rêves


Ce matin je me suis réveillée avec une Sosso qui ronronnait confortablement dans mes bras sous ma couette, bien au chaud. J’ai ouvert les yeux, et j’ai vu en face de moi un ciel absolument bleu et ensoleillé et je me suis dit “ah, en voilà une belle journée en perspective!” A ce moment-là, ma radio s’est mise en marche et des nouvelles vraiment pas réjouissantes en sont sorties: une femme a jeté son enfant de trois ans sur l’autoroute depuis un pont avant de s’y jeter elle-même, hier soir, ici. Là, je me suis sentie vraiment frigorifiée, et pas seulement à cause des -5 degrés qu’il fait ce matin (ressentis comme -15 à cause du vent). Tous deux sont morts après s’être faits frapper de multiples fois par les voitures qui passaient…

L’âme en peine pour cette mère et son enfant ainsi que pour les automobilistes qui n’ont pas dû passer une nuit très calme, j’ai essayé de me changer les idées, et je suis tombée sur ce post qui m’a rappelé celui-ci.

Et c’est drôle, la nuit dernière j’ai rêvé que j’étais à l’hôpital et que je m’endormais pour une opération (des sourcils!?) dans les bras d’un beau docteur! J’y étais confortable, à moitié endormie, la tête contre son coeur, quand soudain, j’ai levé la tête et remarqué une bague à son doigt… et je me suis dit “tant pis, pour une minute j’ai bien le droit d’avoir un peu de chaleur humaine” et j’ai remis ma tête contre son coeur avant de m’endormir pour de bon.

Tout ça me fait penser que si on avait un peu moins peur de partager ses sentiments de temps en temps, cette mère et son enfant n’en seraient peut-être pas arrivés là, la nuit dernière. La periode de Noël est particulièrement difficile pour beaucoup de gens, et je dois avouer que j’ai de la chance d’avoir de la famille pas trop loin, parce que sinon je déprimerais sérieusement. Et je sais que c’est irrationnel, mais l’idée de passer le nouvel an seule, alors que ce n’est vraiment qu’un jour comme un autre si on y pense, ne me fait pas trop plaisir. C’est complètement con, puisque je passe la plupart des autres jours seule et parfaitement heureuse, (enfin, seule avec mes chatounes, ça fait quand’même une grosse différence).

Bref, je vous mets cette jolie vidéo, à propos d’un type qui a essayé de changer les choses.


Et hop, j’envoie des gros bisous à tout le monde en passant! Joyeux lundi :)

bisous

Alors, suis-je amoureuse des Etats Unis ou du Canada, comme postscriptum le demande dans le post précédent? Est-ce que je préfère vivre ici ou est-ce que la vie de là-bas me manque mortellement? Est-ce que je vais retourner vivre le rêve américain le plus vite possible? Est-ce que le Canada est un pays aussi archaïque et déprimant que je l’ai décrit?

Bonnes questions. Avant d’y répondre, je dois encore expliquer trois points importants.

1. Oui, la vie est beaucoup plus facile aux Etats Unis pour quelqu’un qui a mon niveau d’éducation, mon soutient familial, mon travail, mon argent, ou plus. Il n’y a aucun doute là-dessus! Mais je crois que cette vie facile est le résultat d’un capitalisme sauvage où on sacrifie simplement les pauvres pour donner une meilleure vie aux riches. C’est très clair au niveau des assurances maladies, de la retraite, et de l’éducation, entr’autres. Au Canada, on ne court pas aussi férocement vers la belle vie américaine parce qu’on aime moins l’idée de laisser des cadavres et des fantômes derrière soit. C’est un concepte complètement anti-américain, anti-”the survival of the fittest,” anti-rêve américain. Le rêve américain dit que “je peux arriver à faire tout seul ce que je veux dans ma vie, personne ne me doit rien, et je ne dois rien à personne.” Le rêve canadien dit que “ça va pas être facile mais si on se serre les coude, on peut à peu près tous y arriver.” TRES grosse différence.

Et c’est bien agréable de profiter de la belle vie américaine, mais au bout d’un moment, on se sent quand’même vachement coupable… moi, en tous les cas (et j’en connais qui ne le sont pas du tout).

2. A part cette différence de mentalité et de vision du monde, il y a une autre très grosse différence entre les deux pays: l’économie. Il n’y a aucun doute que le marché économique est beaucoup plus limité au Canada (à cause du nombre d’habitants, des températures moyennes de plusieurs provinces, etc.) qu’aux US. Le résutat, c’est que la concurrence est pratiquement innexistante au Canada, et le gouvernement peut dicter sa loi beaucoup plus facilement (puisqu’il y a moins de privatisation). Au niveau des banques ou de LA compagnie aérienne, par exemple, il y a beaucoup moins ou aucune compétition et les prix sont donc plus élevés, le service à la clientele est moins bon (mais toujours meilleurs qu’en France, ouf), il y a plus de paperasserie et moins de changements, et tout est moins efficace. C’est comme ça et on y peut pas grand’chose!

3. Mon troisième point concerne les immigrants et l’image qu’ils ont du Canada. J’ai sûrement eu une vision plus négative du Canada que quelqu’un qui vient de France. Je dirais que le Canada est, sur une échelle de 1 (France) à 10 (Etats Unis)*, à 6 ou 7 (ça dépend dans quel domaine). Par exemple, au Canada, il est beaucoup plus facile (et immaginable) qu’en France de changer de carrière à 40 ans, de recommencer des études à 50 ans, de faire des emprûnts importants à 30 ans, de créer sa propre boîte, de trouver du boulot, de déménager dans un état à l’autre bout du pays… Aux Etats Unis, tout ça devient tellement facile que c’en est presque dangereux. Au Canada, le service à la clientèle est meilleur qu’en France parce qu’il existe! Au US, il est tellement bon que n’importe qui peut faire n’importe quoi pour n’importe quelle raison et ça en devient ridicule (au niveau des procès, par exemple). C’est pareil dans beaucoup d’autres domaines, et je pense que c’est pour ça que mon point de vue est très différent de ce qu’on entend souvent raconter en France par les français qui ont immigré au Québec, par exemple.

Alors oui, je suis amoureuse du Canada, et oui, je veux y rester. Et oui, j’ai aimé et j’aime toujours les Etats Unis mais je n’irai jamais y revivre. On me dit “oui mais bientôt un certain buisson maudit ne sera plus au pouvoir” mais ça ne changera rien, la société américaine a toujours été excessive en bien et en mal et le restera toujours, que son président soit Républicain ou Démocrate. Aux Etats Unis, tout va toujours tellement rapidement et efficacement qu’on finit par oublier qu’il y a des êtres humains derrière tout ça, qui payent de leur santé mentale et physique pour nous offrir cette rapidité. Quand je suis arrivée ici, je gueulais contre la lenteur et l’inéficacité des employés (banques, magasins, etc.), et mon frangin m’a dit “oui mais c’est sûrement plus agréable et meilleur pour la santé de ces gens de pouvoir bosser à un rythme normal et sans se dire qu’à la première gaffe ils se retrouveront à la rue ou avec un procès sur le dos.” Je gueule toujours, mais je pense qu’il n’avait pas entièrement tort. On n’a rien sans rien. La “perfection” apparente des Etats Unis coûte cher, et sous sa lisse surface, on trouve beaucoup plus de problèmes sérieux (qui existent au Canada mais à des niveaux bien moins alarmants) comme le racisme, le fondamentalisme, l’excès, le puritanisme, l’orgueil, la corruption, l’obésité, l’ignorance, la bêtise, la peur, la haine, l’abrutissement, la xénophobie, la manipulation…

Alors oui, ma vie américaine me manque terriblement mais je lui préfère quand’même ma vie canadienne. Quant au rêve américain, les français en manquent sérieusement, mais les canadiens n’en ont pas besoin, la société change bien assez vite d’elle-même pour qu’on en rajoute. Et non, malgré mes médisances répétées que mes amis canadiens ont endurées patiemment, le Canada n’est pas un pays archaïque et déprimant, bien au contraire, et je ne peux raisonnablement que me plaindre du manque d’accessibilité, de la difficulté à trouver des médecins, et du système banquaire (et d’un certain harpagon, bien qu’à côté du buisson maudit, il soit un vrai enfant de coeur). Pour le reste, on s’y fait, et les changements empêchent de vieillir trop vite, pas vrai?

Alors vive le Canada, pays qu’on ne peut s’empêcher d’adorer malgré ses défauts :) Moi je l’ai, mon rêve canadien, et je le garde!

* Ca veut pas dire que la France est nulle, putainborderldemerde! Mon échelle mesure tout en général, la bouffe, la violence, le prix de la vie, la culture… parfois c’est positif, parfois c’est négatif, et peut-êtr que mon échelle va de -10 à + 10, hein?! C’est marrant, très peu de canadiens me sont tombés dessus quand j’ai critiqué sans vergogne leur pays dans nombreux de mes posts, mais là, je dis trois mots sur la France, et la France au complet est prête à me passer à la guillotine! A chaque fois c’est la même chose

Il y a un peu plus d’un an, j’ai reçu un courriel de l’éditeur d’un grand journal de linguistique. Ce monsieur m’expliquait qu’il avait lu ma thèse de maîtrise (ça doit bien être le seul) et qu’il voulait que j’écrive un “state-of-the-art article” sur le sujet. Un article “state-of-the-art” c’est un peu une bibliographie mais en plus détaillé, une sorte d’explication de tous les articles, livres, thèses, présentations de conférences, projects de recherche écrits sur le sujet dans le monde entier. Unutile de dire que j’ai dit “oh oui monsieur, je serais heureuse d’écrire votre machin!” et qu’ensuite je me suis rendue compte de ce que ça voulait dire et j’ai paniqué à mort.

