexe, pour faire passer les platitudes de ce soir!

- Vais-je avoir assez de papier « letterhead » (à en-tête?) de Purdue pour écrire toutes mes lettres de candidature étant donné que j’en reçois environ trois feuilles par semaine et qu’il faut que j’envoie environ 50 lettres de candidature ce semestre?

- Etant donné que je peux demander 10 feuilles avec le « watermark » (?) de Purdue par jour, que mon CV fait huit pages, et que mes lettres de candidatures utilisent une page à letterhead et une page watermarked, combien de dossiers de candidature est-ce que je pourrai envoyer ce semestre si j’imprime mon CV sur du papier watermarked?

- Est-ce que les feuilles watermarked vont bien passer dans mon imprimante ou est-ce que je devrais plutôt utiliser les imprimantes à l’école?

- Dans quel sens est-ce que je dois mettre le papier watermarked et à en-tête de Purdue pour que le watermark se lise à l’endroit et que l’en-tête soit en haut et sur le dessus de la page, avec mon imprimante et à l’école?

- Dans quel ordre les pages d’un document à pages multiples vont-elles être imprimées par mon imprimante et par celle de l’école? (ces deux dernières questions sont particulièrement méchantes, parce que les réponses sont différentes pour mon imprimante et celle de l’école!).

- Est-ce que je pourrais imprimer les articles sur des feuilles watermarked ou bien est-ce que c’est du gâchis et je ferais mieux d’utiliser du papier cher mais qu’on peut acheter dans le commerce?

- Qu’est-ce qu’il y a de bien comme papier de qualité qui ne me coûtera pas les yeux de la tête, qui passera bien dans mon imprimante, qui ne sera pas trop lourd à envoyer, et qui donnera quand même une impression de « classe »?

- Quelles enveloppes est-ce que je peux utiliser pour que ça fasse le plus sérieux possible, étant donné que les petites enveloppes sont facilement imprimables avec mon imprimante à la maison, les enveloppes moyennes peuvent utiliser des « labels » (étiquettes que j’imprime moi-même à la maison, ça fais sérieux), mais les grandes enveloppes n’ont pas l’en-tête officiel de Purdue?

- La différence entre un impression « de qualité » et une impression « normale » sur mon imprimante est-elle une question de vitesse d’impression, seulement, ou bien aussi une question de quantité d’encre utilisée par pixel par millimètre?

- Etant donné que mes articles sont longs et que certaines écoles en veulent des copies et que donc je dois utiliser les grandes enveloppes (sans en-tête officiel de Purdue) pour envoyer mes dossiers à ces écoles, est-ce que je ne devrais pas utiliser du papier watermarked pour imprimer les articles et mon CV?

- Si j’imprime mon CV (8 pages) ET mes articles (16 pages au moins) sur le papier watermaked de Purdue et que je ne peux en avoir que 10 feuilles par jour, combien de dossiers de candidature est-ce que je vais pouvoir envoyer ce semestre?

- Qu’est-ce qui est le plus lourd, et donc le plus cher à envoyer? Le papier avec le watermark de Purdue ou bien le papier de qualité et cher du commerce?

- Est-ce que c’est mieux d’imprimer les « graphs » de mes articles en couleur ou bien en noir et blanc? Lequel fera le plus sérieux?

- Etant donné que la secrétaire qui est supposé distribuer les 10 pages de papier watermaked par jour n’en a plus elle-même et que sa commande semble vouloir prendre du temps, sur quoi est-ce que je vais imprimer mes lettres de candidatures dans les jours à venir?

- Est-ce que mes lettres de recommendations, envoyées directement depuis le département, sont photocopiées sur du papier de qualité? Avec le letterhead de Purdue? Le watermark?

- Pourquoi est-ce que tous ces gens, qui vont refuser mes candidatures de boulot, ne peuvent pas lire des lettres et des CV et des articles imprimés du papier pourri et pas cher comme tout le monde???

(le premier qui peut me dire ce que c’est que cette bestiole et ce que signifie ce logo aura toute mon estime!!!)

miss lulu: ah tiens, on est vendredi (samedi), ça serait chouette de faire quelque chose, ce soir…

miss lulu: oui allez, il serait temps que tu bouges ta graisse de temps en temps, tu fais jamais rien!

miss lulu: ben oui je sais, mais je suis bien chez moi, dans mon lit, avec un bon film et sosso sur le bide!

miss lulu: haha, laisse-moi rire! t’as jamais assez de tune pour te louer des films et tu regardes toujours les mêmes vieux trucs!

miss lulu: ouais… mais c’est des bons films quand même! mais bon c’est vrai…

miss lulu: tu sais très bien que j’ai raison! allez, fais quelque chose de toi, sors, vois des gens, va au cinoche, au restau, au concert, au théâtre, merdeàlafin!

miss lulu: oui oui oui… mais il pleut en plus, pis y’a pas de théâtre ou de concert, et l’essence est tellement chère que ça me fait râler de devoir retraverser la ville!

miss lulu: toujours des excuses! allez, fais-toi plaisir de temps en temps, tu as bien bossé cette semaine, tu mérites un petit moment sympa.

miss lulu: ouais c’est vrai! je pourrais aller dans un restau sympa, commander des tas des trucs délicieux, et les manger en corrigeant les copies de mes élèves…

miss lulu: ou tu pourrais lire un livre DROLE et INTERESSANT que TU choisis, pour une fois…

miss lulu: nan, pas le temps, faut vraiment que je corrige ces copies. sinon faut que je numérote tous ces questionnaires, mais là ça serait le boxon sur la table du restau…

miss lulu: pfff… toi alors, t’arrives toujours avec 150 trucs et c’est le fourbi partout et je suis sûre que tous les restaurateurs de la ville te connaissent!

miss lulu: et alors? ça me va très bien, qu’est-ce que tu veux que je fasse d’autre? regarder les autres clients manger? merci bien!

miss lulu: tu pourrais sortir avec quelqu’un, tu sais, ça se fait ce genre de truc, chez les gens normaux, avoir une conversation agréable tout en mangeant, et passer une soirée sympa en bonne compagnie…

miss lulu: mouais… et avec qui je pourrais faire ça, hein?? je veux pas sortir avec des mecs, et d’ailleurs j’en connais aucun de bien et pas déjà marié, et les trois filles que je connais sortent toutes avec leurs mecs à elles, alors!

miss lulu: skeuté chiante parfois! allez, on cause on cause, mais il est déjà presque 9 heures du soir et tout ferme à 10 heures dans ton bled, alors bouge-toi! va au restau avec tes fichues copies et basta!

miss lulu: ouais mais dans quel restau? franchement, outback j’y vais tout le temps et il fait froid, c’est sombre, et j’ai promis de plus manger de viande. heisei c’est trop loin et trop cher. olive garden c’est pas vraiment bien. khana khasana j’y vais déjà tout le temps, bientôt la proprio va me mettre un lit de camp dans la cuisine si ça continue. tous les autres trucs de la ville sont soit des mexicains pas terribles, soit des steakhouses, soit des fastfoods!

miss lulu: …

miss lulu: …

miss lulu: … ouaip, t’as raison, y’a vraiment rien de potable dans ton bled! mais quel trou, aussi! qu’est-ce que t’es venue faire ici ma pauvre??

miss lulu: …

miss lulu: … allez, merdeàlafin, faut que tu te casses d’ici, c’est plus possible, c’est la dèche, y’en a trop marre du champ de maïs, il est temps que tu ailles dans un coin civilisé!

miss lulu: ouais… en attendant, je vais aller finir le reste de glace à la pistache et regarder un vieux film pour la quinzième fois avec sosso sur le bide!

miss lulu: ptain quelle faignasse celle-là! … … bon… … ben alors apporte la glace rhum-raisins, hein, tant que t’y es! allez sosso, raboule!

Parfois, il faut bien l’avouer, je suis vraiment bête. C’est rare, mais ça arrive. Mais aujourd’hui, je me décerne la palme d’or de la bêtise! Bon, puisqu’il faut bien se trouver une excuse, je mets ça sur le compte de mon stress particulièrement stressant ces jours-ci…

Bref… j’avais donc rendez-vous à 10:30 du matin dans une certaine université qui s’appelle North Park University. C’est pas compliqué, hein, surtout que j’avais le plan du campus! Alors pour être sûre, j’ai regardé une carte sur internet et j’ai noté plein de directions dans tous les sens… et puis je suis partie!

D’abord, il faut que je vous dise que Chicago, c’est le bordel intégral! Sérieusement!! D’habitude je prends l’autoroute 90 qui est payante mais supposée être « bien »… et c’est toujours le merdier total. Donc cette fois-ci je me suis dit que ça suffisait de payer des milles et des cents pour des cacahuettes et que j’allais plutôt prendre la 80… qui est en plus mon autoroute favorite au monde parce que si je la conduis toujours tout droit pendant quelques jours, j’arrive en Utah :) L’avantage de la 80, c’est qu’elle est gratuite… mais c’est toujours le merdier total! Des travaux dans tous les sens, des camions en veux-tu en voilà et qui conduisent comme des fous, des embouteillages à n’en plus finir… bref… heureusement que c’était gratuit! Chicago: à éviter!

Donc, premièrement, je n’ai pas du tout suivi les directions parce que je prennais plein de photos alors je ne faisais pas pas vraiment attention à où j’allais… mais c’est tant mieux, parce que grâce à ça j’ai pris des jolies photos! Deuxièmement, les directions que j’avais écrites étaient pour une autre université, l’université de l’Illinois à Chicago… donc ouf que je ne les aie pas suivies… quoi que… et troisièmement, quand après QUATRE heures de route je suis enfin arrivée là où je pensais devoir aller, je me suis rendue compte que ce n’était encore une fois pas la bonne université. C’était NorthWESTERN et non pas North PARK où je devais aller! Mais je suis conne moi ou quoi???

Conclusion de l’affaire, je suis arrivée en retard de 30 minutes à mon rendez-vous, qui, si vous me connaissiez, sauriez que ça ne m’est JAMAIS arrivé d’être autant en retard que ça. Même en général, si je suis moins que 10 minutes en avance, j’ai l’impression d’être en reard! Ptainbordeldemerde! La honte que je me suis prise!!! Heureusement que le monsieur était gentil et que j’ai pu faire ce que j’avais à faire, quand même (pipi, en fait, en premier, parce qu’après quatre heures de stress pendant lesquelles je suis sûre que tout Chicago m’a entendu gueuler I HATE MY LIFE!, les pipirooms étaient plus que bienvenus!!). Finalement, tout est bien qui fini bien… et c’était pareil au retour, j’ai eu du mal à sortir de ma voiture tellement l’envie était pressante… huhuh… bref… (ben oui, je déteste m’arrêter dans les aires de repos sordides, et y’a pas de macdo entre Chicago et Lafayette alors bon, faut attendre…).

Tout ça pour dire que … je suis une vraie patate! Et que les toreaux c’est les Chicago Bulls (équipe de basketball), les Ours c’est les Bears (football américain), les oursons les Cubs (baseball), et les chaussettes blanches c’est les White Socks (encore du baseball), et que toutes ces équipes viennent de Chicago! Et que j’ai plein de photos pour vous (j’obéis à mes lecteurs, moi)!! Cliquez sur celle-ci, et ensuite cliquez sur chaque photo pour la voir en plus grand! Bonne visite :)

Ma copine Karen et moi sommes allées voir un film, aujourd’hui. En ressortant, j’ai dit « et maintenant qu’on est bien déprimées, retournons à notre vie de tous les jours pour nous sentir mieux. » Ma copine Karen a dit « c’est marrant, certaines personnes vont au cinéma pour rire et fuire la dure réalité de la vie de tous les jours. Nous, c’est le contraire. On va voir des films déprimants sur la vraie réalité de la vie, et ensuite, pour s’en échapper, pour se sentir mieux, pour oublier, on retourne dans notre vie de tous les jours tellement plus facile. » Et c’est vrai. Quand bien même on pourrait croire que notre vie est horriblement difficile, quand on y pense, et quand on la compare à la vie de la majorité des gens sur cette planète, notre vie est un vrai film sympa et rigolo qui nous permet d’oublier ce qui se passe dans le reste du monde.

C’est sûr qu’avec ma copine Karen, on ne va pas voir des films toujours rigolos. On a vu The Motorcycle Diaries, sur la vie du Che, et puis The House of Sand and Fog et Crash, sur le racisme, et puis aussi Hotel Rwanda, sur la guerre civile et l’abandon des noirs par les blancs. Aujourd’hui, on est allées voir The Constant Gardner (La constance du jardinier, en français), de Fernando Meirelles, avec Ralph Fiennes, sur des essais illégaux de médicaments sur la population du Kenya. Toujours la même chose: les riches blancs s’en mettent plein les poches. Les pauvres noirs meurent. Le pouvoir corrompt.

J’ai dit à ma copine Karen, en sortant, que des films comme ça, ça n’est pas toujours utile. En fait, les gens qui auraient besoin de voir ce film pour ouvrir les yeux sur la réalité du monde sont ceux qui ne vont pas aller le voir. Et les gens comme moi, qui ne se font aucune illusion sur la corruption, la haine, le fric, et la bêtise de ce monde, sont ceux qui vont aller le voir et souffrir encore plus de ne rien pouvoir faire pour changer le monde. Comme on dit en anglais: it’s preaching to the choir, c’est-à-dire que ça ne fait que convraincre les gens qui sont déjà convaincus. J’ai pensé la même chose en voyant les réactions des gens à Farenheit 9/11. Les gens qui savent que le buisson maudit est un crétin ne pourront qu’être d’accords avec ce que raconte le film. Les gens qui pensent que le buisson maudit est un dieu ne voudront pas voir ou croire le film et ne feront que de le critiquer bêtement.

