hautes études


Vous savez combien c’est agréable, quand on visite un pays étranger (disons la Finlande), de rencontrer quelqu’un qui parle sa langue maternelle! Alors qu’on ne serait même pas donné l’heure si on s’était rencontrés dans l’ascenseur dans son pays d’origine, soudain, ce compatriote devient notre meilleur ami en Finlande! C’est un peu ce qui s’est passé ces derniers jours pour moi. Non, je n’ai pas rencontré de français (ouf ;) ) mais plutôt des gens qui parlaient enfin ma langue… une langue que je parle depuis seulement sept ans mais que je n’ai pratiquement pas pu utiliser depuis mon arrivée au Canada…

Avant de vous expliquer ce qui s’est passé ces derniers jours de si important, il faut que j’explique ce qui s’est passé à mon boulot depuis quelques mois. D’abord, je n’ai pas été engagée pour faire le travail pour lequel j’ai été préparée pendant ces longues années d’études, mais c’était quand’même dans un domaine qui m’intéressait. En plus, lors de mon entretient d’embauche, on m’a fait beaucoup de promesses qui m’ont parues alléchantes. Je me suis dit qu’on m’offrait la chance de créer un peu mon job idéal et qu’au fil du temps, mon job se rapprocherait de plus en plus de ce que je voulais vraiment faire. Donc j’ai accepté (sinon ça aurait été Chicoutimi ou Tallahassee).

Dès le départ, je me suis trouvée face à des gens vraiment sympas mais qui ne connaissaient rien à ce que je faisais. Je me serais retrouvée dans le département de physique que ça aurait été pareil! Dans mon département, personne ne connait rien à la linguistique, ni à la linguistique appliquée, ni à mon domaine précis (teacher education), mais pire encore, personne ne connait rien au domaine dans lequel je dois travailler au jour le jour. Je dois changer l’organisation de certains cours alors que je ne connais pratiquement rien sur ce genre de cours, et les gens qui enseignent ces cours et que je dois « guider » n’ont aucune connaissances théoriques du chmilblick!

Donc depuis quelques mois, je lis avidement tout ce que je peux trouver sur le sujet pour savoir ce que je dois faire pour améliorer ces cours et c’est passionnant mais ce n’est pas « mon truc. » Le problème avec ça, c’est que je suis devenue une experte avec « mon truc, » le sujet de ma recherche de thèse de maîtrise et de doctorat (sept ans d’études là-dessus!), que je suis connue par beaucoup de monde grace à ces projets de recherche, et qu’on ne devient pas experte dans un nouveau domaine en lisant trois bouquins sur le sujet.

La question brûlante et qui m’a vallue beaucoup de nuits d’insomnie, était donc: est-ce que je continue à faire des projets de recherche dans MON domaine, ou bien est-ce que je me lance dans un sujet complètement nouveau pour moi (très intéressant mais auquel je ne connais rien)?

Les avantages et inconvénients de continuer dans mon domaine sont: 1) c’est très « distant » de mon travail et c’est donc difficile de rester en contact avec les autres experts dans le même domaine; 2) je dois quand’même continuer à faire mon travail et donc devenir une semi-experte dans ce domaine aussi ce qui fait que j’ai moins de temps pour ma recherche; 3) je n’ai pas besoin de recommencer à zéro pour faire ces projets puisque je connais la théorie et les gens qui vont avec; 4) si un jour je veux changer de boulot et retourner dans « mon domaine, » je n’aurai pas perdu le contact avec les autres experts et j’aurai continué à publier dans ce domaine.

Les avantages et inconvénients de commencer à faire de la recherche sur un nouveau sujet sont: 1) je ne connais rien à rien et avant de pouvoir faire des projets de recherche qui soient valables et publiables, ça va prendre un moment; 2) ça serait difficile de faire « demi-tour » si un jour je change de boulot puisque les gens dans « mon domaine » n’auront plus entendu parler de moi depuis un moment; 3) c’est un sujet très « nouveau » et qui ouvre la porte à beaucoup de projets intéressants et vraiment uniques.

Finalement, au boulot, les belles promesses faites lors de mon entretient d’embauche n’étaient que ça, des belles promesses, et je me sens coincée dans une trappe à rats. Je ne vois pas d’ouverture possible, de changements à l’horizon, de possibilité de faire un jour ce que je veux vraiment faire… Et après de longues discussions ces derniers jours avec des gens qui SONT, eux, dans mon domaine, qui savent de quoi je parle, qui connaissent bien mon travail et ma recherche, (des profs dans d’autres universités canadiennes et américaines), j’ai pris deux décisions importantes pour mon futur professionel:

1) Je continue dans ma recherche, parce que peu de choses ont été faites à ce sujet au Canada et que donc j’ai encore des tas de projets possibles et intéressants devant moi;

2) Je me donne encore un an, au travail, pour voir si la situation s’améliore ou reste la même, et si non, je cherche un nouveau boulot. J’ai bien vérifié si de changer de boulot ça donnerait une mauvaise image de moi, mais visiblement, pas du tout, la plupart des gens prennent le boulot qu’on leur offre à la fin de leurs études parce qu’ils ont besoin d’un boulot et trouvent (encore) mieux au bout d’un an ou deux.

Mon job est intéressant et sympa, je ne me plains pas. Ce qui est vraiment difficile, c’est de n’avoir personne avec qui pouvoir en parler pour être sûre que je ne fais pas n’importe quoi, et ça va être doublement difficile de faire de la recherche dans un domaine encore plus inconnu au bataillon et puis de naviguer en même temps sur deux océans différents… Mais le jeu en vaut la chandelle, parce que merde, après tout, je suis une célebrité dans le monde entier (dans mon domaine, hein) et je n’ai pas envie de laisser tomber tout ça!

Ouf, je vais enfin pouvoir dormir tranquillement!

Bon, ça fait plus d’un mois que je suis employée à plein temps et ça fait une semaine que j’enseigne l’anglais à des morveux qui n’en ont déjà plus rien à fiche, il est grand temps que la retraite arrive! Nan mais c’est vrai, y’en a marre de ce boulot!

Hier, je me disais que j’aurais bien recommencé un doctorat. Sérieux, c’est super cool d’être étudiant en doctorat, on fait à peu près ce qu’on veut quand on veut, on a des dates limites, des gens qui vous disent quoi faire et comment et quand et qui vous donne plein de compliments, un p’tit boulot pas stressant et sans responsabilité à côté pour pas crever de faim, des buts, des succès rapides et faciles, et personne ne s’attend vraiment à ce qu’on fasse des miracles.