J’ai donc envoyé un courriel à quelqu’un que je n’avais jamais rencontré mais qui venait d’écrire un gros bouquin sur le sujet et qui avait l’air sympa, et je lui ai demandé s’il voulait écrire le “state-of-the-art article” avec moi. Il a dit OK. Or, il se trouve que ce cher monsieur qui m’a sauvé la vie (enfin, pas encore tout à fait) habite en Espagne… et qu’on a jusqu’à l’été prochain pour finir (enfin, il faudrait peut-être le commencer d’abord) notre article et l’envoyer à l’éditeur du grand journal.

On a écrit un “proposal” détaillé de l’article, et il a été accepté, et après on s’est donnés des “deadlines,” des dates limites quand moi je devais avoir fini cette section et lui cette section et nous ce passage, etc…. Mais en fin de compte, on n’y arrive pas. C’est vraiment difficile de travailler comme ça, à distance, et c’est un article tellement gros (et différent des autres articles qu’on écrit en général) qu’on ne sait pas très bien comment s’y prendre.

J’ai donc eu une brillante idée: aller en Espagne bosser avec lui, tout simplement! C’est plus facile quand on se voit et qu’on peut se parler. C’est plus facile de se donner des limites de temps très courtes, du genre “on bosse sur ce passage jusqu’à trois heures de l’après-midi et après on va visiter Barcelone mais seulement si on a fini le passage en question!” Génial, non?

Alors hier je suis allée voir ma cheffe et je lui ai demandé quand je serai libre en été. Les cours finissent mi-avril, mais ensuite il y a les examens, les rapports, et plein d’autres trucs à faire avant de pouvoir aller en vacances. Elle m’a dit que je serai libre vers la mi-juin… mais que si je voulais aller en Espagne, je devrais prendre 10 jours de vacances en février plutôt, parce que c’est à ce moment-là qu’on a le plus besoin de soleil et de chaleur et que comme ça, en plus, je n’attendrais pas trop longtemps avant de pouvoir bosser sur mon article. Et comme on a une semaine de vacances en février, justement, ça tombe parfaitement bien! (Et elle m’a dit que tous les profs profitaient de cette semaine de vacances pour aller en Floride, au Mexique, en Espagne, dans n’importe quel endroit chaud et ensoleillé de la planête!) Elle a des bonnes idées parfois, ma cheffe, hein?

Alors voilà, j’ai enfin un petit projet à moi, quelque chose qui m’aidera à sortir ce matin alors qu’il fait -6 degrés et qu’on attend de la neige pour ce soir. Un petit rêve de soleil qui m’aidera à passer les vacances de Noël à bosser comme une folle à la maison parce que parfois j’ai des idées tordues et qu’il faut ensuite en payer le prix. Je n’ai pas encore le billet, je n’ai pas encore les détails (et je n’ai pas encore demandé à mon ami espagnol si ce moment de l’année lui convient bien, hum), mais je m’en fiche, parce que maintenant j’ai l’Espagne dans la cabeza, et Dieu que ça fait du bien!!!

Hola, me llamo doctor lulu y estoy muy feliz :D

Ce matin, j’étais en train d’aller au boulot, pas trop heureuse parce que ma journée commençait avec une réunion avec ma cheffe et je savais que je n’allais pas aimer ce qu’elle allait me dire, et en passant devant Richtree, une sorte de café-restaurant juste à la sortie du métro, j’ai craqué pour un chocolate chips muffin (y’a une image de muffins chez Estelle… ceux de Richtree sont beaucoup plus gros ;) )! Après tout, le chocolat c’est bon pour le moral, n’est-ce pas? Et leurs muffins sont frais, ils sortent du four devant nos yeux, et miam, j’ai décidé qu’il fallait me donner du courage pour ma réunion!

J’étais donc en train de payer mon muffin quand soudain, j’ai entendu quelque chose qui m’a rappelé beaucoup de bons souvenir et fait sourire: l’Amérique, de Joe Dassin! Déjà, c’était rigolo d’entendre une chanson française à cet endroit, mais en plus, c’est une chanson que j’aime particulièrement parce que je me rappelle l’avoir souvent écoutée avant mon départ pour les Etats Unis, il y a ONZE ANS de ça! Alors je me suis assise à une petite table ronde et j’ai regardé la foule sortir du métro en mangeant mon muffin et en repensant à tout ça, ma tristesse de quitter ma famille et mes amis, l’excitation du départ, la grande fête d’adieu avec tous les gens que j’aimais, les rêves, les espoirs, les peurs, et les dix ans et demi passés aux Etats Unis…

Ca fait drôle de se dire que je l’ai eue, mon Amérique, ce rêve fou s’est accompli pour de vrai, et pas juste dans une chanson! Ca fait drôle aussi de se dire que ça faisait 15 ans que je rêvais d’aller au Canada et que j’y suis enfin pour de vrai. Peut-être que c’est pour ça que je déprime un peu, parce que je n’ai pas encore de rêve pour la suite…

Allez, en attendant de me découvrir des envies de châteaux en Espagne (tiens, l’Espagne, c’est une bonne idée, ça), je vous mets les paroles de cette chanson qui illustre exactement l’un des plus grands rêves de ma vie. Et vous, quels sont vos rêves?

Mes amis, je dois m’en aller
Je n’ai plus qu’à jeter mes clés
Car elle m’attend depuis que je suis né
L’Amérique

J’abandonne sur mon chemin
Tant de choses que j’aimais bien
Cela commence par un peu de chagrin
L’Amérique

L’Amérique, l’Amérique, je veux l’avoir et je l’aurai
L’Amérique, l’Amérique, si c’est un rêve, je le saurai
Tous les sifflets des trains, toutes les sirènes des bateaux
M’ont chanté cent fois la chanson de l’Eldorado
De l’Amérique

Mes amis, je vous dis adieu
Je devrais vous pleurer un peu
Pardonnez-moi si je n’ai dans mes yeux
Que l’Amérique

Je reviendrai je ne sais pas quand
Cousu d’or et brodé d’argent
Ou sans un sou, mais plus riche qu’avant
De l’Amérique

L’Amérique, l’Amérique, je veux l’avoir et je l’aurai
L’Amérique, l’Amérique, si c’est un rêve, je le saurai
Tous les sifflets des trains, toutes les sirènes des bateaux
M’ont chanté cent fois la chanson de l’Eldorado
De l’Amérique

L’Amérique, l’Amérique, si c’est un rêve, je rêverai
L’Amérique, l’Amérique, si c’est un rêve, je veux rêver.

Je suis partie pour l’Italie en me répétant moultes fois et avec résignation que je n’y allais pas pour voir Venise mais pour le mariage de ma soeur. $1200 de billet pour quatre jours, dont un attérissage et un décolage à Venise, ce n’est pas grand’chose quand on aime sa soeur! Mais quand’même, le petit pincement au coeur était là… parce que ce n’est pas tous les jours qu’on va en Europe (ça faisait presqu’un an et demi que je n’y étais pas retournée) et encore moins en Italie!

Je crois que le seul moment où j’étais vraiment écoeurée, pendant ce voyage, était lors de l’attérissage sur Venise: je me suis dit que je n’aurais pas le temps de visiter Venise mais qu’au moins, lors de l’attérissage, je pourrais l’appercevoir… mais j’étais assise du mauvais côté, dans l’avion, et je n’ai vu qu’une zone industrielle immense et déprimante avant de tomber dans les bras de mes parents et mon petit frère (et bon, ça me faisait plaisir de les voir mais je les avais vus à peine un moins avant, alors bon ;) ).

En plus, tous les amis et la famille n’arrêtaient pas de me rabacher les oreilles (pendant trois jours) qu’après le mariage, ils allaient profiter de ce qu’ils étaient en Italie pour aller à Venise… Là, j’ai commencé à penser que c’était une conspiration du monde entier, que TOUT LE MONDE verrait Venise sauf moi, et que la vie était trop injuste!

Heureusement que mes parents connaissent bien leur fille et se sacrifient pour elle depuis des années (et des années), et ils ont bien deviné (ou c’est moi qui étais chiante?) que j’avais trop envie d’aller voir Venise, ne serait-ce que pour quelques minutes! On a essayé de coincer un petit voyage (deux heures pour y aller et deux heures pour le retour, quand’même) entre les déjeuners en famille, la mairie, les pizzas, les cérémonies, les petits déjeunés inclus dans le prix de la chambre, la villa, et les dîners dançants, mais ça n’a pas été facile, parce qu’on pouvait quand’même difficilement être en retard au mariage de notre propre fille/soeur!

Finalement, on a décidé de partir un peu plus tôt du “brunch” du dimanche matin et de passer l’après-midi à Venise. On était obligés de rentrer à l’hôtel le soir et de repartir pour Venise très tôt le lendemain matin pour attraper mon avion, ce qui était complètement con, mais moi je ne recule devant aucun sacrifice au nom de la culture et mes parents ne reculent devant aucun de mes caprices :)

Donc on est allés tous les trois à Venise dimanche après-midi, et malgré la recherche épique d’une place de parking pendant quelques heures, on a passé environ trois heures géniales, dans les bateaux et à la Place St Marc, et… et c’est des souvenirs innoubliables! On a eu de la chance parce qu’on est arrivés pépères, on s’est balladés, on a pris plein de photos, et puis on est allés dans la Basilique, la belle, la merveilleuse Basilique, et on en est ressortis… et c’est là qu’on s’est rendus compte qu’on était arrivés 15 minutes avant qu’elle ne ferme! Le pot! (ou le Pô?) En tous les cas, la gellato était délicieuse, le temps magnifique, et mon coeur chantant!