Comme dit un critique de film sur The Constant Gardner (et j’ai lu exactement la même chose sur American History X, The Motorcycle Diaries, Farenheit 9/11, Hotel Rwanda, et tant d’autres): « [this movie] is a concoction of paranoia-drenched conspiracy theories and white liberal guilt over Africa that purports to sympathize with the plight of impoverished Kenyans, but whose real agenda is the vilification of evil Western corporations and the celebration of Africa-loving white martyrs. » Eh oui, dès qu’il y a des sentiments, dès que les méchants ne sont pas des extra-terrestres, et dès qu’on ose dire que le pouvoir corrompt et que l’homme blanc a peut-être tord, c’est tout de suite de la « propagande libérale » (au sens américain).

Alors je voudrais bien savoir, et s’il-vous-plaît, aidez-moi à comprendre, parce que là je ne pige vraiment pas: les républicains pensent-ils VRAIMENT que c’est bien de s’en mettre plein les poches en s’en fichant de savoir si les autres souffrent de leur succès? Peuvent-ils VRAIMENT être aveugles au point de refuser de voir ce qui se passe autours d’eux? Pensent-ils VRAIMENT que la misère du monde n’existe que par la faute des pauvres et des miséreux? Croient-ils VRAIMENT que leurs actions n’ont aucune conséquence sur la vie des gens autour d’eux? Sont-ils VRAIMENT naïfs au point de croire que les politiciens et les corporations internationales sont sincères et ne veulent que le bien du peuple? Ont-ils VRAIMENT un coeur si dur qu’ils peuvent rester sourds face aux cris de détresse du monde?

Ou bien c’est moi qui suis vraiment conne de laisser mes larmes couler devant un tel film, d’oser croire que ce qu’il raconte n’est pas entièrement faux, et d’avoir l’audace de penser que ce monde n’est pas tout beau tout gentil? Je ne comprends pas.

Certains et certaines auront probablement pensé que ce post n’avait été écrit que dans l’intention de faire remonter des statistiques dignes d’un mois d’août bien trop vide et calme, ou d’attirer les les jeunes hommes… Et puis il y aura ceux qui ont vu le 1 du titre et se seront dit que peut-être, à part les petites culottes, il y avait anguille sous roche. Eh bien anguille sous roche il y avait, en effet!

J’imagine que mes chers lecteurs auront surtout regardé les images… et passé moins de temps à faire une analyse du texte qui les précédait. Pourtant, au détours de ces quelques mots, il y avait beaucoup de choses que j’aurais voulu dire sans y arriver. Beaucoup de sentiments et d’émotions cachés au creux de ces phrases anodines. Mais l’histoire n’était pas facile à raconter… et même aujourd’hui, après plusieurs semaines, je ne sais toujours pas bien mettre les mots sur tout ce que je ressens.

L’histoire remonte à un certain soir de juin. Ce soir-là, je suis allée à mon premier Paris Carnet et j’y ai rencontré Ebb. Avec elle et Racontars, nous avons longuement parlé du système de santé publique du Canada, et Racontars nous expliquait qu’une amie était morte d’un cancer à cause de la lenteur du sysème. Pas la joie. Et imaginez ma surprise quand, le soir-même, nue devant mon ordinateur par une chaleur toujours écrasante à passé minuit et en train de raconter cette soirée sur mon blog, je me suis soudain rendue compte que j’avais quelque chose de rond et dur et pas tout à fait normal à l’intérieur de mon sein gauche!

Si cette nuit-là j’ai surtout réfléchi, au lieu de dormir, les jours suivants n’ont pas été trop difficiles, parce que j’avais pris une décision: si c’est quelque chose de grave, je ne le dirai jamais à personne! Et en même temps, je savais que toute ma vie n’a été qu’un miracle de survie d’un problème après l’autre, donc je savais que ce ne serait pas grave. Mais quand même. Ca faisait mal, en plus, surtout pour moi qui ne dort que sur le ventre! Après quelques jours, j’en ai parlé à mes soeurs, mais elles savaient que c’était un secret.

A mon retour aux Etats Unis une semaine plus tard, je suis allée voir un médecin qui m’a envoyée faire des ultra-sons… cinq semaines plus tard! Et après ça, on se plaint au Canada! Inutile de vous dire que mes mois de juin et juillet n’ont pas toujours été faciles, même si au fond de moi je savais que ça ne pouvait pas être grave. Ce qui est intéressant, c’est que j’ai commencé à avoir des pensées qui m’étaient tout à fait inconnues jusqu’alors. Je me suis dit que je ne voulais pas aller faire ces ultra-sons, que je ne voulais pas qu’on me tripote, me pique, me regarde, me détaille, me trafique, me palpe, me tripatouille, et me fasse mal. Et surtout, pire que ça, je ne voulais pas qu’on puisse atteindre à la beauté de mon petit sein joli!

Oui je sais, c’est con à dire comme ça, mais je les aime bien mes seins, moi. C’est même une des seules choses dont je suis fière, une des seules choses qui ne soit pas mal foutue chez moi, une des seules choses qui n’a jamais eu de problèmes! Et surtout, surtout, c’est ma féminité! Je ne m’habille pas particulièrement joliement, je ne mets pas de maquillage, je porte rarement des chaussures à talons, mes cheveux sont souvent en gros chignon quelconque… mais mes seins sont toujours là, eux, mignons, petits certes, mais une preuve certaine que je suis une femme et que même si je cache bien mon jeu, j’ai parfois envie d’en profiter. Le reste de moi est fort peu intéressant, moche même, parfois, et douloureux ou trivialement négligeable. Le reste de moi s’est aussi fait charcuter un certain nombre (inconnu) de fois, jusqu’à ce que ça devienne normal. Allez-y, coupez, collez, endomagez, tailladez, rafistolez, cousez, trafiquez tout ce que vous voudrez chez moi, mais ne touchez pas à mes nichons! Ne touchez pas à cette femme en moi! Voilà ce que j’ai pensé pendant ces cinq semaines. Je me les garderai intactes jusqu’au bout, mes seins! Je resterai une femme!

Comme je l’avais prévu, ce n’était rien de bien grave. Qu’un simple kyste enflammé qu’il a été intergalactiquement infiniment bigrement douloureux de vider (mais très intéressant à regarder, il faut bien l’avouer). Et qui n’est pas revenu depuis. Mais mes pensées restent les mêmes. Si on m’avait parlé d’une telle histoire il y a quelques mois de ça, j’aurais dit bah, mais c’est rien, c’est pareil de se casser un bras et de se faire aspirer le kyste d’un sein! Mais cet été, j’ai réalisé que non, c’est TRES différent! Un bras est un bras, mais un sein représente quelque chose de plus intime, de plus profond, de mythique, presque. Si un bras fait partie du corps humain en entier, le sein, lui, fait partie de la féminité, de l’identité, du mystère que sont les femmes, des tréfonds de nos sensations secrètes et profondes. Si vous ne me croyez pas, touchez le bras d’une femme… et puis touchez son sein… et vous comprendrez!

Ce fameux post parlait de ce dont on peut orner ses seins, de cette « façon agréable de se sentir jolie, de se sentir une « vraie femme, » de porter des jolies choses, même si personne (ou presque?) d’autre que moi ne peut le voir. » C’est peut-être ridicule, surtout qu’on ne pense pas souvent de cette façon et à ce genre de détails, et puis je n’ai pas les bons mots pour le dire, mais être une femme ce n’est pas qu’une questions d’apparence extérieure, de voix plus aigüe ou de cheveux plus longs. C’est aussi se sentir femme, se savoir femme, et s’affirmer femme, à l’intérieur comme à l’extérieur.

Pendant ma première année dans mon champ de maïs, il y a trois ans de ça, je me suis faite un ami. Plus jeune que moi, sympa, assez intelligent, marrant. Il venait d’un monde complètement différent du mien et j’étais vraiment heureuse de l’écouter me raconter sa vie, ses expériences, et la réalité de la vie d’un étudiant universitaire du midwest: drogues, fraternités, fêtes, copines, tricheries, bêtises, alcool, cours, famille, et toutes ces choses si typiques d’un campus universitaire américain et que je n’ai jamais vécues mais que mes élèves vivent au jour le jour. Moi, je lui racontais mon travail, mes livres, ma recherche, mes voyages, mon ennui.

Pendant quelques mois, nous avons donc beaucoup papoté, assis dehors au soleil, par email, ou en mangeant le sandwiche de midi. Et c’était bien. Pas romantique, hein, mais très sympa. Mais petit à petit, les choses ont changé, tout doucement d’abord, et puis trop rapidement ensuite. Il n’aimait pas le fait que j’étais prof, que je pense que les drogues et l’alcool n’étaient pas la meilleure façon de vivre, que j’avais de l’autorité sur mes élèves, que j’étais plus âgée, et encore plein d’autres choses que je n’ai comprises que bien plus tard. En gros, il a commencé à penser que j’étais une snobinarde bien pensante et moraliste. Il avait sûrement raison, mais sa façon de me le montrer a dérapé d’une façon spectaculaire. Très vite, il a commencé à me sortir « mes quatre vérités, » a me dire que j’étais vraiment trop nulle, trop conne, trop chiante, trop bête, trop « jugemental » comme on dit en anglais… Et puis il m’a envoyé des messages où il me disait que j’étais une horrible amie, une personne détestable, un être humain abominable… Je sais que j’ai ma part de responsabilité dans cette histoire qui est beaucoup plus compliquée que je ne l’écris ici, mais en gros, je me suis retrouvée avec un type qui m’insultait à chaque fois qu’il le pouvait.

C’était bizarre, comme sensation. Au début, je me disais qu’en effet j’étais une fille horrible et une vraiment mauvaise amie, et que si les choses se passaient mal c’est que j’avais dû faire quelque chose de mal. Chaque fois qu’il me sortait quelque chose qui m’enfonçait un peu plus, je me disais que je l’avais sûrement mérité ou bien que mieux vallait avoir un ami comme ça que pas d’ami du tout. Moi qui n’ai jamais compris que des femmes puissent rester dans des relations violentes, moi qui me suis toujours dit « je ne me laisserais jamais faire comme ça, je partirais, je me batterais, je n’accepterais jamais de me faire traiter comme ça! » je me suis réveillée un jour, environ cinq mois plus tard, et je me suis rendue compte que si, je m’étais laissée faire, et sans me battre, en plus. J’avais laissé un type m’insulter jour après jour, me démolir, me traiter de tous les noms, me dire que j’étais moins que rien, et à chaque fois, je lui avais trouvé des excuses, à chaque fois j’avais pensé qu’il devait avoir raison, à chaque fois je m’étais dit que c’était de ma faute.

Je me suis toujours dit que ça devait pourtant être facile de partir, de claquer la porte, de ne plus jamais revoir ceux qui nous font du mal. Mais cette année-là, j’ai appris que c’était facile de juger les autres! La situation était vraiment terrible, et mes amies me disaient sans cesse de laisser tomber, de porter plainte, d’envoyer le mec valser, d’ouvrir les yeux, merde à la fin! Mais non. Et pourtant je me croyais intelligente et forte. Mais non. Il m’a fallu pratiquement six mois pour me rendre compte de ce qui se passait vraiment. Il m’a fallu ensuite un bon moment pour me pardonner d’avoir été aussi aveugle.

Il n’y a pas longtemps de ça, j’ai été témoin d’abus de ce genre. La même chose: pas physique mais verbal. Les coups ne tombaient pas sur le corps mais sur le moral, l’estime de soi, et la dignité, et chaque mot était envoyé pour enfoncer et détruire un peu plus la personne qui les recevait. C’était là, devant mes yeux, et j’étais tellement stupéfaite de ce que j’entendais que je n’ai même pas volé au secours de la personne qui rapetissait devant mes yeux. Je m’en veux terriblement. Et je me fais aussi beaucoup de soucis pour cette personne que j’aime qui s’est faite ainsi démolir sans réagir, peut-être par habitude. On aurait dit moi il y a trois ans.

Je n’ai rien dit, ensuite. Je n’ai pas osé, parce que je me souviens de mes amies me disant sans succès de ne pas me laisser faire, et de mon aveuglement, de mon entêtement à pardonner, à me démolir encore plus moi-même, à trouver des excuses, à avoir peur de la solitude. C’est facile de juger la vie des autres… mais c’est terriblement difficile d’accepter qu’on ne peut rien faire pour arrêter leurs souffrances.

… où j’en ai vraiment marre de devoir me battre toute seule contre cette putain de vie depuis si longtemps!

- quand j’ai tellement mal aux jambes la nuit que je ne peux même pas me lever pour aller prendre un anti-douleur,
- quand je tremble tellement de fièvre que je n’arrive même pas à aller nourrir mes chats,
- quand j’ai une attaque de panique telle que je me demande si je ne vais pas mourir étouffée, là, toute seule,
- quand je me bats contre moi-même jour et nuit parce que j’ai plus envie de vivre mais je sais que je n’ai pas le droit de penser à ça,
- quand je suis trop épuisée pour me faire à manger et que de ne rien manger m’épuise encore plus et que je mange donc encore moins…
- quand je passe des nuits entière sans pouvoir dormir à me demander comment je vais réussir à finir ma thèse, payer mes factures, réussir à ce que mes élèves ne me détestent pas, continuer malgré ma santé pourrite, et graduer dans un an,
- quand je me prépare à faire des demandes d’emploi et que la seule chose qui passe et repasse sans fin dans ma tête c’est « t’y arriveras jamais, arrête de rêver, personne voudra de toi, »
- quand j’ai une chute brutale de tension et que je me retrouve étalée sur le carrelage de la salle-de-bain à vomir tout ce que je peux.

… mais d’un autre côté je me dis que je n’aimerais vraiment pas que quelqu’un me voit dans cet état…

Je déteste parler de politique mais là, j’y crois pas!