Maintenant, tout le monde s’en fout de si je vais au bureau ou pas, tout ce que je dois faire c’est publier publier publier publier publier publier publier, il n’y a aucune échéance, pas de succès faciles, pas de A, pas d’explications mais des mégatonnes d’expectations très vagues, et rien que nous en face de nos p’tains d’articles à se demander quand vient la retraite. C’est IN-SU-POR-TABLE!

Je me suis foutu le dos en l’air, je ne sais pas comment, et j’ai une infection à la jambe. Alors je vais pas au boulot demain. Ah, tout le monde s’en fout? C’est bien ce que je pensais. Je ne pourrai même pas dire « désolée madame, j’ai pas pu faire mes devoirs parce que j’étais malade. » Non, tout le monde s’en fout. Je peux très bien bosser à la maison en plus, ce que je n’ai pas du tout envie de faire. Mais même si je le fais pas, tout le monde s’en fout.

Je n’arrive pas à accepter cette « plate infinitude » de ma vie devant moi. Je n’arrive pas à accepter que dans 10 ans, 20 ans, 30 ans, je serai toujours en train de faire la même chose que ce que je fais aujourd’hui. Elèves, articles, élèves, articles, élèves, articles, élèves, articles… ad perpetuum… ad nauseum. C’est tout, c’est ma vie, et ça ressemble à l’encéphalogramme d’un homme mort. Y’a plus rien d’autre. Plus d’examens, plus de cérémonies de graduations, plus de profs chiants, plus de devoirs à rendre mardi sinon on est mort, plus de copains pour rigoler pendant les cours, plus de procrastination éhontée, plus d’inscouciance.

Je crois que je vais commencer un doctorat en chimie organique.

Depuis que je suis arrivée à Granbled il y a quelques semaines, j’ai souvent souhaité avoir un enregistreur attaché au cou 24 heures sur 24 pour réussir à me souvenir de tous ces « moments bloggables » et surtout de tous ces moments géniaux, difficiles, hilarants, tristes, et tellement uniques dont j’aurais tant voulu me souvenir.

Les deux semaines avec mon petit frère sont passées trop vite! On a tellement travaillé, acheté, monté, démonté, roulé, sué, mangé, visité, cherché, papoté, argumenté, et rigolé, qu’on ne peut résumer tout ça qu’avec ces mots: tu nous manques, Nils, à moi et aux chatounes et à mon appartement et à Ikéa ;)

Notre retour aux Etats Unis jeudi soir a été plutôt difficile à cause des embouteillages terribles (même sur la Lake Shore Avenue qui ne voulait plus nous laisser rentrer sur l’autoroute) et les averses dignes de Noé. D’accord, on n’avait pas une Calinette qui faisait la gueule, pleurait non-stop, et jouait au tyran avec Sosso, ni une Sosso terrorisée dans mes bras, cette fois-ci, mais quand même, six heures pour arriver à Ann Arbor c’était beaucoup! Heureusement que le douanier ne s’est pas demandé pourquoi deux personnes du même nom de famille et n’habitant pas du tout dans le même pays pouvaient être de deux nationalités différentes.

Bref, tout ça pour dire qu’il était bien décevant de ne pas trouver à notre arrivée un petit nouveau-né… Mais cela nous a sûrement permis de dormir quelques heures, c’est déjà ça de gagné!

Repartis à 7 heures du mat’ d’Ann Arbor, la suite du voyage jusqu’à Lafayette a aussi été longue et pénible, mais sans aucune raison, cette fois, à part notre ennui. A l’arrivée, nous sommes directement allés manger à Khana Khasana, mon restaurant indien favorit, pour nous reposer l’esprit et nous remplir l’estomac avant d’entreprendre de nouvelles aventures! Ah que ce restaurant va me manquer!

Le reste de l’après-midi s’est passé sur le campus à aller à la pharmacie pour profiter une dernière fois de l’assurance de Purdue, visiter le Elliot Hall of Music où allait se passer la cérémonie du lendemain, chercher un permis spécial pour se garer, louer et essayer la robe noire avec la longue cape bleue et jaune et le chapeau carré, acheter des « wipes » et autres trucs qui me manquent déjà tellement au Canada à mon Target préféré (et aussi un joli rideau de douche pour Nat qui s’est occupé des chatounes pendant mon absence), prendre possession de notre petite chambre d’hôtel où le pauvre Nils allait devoir dormir illégalement sur son lit gonflable, et surtout, surtout, retrouver les parents bronzés mais piqués et que je n’avais pas vus depuis plus d’un an! Manger ensemble (un blooming onion et des cheese fries, miam!!) à Outback comme nous l’avions fait lors de ma graduation en Utah six ans plus tôt était un moment très spécial, sauf qu’il manquait Cath et Annie, cette fois, et surtout mon Papy et ma Mamie chéris qui nous font bien du soucis en ce moment et à qui on a beaucoup pensé.

Ecouter ma radio préférée dans la voiture, faire un tour de la ville et du campus avec la famille, leur faire visiter mon petit champ de maïs, revoir la Wabash, pouvoir enfin respirer sans cette humidité horrible de Granbled, et revoir quelques amies a aussi été vraiment agréable… et un peu triste aussi…

Samedi? Je dois avouer que c’était en même temps très spécial et un peu décevant. Déjà, j’avais oublié d’acheter des épingles à cheveux pour faire tenir mon chapeau donc on a dû se lever très tôt pour aller en acheter en vitesse. Ensuite, alors que j’aurai aimé aller faire une photo « officielle, » Nils s’est rendu compte qu’on avait oublié le permis spécial qui me permettait de me garer juste à côté du Elliot Hall of Music, et on a dû retourner à l’hôtel. Bref, on a juste réussi à faire quelques photos (sans la jolie cape, domage) avant que Nils me conduise à l’endroit où je devais me rendre pour rejoindre la procession d’élèves graduants et que la cérémonie ne commence.

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La cérémonie elle-même était sympa mais un peu nunuche et de loin pas aussi chouette que ce que ça avait été en Utah. Il n’y avait pas de discours offert par une célebrité (à BYU on avait eu Jehan Sadat (femme de feu Anwar al-Sadat) et Roderick Paige (secretary of Education), quand même), et le président de Purdue n’est pas quelqu’un que j’aime beaucoup (heureusement, je viens d’apprendre qu’il prendra bientôt sa retraite). Mais bon, de monter sur la scène avec tous les doctorants, d’entendre mon nom (bien prononcé, bravo, et je ne savais pas qu’on disait Mahéilia Jackson), de recevoir ma cape et mon (moche) diplôme, c’était quand même un moment spécial et rempli d’émotions.