C’est sûr, en trois heures on ne voit pas tout Venise. Mais je m’en fiche. Maintenant, je peux dire que j’y suis allée, je ne suis plus jalouse à chaque fois que mes frangin(e)s en parlent, j’ai vu de mes propres yeux un chef-d’oeuvre d’architecture, de culture, et de beauté, je sais pourquoi je voudrai un jour y retourner, et en attendant, j’ai encore tout l’or de Venise dans les yeux!

Merci à jojo d’avoir fait son mariage dans un pays magique, et merci à mes parents de m’avoir offert ces souvenirs pleins de soleil :)

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Cliquez sur la photo pour voir tout l’album.

Et pour tous ceux qui ont deviné l’Italie et Venise (et Udine!) juste lors de mon petit concours: envoyez-moi vos adresses postales (misslulu chez rogers point com) et je vous enverrai des cartes postales ce week-end, PROMIS!

En son temps, alors que je n’étais encore qu’une pauvre étudiante fauchée, j’aimais à rêver de jours plus fastes où j’aurais un vrai boulot, un vrai salaire, une vraie vie, et un compte en banque digne de ce nom.

“Quand j’aurais de l’argent” j’allais d’abord m’offrire les services d’une coutûrière aux doigts agiles qui saurait me faire des jolis vêtements à ma taille exactement, parce qu’il y en a marre de devoir aller m’acheter les frigues dans les rayons enfants!

“Quand j’aurais de l’argent” j’allais ensuite avoir un cuisiner personnel qui me ferait des plats de tous les pays et la vaisselle aussi, parce qu’il y en a marre de bouffer du riz et des pâtes tous les jours et de l’amoncellement ininterrompu de la vaisselle dans l’unique bac de l’évier!

“Quand j’aurais de l’argent” j’allais enfin pouvoir m’acheter des fleurs, des tas de jolies fleurs très souvent pour rendre mon appartement un peu plus heureux et moi aussi en passant, parce qu’il y en a marre de vivre sans ces couleurs qui me font rêver et ces parfums qui me font sourire!

Hélas, mes rêves avaient oublié qu’on ne devient pas milionnaire en jouant aux profs d’anglais et qu’il faudrait soit me chercher un mari riche soit jouer au loto (ce qui revient à peu près au même) avant de pouvoir exaucer les deux premiers rêves. Heureusement, les profs d’anglais ont quand’même la chance d’avoir le droit de s’acheter, en plus du pain, du vin, et du boursin (et du clafouti) quotidiens, quelques jolies fleurs de temps en temps!

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33,33% de succès oniriques après seulement un mois de vrai boulot, de vrai salaire, et de vraie vie, c’est plutôt encourageant, non?

Je viens de passer trois heures assise par-terre dans ma cuisine en essayant d’y garder mes chatounes et en écoutant la radio et les sirènes de tornades hurler partout dans la ville… La grêle qui nous est tombée dessus était de la taille de balles de golf. Dans la ville d’à côté, la grêle était de la taille de balles de baseball! Du jamais vu! Toutes les radios de l’Indiana ne parlent que de ça, de l’interdiction de sortir ou de prendre sa voiture, de l’importance de rester dans sa cave ou loin des fenêtres ou loin des arbres si on est dehors, des dégats, des couvertures dont il faut couvrir sa tête, des nouvelles tornades qui nous arrivent dessus, des rapports de la police… L’Indiana se fait éventrer, il est temps que je m’en aille!

Je voulais vous raconter mon appartement à Granbled, ce soir. Une chose est sûre, il n’y aura pas de tornades. Il y aura de la neige mais ce n’est pas dangereux de rester au chaud à la maison quand il y a trop de neige. Et puis le froid sera mieux pour la Sosso qui a du mal à respirer dès qu’il fait trop chaud.

Mon appartement est au dernier étage d’une grande tour. La vue sur le lac est magnifique et les bruits de la ville ne nous atteignent pas. Il y a un grand balcon sur lequel les chatounes se prélassent au soleil ou jouent à attraper les flocons de neige. Sur le balcon, il y a aussi des jonquilles, quelques herbes aromatiques, un grand bac d’herbe à chat, une chaise longue, et une petite table pour picniquer quand il fait beau.

Dans mon appartement, il y a une grande chambre avec une grande fenêtre au sud pour laisser entrer la lumière. Il y a aussi un petit cagibi pour suspendre mes robes et mes costumes et y garder mes habits d’été. Le sol est en bois, pour pouvoir nettoyer les poils et autres “accidents” de chats plus facilement que sur la moquette. Mon nouveau lit est large et confortable et il y a des tiroirs bien pratiques juste sous mon lit pour mettre mes sous-vêtements. Il y a aussi tous mes CDs, mes DVDs, et quelques bouquins, et j’ai même une connection internet sans fil pour m’y connecter depuis mon lit avec mon nouvel ordinateur. Les chatounes ont des petits lits sur les étagères, au pied de mon lit, dans les placards, et sur le large rebord de la fenêtre où je peux aussi m’asseoir pour bouquiner tranquillement. Les rideaux sont jaunes et orange et laissent passer le soleil le matin.

A côté de la chambre, il y a une grande salle de bain avec une fenêtre. La baignoire n’est pas trop haute mais large, le lavabo aussi, et il y a plusieurs miroirs dans lesquels je ne suis pas obligée de monter sur un tabouret pour m’y voir. Il y a des petites étagères bien pratiques qui me permettent de ranger mon fourbis facilement et un petit cagibi pour y mettre les réserves de PQ, de shampoing, et de savon, les serviettes de toilettes propres, et le linge sale. Juste à côté de la salle de bain, il y a une toute petite pièce dans laquel il y a la place pour les affaires des chatounes, leurs caisses, quelques jouets, et les réserves de littière et de nourriture.

Il y a aussi un grand salon très lumineux grâce à la grande baie vitrée du balcon, dans lequel j’ai mis mon bureau, mon canapé, et quelques fauteuils pour y inviter des amis. Les chatounes peuvent y courir à coeur joie et faire des dérappages en beauté sur le parquet. Il y a quelques jolis tabeaux peints par mon Papi au mur, des images, des miroirs pour réfléchir la lumière, et un grand tapis coloré. C’est là aussi qu’il y a toutes mes bibliothèques qui contiennent de plus en plus de bouquins ennuyeux. Et puis il y a la table à manger avec sa nappe jaune et ses quatre chaises juste à côté du balcon pour pouvoir admirer la vue et le coucher de soleil pendant qu’on mange.

Finalement, il y a la cuisine avec son joli carrelage. Elle n’est pas trop grande mais peut permettre à deux personnes ou une personne et deux chats de cuisiner des délices ensemble. Elle est ouverte sur le salon avec un petit bar sur lequel je mange la plupart du temps. Il y a un grand frigidaire moderne avec le congélateur en bas. Le four a une porte en verre avec une lumière pour qu’on puisse voir ce qui se passe dedans, et les plaques sont à gaz. L’évier a un broyeur et deux bacs, et il y a même une machine à laver la vaisselle! Il y a beaucoup de place pour travailler sur le comptoire et y mettre mon four à micro-ondes et mon auto-cuiseur. Il y a aussi des placards un peu partout même pas trop hauts et une étagère spéciale pour y mettre toutes mes épices.

Ai-je oublié quelque chose?

Le dossier est envoyé aujourd’hui!

PS. J’ai enlevé quelques posts un peu trop “privés” de mon blog. Je les remettrai… bientôt j’espère. Si vous passez par mes archives et trouvez un post qu’il vaudrait mieux que j’enlève en ces moments difficiles de recherche d’emploi, faites-moi signe s’il-vous-plaît, je vous en serai reconnaissante!

PPS. Merci à tous pour hier :) Grâce à vous tous, j’ai réussi à sourire au moins 140 fois et même à rigoler plusieurs fois! Ca fait du bien!! Merci du fond du coeur!

… on ne fiche pas grand’chose du weekend. On prépare vaguement quelques trucs pour la semaine suivante, on écrit deux ou trois pages de thèse qu’on efface vite tellement c’était pourri, on se fait du riz cantonais un peu raté, on regarde un film un peu nul pour la dixième fois, et on n’arrive même pas à finir trois soduku en entier.

Et puis le dimanche soir, on se dit que quand même, on est déjà en mars et que le temps passe trop vite, que la thèse n’avance pas assez, et qu’on est vraiment trop paraisseuse, et qu’il faut d’urgence se bouger le popotin. Alors on essaye de travailler… de réécrire quelques pages potables, de comprendre des pages et des pages de statistiques, et de penser intelligemment, pour une fois. C’est dur. Mais on se motive en se disant que si on finit de bosser sur une variable, on a le droit de se commender une pizza comme l’autre soir!

Alors on réussit à finir de bosser sur la variable “expected grades” et on téléphone à Domino’s pour se commender une pizza bien chaude et bien grasse. Et on dit bien au type qui délivre à domicile qu’il faut téléphoner depuis l’interphone en bas de l’immeuble pour ouvrir la porte.