Dans ma petite tête à moi, les choses sont comme ça: les Palestiniens étaient heureux, les Israëliens ont débarqué et fichu le merdier. Les Palestiniens sont devenus violents, les Israëliens aussi, c’était la pagaille! Pendant des années. La faute à qui? A tout le monde en fin de compte. Et là, enfin, ENFIN une vraie décision a été prise. Un petit bout pour nous, un petit bout pour vous. C’est pas égal, je sais, c’est pas parfait, et beaucoup d’Israëliens en souffrent et beaucoup de Palestiniens ne sont pas prêts de trouver le bonheur. MAIS, c’est mieux que rien! C’est un pas dans la bonne direction. On ne va pas jeter tous les Israëliens d’Israël ni les Palestinins de Palestine, alors autant apprendre à vivre ensemble (je simplifie je simplifie!).

Mais quand je lis ça, je ne peux que me dire que vraiment, VRAIMENT, il y a des gens trop cons dans ce monde! Merde à la fin, pourquoi ne pas se réjouir de ce qu’on a réussi à gagner et concentrer ses forces à se reconstruire un pays stable et agréable à vivre autant que possible?? Pourquoi TOUJOURS chercher à fliguer les autres? Pourquoi la violence est-elle perçue comme la réponse à tout? Pourquoi la haine rend les gens si aveugles?? Là je suis dégoûtée, parce que je me disais que les deux côtés allaient enfin essayer de s’entendre… A mon triste avis, dans quelques jours, c’est un Israëlien qui va tenir le même discours à propos de la Palestine. Les cons!!!

Un homme masqué s’idendifiant comme Mohammed Deif, le fugitif et artificier numéro un du Hamas, a salué samedi le retrait de Gaza comme une victoire des groupes armés et juré d’éliminer Israël, dans son premier communiqué sur vidéo depuis son entrée dans la clandestinité, il y a plus de dix ans.

Le commandant de l’aile militaire du Hamas a rendu hommage aux centaines de combattants palestiniens morts dans des attaques contre Israël, qu’il promet de poursuivre jusqu’à l’éradication de l’Etat hébreu, et salué le retrait israélien de la Bande de Gaza comme une victoire de la résistance armée palestinienne, dans une cassette transmise à l’Associated Press par le Hamas.

« Aujourd’hui, vous quittez Gaza dans la honte », déclare Mohammed Deif en s’adressant à Israël. « Aujourd’hui vous quittez l’enfer. Mais nous vous promettons que demain c’est la Palestine entière qui sera l’enfer pour vous, si Dieu le veut », ajoute le fugitif le plus recherché par l’Etat hébreu.

« Nous n’aurons pas d’hésitation ou de repos tant que nous n’aurons pas libéré totalement notre terre sacrée », a ajouté le leader en fuite.

Sur Yahoo Actualité, le 27 août 2005.

… Oui oui, je sais, comment puis-je porter un tel jugement sur une situation que je n’ai pas à vivre au jour le jour…

Et si j’étais né en 17 à Leidenstadt
Sur les ruines d’un champ de bataille
Aurais-je été meilleur ou pire que ces gens
Si j’avais été allemand ?

Bercé d’humiliation, de haine et d’ignorance
Nourri de rêves de revanche
Aurais-je été de ces improbables consciences
Larmes au milieu d’un torrent

Si j’avais grandi dans les docklands de Belfast
Soldat d’une foi, d’une caste
Aurais-je eu la force envers et contre les miens
De trahir: tendre une main

Si j’étais née blanche et riche à Johannesburg
Entre le pouvoir et la peur
Aurais-je entendu ces cris portés par le vent
Rien ne sera comme avant

On saura jamais c’qu’on a vraiment dans nos ventres
Caché derrière nos apparences
L’âme d’un brave ou d’un complice ou d’un bourreau?
Ou le pire ou plus beau ?
Serions-nous de ceux qui résistent ou bien les moutons d’un troupeau
S’il fallait plus que des mots ?

Et qu’on nous épargne à toi et moi si possible très longtemps
D’avoir à choisir un camp.

Jean-Jacques Goldman.

Essayez un peu cet exercice: prenez une personne qui vous fait chier plus que tout au monde, qui vous emmerde depuis au moins deux mois, qui vous horripile même plus que le céleri en branche, dont le nom vous fait frémir et vous donne envie d’hurler à la mort, qui vous empêche de faire votre boulot alors qu’une centaine de personnes sont prêtes à vous aider, crayon en main, et n’attendent qu’un mot d’elle, qui vous casse les pieds (et les couilles, si vous en avez) en vous envoyant des emails insultants tous les deux jours, qui vous traite de menteuse derrière votre dos, qui vous demande encore plus de boulot inutile à chaque fois qu’elle ouvre la bouche, qui est encore plus inéfficace que l’administration française à ses pires heures, qui fait TOUT pour vous mettre les bâtons dans les roues, et qui en plus, le fait avec le sourire. Une fois que vous avez trouvé la bonne personne, essayez de répondre à tous ses emails et ses coups de téléphones (que vous payez, bien sûr) sans l’insulter, sans hurler, sans lui dire ce que vous pensez vraiment d’elle et de sa façon de bosser, en disant oui madame quand vous avez envie de répondre vieille conne va te faire voir (ou pire), en faisant des pieds et des mains pour réussir à accomplir toutes les tâches inutiles qu’elle vous demande de faire alors que vous savez très bien que cette histoire a pris tellement de temps que ça ne marchera jamais et que c’est bien trop tard maintenant, tout va tomber à l’eau, en emmerdant 25 personnes parce que vous n’avez pas les bons papiers qui se trouvent dans un bureau fermé pour l’été, la signature du directeur en vacances, le format exact, et le mot requis précisemment, en restant polie au téléphone, et en disant merci et meilleures salutations à la fin de chaque email. Essayez aussi de ne pas prendre votre couteau le plus aiguisé dans votre cuisine et de conduire 250 kilomètres à tombeau ouvert à travers les champs de maïs pour aller égorger cette connasse et épargner à ce pauvre monde d’avoir à cohabiter avec une telle imbécile. Essayez de vous répéter jour après jour, heure après heure, semaine après semaine, qu’il ne faut jamais brûler les ponts derrière soi, qu’il ne faut pas se fâcher avec des gens avec qui on pourrait avoir à travailler un jour, que de réussir à faire un projet deux mois en retard alors que vous devez finir cette putain de thèse en un an vaut mieux que de ne jamais le faire, que d’insulter les gens c’est se mettre à leur niveau et ils ne valent pas la peine qu’on tombe aussi bas, qu’il suffit de respirer profondément et tout ira mieux demain, que peut-être un jour elle va se réveiller et vous aider après tout, que d’avoir un meurtre sur la conscience ça n’a jamais aidé personne à finir un doctorat, que c’est peut-être ça le but du doctorat, apprendre à se laisser marcher dessus et se faire traiter comme de la merde sans broncher, qu’on espère que ce n’est pas que ça, de faire de la recherche, et qu’heureusement il y a des bons médecins pour soigner les ulcers et des bonnes teintures pour couvrir les cheveux blancs. Essayez-voir un peu!

On peut dire que cet été, j’aurai appris la patience et la haine. La haine, surtout.

J’étais amoureuse de Dan. Dave était le meilleur copain de Dan. J’ai voulu suivre Dan mais Dan m’a laissé tomber. Heureusement, j’ai rencontré Dave! A la second où j’ai rencontré Dave, ma vie a changé.

Dave et Dan étaient des petits rigolos. Ils aimaient aller dans les clubs de jazz jusqu’à point d’heure, jouer de la guitare ensemble, draguer les filles, faire les zouaves en classe, ne pas manger de viande, ne jamais faire ce qu’on leur disait de faire, vivre une vie sans règes et sans contraintes, et essayer de changer le monde à leur façon. Ils essayaient de toujours faire les choses ensemble. Et puis un jour, Dan est parti et Dave est resté…

Dave, il était de taille moyenne, fin, naturellement élégant, charmeur, charmant, intelligent, adorable, attentionné, drôle, toujours prêt à m’aider avec mon anglais, beau comme un dieu mais pas genre Brad Pitt, plutôt genre John Cusack, sans trop de poils sur la poitrine comme je l’aime, très doux, et… toutes les filles étaient amoureuses de lui, bien sûr! Mais il n’avait pas trop la grosse tête et il restait fidel à lui-même.

Et un jour de janvier, il est passé me rendre visite dans ma petite chambre à Old Mill. C’était mon anniversaire la veille, et ma copine avait rempli ma chambre de balons qui étaient retombés sur le sol et sur mon lit pendant la nuit, alors il n’y avait vraiment pas beaucoup de place pour deux personnes. Je connaissais Dave depuis un moment, déjà, et j’en étais secrètement amoureuse… Et ce jour-là, assis tous les deux sur la moquette de ma chambre entre 200 balons, on a papoté longtemps, en se rapprochant de plus en plus l’un de l’autre… Il y avait ces moments où on ne parlait pas mais où on se souriait… ces moments où on était juste bien l’un avec l’autre… ces moments où on rigolait, où on parlait de notre vie et de nos rêves… Et à un moment, comme ça, sans que je sache comment, on était en train de s’embrasser. Ah qu’il était doux, cet instant…

Quelques jours plus tard, il est revenu chez moi pour m’apporter un chèque parce qu’il m’avait acheté un truc d’ordinateur. J’ai un peu eu l’impression de me faire payer pour le bon temps qu’on avait eu ensemble… on en a bien rigolé, et puis on a discuté sérieusement et on s’est dit que c’était impossible d’être ensemble pour de bon, qu’on était trop différents, que ça ne marcherait jamais… qu’on n’avait pas les mêmes buts dans la vie et qu’on n’en voulait pas les mêmes choses… que ça avait été génial mais qu’on devait rester copain et garder ces bons souvenirs pour toujours. (Là je dois avouer qu’il y avait une petite différence entre ce que ma tête pensait et mon coeur ressentait, mais bon… fallait être raisonable, je savais que je deviendrais folle si les choses étaient devenues sérieuses, c’était vraiment un amour impossible!).

Dave est revenu plusieurs fois chez moi. Pour faire des photos, pour m’aider avec des trucs en anglais, pour regarder un film… et notre petit manège s’est reproduit un certain nombre de fois. Débuts sages… puis une main qui se retrouve dans une autre sans qu’on sache comment… les deux épaules qui se touchent…. une tête sur une épaule… un petit bisou tendre sur la joue… le film est vraiment ennuyeux tu ne trouves pas? … et oubliées les sages résolutions, viens ici que j’t'embrasse un bon coup, ouh là que c’est bon! Et le lendemain, rencontre chaste et vertueuse dans un petit restaurant bien publique pour se dire que ce n’est pas possible, on est trop différents, ça ne marchera jamais, c’était bon mais c’était la dernière fois, hein!!! Huhuh, qu’est-ce qu’on était fous! Qu’est-ce que c’était bon! Qu’est-ce que je l’adorais, Dave, il était si marrant, mignon, adorable, charmant, exquis, et…heu… pas mal du tout en ce qui concerne le reste… que je ne peux pas décrire ici, hein, ma grand’mère lit mon blog ;) (salut Mamie, t’inquiète pas, c’est quand j’étais jeune et j’en rajoute un peu pour faire la maline, en vrai j’étais pas une telle fripouille que ça, et je suis beaucoup plus sage maintenant! Huhuh…)…

Malheureusement, tout a une fin, sauf le saucisson ET cette histoire qui en ont deux. Dan est revenu et a décidé de se marier. Dave, tout content de retrouver son grand super meilleur copain, a décidé que lui aussi devait se marier, parce que ça serait trop cool d’être deux jeunes couples comme ça et d’avoir une vie rangée et tout et tout… et en quelques semaines, il s’est donc trouvé une jeune femme à marier. Et moi, j’étais bien triste, mais je me suis dit que c’était mieux ainsi, parce qu’effectivement, on ne se serait pas bien entendus, à long terme, parce que je n’aime pas les gens qui doivent faire comme les autres pour se sentir bien dans leur peau ni ceux qui arrivent à 4 heures quand ils ont promis d’arriver à 2 heures. Mais j’étais quand même triste! Et la deuxième fin de l’histoire, c’est que je viens d’apprendre que Dave est en train de divorcer.

Les sentiments qui me traversent, depuis, sont bizarres et bien trop typiques. D’un côté, ma tête se dit que je lui souhaite tout de bon, que j’aurais pû le prédire, que certaines choses ne changent jamais, que ce n’est vraiment pas le genre de personne avec qui j’aimerais vivre, qu’il va probablement se lancer dans le même genre d’histoire avec quelqu’un d’autre, que tout est toujours impossible entre nous… En même temps, dans mon p’tit coeur de patate, je me prête à rêver et me dire que peut-être qu’il pensera à moi un peu plus sérieusement cette fois, que je devrais peut-être l’appeler, que j’aimerais bien savoir comment il va, que je pourrais simplement prétendre vouloir avoir de ses nouvelles, et que mon Dieu qu’est-ce que j’aimerais l’avoir là, assis par terre dans ma chambre tout près de moi, en train de me raconter des histoires rocambolesques… tout en se rapprochant de moi, très doucement, imperceptiblement, jusqu’à avoir sa bouche contre la mienne…

PS. Mon père m’a dit que je ne devrais pas avoir peur de dire ce que je pense sur mon blog, alors voilà un petit texte que j’avais écrit cette nuit et effacé parce qu’il me semblait trop moraliste… mais bon, il explique ce que je pense et pourquoi je n’ai pas fait de grand reportage sur le 4 juillet cette année.

Dans le passé, j’ai écrit plusieurs posts sur ma vie aux Etats Unis, dans mon petit champ de maïs, sur les gens qui m’entourent, la politique américaine, les événements, mes pensées, les fêtes de Halloween ou de la Saint valentin, et les choses que je voyais autour de moi. Plusieurs fois, j’ai fait des petits reportages sur la vie américaine telle que je la vis, avec ses bons et ses mauvais côtés, et souvent, je me suis un peu moquée de mon champ de maïs et de ses habitants ou j’ai osé le critiquer, parfois gentillement, parfois méchamment, et souvent en faisant des généralisations dignes du buisson maudit.