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Les doctorants, en robes noires et velour étaient appelés par leurs noms et recevaient leur cape (toutes de la même couleur) et leur vrai diplôme avec plein de serrements de mains de gens importants (dont le président de l’université); les « masterants » (MA, MS, MBA), en robe noire avec des longues manches et une petite écharpe aux couleurs de leur « faculty, » étaient aussi appelés par leurs noms et recevaient un « diploma cover » (truc pour mettre leur diplôme mais vide (ils recevraient leur diplôme par courrier quelques semaines plus tard) avec un serrement de main de quelqu’un d’un peu important; et les « bachelorants » (BA, BS), en robe noire toute simple (seule la couleur du petit pompon du chapeau indiquait leur spécialisation) voyaient leurs noms défiler sur un grand écran et défilaient sur la scène pour recevoir leur « diploma cover » en serrant la main de quelqu’un de pas très important.

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Ce qui était sympa, c’est que l’audience n’avait pas le « droit » d’applaudir à l’annonce de chaque nom, mais la famille et les amis de ceux qui étaient appelés criaient quand même souvent un petit quelque chose à chaque fois et j’ai eu droit moi aussi aux applaudissements de quelques personnes, dont mon pôpa, ma môman, et mon petit frangin en costard-pas cravate-baskets! C’était chouette :)

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Après la cérémonie, on a pris quelques photos pas géniales du tout (sorry, j’ai même dû en trafiquer quelques unes) et puis il a fallu rendre la robe, la cape, et le chapeau avant d’aller faire une longue sieste à l’hôtel (dont la clim faisait un boucant d’enfer) avant d’aller dîner à Khana Khasana pour que les parents fassent la connaissance de mon restau préféré.

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Le retour de Nils et moi le lendemain jusqu’à Ann Arbor a de nouveau été pénible, surtout que la radio de ma voiture semblait mal marcher et la cassette qui me permettait d’écouter mon iPod semblait foutue… et en plus, aucun nouveau-né ne nous attendait… Après avoir déposé Nils et bu un double cappuccino, je suis repartie, seule cette fois, pour Granbled, et là, tout c’est bien passé, d’autant plus que j’ai capté une station de radio sympa pendant plus d’une heure, qu’ensuite, la cassette de mon iPod a bien remarché, et qu’il n’y a eu aucun embouteillage ni pluie diluviene! En quatre heures, j’étais dans mon nouveau chez-moi, seule avec mes chatounes (heureuses de me revoir!!) pour la première fois!

Demain, le travail recommence et les parents débarquent… Pfiou, quel été plein d’aventures!

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Le temps me manque pour tout raconter dans les détails, il faut déjà que je fasse mes valises pour partir quelques jours à Granbled trouver un appartement! La maison est sans dessus-dessous, on n’a pas l’habitude de s’y entasser à 5 et demi (trois filles, 1/2 piti garçon, et deux chatounes)! Mais les souvenirs de ces derniers trois jours seront innoubliables et je pense que peu de thésardes on été autant gâtées et entourées et encouragées par la famille et les amis du monde entier que je l’ai été. Il n’y avait même pas assez de place dans la « salle de conférences » pour que tous mes amis puissent m’écouter radoter sur ma thèse! Heureusement que la place sur mon blog ne manque pas ;)

Je quitte donc mon champ de maïs pour quelques jours… mais j’ai bien l’intention d’emporter mon ordinateur avec moi à Granbled et de continuer à papoter sur ces pages! Et puis j’espère arriver à recevoir mon permi de travail lors de mon passage à la douane vers le Canada! Et à trouver un appartement (avec un balcon pour les chatounes)!

Dès mon retour, je répondrai à tous les gentils messages et emails que j’ai reçus ces derniers jours et j’enverrai des tas de cartes postales pour mon dernier concours. Et si quelqu’un veut une carte de Granbled, qu’il/elle le fasse savoir.

Voili voilà, mes valises m’attendent et la smala est en train de « ranger » la baraque donc il vaut mieux que j’aille y jeter un oeil, sinon je ne retrouverai plus jamais rien! Encore mille fois merci à toutes et à tous pour vos gentils messages et encouragements :) Et à tout bientôt à … Granbledronto ;)

has finally arrived!

Alors qu’il m’a fallu deux ans pour enfin terminer ma thèse, ce crétin de petit questionnaire débile auquel j’ai répondu pour me reposer l’esprit me répond que je devrais faire des études pour recevoir un doctorat en j’sais-pas-trop-comment-on-dit-en-français parce que je suis une grande penseuse (c’est vrai, je pense beaucoup à la glace au caramel) et une vraie philosophe (ma philosophie de la vie: eat, sleep, and spend money), et que je serais une professeure ou écrivaine talentueuse (ah ben ça c’est vrai, pour écrire des bêtises je suis la reine)!

:lol: NON MAIS CA VA PAS ZE HEAD?!!!! :lol: Un doctorat ça me suffit, merci!


You Should Get a PhD in Liberal Arts (like political science, literature, or philosophy)


You’re a great thinker and a true philosopher.
You’d make a talented professor or writer.

PS. Demain, quand j’aurai fait la vaisselle, rangé la baraque, fait la lessive, fait les courses, fait à manger pour la smala qui débarque, et bossé sur ma présentation pour mardi, je posterai les photos de mon voyage :)

La petite Tèzalacon est enfin née, en ce joli lundi après-midi, à 3:58 PM Eastern Time et 96 degrés Fahrenheit, à Troupurdue, dans la région de Chandmaïs! Elle pèse 1 lb et 325 pages, et fait 11,5 inches de long, 1,75 inches de haut, et 8 inches de large! La maman et le bébé se portent bien, même si la naissance a été longue et douloureuse (en particulier pour le compte en banque à cause des $122.91 de photocopies (et ce n’est qu’un début), les maux de dos et de poignets causés par un labeur intensif (on a évité les forceps de justesse!), et les aigreurs d’estomac dûes à trop de pizza froide). Quant à Apple Senior, le papa, il est mort (mais on connaît déjà le remplaçant … mouahahah).

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Bienvenue dans le monde, Tèzalacon!

Impossible d’écrire plus de deux mots à la suite sans hurler de douleur: mon épaule, coude, poignet, et même mes doigts ont abdiqué, j’ai l’impression d’avoir des aiguilles dans les muscles, des bleus sur chaque centimètre de peau, des fourmies qui s’amusent dans mes doigts, et du jus de navet à la place des os. En gros, j’ai l’impression de m’être fait massacrer tout le côté droit à la batte de baseball! Même une nuit de repos n’a pas amélioré ze situation.

Merde.