Et puis on attend impatiemment sa pizza et quand le téléphone sonne, on répond comme une patate… mais parfois dans la vie, ce n’est pas le délivreur de pizza! Non, pas du tout, même. C’est une gentille madame qui demande très poliment si miss lulu est là et si elle voudrait venir travailler pour eux parce que les cinq membres du committé d’embauche l’aiment beaucoup et ont voté unanimement pour elle.

AAAAAAAHHHHHHHHHH!!!!!!! C’est là qu’il ne faut pas sauter de joie et partir courir un peu partout en rigolant toute seule comme une folle en tremblant de joie et d’exitation mais rester calme et dire “Ah oui? Oh, et qu’est-ce que vous me proposez, alors?” comme si on avait l’habitude de recevoir des coups de téléphones comme ça tous les soirs. Il faut vite réfléchir, trouver sa liste de questions qu’on a failli jeter dix fois (est-ce qu’il y aura un ordinateur dans le bureau, est-ce que les conférences professionelles sont payées, est-ce que le déménagement est pris en charge, etc.) et écouter sagement en prenant des notes pour ne rien oublier alors qu’on tremble d’émotion et qu’on a du mal à penser et à dire des trucs intelligents et que le délivreur de pizza arrive à ce moment-là et qu’il faut interrompre deux fois la conversation avec la madame au téléphone pour ouvrir la porte en bas et puis celle de l’appartement et payer la pizza et puis essayer d’empêcher des chatounes voraces de déchiqueter le carton pour la manger sous mon nez!

AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAHHHHHHHHHHHH!!!! Parfois dans la vie on racroche le téléphone et on crie un bon coup et on embrasse mille fois ses chatounes qui sont un peu surprises et on se dit que merde on n’arrivera jamais à finir cette fichue thèse et on va sauter sur son lit en criant c’est pas possible c’est pas possible mais c’est fou c’est pas possible c’est un rêve c’est pas possible!

C’est là qu’on se souvient de la pizza qui est maintenant froide et à moitié bouffée par les chatounes, carton compris… mais ce n’est pas grave, de toutes les manières on a l’estomac tellement noué d’exitation qu’on ne peut plus rien avaler! Et puis il faut écrire 15 emails parce que ça ne se fait pas de téléphoner à sa famille et ses amis à deux heures du matin un dimanche même que vachement c’est dommage, heureusement qu’il y a les blogs pour partager les ragots plus vite et le Carmina Burana à fond dans les oreilles qui chante la fortune et la lune et le petit verre de liqueur de cassis qu’on va aller se servir tout de suite, parce que parfois dans la vie, vraiment, on le mérite!

CHAMPAGNE ET WHISKAS POUR TOUTES ET TOUS!!!!!!!!!!

PS. Le contrat n’est pas signé, encore, et le permis de travail de loin pas encore reçu! Et puis il y a encore quelques entretiens d’embauche en perspective avec d’autres universités… Mais ça fait du bien au moral, tout ça! Y’a d’la joie, bonjour bonjour les hirondelles, y’a d’la joie…

Je veux aller au Canadaaaaaaaaaaaaaaaaaaa!!!!!!! Je veux je veux je veux!!!

Bon, je pourrais écrire trois bouquins sur ma visite à Granbled, mais essayons d’être brefs, huhuhuh.

Déjà, les canadiens s’embrassent dans l’autre sens et ouvrent les robinets dans l’autre sens. Sont fous ces gens. Et quand ils parlent français, huhuhuhuh, c’est trop drôle, ils peuvent raconter les pires histoires de tragédies que ça me fait quand même rigoler tellement leur accent est marrant. Par contre, j’ai bien fait attention, et il y a beaucoup moins de drapeaux canadiens sur les maisons, les habits, et les objets en général qu’aux Etats Unis. Plus qu’en France, c’est sûr, mais trois fois moins qu’aux Etats Unis! Et les gens qui presentent les information à la téloche n’ont pas d’accent ou très très peu, c’est intéressant. En tous les cas, c’était chouette de pouvoir ententre un peu de français. Y’avait même un film de Marguerite Duras avec Gerard Duperdidou (comme ils disent ici) qui a commencé mais c’était tellement ennuyeux que j’ai dû changer de chaine et aller voir le Fric Show, très bizarre mais intéressant, sur le trafique d’animaux domestiques et même que le Québec est la capitale de ce genre de trafique et de cruauté animale au Canada! On en apprend de belles!

Quand l’avion était prêt à atterrir à Granbled, je regardais par la fenêtre de l’avion et j’avais envie de crier “je suis au Canadaaaaaaaa!!!!!!!!!” dans tout l’avion, huhuhu! C’était vraiment chouette… même si je ne pense pas que j’aurai le boulot ni que je le veux, d’ailleurs. Ils décrivaient ce job (pardon, cette job) comme un post de prof, mais en fait c’est plutôt un post de directeur-à-tout-faire-avec-salaire-de-prof. Mais je m’en fiche, c’était vraiment sympa d’aller là-bas!!

Le comité d’embauche était composé de cinq personnes absolument fantastiques, intéressantes, marrantes, et sympatiques. A part pour les cinq premières minutes du premier entretien, à neuf heures du mat’ (et j’avais vraiment mal dormi!) qui étaient un peu tendues, le reste de la journée a été très chouette. J’ai discuté avec la “chair” du département et la “dean” de l’école de Liberal Arts qui étaient vraiment relaxes et qui ne posaient pas de questions nulles ou méchantes. C’est marrant, à part pendant l’entretien de deux heures pendant l’après-midi, j’ai eu l’impression que c’était eux qui essayaient de se vendre et de me donner envie de venir plutôt que de savoir si j’étais assez bien pour eux. Comme s’ils savaient déjà que j’étais assez bien pour eux!

Donc après les entretiens avec la chair et la dean, j’ai eu une “teaching demonstration” dans une classe de 10 élèves internationaux qui ressemblaient tellement aux miens que j’ai oublié les cinq membres du comité assis au fond de la classe et qui prenaient des notes et j’ai discuté et rigolé avec mes élèves comme si on se connaissait depuis toujours! Et ils ont été adorables. Je dois dire que ça m’a fait bien plaisir de voir les profs au fond de la classe rigoler eux aussi–il y en avait même une qui n’arrivait pas à s’arrêter de rigoler! Bref, ça c’était le meilleur moment de ma visite. Une heure absolument parfaite!

Ensuite, j’ai du faire une “research presentation.” Hum… C’était la première fois que je présentais mon nouveau projet de recherche pour mon doctorat et je ne sais pas pourquoi, normalement j’adore parler de ma recherche, mais là c’était un peu n’importe quoi. En plus, je ne m’étais pas rendue compte que les membre du comité n’avaient AUCUNE idée du genre de boulot que je fais (ce sont des profs de litérature qui veulent “ouvrir” une nouvelle section de linguistique qui n’existe pas encore à l’université donc je serais la première linguiste du département). Donc je n’ai pas assez expliqué ce que je faisais, les théories derrières mon projet, qui étaient exactement mes participants, etc. Ouais, ils ont trouvé ça intéressant mais au début j’étais vraiment nerveuse et je n’ai pas suivi mon “outline” de présentation ni lu les notes que j’avais préparées… N’importe quoi!

Après ce semi-désastre, j’ai été invitée à déjeuner dans un restaurant portuguais (très bon) avec deux des cinq profs et une autre prof qui ne faisait pas partie du comité d’embauche. C’était super relaxe et sympa. Une des profs est en train d’écrire un bouquin sur Anne of Green Gables (Anne et la maison au pignons verts) qui se passe dans l’île du Prince Edouard au Canada, et je lui ai raconté qu’on lisait ça avec passion chez moi, et qu’on adorait aussi regarder la mini-série! Je lui ai raconté que quand je suis arrivée aux Etats Unis, j’ai enfin pu lire les livres en anglais et que d’ailleurs, j’avais aussi lu La petite maison dans la prairie en anglais, après l’avoir lu en français toute mon enfance… et que c’était peut-être à cause de ces livres que j’avais eu envie d’aller vivre en Amérique du Nord… et l’autre prof, qui est d’origine allemande, a dit qu’elle aussi elle avait lu ces bouquins et que ça lui avait effectivement donné envie d’aller vivre en Amérique du Nord depuis toute petite!

Après le déjeuner, j’ai eu droit à deux heures de questions plus ou moins difficiles. Au début, ça allait, je n’étais pas du tout nerveuse, surtout qu’une des profs (l’allemande) m’avait en secret filé la liste des questions quelques minutes avant le début de l’entretien (j’avais 15 minutes de “repos”) donc je n’étais pas surprise pas les questions. Mais après une heure, j’ai commencé à être vraiment fatiguée, et vers la fin, je n’arrivais plus à parler anglais sans faire de fautes, je ne savais plus trop quoi répondre alors que c’était des questions faciles, et j’avais du mal à ne pas simplement quitter la pièce pour aller m’effondrer sur mon lit à l’hôtel. Vers la fin, j’ai commencé à vraiment douter de moi, alors que pendant le reste de la journée, je n’avais pas trop de mal à me dire que j’étais la personne qu’il leur fallait. C’est aussi à ce moment-là que je me suis dit que vraiment, je ne voulais pas faire ce boulot, que c’était beaucoup trop de travail, beaucoup trop vague et général, beaucoup trop de responsabilités, et que j’allais y laisser ma peau en trois mois si je le prenais!