Et presque tous mes lecteurs ont beaucoup aimé mes petits reportages, ont bien rigolé avec moi, ont été horrifiés avec moi, et se sont bien moqués de mon champ de maïs, des gens, et de la politique. Beaucoup en ont même rajouté.

Dans le passé, j’ai aussi écrit quelques posts sur la France, sur la vie là-bas telle que je la comprends à travers ma famille qui y vit, mes visites, et mes amis bloggeurs français, sur la politique, les gens, Paris, la bouffe, ce que j’aime, et ce que j’aime moins de ce pays. Je me suis parfois un peu moquée des français, j’ai été parfois fâchée contre certains d’entre eux, j’ai parfois critiqué leur vision du monde ou leur façon de vivre et de penser.

Et malheureusement, certains de mes lecteurs me sont tombés dessus pour avoir osé critiquer les français, m’être moquée de la France, avoir fait des généralisations, avoir pu dire que tout n’était pas rose en France. Pas tous mes lecteurs. Mais certains. Certains n’ont rien dit mais n’en pensaient pas moins.

L’année dernière, à la même époque exactement, j’ai fait tout un petit reportage moqueur sur les décorations du 4 juillet, jour de fête nationale aux Etats Unis. Cette année, j’ai commencé à me ballader dans les rues de Lafayette pour prendre des nouvelles photos des décorations du 4 juillet pour les mettre sur ce blog et encore une fois me faire un record de visites. … … Et puis je me suis dit que non, cette fois-ci, je n’allais pas laisser mes lecteurs me donner la permission de me moquer encore une fois de mon champ de maïs et de faire des généralisations grosses comme des maisons (de taille américaine) sur ce pays. Pourquoi me donnerait-on le droit de critiquer les Etats Unis et pas la France? Pourquoi ai-je le droit de dire du mal des autres mais pas de nous? Pourquoi m’autorise-t-on à incendier la paille dans l’oeil des américains mais pas à hacher menue la poutre dans nos yeux à nous autres, français?

Oui, les américains sont attrocement patriotiques, fous, aveugles, cons, débiles, obèses, superficiels, crétins, égoïstes, violents, nombrilistes, racistes, bigots, hypocrites, bornés, prétentieux, arrogants, vulgaires. Mais pas tous. Et ce ne sont pas les seuls! Alors cette fois-ci, je ne donnerai à personne, ni même moi, la satisfaction de pouvoir dire du mal du pays dans lequel j’habite depuis presque 10 ans, dont j’adore certains de ses habitants, dans lequel je suis respectée (au moins jusqu’à ce que je dise que je suis française, hein!), et où je vis confortablement. Cette année, donc, pas de super reportage de drapeaux (de toutes les façons, un drapeau en ressemble à un autre, allez voir ceux de l’année dernière si vous voulez) et je souhaiterai seulement un joyeux 4 juillet à tous ceux qui le veulent… et j’en profite pour souhaiter un joyeux 14 juillet à tous ceux qui le veulent aussi. Voilà!

miss lulu n’a que quelques certitudes, dans la vie:

- le ruisseau ne retourne jamais à sa source,
- plus on en sait et moins on en sait,
- refuser de changer c’est accepter de mourir,
- tout a une fin, sauf le saucisson qui en a deux.

Le reste n’est pas aussi clairement noir ou blanc. En fait, le reste est tout gris.

miss lulu n’aime pas ce monde capitaliste et consommateur, mais elle sait qu’elle n’ira pas vivre dans une grotte, d’amour et d’eau fraîche. Elle aimerait bien trouver un emploi stable qui lui offre la sécurité, mais elle se rend bien compte que ce n’est pas toujours mauvais de devoir se remettre en question et toujours chercher à devenir meilleure pour ne jamais s’endormir sur ses lauriers.

miss lulu n’aime pas que des immigrés mexicains illégaux viennent voler le boulot des pauvres Américains, mais elle n’ignore pas que pas un seul Américain ne voudrait faire le boulot qu’ils font. Elle sait que ces travailleurs sont exploités et maltraités, mais elle aime que ceux qui ont besoin de travail en trouvent.

miss lulu trouve génial que les gens se battent pour leurs droits, mais elle n’oublie pas que la bataille ne doit jamais être égoïste et faire du mal à autrui. Elle voudrait croire que sa vision du monde est la meilleure, mais elle se rend bien compte qu’il ne faut jamais oublier que le reste du monde vivra très bien avec une vision entièrement différente qu’elle.

miss lulu a peur de ne pas comprendre les gens qui sont différents d’elle, mais elle adore sa copine Karen d’Inde, sa copine Hae-Jin de Corée, son copain Xiaoye de Chine, et son copain Jarkko de Finlande. Elle voudrait effacer le racisme sur cette planète, mais elle sait que le petit paysan du Larzac aurait tort de ne pas être raciste.

miss lulu est horrifiée par la recherche des cellules souches, mais elle voudrait pouvoir sauver des vies et refaire marcher Christopher Reeve. Elle voudrait bien que l’avortement ne soit pas si mal vu, mais elle sait qu’il y a des abus et que certaines personnes ne pensent pas assez aux conséquences de leurs actes.

miss lulu a peur du nucléaire, des OGM, et des nouvelles inventions qui sortent tous les jours, mais elle aime bien sa voiture, son four micro-onde, les voyages en avion d’un bout à l’autre du monde, et ses anti-douleurs. Elle trouve que le monde va trop vite, mais en même temps elle est frustrée par la lenteur de certaines choses qu’il faudrait urgemment changer.

Et encore, le reste n’est pas aussi clairement noir ou blanc.

Pour cause de canicule, levez-vous très tôt le matin, à environ 5 heures si possible, ou même plus tôt, vos chats n’en seront que plus ravies d’être nourries plus tôt que d’habitude. Ouvrez ensuite toutes les fenêtres si ce n’est pas déjà fait, et entrouvrez-même la porte d’entrée pour faire un petit courant-d’air, en faisant bien attention que les chats n’en profitent pas pour fuguer! Sur le feu, faites cuire quelques pommes-de-terre. Pendant qu’elles cuisent, préparez une vinaigrette digne de ce nom et coupez quelques échalottes en rondelles. Quand il ne reste que quelques minutes de cuisson, allez vite voir si quelqu’un a mis des commentaires sur votre dernier post de blog, et profitez-en pour lire deux ou trois blogs de copains et laisser des commentaires crétins ici et là. Quand vous avez enfin fini, allez arrêter les pommes-de-terre, passez-les sous l’eau froide, épluchez-les, et coupez-les en rondelles dans un saladier. Rendez-vous vite compte que c’était pas malin d’aller sur les blogs des copains et que les patates (mais non, pas les copains) sont beaucoup beaucoup trop cuites (les carrottes aussi, s’il y en avait eu!) pour faire une salade! Soupirez un grand coup et dites-vous que décidemment, vous être vraiment trop nulle! Refilez des croquettes aux chats, comme ça y’en aura au moins deux qui feront pas la gueule dans la maison!

Comme vous vous retrouvez avec plein de patates trop cuites sous la main, dites-vous que rien n’est jamais perdu à l’homme ni sa femme et que vous allez vous faire une purée d’enfer! Ecrasez-moi tout ça d’un bon coup de fourchette et allez allumer le ventilateur parce que là, il commence déjà à faire chaud! Rajoutez un peu de sel, de poivre, de crème, et plein d’autres trucs que vous mettez normalement dans la purée (et si vous ne faites jamais de purée, soyez créatif, que diable!). Goûtez-là, rajoutez un peu de sel, re-goûtez-la, rajoutez un peu de crème… jusqu’à ce que tout soit parfait! Rendez-vous ensuite compte que la raison pour laquelle vous ne faites jamais de purée, c’est parce que vous n’aimez pas vraiment ça, en fait. La purée, c’est pâteux, visqueux, fade, bouratif, lourd, compacte, et inintéressant au possible. Soupirez encore un grand coup, dites-vous que décidemment, vous être vraiment, vraiment trop nulle. Pensez avec nostalgie à la délicieuse salade de pommes-de-terre que vous aviez l’intention de vous faire ce matin! Donnez une cuillère de purée (délicieuse, d’ailleurs) à vos chats, ils vous adoreront!

Comme vous savez que les petits chinois n’ont rien à se mettre sous la dent et que votre mère vous tuerait si elle savait que vous gâchiez comme ça la nourriture, et comme il faut quand même bien que vous vous fassiez quelque chose à manger pour midi, réflechissez vite et bien, mais pas trop quand même parce que là, il fait vraiment chaud! Enlevez votre chemise, vous serez plus à l’aise pour réflechir, et ouvrez la porte d’entrée en grand pour faire un super courant-d’air. Allez aussi mettre l’air conditionné en marche tant que vous y êtes parce que merde, la pollution et tout ça, mais faut quand même pas charrier, vous les y veriez, vous, les gens, à faire à bouffer comme ça à six heures du matin alors qu’il fait déjà 36 degrés à l’ombre de la hotte de la cuisinière! Commencez à fouiller dans tous vos livres de recettes avec désespoir et abandonnez l’idée du gratin de pommes-de-terre, du boeuf-carrottes, du lapin aux olives, de la salade niçoise, et du tiramisu. Pas assez de purée dans ces recettes, vous n’irez pas loin.

Bénissez le ciel quand vous trouvez enfin le petit livre de recettes suisses qui ne parle que de pommes-de-terre et qui propose de faire des croquettes aux courgettes avec la purée! Idée de génie! Et vous pensiez avoir acheté ce bouquin pour rien! Trouvez alors une vieille courgette moisite dans votre frigidaire, rappez-là délicatement avec une rape à röstis, faites cuire (pitié, sur la plaque du fond, pas juste sous votre nez, ou c’est vous qui allez cuire!) la courgette pendant 2 minutes avec un peu d’huile et une gousse d’ail pressée, et mélangez le tout à la purée. Rajoutez deux jaunes d’oeufs (ou des oeufs entiers, on s’en fiche), un peu de muscade, de curry, de poivre, d’annette fraîche (ou pas), de farine, et un peu de n’importe quoi qui vous tombe sous la main. Faites chauffer (aaaaggghhhhh) une poêle à frire avec un peu d’huile, et faites frire le mélange que vous aurez façonné en petites croquettes mignonnes (mais nan, pas celles pour les chats!) pendant 5-6 minutes de chaque côté. Quand vos croquettes sont dorées, que vous sentez délicieusement l’ail et l’huile jusqu’à la racine de vos cheveux, et que vous êtes prêts à plonger toute nute dans un fjord arctic après en avoir cassé la glace de vos propres mains, arrêtez le massacre et allez prendre un douche.

A midi, faites-vous inviter par un copain dans un restau chinois et mangez plein de choses que vous n’aimez pas du tout. Le soir, sortez les croquettes du frigidaire où vous les avez lâchement abandonnées toute la journée et mangez-les avec une petite salade. Elles seront délicieuses! Vos chats aussi adoreront! Et promettez-vous que demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit le champ de maïs, vous allez vous faire une salade de pommes-de-terre d’enfer! Celle avec les échalottes et la petite vinaigrette divine que vous avez déjà préparées ce matin, ça vous fera moins de travail. Et que cette fois, vous ne cuirez les pommes-de-terre que 7 minutes! Promis!

Quand on a eu les Jeux Olympiques à Salt Lake City, j’habitait à une heure de là, c’était cool. Pendant deux ans avant les jeux, toute la vallée de Salt Lake était en travaux, les hôtels, les magasins, les autoroutes, les routes, les immeubles, le tram, l’aéroport, les ponts… Tout, quoi. Tout le temps! Heureusement que Salt Lake est une relativement petite ville (comparée à Paris, that is), et donc les bouchons n’étaient pas insurmontables… mais quand même, ça a été la galère pendant au moins deux ans! Et puis tout a augmenté, le prix de la bouffe et de tout dans les magasins, mais aussi le coût de l’immobilier, de l’essence, des hôtels, et tout ça. Pas chouette! Mais bon, on se disait que ça serait chouette d’avoir les VRAIS JEUX chez nous, qu’on y irait, qu’on verrait plein de stars, qu’on deviendrait des vedettes pendant deux semaines…

Quelques jours avant l’ouverture des JO, on a eu une pré-ouverture pour les « locaux. » Dans mon école, après avoir vu la flamme olympique passer juste devant notre nez, on a décidé d’y emmener nos élèves avec plein de profs. C’était à Salt Lake, donc il fallait louer deux bus, conduire (sur les nouvelles autoroutes, génial!) jusqu’à la moitié du trajet, se garer dans un grand parking, et prendre le tram qui nous conduirait jusqu’au centre de Salt Lake. Ensuite il fallait un peu marcher dans le centre ville pour atteindre l’immense centre des congrès de Salt Lake. Comme je sortais d’une grosse opération pis que je me fatiguais très vite, et qu’en plus on allait y passer l’après-midi et qu’il y aurait beaucoup, beaucoup, beaucoup de monde, une de mes collègues à piqué le fauteuil roulant de sa mère et on a décidé que j’allais faire la « pré-ouverture » en fauteuil roulant. J’aime pas ça du tout, hein, mais faut dire que là, c’était absolument génial comme idée!

D’abord, on a eu droit à une place de parking handicapés pour aller prendre le tram gratuit, donc on a pas dû chercher une place pendant 20 minutes et se tapper les 500 mètres de parking comme tout le monde. Ensuite, bien sûr, le tram était super équipé donc ça n’a pas été un problème d’y monter et le voyage s’est super bien passé. Dans Salt Lake, tout est prévu pour les handicapés donc on n’a eu aucune difficulté à se balader un peu avant d’aller dans le centre des congrès, boire une limonade, grailler un p’tit sandwich dans un restau sympa où les toilettes étaient propres et très accessibles pour les chaises roulantes, et trainer dans un centre commercial en attendant le début de la soirée. Et dans le centre des congrès, bien sûr, il y avait des tonnes de portes et de sections et d’étages, mais à chaque section et à chaque étage, il y avait bien sûr des sièges réservés aux chaises roulantes, des ascenseurs réservés, et partout, des gens serviables et prêts à aider avec le sourire.