Toc toc, ici Sosso, la Sosso chérie de miss lulu qui vous parle. Je prends la plume pour vous donner quelques nouvelles, parce que je m’ennuie. Miss lulu est trop occupée et ne joue pratiquement plus avec Calinette et moi. Elle travaille sur sa thèse, s’ennerve souvent et pleure de temps en temps, mais il suffit qu’elle ouvre son blog et lise vos posts pour retrouver le sourire.

Calinette et moi, on essaye aussi de l’aider le plus possible et de lui faire tout plein de calins (et d’ailleurs je ne comprends pas pourquoi ça fiche miss lulu en rogne que dans ma gentillesse infinie, je me couche sur son clavier pour la forcer à se reposer un peu, je saute joyeusement sur son bureau en faisant voler tout ce qu’il y a dessus pour lui faire un gros bisou, ou je m’endorme dans ses bras pour que mes ronronnement la relaxent…)…

Bon, comme miss lulu vous dit toujours des méchancetés sur nous deux, je sens que vous ne me croyez pas quand je dis qu’on travaille fort pour aider miss lulu, alors je vous envoie quelques photos à l’appui qui je l’espère vous convaincront!


Là, on voit Calinette, qui essaye de rappeler à miss lulu que le travail repos c’est la santé!


Là c’est moi, attendant patiemment que miss lulu veuille bien ouvrir son ordinateur parce que dormir sur le clavier c’est quand même vachement plus confortable!


Là c’est Calinette qui a décidé de faire la grève de la faim des batailles avec moi tant que miss lulu refuse de jouer avec nous!


Là c’est moi, en train de faire la zouave la mariolle le clown la belle pour faire rire miss lulu.


Là c’est Calinette et moi, jour et nuit en train de veiller à ce que personne ne vienne déranger miss lulu dans son travail.


Là c’est Calinette qui aide miss lulu à reposer ses poignets endoloris!

On voit que Calinette et moi n’avons pas une minute de repos! Vous me croyez maintenant!?

Bon avec tout ça, faut que j’y aille, c’est mon tour de garde à la fenêtre. Toutes les trois on vous embrasse tous bien fort et on vous remercie tout plein pour les supers posts qu’on adore trouver tous les matins sur ce blog. Miss lulu dit que sans vous et votre soutient, y’a longtemps qu’elle aurait laissé tomber sa fichue thèse pour s’enfuir avec un beau blond suédois à Mexico!

Olé!

Debleu, je pleure rarement mais quand je pleure, c’est les chutes du Niagara! Je crois que c’est la deuxième fois que ma p*tain de thèse me fait pleurer, la première fois c’était l’été dernier… je crois, hein, parce que je n’arrive même plus à me souvenir de la dernière fois. Mais vu l’été dernier que j’ai passé, je suis sûre que j’ai bien dû pleurer une fois, hehe…

La fin approche, il me reste exactement deux trois semaine pour tout finir, tout réviser, tout corriger, tout changer (plus de 2000 tables à refaire parce que madame ma directrice de thèse a trouvé mes tables pas assez bien à son goût), tout réécrire, quoi. Je suis tellement furieuse (pas déprimée, hein, enragée) que même mes chatounes le sentent et se tiennent à carreau ce soir! Je ne peux pas m’étendre sur l’étendu du problème, il suffit de savoir que je suis bien contente que tout soit bientôt fini parce que je suis à bout de nerfs et je commence à en vouloir aux gens autour de moi, surtout aux gens qui devraient m’aider et ne le font pas.

Bref, tout ça pour dire que pendant les deux trois semaines qui viennent, je laisse les portes de mon blog ouvertes, je m’enchaîne à mon bureau, je commande une pizza par jour, et je finis cette abomination qui me pourrit la vie. Mes adorables lecteurs ont la main libre pour écrire n’importe quoi sur mon blog pendant les deux trois semaines prochaines, jusqu’au 30 mai, exactement. Vous pouvez m’y raconter des blagues, poster des jolies images et photos, raconter votre vie ou celle de votre chat, donner votre opinion sur les dernières conneries du buisson maudit ou de Chichi, m’expliquer pourquoi la terre ne tourne pas autour de la lune ou la fabrication de la mozzarella, chanter la marseillaise en japonais, lâcher vos chiens, m’offrir une recette à base de riz, marcher sur les mains, et même boire un mudslide à ma santé! Les explications pour faire tout ça sont ici et dans le menu de droite, sur la plaque du Michigan qui dit « RENT. »

Si tout le monde post en même temps, je changerai les dates pour qu’il y ait des posts à peu près régulièrement (vous pouvez aussi changer les dates de parrution de votre post quand vous écrivez le post). Et attention, ceci est le 994ème post de ce blog… Qui aura le très grand honneur d’écrire le 1000ème post??!!

Mon blog est le votre, vous avez même le droit de répondre aux commentaires qu’on vous fait, et tout post sera le bienvenue. Ca m’aidera à ne pas abandonner ce blog tout en gardant le contacte avec mes amis adorés et en me régalant de vos talents, gentillesse, et humour. Je me remets entre vos mains et je remercie mille fois d’avance tous ceux qui auront la gentillesse de me laisser un petit quelque chose sur ces pages!

PS. Je viens de me découvrir un très-grand-oncle-hirsute-germain dans le département de psychologie de Purdue! Tout arrive dans ce bas monde!! Dommage qu’il soit en congé sabbatique en Belgique jusqu’au 24 juillet… C’est mon papinou qui va être content de la découverte, c’est le petit-fils de son cousin, je crois, ou quelque chose comme ça.

L’image de la porte vient d’ici.

La maman zèbre est enceinte pendant un an. La poulette, pendant moins d’un mois. La truie, quant à elle, est enceinte pendant presque quatre mois et la maman girafe pendant 15 mois, comme la chamelle, alors que madame hippopotame n’est enceinte que pendant huit mois et la souricette pendant 19 jours. Les thésardes, elles, sont généralement enceintes pendant 36 mois!!

Moi, j’ai été enceinte pendant exactement 20 mois, plus longtemps qu’une girafe mais moins longtemps qu’une thésarde normale, et heureusement, mon bébé n’a pas un cou de deux mètres ni deux bosses sur le dos comme le bébé chameau! Par contre, il fait presque 2 inches d’épaisseur, 8.5 inches de largeur, 11 inches de hauteur, et pratiquement 400 pages! C’est un gros bébé!