Ensuite, on est allés diner dans un restau italien pas mal! Cette fois-ci, j’étais avec deux autres des cinq profs, deux types très marrants et sympas, et encore une autre prof qui ne faisait pas partie du comité d’embauche. Là, je dois dire, je n’ai pas brillé non plus, et je pense qu’ils se sont rendus compte que j’étais pratiquement morte, et on a parlé de moi mais pas autant qu’on aurait pu et probablement dû. Ce diner était encore une occasion pour eux de me griller sur des questions plus personnelles mais ils m’ont aussi raconté plein d’histoires sur leurs études (l’un des profs avait fait son doctorat à Montréal) et plein de trucs comme ça. Le seul moment “brillant” de l’affaire, c’est quand quelqu’un m’a demandé si j’avais des enfants et que j’ai dit “non, … mais j’ai deux chats…” avec hésitation (pas vraiment le truc à dire à un comité d’embauche), et tout le monde a rigolé et raconté que le prof qui avait fait ses études à Montréal avait lui aussi un chat dont il aimait raconter les aventures à tout le département d’anglais.

Vraiment, ça a été tout le temps comme ça: ils ont TOUT fait pour me mettre à l’aise pendant ma visite, et ce sont des gens avec qui je veux garder contacte même si je ne prends pas leur boulot. Le soir, en rentrant, j’étais tellement naze et j’avais tellement mal aux pieds et partout d’ailleurs que j’ai failli aller me coucher sur le canapé du lobby de l’hôtel parce que j’ai cru que je n’arriverais jamais à aller jusqu’à ma chambre (qui d’ailleurs était à l’étage “signature club” donc super confortable et chère mais c’est pas moi qui ai payé!).

Le retour s’est bien passé à part que j’étais super malade dans l’avion, mais j’ai quand même réussi à manger quelques sushis à Detroit. On est partis de Detroit vachement en retard parce qu’un gros blizzard était en train de s’abattre sur la ville et on a été l’un des derniers vols à avoir le droit de partir après s’être fait déglacer pendant plus d’une heure. Heureusement, il n’y avait pas de neige à Indianapolis et j’ai roulé jusqu’à chez moi a demi-endormie mais sans incident, pour y retrouver mes deux chatounes boudeuses et 69 emails urgents auxquels je n’ai même pas commencé à répondre.

En gros, la situation est la suivante: ils me diront dans environ un mois si j’ai le boulot ou non (j’étais la première candidate à être invitée donc il faut attendre qu’ils aient vu les autres). Mais je ne pense pas qu’ils me le fileront. Je VOUDRAIS qu’ils me le filent, ça serait excellent pour mon égo, mais je pense sincèrement que c’est trop pour moi, ce boulot. L’université est excellente, les profs très chouettes, et ça serait un boulot assez prestigieux, mais il leur faut quelqu’un qui a plus d’exprérience que moi dans certains domaines. J’adorerais, par exemple, qu’ils embauchent quelqu’un d’autre cette année et moi l’année prochaine, comme visiblement c’est un département qui va grandir. Mais au niveau estime personnelle, c’est sûr que je le veux, ce boulot! Le problème, c’est que je pense que je l’accepterais si on me l’offrait, et là, ça serait probablement un désastre.

Cette petite visite canadienne a été très chouette et vraiment agréable, en gros. C’était bon pour le moral, pour pour mon égo, et bon pour me redonner de l’énergie pour ma recherche et ma demande de permi de séjour canadien. Si je n’ai pas de boulot à Granbled, je pense que j’irai plutôt vivre à Vancouver parce que Granbled m’a paru vraiment immense et… gelée! Mais faut voir. … et en fait de gelé, le fameux blizzard est en train d’arriver sur mon champ de maïs, alors je retourne me coucher, puisque c’est comme ça, et tant pis pour les 69 emails urgents qui pourront bien attendre jusqu’à demain! Bonne journée nuit :)

PS. J’avais bien pensé à prendre un pantalon noir très chic et une veste noire bien échancrée et très chic… mais je n’avais absolument rien à mettre dessous! Petit choc vendredi matin, au moment de se préparer pour la journée d’entretiens… Mouahahaha la miss lulu! Les lumières sont allumées mais personne n’est à la maison, comme on dit en anglais ;)

Vous aimeriez recevoir une lettre avec cet en-tête, vous? Comme ça, mine de rien, cachée entre cinq factures, deux offres de cartes de crédit, et trois rejections de demandes d’emploi?

fbi

Allez, avant que je vous dise tout, pourquoi croyez-vous que j’ai reçu une telle enveloppe, et que croyez-vous qu’il y avait dedans??

Bon, je vous donne quelques choix:
- mes empreintes digitales?
- un nouveau passeport?
- les empreintes digitales de Sosso?
- l’adresse de mon amoureux secret?
- un papier expliquant que je ne suis pas une criminelle?
- une lettre m’expliquant que je serai extradée si je ne finis pas ma thèse à temps?
- une carte verte?
- une lettre expliquant que Calinette est recherchée pour vol de croquettes?
- un billet allée-simple pour Guantanamo?
- un reçu pour $45 de frais de dossier?
- un CD gratuit de la Flûte enchantée pour fêter les 250 ans de Mozart?
- un bon pour une nouvelle voiture?
- une lettre de Samuel Alito me pour m’encourager à voter pour lui?

??

Bon, je vois que vous avez besoin d’aide… alors je vous donne encore un indice: il y avait plus qu’une chose dans cette enveloppe…

… et peut-être que la vraie question qu’il faut poser est, pourquoi est-ce que j’ai écrit au FBI? et la deuxième question est, pourquoi m’ont-ils répondu?

Allez, je vous montre la première chose qu’il y avait dans cette enveloppe:

fingerprints

Oui, ce sont bien mes empreintes digitales! Que je leur avais envoyées début décembre! Elles sont belles, hein? Et avec ces empreintes il y avait en effet un petit reçu pour les frais de dossier… et… et… une lettre toute petite expliquant que je n’avais aucun dossier criminel. Caramba encore raté!

Voili voilà, ce tout petit papier si cher et si long a obtenir est l’une des dernières pièces du puzzle de mon dossier CANADA!! Il me manque encore une lettre de mon dernier employeur, quelques photos passeport, et une signature de notaire sur deux contrats… Et c’est prêt à partir :) Ca se rapproche!!!

Amis canadiens, préparez-vous au débarquement!!


…on va t’faire une p’tite place!

Tout d’abord, il faut souhaiter joyeux anniversaire à mon blog chouchou qui a TROIS ans aujourd’hui! Ben oui, en années félines ça fait quand même 28 ans, et comme la technologie vieillit encore plus vite que les chats, en années d’ordinateur ça fait au moins 88 ans! Il aura donc fallu presque 88 ans à ma chère mère pour commencer à lire le blog de sa fille… mais bon, mieux vaut tard que jamais, hein ;)

Quant aux aveux… que dire… j’ai quelque chose de très important à avouer… même que je l’ai même pas dit à ma famille… seuls quelques petits malins le savent déjà… c’est difficile à dire parce que je tourne une grande page dans ma vie de miss lulu. En fait, je crois même qu’on finit le tome trois de ma vie. Tome 1: France. Tome 2: Suisse (c’était un gros volume celui-là). Tome 3: Etats Unis (pas mal gros, lui aussi… peut-être même un peu obèse…). Et le tome 4 est en préparation… qui aura deviné? Et oui, cher parents, chères soeurs, cher frère (lui, il commencera à lire mon blog quand il aura 124 ans (le blog, pas mon frangin!)), chère famille étendue (comme on dit en anglais, c’est joli non?), chers amis, chers lecteurs, chers visiteurs de passage, chers tous, bref, j’ai commencé à remplir les papiers pour… pour… allez, je vous donne un indice:

… et oui, pour immigrer au Canada! Même pas besoin d’avoir un boulot ou un mari! J’ai longuement discuté avec une conseillère en immigration il y a quelques jours, et elle m’a dit qu’avec un doctorat et le fait que je parle parfaitement français et anglais, je n’aurai absolument aucun problème!

Donc c’est fait, c’est décidé. Ca fait trop longtemps que j’en rêve! J’ai pensé aller vivre en France, mais je n’ai jamais vraiment vécu en France, seulement quelques années quand j’étais toute petite, et il y a vraiment trop de choses avec (sans) lesquelles je ne pourrais pas vivre là-bas, malgré la famille, la bouffe, et la culture (et ceci en particulier). J’ai pensé rentrer vivre en Suisse, où j’ai quand même vécu 15 ans, et j’aime beaucoup la Suisse, c’est sûr. J’y aurais quelques avantages certains, et ma vie serait probablement un peu plus facile qu’elle le serait en France, mais la Suisse a beaucoup changé depuis mon départ (bientôt 10 ans!), et mes parents ne pensent pas rester en Suisse pour toujours, donc bon. En plus au niveau boulot, je suis complètement à côté de la plaque pour les diplômes et tout.