La soirée à été géniale! D’abord, dans les couloirs du centre des congrès, il y avaient plein de gens du monde entier qui exposaient des tas de choses, chantaient, dansaient, jouaient d’instruments bizarres, nous apprenaient plein de mots étranges, portaient des habits exotiques, nous offraient à manger des plats mystérieux, nous parlaient d’endroits lointains… Et puis tout le monde (moi inclue) portait ces petits pins avec marqué dessus « Je parle français » ou « Ich spreche Deutsch » ou « Hablo Espanol » ou « I speak English » (moi j’avais ces quatre-là, mais mes élèves en avaient dans plein d’autres langues!) dans toutes les langues du monde! Bien sûr, ce n’était pas la vraie ouverture, mais quand même, c’était très impressionant, et les 40’000 spectateurs de la soirée ont passé des moments très chouettes, avec plein d’artistes du monde entier, de la musique internationale, des couleurs, des danses, et tout ce qu’il faut pour faire un spectacle grandiose… et pour pas très cher, surtout qu’on était en groupe et avec une école et avec des jeunes et avec des locaux! Je pense que ça a finalement dû me revenir à $10 ou $15!

C’est au retour que la chaise roulante s’est avérée être la plus utile! Bien sûr, à la sortie du spectacte il y avait BEAUCOUP de monde et les rues et les trams gratuits étaient bondés! Il y avait des trams qui partaient toutes les 5-10 minutes, mais même, les gens devaient attendre environ 30-40 minutes en faisant la queue avant de pouvoir avoir la chance de s’entasser comme des sardines dans un wagon (plusieurs wagons avaient d’ailleurs été emprûntés à d’autres lignes de tram du pays. C’était marrant de voir les wagons défiler avec marqué dessus Atlanta, Denver, ou Seattle, ou des noms de villes exotiques, comme ça (je me souviens plus exactement de quelles villes il s’agissait, hein)). Bref, quand mes amis et moi on est arrivés près du tram et on s’est mis dans la file d’attente, on a été tout de suite repérés par quelqu’un qui travaillait pour la compagnie du tram et qui nous a conduit dans le tram suivant, en passant DEVANT TOUT LE MONDE! Et PERSONNE n’a rien dit, ralé, protesté, RIEN! On n’a pas attendu plus de deux minutes! Et bien sûr, il y avait des places réservées dans le tram, et les gens se sont levés pour nous laisser de la place, et c’était super pratique et sympa.

On a pas mal voyagé, passé tout l’après-midi à se balader dans Salt Lake, faire les restaurants et les magasins, essayer des fringues, acheter des bouquins. On a passé une soirée dans un grand centre où il y avait pratiquement cinquante mille personnes. Et tout ce temps-là, on n’a pas eu une seule difficulté avec la chaise roulante, pas un moment d’hésitation avant de faire quelque chose, pas un endroit où il était impossible ou trop difficile d’aller, pas un regard de travers, pas une remarque désobligeante! Tout était facile, accessible, pratique, fait pour faciliter les choses, propre, et les gens étaient serviables, souriants, aimables, et toujours prêts à aider, même avec les petits détails (tenir une porte, porter un plateau repas, trouver un bouquin que je cherchais…). Est-ce que ça se serait passé comme ça à Paris? Jamais! Je n’aurais même pas osé sortir de chez moi!

Tout ça pour dire que j’espère que les JO de 2012 ne seront pas à Paris! D’abord, ça casserait les pieds de ma famille qui y habite, et ensuite, j’aurais trop honte d’être française et j’en ai trop marre d’essayer de défendre notre réputation. Je suis sûre que la moitié de la France, dont la RATP, la SCNF, Air France, les camionneurs, les vignerons, les employés des musées, les restaurateurs, et les hôteliers, serait en grève avant, après, et pendant les jeux. Ensuite, la circulation serait un vrai enfer pour tous, encore bien pire que maintenant et pendant des années! Et les transports en commun étant ce qu’ils sont (essayez de prendre le métro si vous avez plus de 60 ans, portez des valises ou des enfants, êtes en fauteuil roulant, ou ne marchez pas très bien, et vous comprendrez de quoi je parle), je n’arrive même pas à concevoir comment les gens se déplaceraient. Sans parler de la pollution, du coût de la vie, des toilettes inaccessibles et dégueues, des restaurants où les zones non-fumeurs ne sont pas respectées, des stars que vous ne rencontrerez pas, des foules d’étrangers perdus dans Paris et que personne n’aide, (et c’est pas la jeunesse française qui parle anglais, croyez-moi!)… et j’en passe! A mon avis, il y a anguille sous roche: les Américains vont pousser le Comité Olympique à donner les jeux à Paris pour que la France s’enfonce encore un peu plus et ne soit plus seulement un objet de haine (Irak) et de ridicule (29 mai), mais aussi un object de railleries inépuisables, de moqueries méchantes, et de plaisanteries douteuses pour les Américains et le reste du monde! Alors moi, je dis NON AUX JEUX OLYMPIQUES DE 2012 A PARIS!
NoOoOoN!

Pour ne pas perdre espoir dans ce monde de fous, il suffit de se dire que tout va et tout vient, comme la pendule au salon, qui dit oui, qui dit non… Tout est cyclique. On donne aux femmes le droit d’avorter, le droit de voter, le droit de travailler, le droit… et puis on reprend tout… mais ça reviendra. On parle de liberté, de feminisme, d’individualisme, d’égoïsme… et puis ça va trop loin alors la pendule repart dans l’autre sens… et on ira trop loin dans l’autre sens avant que les gens se réveillent à nouveau: pas le droit d’avorter, pas le droit à la pilule, pas le droit d’adopter sans être mariés, pas le droit de se marier avec qui on aime, par le droit…

Le monde a peur. Peur de donner trop de libertés, peur d’avoir du coeur, peur de refléchir, peur d’un Dieu inventé par les hommes, peur de ne plus avoir assez de jeunes pour payer notre retraite, peur de perdre le contrôle… alors qu’en fait ce contrôle n’est qu’illusion. Un bon tsunami là-dessus et on arrête de se dire qu’on contrôle quoi que ce soit. Dans le film Million Dollar Baby, on parlait d’un sujet tellement tabou que malgré le fait que je n’aimais pas particulièrement les acteurs, j’ai été très impressionée par le culot de Clint Eastwood de faire un film pareil. Enfin quelqu’un qui parle de ce dont on a vraiment peur. Enfin un film qui parle de droits, d’humanité, et de liberté. Tout ce qui fait peur. Le droit de prendre des décisions sans paraître égoïste, fou, coupable, ou dépressif, le doit de garder sa dignité, et le droit de ne pas penser qu’on va finir en enfer.

Dans l’avion, l’autre jour, j’ai lu un petit article qui parlait du droit de ne pas toujours être positif, et qui m’a beaucoup plu. Moi, je ne suis pas positive en général: je m’attends toujours au pire, comme ça si le pire arrive, je suis prête, et si il n’arrive pas, je suis super heureuse. Mieux vaut ça que le contraire, je trouve. En même temps, cette attitude me permet d’avoir super confiance dans la vie et les gens autour de moi. Un peu contradictoire, hein? Ben pas du tout! Je me dis que tout peut arriver n’importe quand, en traversant la rue, en avion, dans mon lit, au travail… et avec n’importe qui aussi, mon voisin qui deviendrait fou, mes élèves qui me poursuivraient en justice, mes profs qui me démoliraieent, mes amis qui se moqueraient de moi… Alors pourquoi avoir peur de situations inconnues et des gens inconnus? Ils ne peuvent pas me faire plus de mal que les gens connus dans les situations habituelles. Donc je n’ai pas peur. Jamais.

Si ce genre d’attitude est, je trouve, remarquable (et je m’admire, si si), ça me donne aussi une façon un peu « crue » et directe de voir la vie, qui choque beaucoup de gens. Je n’ai pas peur de la mort, par exemple. Je veux avoir le droit de mourir quand je veux, et je ne veux pas avoir peur d’en parler. Il y a bien assez de monde sur cette planète et ce n’est pas ma mort qui changera le cours de l’histoire. Je n’ai pas peur de parler d’avortement, non plus, ni du droit de ne pas avoir envie d’avoir des enfants. Pourquoi en créer encore quelques uns de plus qui ne trouveront probablement pas de boulot, seront malheureux, encore plus cons que nous, et qui devront se battre bec et griffes pour se faire une petite place dans la cabine de bronzage?

Bref tout ça n’est qu’une question de liberté individuelle qu’on n’a pas encore, et qu’on nous retire même parfois. Je suis d’accord qu’on m’interdise de fumer en public ou qu’on m’empêche de rouler si j’ai trop d’alcool dans le sang, parce que ça pourrait tuer Monsieur Quidam. Mais je ne suis pas d’accord qu’on me force à vivre une vie que je ne veux pas vivre, à faire des enfants que je n’aimerai pas, à devoir être riche pour avoir des droits, à n’avoir pas le droit d’aimer qui je veux aimer, à me sentir coupable de mes choix, et à ne pas pouvoir choisir d’être heureuse à ma façon! Je veux faire ce que je veux de mon corps à moi toute seule, et de ma vie à moi toute seule, et c’est pas un homme, un politicien, une loi, un prêtre, ou qui que ce soit, qui me forcera à faire le contraire.

Qu’il fait bon rêver, le soir, au fond des champs de maïs…

J’ai passé une fin de semaine géniale et je remercie du fond du coeur Moonliza et Samantdi et tous ceux (en particulier le mari de Moonliza, Flo, Baptiste, Coloc, et Nini) qui m’ont offert un week-end de rêve! J’ai 200 tonnes de souvenirs à raconter et de photos géniales… mais là, ma famille est en train de se demander si ils vont aller à un enterrement, interner ma tante qui déprime beaucoup trop, ou aller à un baptême, le week-end qui vient. Ma soeur du Michigan est en train de penser qu’elle va venir passer trois jours en France mais ne sait pas si elle choisira le camp du baptême ou de l’enterrement… Mon frangin ne veut plus venir parce que tout ça le rend fou… on ne sait pas ce que devient jojo qui est à Berlin et qui ne sait rien de tout ça… et moi je n’arriverai pas à être à deux endroits à la fois et faire un baptême avec la grand’mère du bébé en hôpital psychiatrique et mes parents à l’enterrement de ma grand’mère (l’arrière grand’mère du bébé), ça me paraît un peu éprouvant! En plus ça voudrait dire que je ne verrai pas mes parents cette année ni pour encore un ou deux ans!

Bref!

Bref… les souvenirs vont encore rester dans ma tête et mes yeux pour quelques jours pendant que je passe mes journées au téléphone avec le monde entier pour savoir si la famille va s’effondrer dans les deux jours qui viennent ou sera en mesure de survivre encore à peu près une semaine ou deux… Heureusement que Moonliza et Samantdi m’ont mis plein de soleil dans les yeux, ça aide à garder un peu le sourire face à tout ça, les 200 emails non lus ce week-ends, et pas de nouvelles de mes chatounnes!

Enfin…

Comme il faut que je me défoule, pardonnez-moi de dire ceci, mais les américains sont HEUREUX que les européens n’arrivent pas à s’unir, comme ça ils ne pourront jamais être une vraie menace politique et économique pour les Etats Unis! Hah! Moi je fais une demande de carte verte dès mon retour… si j’arrive à partir, avec une famille dans cet état… et si Le Pen ne fait pas un coup d’Etat, renverse le gouvernement et ferme les frontières!

Réveil à 6 heures du mat’, je peux plus dormir. Est-ce que je dois prendre un manteau? Où va-t-on dormir dimanche? Est-ce que mes pieds ne vont pas trop enfler dans le train? Combien d’argent devrais-je prendre avec moi? Est-ce que je vais les reconnaître? Est-ce que trois jours ça ne sera pas trop court? Est-ce que je serai à la hauteur? Est-ce que je n’aurai pas l’air trop bête? Est-ce qu’on va bien s’entendre?

Pas de grande réunion à Paris cette fois (à part Paris Carnet où j’espère bien voir tous mes amis parisiens alors allez vous y inscrire!). Non, c’est moi qui me déplace au lieu du contraire, et qui vais rencontrer deux charmantes bloggeuses pour la première fois: Moonliza et Samantdi. Ce n’est pas ma première (ni ma dernière, j’espère!) rencontre, et je n’ai pas PEUR, mais c’est toujours un petit serrement au creux de l’estomac, ces rencontres, surtout que cette fois ce n’est pas une petite fête de quelques heures mais tout un week-end.

J’ai fait pire, c’est sûr, et je ne l’ai jamais regretté! En 1992, je suis allée pour la première fois de ma vie au Canada pour y rencontrer mon « correspondant » de cinq ans, Jaimes. C’était avant les blogs, avant internet (ohh, que je suis vieille!). On ne s’était jamais rencontrés mais on pensait que l’on s’entendrait bien… et on est tombés raides amoureux dès le premier regard, dans cet aéroport de Mirabelle dont je me souviendrai toujours. Ca aurait pû être un désastre et j’aurais passé quelques semaines douloureuses. Heureusement que ma tante était venue avec moi au début, et m’aurait certainement aidée si les choses avaient mal tourné. On s’est aimés pendant deux ans et ça a été ma première vraie histoire d’amour.