Accoucher, comme ça, après avoir été enceinte pendant si longtemps, c’est douloureux. C’est un peu comme si soudain, on ne servait plus à rien. On perd aussi le statut prestigieux et le titre de « thésarde, » ainsi que les encouragements qui vont avec (tu vas y arriver, courage, je t’admire, etc.) et on passe dans le camp de ceux qui ont réussi. Les autres, celles qui sont enceintes pour 36 mois, sont jalouses mais arrivent quand même à me féliciter alors que je me sens maintenant inutile, très bête, et que je m’ennuie ferme. Vingt mois de travail jour, nuit, semaine, et weekend, 20 mois sans vacances, 20 mois sans arrêter d’y penser, 20 mois de soucis, 20 mois d’espoir, 20 mois de hauts et de bas, 20 mois où les nausées alternaient avec la perte de poids, la prise de poids, les jambes enflées, du mal à dormir, des envies de cornichons au chocolat, des besoins pressants, et du mal à digérer, ça ne s’oublie pas comme ça!

Mon bébé est tout seul sur la table de mon bureau, abandonné, et je ne veux plus le voir ni en entendre parler. Il a besoin d’encore beaucoup de travail, la lutte n’est pas finie, mais ma tête est comme citrouille et mon corps se révolte. Mon cerveau semble s’être mis en grève générale et mon énergie est probablement partie se resourcer aux Bahamas.

Même une soirée avec des copains sympa n’a pas aidé, même un bon repas avec une chouette amie, même Les Visiteurs, même des bisous de chatounes qui se font encore la gueule mais que j’adore. Même le sommeil semble en avoir marre d’avoir travaillé si longtemps à réparer tant de dégâts et ne veut plus me rendre visite, me laissant épuisée, les yeux grands ouverts, l’esprit vide, du sang de navet dans les veines, et l’envie de ne plus jamais sortir de mon lit pour le restant de mes jours.

Je vous mets ma première tentative d’abstract (c’est quoi en français?) comme ça vous pouvez vous amuser à essayer de comprendre mon baratin pendant que moi je me remets de mes émotions. Y’a plein de fautes et des tas de trucs qui ne veulent pas dire grand’chose, et c’est encore très nul, mais je m’en fiche complètement! Moi, je retourne me pieuter pour quelques semaines!

The number of learners of English as an international means of communication increases hand in hand with the number of nonnative English-speaking teachers (NNESTs) of English as a Second Language (ESL) and the number of Native English-Speaking ESL teachers (NESTs). At the same time, scholars (Kamhi-Stein, 1999; Liu, 1999; Llurda, 2005) have estimated non-native English speakers to account for 40% to 70% of the North-American student teacher population. However, few studies investigated the working conditions of NESTs and NNESTs at Intensive English Programs (IEP) and the different factors that affect their successes and challenges. This research thus investigates 1040 ESL students’ attitudes towards NESTs and NNESTs, the variables (students’ first language, gender, class, level, and expected grades, teachers’ first language, and the different IEPs) that influenced students’ responses, and the effects of time on students’ attitudes, with questionnaires completed both at the beginning and at the end of the fall 2005 semester. Online questionnaires also solicited 18 NNESTs and 76 NNESTs’ self-perceptions about proficiency and teaching skills, as well as 21 IEP administrators’ beliefs about, and experiences with, NNESTs and NESTs. Results showed that overall, students’ attitudes were more positive towards NESTs than towards NNESTs, although students taught by NNESTs held a significantly more positive attitude towards them than students taught by NESTs. This positive attitude towards NNESTs increased significantly with time and exposure. Results also showed that students and teachers’ first languages, among others, strongly influenced students’ responses and that NNESTs were not necessarily seen as grammar experts but could be esteemed Listening/Speaking teachers. Teachers’ responses revealed NNESTs’ lack of confidence in their linguistic and teaching skills but also their beliefs that NNESTs’ language learning experience was an asset for ESL students. Finally, administrators also recognized NNESTs’ strengths as well as their poor self-confidence. While they did not use nativeness as hiring criteria, they emphasized the importance of linguistics preparation and international knowledge, as well as teaching experience.

J’étais tranquillement dans ma chambre quand soudain, j’ai entendu un bruit très étrange venant du salon. C’était un peu comme si quelqu’un avait marché sur un sac de chips et l’avait fait exploser… le bruit n’était pas celui d’une explosion mais plutôt de chips s’envolant rapidement dans tout mon salon… un peu comme une diarrhée très soudaine et violente… un peu comme dans les dessins animés quand le héros il vomit et qu’il y en a partout… bref, vous voyez le genre de bruit et d’image qui passèrent dans ma p’tite tête en quelques secondes. J’ai dit « Sossooooooo, qu’est-ce que tu fabriques encore?! » avec ma grosse voix, parce qu’elle fait toujours des bêtises celle-là… quand j’ai rentendu le même bruit… mais là, j’étais dans le salon, un salon dont la moquette avait étrangement changé de couleur (le canapé et la pile de bouquins à donner aussi, d’ailleurs), devant une sosso qui vomissait comme je n’ai jamais vu personne vomir, comme si quelque chose à l’intérieur d’elle explosait à chaque fois et projetais la nourriture à moitié digérée du petit déjeuner à travers tout le salon comme une pluie d’étoiles! J’en suis restée coite de stupeur. Pétrifiée!

Après de longs, longs moments douloureux où j’avais l’impression que ma Sosso allait exploser devant moi, j’ai pris un grand saladier d’eau, un sac poubelle, un rouleau de sopalin, et j’ai passé une heure à nettoyer tout mon salon. Je me suis dit que la Sosso n’aurait pas de dîner et que ça irait mieux le lendemain…

A l’heure du dîner des chatounes, je me préparais mentalement à refuser à Sosso son repas, mais quand j’ai servi ses croquettes à Calinette, Sosso n’est pas venue en courant comme d’habitude… elle n’est même pas venue du tout, même. Je suis allée dans la chambre la trouver dans mes chandails et je lui ai dit « t’as faim ma Sosso? hein? tu veux manger? » ce qui provoque d’habitude des sauts de joie, des miaulement intenses, et une course effrénée jusque dans la cuisine. Mais cette fois-ci, la Sosso m’a regardée avec ses beaux yeux tristes et n’a pas bougé d’un poil.

C’est à ce moment que j’ai commencé à me faire du soucis. A 5 heures, alors que j’avais une réunion importante sur le campus à 6 heures. Je me suis souvenue que l’après-midi précédent, pendant que j’étais absente, Sosso avait réussi à voler un petit sachet de nourriture « humide » (des bouts de viande dans de la sauce, dans des petits sachets individuels de plastique/aluminium) et l’avait déchiqueté rageusement pour en manger le contenu. Dans la bagarre, elle avait mangé la moitié du sachet avec.

L’âme en peine (et toujours en pyjama alors qu’il était passé 5 heures du soir et que je devais aller à ma réunion), j’ai téléphoné à la vétérinaire pour lui demander conseil (la gentille mais qui habite à l’autre bout de West Lafayette). Elle m’a dit de lui apporter la Sosso tout de suite pour faire des radio et lui donner du barium (pâte blanche qui « pousse » tout ce qui est coincé dans l’estomac…). C’est ce que j’ai fait, et j’ai même réussi à n’arriver que trois minutes en retard à ma réunion.