Non, ce que je dois avouer, c’est que je me suis bien habituée à ma vie ici. Certe, la politique me rend folle, et le fait que j’habite en plein milieu d’un champ de maïs vide de toute culture et civilisation n’aide pas. Mais la vie est facile. Les choses marchent, tout est pratique, l’efficacité est reine, le client est roi… Et surtout, surtout, j’ai des droits que je n’aurais jamais en Europe! Ceci-dit, la politique étant ce qu’elle est et le système social étant ce qu’il est, il n’a jamais été question de rester ici pour toujours. C’est pour ça que le Canada me semble être la seule solution: pour moi, c’est le meilleur des Etats Unis et le meilleur de l’Europe. Je sais que rien n’est parfait nulle part et je ne m’attends pas à trouver le paradis, mais je crois que ce pays sera quand même MON petit paradis, mon petit coin de terre où je pourrai vivre le mieux possible et me construire une petite vie sympa. Donc voilà. C’est cher et très long, comme processus (au moins un mois de préparations du dossier et entre six et huit mois jusqu’à la réponse du Canada, le timing est parfait pour la fin de mon doctorat). Mais c’est mon rêve depuis plus de 13 ans… et mon rêve en a marre d’attendre :)

Jeune femme de bonne famille, excellente éducation, un peu folle mais pas trop, distingu�ée, indé�pendante,� excellente cuisinière sans enfants, mais avec deux chats et une voiture, échange nationalités suisse et française contre relation passeport canadien de qualité. Souhaite homme fiable, libre, québecois de préférence, grand, pas blond, chauve si possible, attentionné, intelligent, riche, beau, généreux, parlant espagnol, 20-60 ans, pour plus si affinité mariage immédiat et si possible de courte durée�, dans le confort et l’harmonie. Non-canadiens, et personnes désireuses de fonder une famille, s’abstenir.

Je vous embrasse déjà très tendrement…

… on passe une journée pourrite avec un mal de gorge tel que de parler à ses élèves est un suplice et un mal de crâne à faire pâlir de jalousie les citrouilles d’Halloween…

… et puis on rentre à la maison et il n’y a toujours rien dans la boîte aux lettres électronique… et on se dit que merde, de toutes les manières la vie est pourrite… … et puis que bon, tant pis, on savait que ça n’allait pas nous arriver, ça aurait été trop beau…

… alors on va se faire une grosse soupe et sortir les chats sur le palier et discuter un moment avec le gentil voisin… et puis la soupe est délicieuse et fait tellement de bien… alors on se souvient qu’on a réussi à avoir une autre petite bourse il n’y a pas longtemps, et puis qu’on a réussi à avoir le droit d’enseigner LA classe qu’on voulait enseigner pendant l’hiver et qui est si facile à enseigner qu’elle nous permettra de finir le doctorat l’été prochain… alors on se sent mieux et bien qu’il soit seulement 6 heures et demi du soir, on se dit qu’on va aller se pieuter et bien dormir…

et c’est là qu’on se rend compte qu’on a reçu un email pendant qu’on mangeait la soupe en question, et que l’email dit (on relit bien 20 fois pour être sûre qu’on ne rêve pas): I am pleased to tell you that your proposal has been recommended for funding by our Research Advisory Committee, and that the Board of Trustees has approved this recommendation. The total grant will be [a lot of dollars].”

OHHHHHHHHH C’EST INCROYABLE J’AI REUSSI JE L’AI EUE C’EST UN MIRACLE J’EN REVIENS PAS C’EST PAS POSSIBLE C’EST UN REVE J’AI VRAIMENT REUSSI JE VAIS POUVOIR REMBOURSER MES DETTES JE VAIS ETRE CELEBRE JE SUIS LA MEILLEURE C’EST DINGUE MA RECHERCHE EST IMPORTANTE JE NE SUIS PAS SI NULLE QUE CA APRES TOUT IL Y A DE L’ESPOIR JE VAIS TROUVER UN BOULOUT MAINTENANT C’EST SUR C’EST INCROYABLE C’EST UN MIRACLE!!!!

Merci mille fois du fond du coeur à tous pour vos gentils messages d’encouragement! J’avais peur de devoir vous décevoir, mais visiblement, comme dit mon père, il y a un bon dieu pour les crapules!

CHAMPAGNE POUR TOUS!!!!!!!!!!

J’en peux plus, je suis au bord des nerfs, à bout de patience, prête à exploser!!! Oui je sais, ça fait depuis le 30 mai que j’attends, et 24 heures de plus ne devraient pas faire une grande différence, mais là, franchement, vu l’enjeu, 24 heures d’attente c’est trop!!! Je ne dors plus, je mange non-stop, j’ai envie de frapper mon ordinateur pour que mes emails arrivent plus vite… en bref, je pête un plomb… de plus.

De quoi parlais-je? D’une bourse de recherche. Cette très importante association professionelle offre des bourses de recherche à quelques doctorants chaque année, mais la compétition est sérieuse. Pour des scientifiques, la quantité de dollars offerte serait négligeable, par rapport à ce qu’eux peuvent recevoir, mais pour une linguiste, c’est énorme! Cinq mille dollars! C’est ce que me coûte ma recherche: des milliers de photocopies et de coups de téléphone, $2,000 de traductions, et $1,500 de timbres! Plus des tas d’autres petites bricoles. Et pour le moment, j’ai payé tout ça de ma poche, ou presque (ma carte de crédit, surtout).

Pour avoir une chance de recevoir cette bourse, il fallait écrire un “proposal” d’environ 20 pages, avec des explications sur l’importance du projet, une description de comment ça allait marcher, qui allait participer, quand, comment, où, pourquoi, et ce que ça allait changer dans le monde de la linguistique, et puis un budget détaillé, et des tas de références, et une lettre de ma directrice de thèse, et des tas d’autres trucs aussi. J’y ai bossé vraiment beaucoup. En fait, j’ai écrit le bidule et puis j’ai tout foutu à la poubelle et j’ai recommencé à zéro, même. J’y ai bossé comme une folle pendant mon dernier séjour en France, entre autre, au moment où ma grand’mère mourait et que je voyageais d’un bout à l’autre de la France et que c’était la panique totale. Vraiment, pour de vrai de vrai, je me suis donnée du mal pour écrire ce machin.

Et ça fait depuis le 31 mai que j’attends. Ils ont dit qu’ils donneraient les résultats le 15 octobre, mais le 15, c’était un samedi, donc j’ai eu de l’espoir qu’ils les donnent le 14… et toute la journée j’ai vérifié mes messages chaque minute possible et j’avais du mal à tenir en place au boulot! Je n’arrête pas de me dire que de toutes les manières, il n’y a aucune chance que je la reçoive, cette bourse, parce que j’écris assez mal en anglais et puis mon projet n’était pas tout à fait le genre de projet auquel ils allaient donner priorité cette année… Et cet été, j’ai fait l’erreur de relir ce fameux “proposal” et j’y ai trouvé des tas d’erreurs…

La nuit dernière, je me suis battue contre moi-même pendant des heures, en me disant que si, j’avais une chance, après tout pourquoi pas, non, arrête de rêver, ça marchera jamais, ça serait trop beau, mais si, allez, mon projet n’est pas si nul que ça, faut avoir de l’espoir dans la vie, non, j’ai fait trop d’erreurs, et ce proposal est trop nul… etc. pendant des heures… et finalement j’ai craqué et j’ai relu le bidule. C’est vraiment pas si mal que ça, en fait. C’est vrai qu’il y a quelques erreurs et quelques “loopholes” comme on dit (des trucs vagues et pas très clair et dont j’ai évité de parler parce que je ne savais pas trop quoi dire dessus à l’époque), et puis mes explications se voulaient parfois tellement intelligentes que j’ai moi-même du mal à me comprendre… mais bon, on voit que c’est un projet sérieux, que ce n’est pas du vent, que j’y travaille rapidement et efficacement… Il y a quelques idées intelligentes aussi… Le budget est bien pensé, je trouve…

En fin de compte je n’en sais rien. Je serai dévastée si je ne reçois pas le bidule, ça je sais. Si je le reçois, c’est champagne pour tous! Visiblement, il va falloir que j’attende jusqu’à lundi pour avoir les résultats… et je me sens incapable de faire quoi que ce soit en attendant! Pour la petite histoire, j’ai essayé d’avoir la même bourse l’année dernière, et mon ennemi juré* l’a reçue et pas moi, mais au moins, personne ne savait que j’avais moi aussi fait la demande. Cette année, mon autre ennemie jurée** (j’en n’ai que deux, promis!) a aussi fait une demande… et si elle la reçoit et pas moi ce sera la honte de ma vie et sur les 15 générations prochaines! Et le pire, c’est que ce sera à moi de lui dire félicitations publiquement et devant des centaines de personnes qui savent que j’ai aussi fait la demande! Ohhhh…. je n’oserai plus jamais sortir de chez moi et je démissionerai de mes fonctions de grand chef pour ne pas avoir à faire ça, si c’est le cas…

Ca y est, j’ai pêté un 426ème plomb….

*Ennemi parce qu’il m’a volé mon idée originale, il y a trois ans de ça, et dans le monde de la recherche, ça fait mal, ce genre de truc.

**Ennemie parce qu’elle a trop de succès, c’est pas juste, et puis elle a déjà publié un bouquin alors que j’ai du mal avec mes articles et elle m’a fichu une partie de mon projet en l’air après avoir promis de m’aider si je l’aidais avec son projet à elle, et elle ne m’a pas aidée, mais je l’ai quand même aidée avec son projet…

Deux nuits, deux films, deux pionniers, deux découvertes!