En 1999, je crois, j’ai fait pire. Cette fois, internet existait et j’y avais rencontré « john » qui habitait en Finlande. Là, j’ai conduit depuis la Suisse jusqu’en Finlande, en passant par plein de pays superbes, pour aller voir « john » et sa copine. Lui et moi on était déjà amoureux mais bien sûr ce n’était pas possible. Mais en Finlande, j’ai rencontré un Viking dont je me souviendrai toujours, quelqu’un plein de sensibilité et de joie de vivre, l’ami que je m’étais imaginé pendant nos nuits passées à causer sur internet. C’était risqué. Mais je ne le regretterai jamais.

Et puis j’ai rencontré d’autres gens. Des gens dont je n’étais pas amoureuse mais que j’imaginais être des personnes exceptionelles, sympatiques, généreuses, drôles, intéressantes, et à qui je pensais pouvoir faire confiance. Je n’ai jamais été déçue! Je n’ai jamais rien regretté, jamais pensé « plus jamais! » et jamais été blessée. Je me dis toujours qu’il doit y avoir des fous, sur internet, des gens bizarres, des gens qui profitent des autres, des gens qui mentent. Mais ceux-là, je ne les ai jamais rencontrés. Je ne sais pas pourquoi. Ma bonne étoile m’a bien protégée et je n’ai jamais eu peur. J’ai fait des rencontres extraordinaires que je n’oublierai jamais. Et je veux continuer.

… mais ça n’empêche pas ce petit serrement d’estomac d’excitation de se faire sentir à chaque fois, cette impression que toutes mes cellules sont en alerte, que mon coeur bat un peu plus vite, que le trajet est un peu trop long, et que l’aventure frappe à la porte! Moonliza et Samantdi m’offrent un rêve, cette fois-ci! Sud de la France, attention, j’arrive!

PS. Candy Froggie, si tu lis ceci: je n’arrive pas à laisser de message sur ton blog et je ne sais pas si tu as reçu mon email. J’ai perdu ton numéro de tel et je veux absolument te voir avant de partir!! Please send me your phone number :)

la mère:
- a toujours son pied dans le plâtre,
- déprime comme d’habitude,
- nous casse toujours autant les pieds!

la tante:
- nous fait une dépression nerveuse,
- trouve sa nouvelle maison pas bien du tout,
- ne sait plus quoi faire de sa mère mourrante,
- a du mal à réaliser qu’elle est grand’mère,
- n’organise plus le baptême,
- n’est même pas sûre d’y aller!

la mère du filleul:
- est débordée,
- est stressée,
- m’achète mon billet de train,
- veut que je fasse un discours pendant le baptême!

la grand’mère:
- s’est à peu près remis la hanche,
- ne va pas bien du tout moralement,
- est en train de se laisser mourir!

miss lulu:
- ses anglais n’ont toujours pas débarqués,
- ses pieds ne désenflent pas,
- ses nausées vont mieux,
- son jet-lag est bientôt parti,
- trouve que les pains aux raisins se laissent manger,
- n’a toujours pas défait sa valise,
- n’a toujours pas fait son sac de voyage pour demain,
- se demande comment tout ce beau monde va survivre,
- continue de bosser sur son papier qui avance!

Là je trouve la vie trop injuste! C’est vrai, quoi, je prends la pilule pendant CINQ ans, pour RIEN, presque, hein, parce que je suis la fille la plus anti-sociale qui existe dans ce monde de fous et qu’en plus ça sert à rien parce que bon il y aurait d’autres moyens pour se protéger si jamais il m’arrivait de vouloir faire crac-crac, et là, paf, un mois avant de partir en France, plus de pilule! Bon d’accord, c’était pas très malin de me la procurer en contrebande depuis la France et donc de ne pas pouvoir en acheter ici sans aller voir un de ces tortureurs de bonne-femmes pour me la faire préscrire. Mais la vie était belle, réglée comme un coucou suisse, sans problème, sans soucis. Je savais même « oublier » de prendre la dernière petite pilule rose de la petite plaquette pour éviter que les anglais ne débarquent un jour d’examen ou de voyage, et c’était super pratique de savoir exactement QUAND ils allaient débarquer! Parce que mine de rien, c’est vraiment chiant comme histoire! Je suis d’accord que les mecs doivent se raser tous les jours mais ça ne les retient pas au lit pendant deux jours par mois avec des douleurs attroces et tous les autres inconvénients que je ne décrirai pas ici pour ne pas choquer mon audience même que j’espère que ma grand’mère ne lit pas ce post parce que la pauvre ne s’en remettrait jamais de voir que sa petite-fille écrit publiquement de telles horreurs sur sa vie privée!

Bref, la vie c’est pas juste! Je me suis dit ben tant mieux, j’ai plus de pilule, c’est pas grave, je vais essayer un mois sans pour voir si j’ai plus mal ou moins mal, de toutes les manières c’est pas comme si j’en avais besoin pour ne pas tomber enceinte, hein, pis en plus il paraît que c’est mauvais pour la santé ces machins! Et comme je retourne en France bientôt (là était ma bourde, je n’ai pas regardé le calendrier!!), je pourrai en racheter là-bas une fois que j’y serai si je pense que j’en ai vraiment besoin… PAS DE SOUCIS! HAH!! QUELLE CONNE je suis parfois!! Parce que si le coup du coucou suisse ça marche impec avec la petite tablette avec les petites pilules roses, CA NE MARCHE PAS DU TOUT SANS RIEN! Mère nature est mal fichue, en tous les cas chez moi, et là, ça fait quatre jours, QUATRE JOURS, que j’attends… j’attends… et ces foutus anglais ne débarquent pas… et je me casse de mon champ de maïs dans quelques heures et je serai DANS LES AVIONS ET LES AEROPORTS PENDANT DES HEURES (plus de 12, pour être précise), et JE SAIS QUE CES FICHUS ANGLAIS CHOISIRONT DE DEBARQUER A LA SECONDE OU MOI J’EMBARQUERAI! Et là, attention la crise, même si je suis shootée de tous les anti-douleurs les plus forts, même si je suis prête psychologiquement pour affronter la bataille, et même avec toute la meilleure volonté du monde (ce qui ne sera certainement pas le cas), CA SERA LA GALERE! JE SUIS TROP CONNE!!!!

Conclusion de l’affaire: je vais POUR SUR rapporter 250 petites plaquettes de petites pilules roses de France, et je continuerai à me shooter avec cette chimie (comme dirait ma mère) jusqu’à la fin des temps pour que ce genre d’aventure dont je saurais PARFAITEMENT bien me passer ne m’arrive plus JAMAIS! Hah, c’est bien beau de dire que c’est pas bon pour la santé de la prendre pendant trop longtemps, la pilule, mais essayez voir de vivre avec ce genre d’épé de Damoclès constamment au-dessus de la tête et qui peut vous tomber dessus N’IMPORTE QUAND et SURTOUT aux pires moments et vous rendre la vie INFERNALE et sans espoir de retour! C’est pas juste!

Sur ce, je vous laisse, je dois aller m’épiler les sourcils et me raser les jambes… et j’ai un avion à prendre. Grrrmmpppfff!!

A part ça, qu’est-ce que je mets dans ma valise?

Je n’ai pas le temps de réfléchir, c’est l’angoisse totale! On est dimanche et mon avion part dans 30 heures… et je suis dépassée par les événements! Panique à babord, panique à tribord, panique dans l’écoute de trinquette, panique dans les haubans, panique dans les champs de maïs…

Alors, cher lecteur et chère lectrice, voilà l’occasion de faire ta BA de la journée: aide miss lulu à faire sa valise en lui racontant quel temps il fait à Valenciennes, à Lille, à Paris, à Montpellier, à Toulouse, à Millau, et en lui rappelant les choses qu’elle doit absolument emporter!

En attendant, je viens de casser mon miroir: 2 ans de malheur, hein, seulement, parce qu’il était déjà 1/3 cassé et qu’il en reste encore 1/3 entier… C’est de la bonne qualité, quand même, il doit bien avoir 9 ans au moins et je continue à m’en servir! Je dirais qu’il peut encore tenir deux ans!

PS. Ca y est, ça a été vérifié scientifiquement, mes chatounnes sont les dignes chatounnes de leur mère adoptive: Sosso adore le white chocolate-raspberry cheesecake, et Calinette adore la glace rhum-raisin!

PPS. Petit cours de culture, grace à Monsieur Le Piou qui s’est fait faire une plaque d’immatriculation personalisée. C’est trés chouette comme idée je trouve, parce que les frais sont plus élevés pour ces plaques et l’argent va à diverses organisations et en plus on s’amuse avec les mots pour pouvoir en mettre le plus possible sur une toute petite plaque. En Indiana, il y des tonnes de plaques différentes, plus que partout ailleurs, je crois: pour les vieux, ceux qui aiment faire la cuisine, les arts, l’éducation, la nature, la lutte contre le cancer, les pompiers, les survivants de Pearl Harbor, la food bank, la « mental health, » la police, les clubs de jeunes, et même Lewis and Clark, comme on peut le voir ici (il suffit de cliquer sur chaque lien pour voir les plaques, c’est très sympa)… et il y a aussi plein plein plein de plaques de chaque université. Autre fait culturel: on appelle la plupart des universités ici par leurs initiales, par exemple UCLA c’est University of California at Los Angeles, ou bien BYU c’est Brigham Young University, U of M c’est University of Michigan, IU c’est Indiana University, etc. (on peut voir ces initiales en cliquant sur les plaques d’immatriculations de colleges et universités d’Indiana sur la page que j’ai donnée au-dessus. Allez voir, ça vaut le coup d’oeil). Ce qui est drôle, par contre, c’est qu’on appelle pas Purdue University « PU » parce que « piyou » ça veut dire « beurk ça pue! » en anglais. D’ailleurs, le logo de presque chaque université utilise ses initiales mais Purdue n’utilise que le P. Voilà, c’était le quart d’heure culturel de miss lulu en directe de son champ de maïs. A vous les studios!

Je viens de voir deux films qui parlent de race, de couleurs, de cultures, de haine, de traditions, de differences, d’amour, de changements, de pleurs, de rires: Crash et Bend it like Beckham. Deux films tellement différents et pourtant similaires sur le fond: la vision qu’on a des autres.

Je dois avouer que de voir ces films me fait me sentir très mal à l’aise… beaucoup trop blanche, en fin de compte. Et puis beaucoup trop ignorante, impuissante, et arrogante, aussi, avec mes discours prétentieux sur l’amour de ton prochain et des différences, l’importance de la diversité, la valeur de cultures différentes… blah blah blah, je peux tenir ce discours tout simplement parce que je suis blanche. Bon d’accord je suis une femme et pas blonde, mais je suis blanche, de bonne famille, hétérosexuelle, éduquée, riche, et en fin de compte je n’ai jamais dû me battre pour rien, pas pour survivre, pas pour aider ma famille à subsister, pas pour avoir le droit d’aller à l’école ou de ne pas travailler 10 heures par jour dans une fabrique de Nike, pas pour la liberté, la parole, le droit d’avoir un bon boulot, … rien. Tout ça m’est tombé tout rôti dans le bec et j’ose encore parler de tolérence, de différences, d’acceptance, de largeur d’esprit, de non-violence, d’indulgence, d’harmonie, de fraternité, de compassion, de compréhension, d’humanité!

Crash n’est certainement pas le plus joyeux des films que j’ai vus dans ma vie mais c’est une jolie parabole, une fable sur la vie. Une des critiques que j’ai lues disait que le plus gros problème de ce film est qu’il ne parle que de conflits raciaux. Hah, ben je crois que c’était en fait le BUT du film, banane! Ce qui m’a le plus frappé dans ce film, à part les deux acteurs principaux qui étaient minables (Sandra Bullock et Brandon Fraser, mais Don Cheadle, qui joue dans Hotel Rwanda (encore un film joyeux) est pas mal), c’est qu’on voit que ces conflits ne sont pas seulement entre les blancs et les noirs, comme on le pense si souvent. Ca m’a fait penser aux blagues belges que racontent les suisses, et aux blagues suisses que racontent les français. On rigole toujours de ce qui est différent de nous, et tant qu’on rigole, ça passe… Ca m’a aussi rappelé un post de Parisian Smile qui racontait combien les Algériens n’aimaient pas les Marocains et les Marocains n’aimaient pas les Tunisiens et les Tunisiens n’aimaient pas… et ça continue comme ça pendant longtemps. Personne n’aime ceux qui sont différents. On a beau dire, on a peur. Peur qu’ils deviennent plus puissants que nous, peur qu’ils soient plus intelligents, peur qu’ils nous prennent ce qu’on a, peur de se faire fiche une baffe. Le directeur du Homeland Security, ici, a un jour dit qu’ils s’en fichaient des immigrés Mexicains qui entraient illégalement aux Etats Unis pour cueuillir des fraises en Californie ou nettoyer les toilettes des stars d’Hollywood. Par contre, ils faisaient très attention aux gens qui entraient aux Etats Unis pour faire des études, pour travailler et gagner plus que l’Américain moyen, pour avoir des meilleures notes que l’élève universitaire moyen. C’était EUX le danger.

Bend it like Beckham c’est l’histoire charmante d’une jeune Indienne qui vit à Londres et veut faire du foot. Elle doit se battre contre les traditions de sa famille et de sa culture et les préjugés de ces Indiens contre les anglais. Mes élèves étrangers m’ont un jour raconté qu’en Inde, plus on est « clair » de peau et plus on est respecté. Plus on est « sombre, » plus on est rien. Il y a donc un « racisme » terrible qui existe entre les Indiens du sud et ceux du nord. Et je ne parle pas des suisses allemands! Pareil pour les noirs. Sauf ici, ou plus on est grand plus on est respecté parce que les chances de pouvoir faire du basketball et donc de se faire offrir une éducation universitaire croissent proportionellement à la taille. Dans mon cours de droit, on a étudié les problèmes de ces jeunes noirs, recrutés pour leurs talents sportifs par des universités de haut niveau et qui en sortent sans presque savoir lire et écrire parce qu’on ne leur a jamais demandé d’aller en classe. Tout ce qu’on voulait d’eux c’est qu’ils rapportent de l’argent à l’université. C’est pas du racisme puisqu’on leur offre une éducation gratuite et une vie de star! Mes élèves m’ont aussi raconté la vie terrible des chinois immigrés depuis des générations en Malaisie ou en Indonésie, et qui sont devenus tellement plus riches et puissants que les Indonésiens qu’ils emploient les Indonésiens pour faire leur ménage et la cuisine! Bien sûr, il est strictement interdit de parler chinois, d’apprendre le chinois, de fêter les fêtes chinoises, de vendre des produits chinois, ou de mettre des chinois à la tête du gouvernement. Par contre il est fortement recommendé de brûler les maisons des chinois, de violer les chinoises, et d’injurier les chinois qui ont le malheur de s’aventurer dehors. Qui a tort? Who cares?