A 7 heures et demi, je suis retournée chez la véto chercher la Sosso pleine de barium et bien mal en point. J’ai décidé de la garder avec moi pour la nuit à cause de Calinette et de la rapporter chez le véto pour refaire des radios demain matin dès l’aube. Calinette est de nouveau fâchée mais ça ira, Sosso reste cachée sous la table du salon sans piper mot ni bouger. Demain, on espère que le barium aura descendu avec tout le reste…

C’est dommage, je viens de me commender un nouvel ordinateur, l’ancien étant en phase terminale et instance d’arrêt cardiaque imminent après presque trois ans et demi de bons et loyaux services…

A part ça, j’ai écrit le dernier mot du dernier chapitre de ma thèse, aujourd’hui.

Ca ne m’est arrivé qu’une seule fois! C’était lors de ma première année à Purdue et j’avais un cours de syntaxe avec un prof complètement désorganisée et impossible à suivre. On était donc à la fin du semestre et je voulais finir un crétin de papier sur les règles anglaises, françaises, et italiennes de l’utilisation du verbe être comme auxiliaire (passionnant!). Ca faisait quelques jours que j’étais malade mais je voulais quand même tout finir, et j’avais pris rendez-vous à 4 heures en classe, pour en discuter avec la prof… avec une dixaine d’autres étudiants… J’ai attendu, attendu, et attendu… Et à cinq heures elle n’avait pas encore fini de voir les étudiants qui avaient pris rendez-vous avant moi et m’a dit de revenir le lendemain!

Et là, moi qui étais malade comme un chien et qui attendais depuis plus d’une heure en essayant de ne pas tomber dans les pommes, je me suis mise à pleurer! Je lui ai dit que non, entre trois larmes, que soit elle lisait mon p***** de papier tout de suite soit elle ne le lirait jamais parce que moi, j’allais à l’hôpital et je ne sais pas quand j’en sortirais! La pauvre prof (et les autres étudiants) a eu un petit choc, et elle a pris mon papier en me disant qu’elle m’enverrait ses commentaires par emails le soir-même!

Moi, toujours en larmes, je suis sortie de la classe et j’ai téléphoné à ma frangine en lui disant que ça n’allait pas du tout et qu’il fallait qu’elle vienne de toute urgence. La pauvre a tout laissé tomber et a conduit quatre heures pour venir me voir (c’que c’est bien d’avoir de la famille pas trop loin, quand même!).

Le lendemain matin, on est allées à l’hôpital où l’on m’a bien soignée et laissée sortir en début d’après-midi. J’étais encore un peu secouée et la douleur n’était pas partie… et ma pauvre frangine était presqu’encore plus mal que moi de m’avoir vue dans cet état! L’après-midi même, j’avais un autre cours de deux heures dans lequel je devais faire une présentation sur ma recherche. Encore un peu chancelante, j’ai prévenu le prof que je ferais ma présentation (30 minutes) et puis que je partirais parce que j’avais été à l’hôpital le matin-même.

Après ma présentation, ma frangine et moi on s’est cassées et on est allées se remonter le moral à Heisei, un petit restaurant japonais que j’aime bien. Ce n’est pas un grand restaurant super classe, mais je le trouve calme et sympa, et la bouffe est correcte sans être vraiment intéressante, et comme il y a toujours beaucoup de clients japonais, je trouve ça plutôt bon signe. Les sièges et les petites tables sont confortables, la musique n’est pas japonaise mais un mélange de chansons populaires jouées au piano, la miso soup est chaude, et le saumon exqui. Quand on a son anniveraire, on a droit à un dessert gratuit et les serveurs prennent des photos en polaroïdes et les accrochent au mur de l’entrée, où il y a maintenant des centaines de photos de clients qui se régalent.

J’y vais de temps en temps avec une pile de copies à corriger ou un bouquin de statistiques et les serveurs et le patron me reconnaissent. Un des « chefs » aussi, et pendant plusieurs années, sans qu’on se soit jamais parlé, il m’a toujours envoyé quelques sushis de plus ou une petite salade, gratuitement, comme ça, sans raison. Récemment, je me suis quand même installée au bar et on a fait un peu la causette. Il s’appelle José, vient de Mexico, d’Aguas Calientes, et a commencé comme immigrant illégal dans les cuisines à faire la vaisselle, et puis un grand chef japonais l’a pris sous son aile et lui a appris à faire des sushis… On le voit sur la photo, à gauche.

Je prends presque toujours la même chose: un « californial roll » et un « spider roll » (avec une délicieuse salade de soft shell crab dessus) avec une miso soup et un thé vert. Là, j’ai aussi pris des edamame, ces gousses de soja cuites à l’eau bouillant et sur lesquelles on met du sel, miam! Mais hier elles étaient froides, c’était décevant. Le reste était très bon, par contre!

Cette fois, José m’a offer deux petit nigiri rolls. Miam, le saumon est le meilleur! Vous croyez que je n’arriverai jamais à manger tout ça?

Haha, vous ne me connaissez pas! Je prends mon temps, je rêve, je corrige mes copies, je déguste mes sushis, je me perds la tête dans les nuages… et finalement, j’ai tout mangé! Merci à Heisei pour ces nombreux repas reconfortants dont j’ai bien profité pendant ces quatre dernières années, parfois avec ma frangine, de temps en temps avec des amis, et souvent toute seule et bien confortable!

Itatakimas :)

Douze pages d’intro (abstract, table des matières, dédicace, et tout le blah blah), 230 pages de texte sans compter le dernier chapitre, et 140 pages d’appendices. A partir de 350 pages, on doit diviser le chmilblik en deux volumes. Ce qui coûte le double de sous, etant donné qu’on doit faire environ 15 copies du machin (pour les profs, pour la librairie, pour la soutenance, pour le public, pour moi) et tout ça sur du papier spécial en plus. J’ai fait joujou avec mes appendices (ça a l’air vraiment dégeu de le dire comme ça, hein?) en réduisant la taille des lettres de 12 à 11 points et je suis arrivée à 120 pages mais je suis sûre que je vais me faire tapper sur les doigts par le monsieur du format et mon comité de recherche.