Il y a peut de temps de ça, j’ai écrit un post en réponse au vote italien contre l’avortement et autres … heu… décisions de ce genre. Avec peu de succès et peu de réponses. Le film que j’ai vu ce soir m’a rappelé que les choses ne changent pas aussi vite qu’on le voudrait, parfois, et que certaines idées sont bien gravées dans nos cerveaux depuis des milliers d’années. Les femmes seront toujours les femmes, malgré les révolutions sexuelles, malgré la pilule, malgré les lois, malgré tout ce qu’on peut dire de ce monde moderne. On est peut-être un peu moins coincés à la surface, mais au fond, même au fond de nous, les femmes, on n’arrive pas à admettre certaines choses, à revendiquer haut et fort ce qui nous est dû, à crier nos différences, et surtout à les aimer. Le film que j’ai vu ce soir et que j’ai adoré est Kinsey. C’est l’histoire véridique d’Alfred Kinsey, un professeur de l’université d’Indiana, à Bloomington, effaré par les contrevérités, les mythes, et les explications pseudo-scientifiques et religieusement coincées de son temps concernant la sexualité. Et il décide d’apprendre ce qui se passe vraiment, ce que les gens ont vécu, ce qu’ils pensent, ce qu’ils font aux yeux de tous ou en cachette. Comme Leonard de Vinci, il veut savoir, scientifiquement, comment marche le corps humain. Et bien sûr. il se fait attaquer de toutes parts, et on crie au scandale. A part les trois minutes cuculs de la fin du film, je l’ai trouvé admirable et vraiment fascinant! Cet homme entend des histoires à dormir debout sur les pratiques familiales et religieuses, ces jeunes mariés à qui l’on a raconté des fabulations sur ce qui peut peur arriver d’horrible s’ils ne suivent pas la parole de l’église au mot et à la lettre, ces femmes battues quand elles ont leurs règles, ces homosexuels attaqués par des meutes qui n’ont qu’un mot à la bouche: Dieu, et qu’une émotion dans le coeur: haine. Et bien sûr, quand il parle de la sexualité masculine, il ne se fait pas toujours bien voir, alors qu’il est le pionnier de tout ce qui est éducation sexuelle et connaissance de la psychologie et physiologie sexuelle. Mais quand il parle de sexualité féminine, alors là, c’est la goutte qui fait déborder le vase et on le lui fera payer jusqu’à sa mort.

J’ai toujours rêvé d’être un génie, un génie incompris avec plein de sous! Je rêve d’avoir des idées et surtout de ne pas avoir peur de les essayer, de me lancer à l’aventure, de rentrer dans le lard des gens qui ont peur, d’oser tout, de crier que j’ai raison, de faire avancer le monde, de changer la vision que les gens ont de leur vie, de faire une différence, comme on dit en anglais. L’autre pionnier extraordinaire que j’ai découvert hier soir, c’est Howard Hugues, dans The Aviator. Celui à qui l’ont doit de pouvoir voler si facilement d’un continent à un autre, celui qui a permi la télévision en directe, celui qui a inventé les hélicoptères, à qui les météorologues peuvent dire merci à chaque fois qu’ils voient une tornade arriver, et… heu… celui qui a aussi inventé les bombes téléguidées et autres charmantes petites inventions de ce genre affectionnées par les militaires. Un type scandaleux lui aussi, abracadabrant, excessif, mais stupéfiant d’intelligence et de vision, qui a poussé les limites de la technologie d’une façon hallucinante. Bien sûr, il a l’argent, et le temps pour en faire ce qu’il veut. Il mène une vie déplorable, couche avec Ava Gardner et Katherine Hepburn, se shoot aux anti-douleurs, s’acoquine avec la CIA, dépense des millards en pacotilles… et comme avec Kinsey, on crie au scandale et on l’attaque de toutes parts. Mais comme Kinsey, c’est un homme extraordinaire, hors du commun, sans qui le monde serait bien différent aujourd’hui! Et le film lui rend bien homage. C’est un de ces films où l’on est parfois mal à l’aise pour le héros quand il devient un anti-héros dont on hait les faiblesses, un de ces films qui ne montre pas entièrement la réalité douteuse du personnage mais se concentre sur son génie, sa créativité, sa vision, sa force, son ambition, qui ne faillira pas un instant, et surtout, ses rêves, qu’il n’abandonera jamais.

Parce que c’est de ça dont on a besoin, nous, aujourd’hui. De cette force et de ce courage, de cette volonté de changer le monde, et de cette inspiration qui guide nos rêves les plus fous sans jamais tarir.

Le blog de Samantdi je le visitais souvent mais j’y laissais rarement des commentaires. Il m’intimidait. J’adorais lire ces histoires sur ses élèves et ses confitures, mais il faut que j’avoue que j’ai toujours eu peur de tout ce qui se rattache de près ou de loin à la littérature française. Ah la honte! Avec un père prof de français, des grands’parents qui ont dû lire tout ce qui a jamais été écrit, un frangin qui cite Kafka et Jung plus vite que son ombre… Je suis terriblement nulle en français et effroyablement ignorante en littérature française! C’est pour ça que les gens qui écrivent bien m’intimident, et quand en plus ils parlent de littérature, je suis anéantie par mon propre analphabétisme.

Quelle ne fut donc pas ma surprise quand, quelques heures à peine après avoir écrit un petit post quelconque sur mon amour de l’architecture et en particulier des ponts, j’ai reçu un très gentil message de Samantdi, m’invitant à la retrouver à Toulouse pour qu’on aille ensuite visiter le fameux viaduc de Millau! Message avec dates, horaires de trains, et cartes à l’appui! Hein? Quoi? Qui? Moi??

Moonliza m’ayant aussi envoyé une invitation, j’ai pris la décision qu’il fallait, en jeune fille avisée et tête en l’air que je suis: j’allais faire un voyage de trois jours pour aller à Montpellier, Millau, et Toulouse, et rencontrer deux charmantes bloggeuses, l’une timide mais chère amie depuis longtemps, l’autre célèbre, mais encore peu connue. Les aventures de Montpellier et de Millau, on les connaît. Bien moins connues sont mes aventures après Millau et jusqu’à Toulouse! Lecteur bien-aimé, va te chercher un carré de chocolat (ou deux) avant de continuer ta lecture, tu en auras besoin!

Imaginez mon appréhension: j’allais rencontrer Madame Littérature Française, Madame Confiture, Madame Ecrivaine de Talent, Madame Prof Adorée, Madame Très Célèbre! Heureusement, je savais que j’avais une alliée précieuse et choupinette qui m’attendrait à Toulouse: Bagheera! Sosso et Calinette m’avaient chargée de lui faire tout plein de gros calins, et comme on savait que Bagheera n’était non pas littératurophile mais seulement papivore, mon appréhension de rencontrer Samantdi a fondu pour n’être remplacée que par la joie de rencontrer la gentille maîtresse de Bagheera et de faire un gros calin à cette dernière.

Comme avec Moonliza, le séjour a été trop court. La visite extraordinaire du Larzac avec Samantdi et son ami Baptiste, guide talentueux et fort érudit, les crêpes délicieuses et les vieilles pierres impressionantes de la Couvertoirade, les vues spectaculaires sur le Cirque de Navacelle, les discussions animées sur la constitution, et les zig-zags étourdissants dans la montagnes recouvertes de genêts, de bleuets, et de coquelicots, n’étaient que le prélude d’aventures encore plus surprenantes! La rencontre de Coloc et de Bagheera la jolie chipie, ainsi que la préparation d’une petite fête post-referendum, se passèrent sans incident notable, à part les rigolades et l’ambiance fort sympatique. L’arrivée de Xiaojie, bloggeur toulousain lui aussi, avec sa crème au chocolat qui en valait le détour, a encore bien aidé la soirée à bien continuer de se préparer! La préparation de petits toasts, et l’arrivée d’une quiche parfaite, de vins délicats, de délicieux cakes, du foi gras maison de la maman de Samantdi, et d’invités fort sympatiques, fascinants, et insolites, ont aussi contribué à rendre le petit appartement chaleureux, joyeux, captivant, enivrant, bruyant, convivial, et décidemment très accueillant! Et finalement, l’annonce, triste pour certains et heureuse pour d’autre, du resultat du referendum, n’a fait qu’aviver les esprits, couler le vin, ranimer les appétits, et délier les langues!

Samantdi, Coloc, et Bagheera ont été des hôtes charmants, drôles, intéressants, excellents cuisiniers, sympatiques, généreux, et que j’ai été sincèrement triste de quitter si tôt. Samantdi ne m’a même pas demandé quel était le prénom de la femme illégitime de Stendhal avant de m’autoriser à entrer chez elle, et ne m’a pas forcée à lire tout Balzac avant le dîner. Ces quelques heures à Toulouse, comme celles à Montpellier et à Millau, auront été mémorables, remplies de chaleur, de joie, d’amitiés, de nouvelles rencontres, de souvenirs fabuleux gravés à jamais! J’espère seulement qu’un jour, j’aurai le plaisir de faire passer d’aussi bons moments à tous ces gens qui ont rendu mes trois jours dans le sud de la France inoubliables!

En ce moment, j’ai besoin d’air, de nouveaux horizons, de nouveaux visages, de nouvelles odeurs, de nouvelles couleurs. Et puis j’ai besoin de faire quelque chose de différent, aussi, quelque chose qui n’a rien à voir avec la linguistique, ou les statistiques, ou les questionnaires, ou les doctorats. Besoin de rêver, en fait, ça fait longtemps que je n’ai pas accompli de rêve et que mes rêves sont enfermés bien profondément, trop loin de mon coeurs pour me blesser, trop loin de ma tête pour y penser, mais toujours trop près de moi pour les oublier.