Et alors? Alors rien. Je continue avec mes discours de snobe blanche, supérieure, et intellectuelle. Je n’ai qu’une envie c’est d’aller me cacher dans le plus misérable des coins du TIbet et de disparaître à jamais pour essayer d’oublier combien je me sens coupable, non seulement coupable pour ce que je représente mais aussi coupable pour ce que je ne fais pas. Je ne fais rien pour ce monde de fous. J’offre $50 à Medecins sans frontières pour le tsunami et puis j’oublie. Je ne comprends pas mieux mes élèves quand ils me racontent leurs traditions. Je j’arrive pas à ne pas me sentir supérieure quand « j’aide » mes élèves noirs. Je n’arrive pas à savoir quoi faire quand je suis entourée d’étrangers. Je les adore, mes élèves internationaux, mais c’est parce que je suis leur prof, j’ai quelque chose à leur apprendre, je suis celle qui peut les aider. Je n’ai rien à apprendre, je n’ai pas à sortir de ma vie pour comprendre la leur. Et de toutes les manières, j’aurai toujours raison: les blancs ont la vraie démocracie, la paix, le commerce, la liberté, l’anglais, le père Noël, la sécurité, la puissance, l’art, la sagesse, la raison, l’argent, l’éducation, l’autorité, la discipline, l’ordre, la constitution (hum hum), la loi, la justice.

Souvent j’ai honte de ma chance. Mais ça veut rien dire…

Ca y est, c’est officiel, c’est 98% sûr, c’est certain: je dois finir mon doctorat dans un an! UN AN! Les gens normaux finissent leurs doctorats en au moins cinq ans, en général, ou même plus… mais non, moi je vais essayer de tout faire en quatre ans. Hah! Je vais essayer, hein, parce que c’est pas encore gagné, mais ma directrice de thèse pense que c’est possible. Elle veut se débarasser de moi en fait, je suis sûre!

Tout cela signifie quelque chose de très important: I AM ON THE JOB MARKET! En français: je cherche un boulot :) Je déteste l’expression anglaise, ça me fait penser au meat market, le marché à viande… huhuh… une belle entrecôte ma p’tite dame? Et en plus, on dit qu’on a des qualités « marketable, » mais je sais pas le mot en français, ça veut dire vendable, en gros. Par exemple si j’ai étudié le génie méchanique, je suis plus « marketable » que si j’ai étudié la linguistique! Mais si je parle plus d’une langue étrangère, je suis plus « marketable » que si je ne parle qu’une seule langue.

Etre « on the job market » ça veut dire que je dois commencer dès maintenant à chercher du boulot pour l’automne 2006! Ben oui, en « academia » c’est comme ça, les « job openings » sont publiés entre août et octobre, et ensuite, on reçoit les réponses vers février ou mars, et là soit c’est non, soit c’est une invitation à aller visiter le campus (l’université où on veut bosser) pour faire une présentation et se faire interviewer par 25 personnes dont les étudiants qui seront nos élèves. Ensuite, quelques semaines après la visite, on reçoit soit un non, soit un oui! Et là on est super content! Mais tout ce cirque signifique qu’entre février et mars, on voyage beaucoup et parfois sans avoir eu le temps de tout planifier, parce des écoles peuvent vous dire non mais vous rappeler à la dernière minute (avril-août) pour vous offrir le job après tout parce que leur candidat préféré à finalement accepté l’offre d’une autre école. Les écoles qui vous invitent à une campus visite payent pour le billet d’avion et une nuit d’hôtel, mais c’est super crevant, parce qu’il faut tout savoir sur les gens qui vous invitent, l’école, les programmes, et être prêt à faire une présentation et être interviewé non-stop pendant toute une journée!

Enfin… moi j’ai jamais vraiment fait ça sauf une fois où je suis allée visiter une école pendant une semaine et c’était assez cool, mais là c’est différent! Donc ça va pas être facile de mener la barque de la recherche d’emploi tout en faisant ma recherche, en écrivant 300 pages de thèse, et en enseignant deux classes différentes et que je n’ai jamais encore enseignées! Toute personne cherchant une directrice d’école de langues sera gentille de me le dire. En fait, je ne veux pas aller en France… je chercherai plutôt au Canada ou en Suède ou un truc comme ça… mais bon, si jamais quelqu’un a des tuyaux…

Le copain avec moi, sur la photo, c’est Xiaoye, un super copain chinois, grâce à qui j’ai reçu quelques prix et réussi à finir d’écrire un gros article! Si j’avais voulu sortir avec quelqu’un, ici, c’est avec lui que j’aurais voulu sortir. Sauf qu’il veut rester aux Etats Unis et pas moi. Il vient de finir son doctorat, il y a quelques jours, et il a trouvé un boulot super chouette et ultra bien payé à Penn State qui est une école géniale! Alors voilà, peut-être que dans un an, ça sera moi, sur la photo, qui serai habillée en noir (gown) et bleu avec le petit chapeau (mortar board). Knock on wood, comme on dit…

miss lulu essaye de téléphoner aux 40 et quelques écoles auxquelles elle a envoyé un email samedi ou dimanche dernier:

Secrétaire école numéro 1: Allo ici l’école Machin Bidule, how can I help you?
miss lulu: Bonjour, je voudrais parler à Madame Bidule s’il-vous-plaît.
S.: Une minute, je vous connecte.
ml: Merci beaucoup!
Madame Bidule: Oui bonjour, ici Madame Bidule, how can I help you?
ml: Bonjour Madame. Je m’appelle miss lulu et je vous ai écrit un message il y a environ une semaine à propos d’un project de recherche auquel j’aimerais que votre école participe. Est-ce que vous avez reçu ce message?
MB: Oui oui, je crois que ça va marcher. Il vous faut remplir tels et tels papiers et envoyer les documents X, Y, et Y, mais si tout ça se passe bien, vous pouvez utiliser nos élèves et nos profs pour votre recherche.
ml: Oh merci, je vais m’occuper de tout ça, alors, et je vous recontacte dès que tout est en ordre. Merci encore et à bientôt!

Ouééééééé trop géniale, la madame, trop cool, mon projet de recherche, ça va marcher, je vais y arriver un jour!!

Ecole numéro 2: Allo ici l’école Machin Truc, how can I help you?
miss lulu: Bonjour, je voudrais parler à Monsieur Truc s’il-vous-plaît.
Monsieur Truc: Oui bonjour, ici Monsieur Truc, how can I help you?
ml: Bonjour Monsieur. Je m’appelle miss lulu et je vous ai écrit un message il y a environ une semaine à propos d’un project de recherche auquel j’aimerais que votre école participe. Est-ce que vous avez reçu ce message?
MT: Non. Quel message?
ml: Heu… ben…
MT: C’est peut-être parce que la secrétaire est en congé maternité et donc n’ouvre plus ses messages. Renvoyez-moi l’email en question et recontactez-moi dans quelques jours.
ml: D’accord, je vous renvoie tout ça tout de suite, merci Monsieur, et à bientôt!

Ahhh ggggrrrr….. bon allez, tout n’est pas perdu…. ne perdons pas espoir.

Secrétaire école numéro 18: Allo ici l’école Machin Autchoze, how can I help you?
miss lulu: Bonjour, je voudrais parler à Madame Autchoze s’il-vous-plaît.
S.: Une minute, je vous la passe.
ml: Merci.
Madame Autchoze: Oui bonjour, ici Madame Autchoze, how can I help you?
ml: Bonjour Madame. Je m’appelle miss lulu et je vous ai écrit un message il y a environ une semaine à propos d’un project de recherche auquel j’aimerais que votre école participe. Est-ce que vous avez reçu ce message?
MA: Oui, mais non, merci, ça ne nous intéresse pas du tout, au revoir!
ml: ???!!!! …. Bien, au revoir alors.

Bouuuuhouuuuhhh c’est l’horreur, je vais jamais y arriver, mais qu’est-ce qu’ils ont tous à être aussi méchants avec moi??? Ca suffit, j’abandonne ma recherche et je fais autre chose de plus facile!

Secrétaire écoles numéro 5, 15, 17, 21, 28, 31, 37, etc.: Allo ici l’école Bidule Chose, how can I help you?
miss lulu: Bonjour, je voudrais parler à Madame Chose s’il-vous-plaît.
S.: Elle n’est pas là, elle est en conférence/meeting/classe/voyage/année sabbatique/etc.
ml: Bon, d’accord, je rappelerai plus tard alors, merci.

Ils fichent quoi les gens?? Sont jamais au boulot, c’est fou ça! Chouette boulot quand même, directeur d’école de langues, on a jamais besoin d’être au bureau, visiblement!

Secrétaire école numéro 3: Allo ici l’école Machin Chose, how can I help you?
miss lulu: Bonjour, je voudrais parler à Monsieur Chose s’il-vous-plaît.
S.: Une minute, je vous connecte.
ml: Merci beaucoup!
Monsieur Chose: Oui bonjour, ici Monsieur Chose, how can I help you?
ml: Bonjour Monsieur. Je m’appelle miss lulu et je vous ai écrit un message il y a environ une semaine à propos d’un project de recherche auquel j’aimerais que votre école participe. Est-ce que vous avez reçu ce message?
MC: Ah oui, et bien figurez-vous que j’étais en train d’en parler avec mon assistante! Nous trouvons votre recherche très intéressante et nous aimerions beaucoup vous aider, donc nous allons contacter les gens de l’université pour remplir tous les papiers dont vous aurez besoin et quand tout est prêt, nous vous téléphonerons. Est-ce que ça vous va?
ml: !!?? Heu… très bien oui, merci beaucoup, donc j’attendrai de vos nouvelles la semaine prochaine et je n’ai rien d’autre à faire, c’est ça?
MC: C’est exact, nous nous occupons de tout. A propos, que voulez-vous faire quand vous aurez fini votre doctorat?
ml: Heu… avoir un job comme le votre…
MC: Et bien envoyez-moi donc votre CV et je verrai ce que je peux faire.
ml: !!!????!!! Bien Monsieur, je fais ça tout de suite. Merci pour tout et à bientôt, donc!

Ouééééééééééé trop génial!!!! Super sympa le mec!!!!!!! Top de chez top ma recherche!!!! Ahhh la vie est belle!!!!

Secrétaire écoles numéro 4, 8, 9, 13, 4, 13, 22, 24, 35, 8, 9, 4, 22, etc.: Ici le répondeur de l’école Chose Bidule, nous ne sommes pas là pour le moment, veuillez rappeler plus tard!
ml: Bon… d’ac alors!

Ggrrrrr…. ça coûte cher quand même le téléphone! Pis ils s’en fichent tous de moi ou ils font exprès de m’ignorer, ça se voit, c’est certain! J’ai plus qu’à me jeter sous un train!

Secrétaire école numéro 7: Allo ici l’école Machin Chosemachin, how can I help you?
miss lulu: Bonjour, je voudrais parler à Madame Chosemachin s’il-vous-plaît.
S.: Une minute, je vous la passe.
ml: Merci.
Madame Chosemachin: Oui bonjour, ici Madame Chosemachin, how can I help you?
ml: Bonjour Madame. Je m’appelle miss lulu et je vous ai écrit un message il y a environ une semaine à propos d’un project de recherche auquel j’aimerais que votre école participe. Est-ce que vous avez reçu ce message?
MC: Ahh oui, je m’en souviens, mais je ne m’en souviens plus, est-ce que vous pourriez me rappeler les détails de votre recherche?
ml: Bien sûr. Alors c’est pas compliqué, il suffit que vos élèves fassent ci et vos profs ça.
MC: Ahhh oui… bien, je ne sais pas encore quoi vous répondre mais je vais demander à nos profs si ça les intéresse. Rappelez-moi la semaine prochaine.
ml: Bien, merci Madame, à bientôt alors.

Ah là là, ça marchera jamais, vu comme c’est partit, elle ose pas me dire non, c’est terrible, ma recherche est inutile et elle ne veut pas me blesser en me le disant, je vais abandonner le doctorat, c’est tout, et me mettre à bosser chez macdo, y’a plus d’espoir!

Secrétaire école numéro 32: Allo ici l’école Machin Bidouillet, how can I help you?
miss lulu: Bonjour, je voudrais parler à Monsieur Bidouillet s’il-vous-plaît.
S.: Une minute, je vous la passe.
ml: Merci.
Monsieur Bidouillet: Oui bonjour, ici Monsieur Bidouillet, how can I help you?
ml: Bonjour Monsieur. Je m’appelle miss lulu et je vous ai écrit un message il y a environ une semaine à propos d’un project de recherche auquel j’aimerais que votre école participe. Est-ce que vous avez reçu ce message?
MB: Non, mais expliquez-moi ce que vous voudriez faire avec nous.
ml: Alors c’est pas compliqué, il faut que vous fassiez ci, vos profs ça, et vos élèves cela.
MB: Ah c’est très intéressant, en effet! Je suis d’accord de vous aider mais il faut d’abord que j’en parle avec mes collègues. Mais normalement, ça devrait bien marcher!
ml: Chouette, merci. Je vais me renseigner de mon côté pour la paperasse et je vous recontacte dans quelques jours, ça marche?
MB: Parfait, à bientôt alors!