De toutes les manières, je sais pas pourquoi je panique à cause de la taille du machin, j’arrive pas à l’écrire, ce foutu dernier chapitre. Jusqu’à maintenant, cette p***** de thèse a été longue mais pas difficile à écrire. Tout ce que j’avais à faire c’était de lire des tas de bouquins et d’articles et de les analyser et de les résumer, et puis de calculer des milliards de combines statistiques (j’ai plus de 2000 pages de résultats) et de choisir les résultats qui prouvent ce que je veux prouver en ignorant soigneusement les autres et de les écrire dans mes diverses et nombreux chapitres, et c’est tout. En fait, je n’ai jamais eu à réfléchir.

Et là, le dernier chapitre c’est le hic. Le trou noir. La gueule ouverte sans un mot qui sort. La main glacée, moite, paralysée. L’oeil vitreux et le cerveau aux abonnés absents. Ca fait des jours et des jours que je suis devant ce dernier chapitre… et il est toujours vide. D’une vacuité infinie, même. Je ne peux pas, je ne sais pas, je n’y arrive pas. Soudain, on me demande d’être intelligente. Comme ça, tout-à-coup, on veut que je sorte des trucs super philosophiques et intéressants, profonds, originaux, sensationnels, et qui vont révolutionner le monde de la linguistique et de l’enseignement de l’anglais. Mais moi, moi, pauvre petite miss lulu de rien du tout, je ne sais pas faire ce genre de truc, moi! Je suis ignorante, incapable, tout juste bonne à écrire trois recettes à peine bouffables sur mon blog et à faire des bisous à mes chatounes. Moi, braves gens, faut pas trop m’en demander!

Je suis terrorisée, terrifiée, transie de peur. Je regarde la page blanche devant moi et j’ai l’impression d’être prise dans un bloc de marbre qui coule à pic dans des eaux glacées, le Titanic en perdition, en gros. J’ai des envies d’aller grimper à la proue du bateau de ma fenêtre et de dire « regarde, je vole » en sautant du troisième étage. Les heures passent et la page blanche aboie reste intacte, de sa blancheur immaculée, d’une pureté démesurée, éternellement vierge, comme la neige sur le Kilimanjaro, la conne!

Je n’y arriverai jamais, c’est pas possible! Il faut que je l’ait terminé dans deux semaines au plus tard, ce chapitre maudit. Pourquoi, mais pourquoi je m’inflige de telles tortures?! Qu’est-ce qui m’a pris de penser que j’y arriverai plus rapidement que les autres? Pourquoi j’ai tellement peu confiance en moi-même que je veux toujours faire mieux que la moyenne? Pourquoi je me complique toujours la vie au lieu d’en profiter? Pourquoi je ne me trouve pas un mari riche pour pouvoir arrêter de bosser et m’amuser dans ma cuisine?

Je veux pas je veux pas je veux pas je peux pas je veux pas je veux pas je veux pas je veux pas je peux pas je peux pas, j’ai trop peur!

Quand je suis un peu stressée, je mange. Je fais la cuisine et je mange sans arrêt. Il m’arrive de faire tellement à manger que mon frigidaire est plein de trucs que j’ai fait un ou deux jours auparavant et qu’il faut que je mange en urgence… mais je continue de cuisiner.

Quand je suis vraiment sérieusement stressée, j’arrête de manger. Complètement. J’ai atteint ce stade il y a deux jours. Je n’ai plus faim, cuisiner ne me dit rien, je n’ai plus envie de rien, aucune recette ne m’inspire, et la chaleur de l’été qui nous est tombée dessus il y a quelques jours n’améliore pas la situation. Je n’ai plus ni l’envie ni le temps ni le courage de rester des heures au-dessus des fourneaux. Avant-hier j’ai mangé un demi pot de glace à la pistache et c’est tout. Hier, la deuxième moitié. Et encore, je me suis forcée.

Heureusement, je suis une grande fille et ma maman m’a bien appris qu’on ne survit pas très longtemps en ne mangeant que de la glace à la pistache et que si je tombe malade, ça ne va pas m’aider à finir d’écrire ma thèse. Et je sais qu’en général, je recommence à manger normalement à partir du moment où je me sens vraiment malade de ne plus rien manger, c’est-à-dire au bout de quelques semaines. Ce qui sera exactement le moment où je devrai brillamment présenter ma thèse… Donc ce soir, après une longue discussion avec moi-même, j’ai mis un bol de riz dans mon autocuiseur et je l’ai laissé cuire tout seul et puis refroidir. Ensuite, j’ai coupé deux tomates dans le riz et ajouté une petite boîte de thon et une petite boîte de maïs. Avec un peu d’huile d’olive, de vinaigre à l’estragon, et du sel, ça m’a fait une petite salade froide et légère dont j’ai accepté de manger un tier ce soir. Je garde le reste pour le déjeuner et le dîner de demain. Je dois vraiment me forcer, mais c’est pour la bonne cause! Et puis j’écoute de la country music. C’est grave, je vous avais prévenus!

J’ai besoin d’autres recettes comme ça, avec du riz précuit (fini les risottos et autres riz au lait), faciles, légères, et fraîches. Vous, comment la faites-vous la salade de riz? Qu’y ajoutez-vous? Que me conseillez-vous de faire comme autres plats froids à base de riz (si possible)? Je rappelle que je n’aime ni le celeri en branche ni le fenouil ni la menthe ni le réglisse et que je suis allergique à la plupart des fruits frais (mais cuits ça va). Ah, et je ne trouve pas d’olives mangeables (à part des olives vertes), ici, donc pas possible d’en ajouter dans la salade de riz.

J’attends vos idées :)

Mon ordinateur est vieux, il a plus de trois ans, et il prend trois heures pour ouvrir des nouvelles pages. J’ai envie de lui envoyer une bonne baffe et je rale: allez, spèce de crétin, bouge-toi le c**, merdàlafin!

Je prends une douche et en sortant de ma baignoire je ne retrouve plus mes lunettes (pas facile, quand on n’a pas ses lunettes sur le nez!). Je mets la salle de bain sans-d’ssus-d’ssous et je peste: punaise, crottes de lapins, je suis trop nulle, elles sont où ces foutues lunettes, saleté de vie, merdàlafin!

Sosso ne mange pas son petit déjeuner, c’est complètement anormal pour elle qui mange de tout et n’importe quand. Je lui fiche sa nourriture sous le nez et je m’énerve: Sosso, allez, bouffe, sois sympa, j’ai pas le temps de me faire du soucis pour toi, merdàlafin!

Je suis en retard pour le boulot et ma ceinture de sécurité se coince, bien sûr ça n’arrive jamais quand je suis à l’heure. Je tire dessus comme un malheureuse et je gueule: nan mais c’est pas vrai, foutu lundi, foutue bagnole, j’en ai trop marre, merdàlafin!