Quand j’étais jeune, je voulais devenir architecte. Pas comme on veut devenir pompier, hein, mais une vraie architecte, avec le casque sur la tête pour aller visiter les chantiers, ces longs rouleaux de plans biscornus et délicats à la main, et des visions de ponts fantasmagoriques, d’immeubles rocambolesques, et de villes inconcevables. En fait, je voulais devenir architecte civile, parce que les ponts ont toujours été quelque chose de très spécial pour moi, peut-être comme des ponts entre ma réalité et mes rêves, mon enfance oubliée et mon futur entrevu, ma fragilité cachée et ma force extérieure. Les ponts, pour moi, sont plus extraordinaires que des concordes, des voyages sur la lune, la découverte de l’atom, ou le dernier vaccin.

Je n’ai jamais pu résister devant l’histoire d’un pont ou d’une construction faramineuse ou hasardeuse. J’ai raté des cours, des examens, des présentations de conférences pour pouvoir tout apprendre sur les échecs, les embûches, les calculs, les accidents, les périls, et le travail incroyable non seulement de ces architectes audacieux mais aussi des travailleurs téméraires exécutant les plans d’un autre, ceux dont on parle moins mais dont le labeur est la pierre de voûte de tout rêve d’architecte.

Mon rêve d’aujourd’hui, juste devant le viaduct de Millau, c’est Kansai, et le Japon. Le Japon pour sa nourriture que chaque cellule de mon corps réclame à grand cris, et Kansai, parce que c’est un miracle architectural qu’il me tarde de voir. Conçu par celui qui a osé imaginer le Centre Pompidou, cet aéroport est particulier parce qu’il a été construit sur une île créée juste pour lui. Je veux voir le terminal le plus long du monde, les attérissages au bord de l’eau, les souterrains mystérieux, les colonnes qu’il faut agrandir régulièrement pour compenser l’île qui s’enfonce trop vite, les fuites qu’il faut colmater, la construction de la deuxième île, les alertes de tremblements de terre, les typhons, les systèmes de navettes, de bus, et de trains comme on n’en voit qu’au Japon, les créations étranges suspendues au plafond, et mon billet d’avion avec “DTW to KIX” écrit dessus.

Je déteste prendre l’avion. J’ai une hantise des aéroport qui surpasse même celle du céleri en branche et de la réglisse, et c’est pas peu dire! Mais peut-être que d’avoir ce billet d’avion dans les mains changerait ma perspective, me ferait courir dans l’avion, et me permettrait enfin d’aimer être dans un aéroport! Et peut-être que d’emprunter le pont qui relie Kansai à Osaka donnerait enfin une explosion de goûts, de sons, et de couleurs à ma vie, de nouveaux horizons à mon coeur, et des ailes à mes rêves…

Automne 2001, je finis ma thèse de maîtrise et je me prépare pour la suite. Mais quelle suite? Telle est la question. Comme je suis une étudiante professionelle, je me dis que je ne peux faire qu’une seule chose: continuer mes études! Alors je commence à envoyer des dossiers de candidature à plusieurs universités… mais en fait, je ne finis qu’un seul dossier, celui pour Purdue. Pas envie d’aller en Ohio, New York me snob et me demande de repasser le TOEFL alors que ça fait trois ans que je suis prof de TOEFL et quand je le repasse avec 298 (sur 300) je me trouve trop bien pour eux, la Californie c’est pas un bon programe, et le Canada c’est trop compétitif… donc il ne me reste que Purdue. Et je stresse à mort: que ferai-je si Purdue ne m’accepte pas?!

Février 2002, je craque. Je téléphone à Purdue un matin à 7 heures (mais avec le décalage horaire ça marche juste) et je les implore de me dire si j’ai été acceptée. La secrétaire me dit qu’elle vient de mettre la lettre d’acceptance à la poste! Et puis là, la panique: mon Dieu, moi?? faire un doctorat?? mais je suis folle!!! Et d’abord c’est où Purdue?? Ah en Indiana? C’est où l’Indiana??!! Holly cow!!! Que puis-je faire d’autre? Je ne m’en sortirai jamais! Je suis trop nulle! Il faut que je trouve un appartement! Il faut que je pense à mon déménagement! Il faut que je trouve un boulot de prof aussi pour payer mes études! Il faut que je quitte mon boulot que j’adore et mes élèves chéris et mes profs adorés. Je vais quitter l’Utah, après plus de six ans… je commençais à m’y faire… en fait j’étais très bien ici… … ma petite maison était si chouette… …

Avril 2002, je “défends” ma thèse avec succès. J’aime ça, être une star! Et puis je commence à chercher des déménageurs. Avec un peu de chance, je pourrai bosser encore pendant tout l’été, envoyer tous mes cartons et meubles dans un camion deux semaines avant mon départ, et puis quitter l’Utah avec ma voiture le dernier jour du semestre, rouler deux jours, arriver en Indiana dimanche soir, et commencer les cours et le boulot lundi matin. Alors je cherche sur internet: tant de pieds cubes de meubles et de cartons, tant de miles entre l’Utah et l’Indiana, tant de jours, tant d’argent! Je compare, je trifouille, je téléphone un peu partout, et je finis par choisir un déménageur pas trop cher et qui a l’air pas mal. Quand il faut faire un “deposit,” sa machine à carte de crédit ne marche pas mais je peux envoyer un chèque, ouf! Tout va bien, le camion sera là 2 semaines avant la fin du semestre et arrivera en Indiana au même moment que moi. Je pourrai donc quitter mon appartement exactement à la fin du mois de juillet et vivre quelques jours chez des copains jusqu’à la fin du semestre.

Fin juillet 2002, jour-J, j’attends le camion. Mes cartons sont faits, et le camion doit arriver à 10 heures du matin. J’attends. J’attends. Je dois aller bosser et le camion n’est toujours pas là. Je rentre du boulot et le camion n’est toujours pas là. J’essaye d’appeler et personne ne répond, il est trop tard, et le lendemain c’est samedi, personne ne travaille! Je panique. Je dois avoir quitté l’appartment avant mardi. Où est le camion? Où est mon argent? Que vais-je faire de mes affaires si le camion ne vient pas?? J’ai la flemme de défaire mes cartons alors je vais m’acheter un drap et une chemise pour le lendemain… et puis je téléphone à ma soeur qui se lance à la trace du-dit camion… Mauvais week-end!

Lundi matin, verdict numéro 1 de la compagnie de transports: le camion ne pourra pas venir, en fin de compte, et non, il n’y aura pas de remplacement et de toutes les manières on ferme boutique, au revoir madame, ce numéro de téléphone n’existe plus, votre correspondant a mis la clé sous le paillasson! Verdict numéro 2 de la soeur: la compagnie de transport en question est sur la liste des déménageurs malhonnêtes de Floride, quand les gens sont riches ils vont prendre leurs affaires et ne les rendent que si on paye une rançon faramineuse ou bien ils vendent tout simplement les affaires des gens… Quand les gens sont pauvres (comme moi, Dieu merci), ils prennent seulement les chèques de “deposit” et ne se donnent pas le mal d’aller chercher les 3 meubles minables et invendables. Verdict numéro 3: mes très chers élèves, à qui j’ai raconté mon histoire au bord des larmes et un peu stressée, décident de m’aider. Toute la classe arrive chez moi, refait les cartons, nettoye la maison, transporte toutes mes affaires chez une élève qui a une grande maison, y passe la journée et la moitié de la nuit, et le lendemain, l’appart est quitté en bonne et dûe forme avec le proprio!

Première semaine d’août, bilan du désastre: je suis une vraie conne de m’être fait avoir comme ça, il faut que je loue un camion et le conduise moi-même avec mes affaires à travers tous les Etats Unis et avec ma voiture attachée derrière, je dois continuer à bosser jusqu’à la fin du semestre, je dois fermer mon compte en banque avant que la “compagnie de déménagement” lave mon chèque et en ré-écrive un pour des milles et des cents, j’ai perdu de l’argent, du temps, de l’énergie, le camion va être très très cher, et vraiment, je suis une vraie conne! Trouver un camion n’est pas si difficile, et heureusement, ma soeur et ma tata viennent à ma rescousse et on va conduire le camion ensemble. Par contre, conduire un gros camion de déménagement à trois prend plus de temps que de conduire une voiture vide toute seule, et donc je dois quitter mon boulot avant la fin du semestre, payer quelqu’un pour faire passer les examens à mes élèves, les corriger, et calculer les notes finales de mes élèves pour moi. Encore de l’argent perdu! Et beaucoup de stresse!

Epilogue: Que c’était triste de quitter mes élèves en ce mardi après-midi où nous sommes toutes les trois parties dans notre gros camion (rempli bien sûr par ces élèves)! Qu’est-ce qu’on a rigolé dans ce camion pendant quatre longs jours à travers l’Utah, le Wisconsin, le Nebraska, l’Iowa , l’Illinois, et l’Indiana! Que mes élèves, mes amis, ma tata, et ma soeur ont été chouettes de m’aider avec tout ça, sans eux j’aurais bien été dans la merdouille! Qu’il y été bon de recevoir une lettre de ma banque d’Utah, deux mois plus tard, disant qu’après une investigation (que je n’avais même pas demandée!), ils avaient décidé de me rembourser le montant du chèque piqué par la compagnie de déménagement! Qu’il a é