Ouf, une de plus! C’est pas sûr mais visiblement il y a quand même des gens prêts à aider et fort sympatiques! Ca ira, je continue, il me suffit d’en avoir trois ou quatre autres comme ça et ma recherche marchera impec! Allez, on continue, et avec le sourire!

Secrétaire école numéro 32: Allo ici l’école Machin Trucmuche, how can I help you?
miss lulu: Bonjour, je voudrais parler à Monsieur Trucmuche s’il-vous-plaît.
S.: Une minute, je vous la passe.
ml: Merci.
Monsieur Trucmuche: Oui bonjour, ici Monsieur Trucmuche, how can I help you?
ml: Bonjour Monsieur. Je m’appelle miss lulu et je vous ai écrit un message il y a environ une semaine à propos d’un project de recherche auquel j’aimerais que votre école participe. Est-ce que vous avez reçu ce message?
MT: Oui, j’allais d’ailleurs vous répondre par email. Je voudrais beaucoup vous aider mais la paperasse de l’école pour avoir la permission de faire de la recherche ici est impossible à remplir, il faut s’y prendre des mois à l’avance, et je n’ai pas le temps de vous aider avec tout ça, désolée!
ml: Oh… c’est bien dommage, merci quand même.

Ah merde! Ils exagèrent avec leur paperasse, merde à la fin, c’est quoi ces conneries? J’y ai déjà passé des heures à Purdue pour faire approuver ma recherche et il faut refaire tout le truc partout ailleurs??? C’est n’importe quoi leur système, ça marchera jamais, j’aurai jamais le temps et l’énergie pour refaire autant de paperasserie, j’y arriverai jamais! Pfff… mon project va être nul, mon doctorat minable, et personne ne sera intéressé par ce que j’ai fait, j’arriverai jamais à publier quoi que ce soit… Quelle galère!!

Secrétaire école numéro 26: Allo ici l’école Tructruc, how can I help you?
miss lulu: Bonjour, je voudrais parler à Madame Tructruc s’il-vous-plaît.
S.: Une minute, je vous la passe.
ml: Merci.
Madame Tructruc: Oui bonjour, ici Madame Tructruc, how can I help you?
ml: Bonjour Madame. Je m’appelle miss lulu et je vous ai écrit un message il y a environ une semaine à propos d’un project de recherche auquel j’aimerais que votre école participe. Est-ce que vous avez reçu ce message?
MT: Oui je l’ai bien reçu.
ml: … Et alors je voulais aussi savoir si vous seriez d’accord de participer…
MT: Ben… moi je serais bien d’accord, mais vous devez savoir qu’on a aucun prof comme ça alors je pense pas que ça va marcher pour vous…
ml: Oh mais si, pas de problème, ça marchera quand même très bien!
MT: …. Et… on est aussi une toute petite école, alors je sais pas si ça vous sera vraiment utile…
ml: Oh mais si bien sûr, je veux que le plus possible d’écoles participent, même si c’est avec peu de participants dans chaque école!
MT: Ahh… bon… mais avec les dates, on est un peu différent des autres écoles, ici, alors je pense que ça sera trop compliqué pour vous…
lm: Pas du tout, pensez-vous! C’est parfait, tout ira bien!
MT: Bon, si vous le dites, alors d’accord.
ml: Très bien, je m’occupe de la paperasserie et je vous rappelle dans quelques jours!

Ahahhh, bien vu, miss lulu, quelle négociatrice! Quels talents! Quel courage! Allez, ça va marcher, ça sera super, tout ira bien mieux que je ne le pensais, tip-top, impec! Super, on continue!

Ecole numéro 29: Allo ici l’école Bidulette, how can I help you?
miss lulu: Bonjour, je voudrais parler à Madame Bidulette s’il-vous-plaît.
Madame Bidulette: Oui bonjour, c’est moi!
ml: Bonjour Madame. Je m’appelle miss lulu et je vous ai écrit un message il y a environ une semaine à propos d’un project de recherche auquel j’aimerais que votre école participe. Est-ce que vous avez reçu ce message?
MB: Oui je l’ai bien reçu. Et je serais tout à fait heureuse de vous aider!
ml: Ahh bien!
MB: Oui, alors dites moi, que proposez vous comme « incentives » pour faire participer les gens?
ml: ???? Heu… que voulez-vous dire?
MB: Et bien oui, si vous pensez que les gens vont répondre à votre questionnaire gratuitement, vous avez tort!
ml: Ahh je vois… Je dois vous avouer, chère Madame, que je suis au chomage tout l’été et que le reste de l’année, je suis étudiante à plein temps donc fort peu rémunérée… Et que donc je je vois pas du tout comment je payerais les gens pour qu’ils participent à ma recherche…
MB: Bien, dommage, au revoir alors.
ml: ??? Au revoir….

Alors là c’est la meilleure! Nan mais ils pensent quoi les gens?? Que je suis millionnaire?? Ils ont jamais fait un doctorat ou quoi?? C’est l’enfer, si les gens commencent à me demander ça je suis finie, je peux tout laisser tomber et me jeter par la fenêtre! Merde de vie!

Secrétaire école numéro 33: Allo ici l’école Machin Untel, how can I help you?
miss lulu: Bonjour, je voudrais parler à Monsieur Untel s’il-vous-plaît.
S.: Une minute, je vous connecte.
ml: Merci beaucoup!
Monsieur Untel: Oui bonjour, ici Monsieur Untel, how can I help you?
ml: Bonjour Monsieur. Je m’appelle miss lulu et je vous ai écrit un message il y a environ une semaine à propos d’un project de recherche auquel j’aimerais que votre école participe. Est-ce que vous avez reçu ce message?
MU: Oui, alors nous pouvons vous aider, mais il faudrait que vous soyez sur place pour distribuer et ramasser les questionnaires et répondre à nos questions…
ml: Heu… ça peut se faire…
MU: Il faudrait aussi que les questionnaires des élèves soient sur internet et pas sur papier.
ml: Heu… ils seront en 10 langues différentes… mais je pourrais essayer…
MU: Et puis il faudrait donner ces questionnaires aux élèves et qu’ils les remplissent à la maison, pas à l’école, l’école c’est pas fait pour ça.
ml: Heu… oui, j’imagine qu’on pourrait s’arranger…
MU: Il faudrait aussi qu’au lieu de 30 questions il n’y en ai que 20, parce que 30 c’est trop!
ml: Heu… ben…
MU: Oui, et puis pour les élèves et les profs ça va, mais pas les administrateurs, on est trop occupés, nous, ici!
ml: Bien, cher Monsieur, je vais voir ce que je peux faire et je vous rappellerai, d’accord?
MU: D’accord. Je me réjouis de travailler avec vous!
lm: Moi aussi… heu… …

Compte là-dessus mon cher! Y’a vraiment des gens j’vous jure! Ah là là… ça avance pas mon affaire… bon ben merde, je laisse tomber pour aujourd’hui, j’en ai trop marre, et puis j’ai trop peur de ce que va me dire la prochaine personne que j’appelle… Je vais parler à ma directrice de thèse et lui dire que mon projet est trop con, impossible, et que tout le monde s’en fout. Voilà.

Secrétaire école numéro 35: Allo ici l’école Machin Untelmuche, how can I help you?
miss lulu: Bonjour, je voudrais parler à Monsieur Untelmuche s’il-vous-plaît.
S.: Une minute, je vous connecte.
ml: Merci beaucoup!
Monsieur Untelmuche: Oui bonjour, ici Monsieur Untelmuche, how can I help you?
ml: Bonjour Monsieur. Je m’appelle miss lulu et je vous ai écrit un message il y a environ une semaine à propos d’un project de recherche auquel j’aimerais que votre école participe. Est-ce que vous avez reçu ce message?
MU: Oui, bien sûr, nous pouvons vous aider. Jeudi prochain ça vous irait?
ml: ??!!! Heu… ben … oui, j’imagine que oui…
MU: Bien… alors à jeudi, alors…
ml: ….. ???? A jeudi….?????!!!

Huhuh, sont fous les gens… Bon…. trois en une journée c’est pas mal… ma facture de téléphone va chier dans les ventilos mais ça en valait la peine… Il y a des gens sympas, heureusement… Bon, p’tête que ma recherche a de la valeur, après tout… peut-être que je ne perds pas mon temps… P’tête que j’y arriverai… …. …. Allez, on continue… …. ….

Comment doit-on survivre, dans la vie? Doit-on arriver à vivre seuls, sans aide, sans personne, ou est-ce aussi possible d’attendre le soutien des autres, de la famille, des amis, des gens qu’on aime? Et si ce soutien d’autrui n’était en fin de compte qu’on fardeau de plus sur nos épaules? Il y a quelques temps de ça, j’ai lu quelque part le post de quelqu’un qui racontait sa peur de mourir. Je n’ai pas peur de mourir, moi, mais j’ai peur de vieillir. Vieillir me fait tellement peur, en fait, que pour le moment je refuse d’y faire face. Et ce que je vois autour de moi ne me réjouis pas.

Hier c’était l’anniversaire de ma mémé. Elle est toute seule, depuis que mon pépé est mort. Ses enfants sont loins, ses petits enfants encore plus loins, et elle vieillit, toute seule. Je ne me souviens pas de la mort de mon pépé chéri, j’étais droguée de morphine et de douleur, à l’époque, et mes parents avaient dû m’abandonner quelques jours pour aller à son enterrement. Ma maman dit qu’il m’a offert sa vie, en mourant. Je le regretterai toute ma vie. Mais ma mémé ne s’en est jamais remise. Et petit à petit, elle a laissé sa vie mourir. Pas elle. Sa vie. Le monde autour d’elle.

Ses enfants se sont bien sûr fait du soucis. Quelle tristesse celà doit être de voir mourir son père et de voir partir sa mère ainsi! Quel étrange sentiment, pour moi, que d’aller voir ma mémé de temps en temps et de la trouver à chaque fois un peu plus loin de nous, comme si elle vivait dans un autre monde. Et la peur que je ressentais, dans ces moments-là, était terrifiante, presque paralysante. Je lui ai téléphoné hier, pour son anniversaire. Elle est à l’hôpital parce qu’elle s’est cassé le col du fémur. Elle m’a dit « ça va pas du tout, je vais mourir, je veux mourir » et elle a raccroché. Je ne voulais plus parler à personne, plus répondre à mes emails, plus travailler, plus me lever, me laisser mourir moi aussi. « Loin des yeux loin du coeur » fait parfois bien les choses. Je n’ai pas encore réussi à réconcilier l’amour que je porte à ma mémé avec la peur que je ressens quand je pense à elle.

J’ai parlé avec ma maman, aussi. Je lui ai téléphoné et elle m’a dit « ça va pas du tout, je me suis cassé le pied, j’ai trop mal, j’en peux plus » et elle a raccroché. Mais elle m’a rappelé un peu plus tard. Première fois en presque 10 ans que ma maman me téléphone! J’ai envie de croire que c’est parce que malgré la déprime, l’abandon, la lassitude, et ces strates de soucis et de colères accumulées depuis des années, il y a toujours quelque chose en elle qui brille, une petite flamme d’espoir, quelque chose qui n’est pas encore mort. Mais je ne suis pas sûre. Elle voulait peut-être seulement se pleindre un peu plus, me raconter ses malheurs, me dire pour la millième fois combien sa vie est difficile. On a un peu parlé, je l’ai un peu engueulée, comme d’habitude, parce que je n’ai pas beaucoup de patience avec elle. Je n’ai pas encore réussi à réconcilier l’amour que je porte à ma maman et l’impatience que je ressens quand je pense à elle.

Je suis seule ici. Heureusement que mes chatounnes me font rire souvent et que je garde le lien avec le monde à travers mon blog. Je ne vois des amis que très rarement, je travaille en solitaire, mes élèves vivent dans un autre monde. J’ai toujours mal quelque part, j’ai peur de vieillir, j’ai peur de rater ma vie et de n’être rien. Mais pas tous les jours, et quand je prends une décision, j’en accepte les conséquences. Je lutte férocement contre la déprime, j’ignore ma douleur, je refuse de de me laisser croire ces bêtises et d’abandonner la partie. Tous les jours, je m’interdis de me pleindre et d’arrêter de croire que tout est encore possible. Je refuse de laisser mon passé ruiner mes rêves, je refuse de laisser mon présent me mettre des batons dans les roues, je refuse de laisser mon futur ressembler à mon passé. Je refuse de laisser des vieilles querelles, des mauvais sentiments, des souvenirs trop noirs me retenir de faire ce que je veux faire, aujourd’hui, ici, maintenant!

Mais je vois ma mémé et ma maman abandonner la partie, se couper du monde pour mieux broyer du noir, cette habitude qu’elles ont de vivre dans leur petit monde misérable et leur refus de chercher ailleurs pour trouver mieux, cette façon de se complaire dans leur malheur et la douleur. Et je me demande ce que je peux y faire, comment je peux accepter que c’est leur façon de vivre et pas la mienne, où je trouverai la force de résister à cette facilité de laisser les malheurs du monde prendre le dessus sur ma vie. Je me demande comment je peux concilier mon amour pour elles, mon envie de leur donner deux baffes pour les réveiller, ma rage de voir que je ne peux rien pour elles, ma peur de savoir que leur sang coule dans mes veines, mon besoin si fort de les voir comme des soutiens, des refuges, des fondements solides quand je faiblis, et non pas comme des ancres à mes pieds, des ancres que je ne peux pas m’empêcher d’aimer, pourtant.

Je ne sais pas si c’est la vieillesse. Je sais que je ne peux rien à rien. Mais je ne veux pas vieillir, je ne sais plus quoi dire à ma maman, je suis triste de ne rien pouvoir faire pour ma mémé, je suis fatiguée de me sentir tiraillée dans toutes les directions, je ne sais plus comment aimer les gens que j’aime, et je trouve la vie trop compliquée.