Je passe deux heures à calculer des statistiques que j’ai oublié de calculer et je commence à entrer les résultats, quand je me rends compte au bout d’une heure de travail que les calculations étaient fausses. J’ai envie de tout fiche par la fenêtre et je hurle: p*tain de thèse, p*tain de vie, p*tain c’que ch’suis conne, merdàlafin!


… J’sais pas vous, mais moi j’commence à sentir la pression monter…

Boulot de miss lulu jusqu’à aujourd’hui:

- étudiante
- chercheuse de boulot
- écriveuse de dissertation pour durée illimitée
- cheffe (faut que je m’habitue au Canada) d’association professionelle
- visiteuse de campus
- présenteuse à moultes conférences
- voyageuse
- écriveuse et liseuse addicte de blogs
- prof
- glandeuse!

Boulot de miss lulu à partir d’aujourd’hui:

- écriveuse de dissertation (thèse) en urgence (défense (soutenance) le 13 juin)
- chercheuse d’appartement dans Granbled
- prof jusqu’à fin avril
- bosseuse à fond!

Conclusions:

- y’a d’l'espoir
- merde
- et vice-versa!

Décembre 2000, le verdict tombe: je suis virée de l’université pour quatre mois, un « semestre. » A cette minute précise, je perds la moitié de ma vie: mes études, mon boulot, mon appartement, mon visa, et mon boyfriend. Je suis donc obligée de tout laisser tomber et de sortir des Etats Unis où je suis devenue illégale en quelques jours pour aller passer quelques mois en Suisse, chez mes parents.

Avril 2001: j’ai enfin le droit de me réinscrire à l’université pour y finir mes études. Mais avant de rentrer aux Etats Unis, mon nouveau visa en poche, je passe quelques jours en France et puis je décide de passer par Montréal où on m’offre un boulot de prof d’anglais dans une école privée. Le boulot bof, pas trop mon truc, mais la semaine à Montréal c’est le top! Dieu que j’aime cette ville! C’est malheureusement à ma sortie de Montréal que l’histoire se corse!

Les citoyens canadiens ayant quelques privilèges en ce qui concerne l’immigration aux Etats Unis, et le 11 septembre 2001 n’étant pas encore arrivé, le douanier qui m’accueille à mon retour aux Etats Unis ne fait pas bien son boulot et ne met pas un gros tampon rouge sur mon I-20! A mon retour à l’université, dans le bureau des étudiants internationaux où je « check in, » on me dit que sans ce beau tampon rouge, je ne peux recommencer ni à travailler ni à étudier! Il me faut urgemment ressortir des Etats Unis pour y re-rentrer et bien faire tamponner mon I-20. Urgemment! Parce que là, j’étudie et je travaille illégalement!

Heureusement, une collègue de travail à qui je fais part de mes soucis m’invite à passer un week-end chez sa tante qui habite à San Diego. Samedi, on pourra aller à Tijuana, au Mexique, et se faire tamponner le I-20 à notre retour, et puis on en profitera pour visiter le Mexique en passant. Génial!

Après une visite à Tijuana où nous avons à peine eu le temps de manger dans un vague restaurant (le dessert, un mélange de kahlùa et de glace à la vanille reste quand même mémorable) et de se faire prendre en photo sur un pauvre petit âne accablé de fatigue, de chaleur, et de touristes crétins, on repasse la frontière pour rentrer aux Etats Unis. Après plus de deux heures d’attente, un douanier nous fait enfin passer et je lui dit bien de tamponner mon I-20 (malgré son regard « je suis pas con, vous savez » noir). Et toute heureuse de ce succès, je rentre chez moi.

C’est là qu’au bureau des étudiants internationaux de mon université, où je montre mon beau tampon, on m’apprend que le douanier a bien tamponné le papier mais … pas le bon! Il a gardé la « student copy » et m’a refilé la copy qu’il aurait dû envoyer à l’immigration. !!!! Et qu’en conclusion, je ne peux toujours ni étudier ni travailler légalement aux Etats Unis! Et je dois ressortir pour pouvoir y re-rentrer encore une fois!

Heureusement, l’ex-copain habite maintenant en Equateur! Et malgré le fait qu’il se soit déjà rabiboché avec une de ses ex à lui, je décide d’aller passer deux semaines en Equateur parce que merdàlafin, j’en ai trop marre de ces conneries et je ne suis jamais allée en Amérique du Sud! Je paye donc quelqu’un pour bosser à ma place et j’utilise mes « sky miles » de Delta pour me prendre un billet pratiquement gratuit pour Quito.

Mais comme tout le monde le sait, Delta ne va pas à Quito, et je dois changer d’avion non seulement à Atlanta mais aussi à Bogota, en Colombie. Et parce que ma vie avait été vraiment trop monotone jusque là, Delta décide de quitter Atlanta avec quatre heures de retard pour cause de toilettes défectueuses!

Et c’est ainsi que moi, miss lulu, minuscule petite fille épuisée et mortellement stressée et angoissée, baraguinant à peine espagnol, n’ayant aucun moyen de prévenir qui que ce soit d’où j’étais, ne sachant pas quand je pourrais attrapper un prochain avion pour Quito, me retrouve toute seule à Bogota pour pratiquement 36 heures. Dans le taxi qui me conduit à travers une ville complètement inconnue jusqu’à l’hôtel gracieusement offert par Delta après une bataille acharnée de plusieurs heures pour leur faire comprendre qu’ils ont intérêt à me payer l’hôtel ou ça leur coûtera très cher, je me dis que si quelque chose m’arrive, personne ne me retrouvera jamais. Dans ma chambre d’hôtel de laquelle je ne peux même pas prévenir mon ex que j’ai raté mon avion mais où je peux enfin laisser couler mes larmes, j’entends la bombe qui explose à deux rues de l’hôtel au milieu de la nuit et je me dis que si je survis à cette aventure, je n’aurai plus jamais peur de rien!

Depuis, je n’ai plus peur de rien! C’est comme ça, passer par sept pays différents en deux mois (Suisse, France, Canada, USA, Mexique, Colombie, et Equateur), travailler et étudier illégalement aux Etats Unis, survivre à des moments homériques dans des endroits insolites, et me débattre pendant des jours et des jours avec ces connards d’agents d’immigration m’a bien appris ma leçon: il ne faut faire confiance à personne, toujours tout vérifier soi-même, et surtout, surtout, économiser des tas de sky miles pour la prochaine fois où un abruti ne fera pas bien son boulot, parce que le prochain voyage c’est en Australie, baby!

Il y a quelques temps, j’ai promis d’écrire un truc sur mes problèmes de visa. … Eh bien à l’époque, les problèmes ne faisaient que commencer. Là, en ce moment, ils continuent! Mais avant de vous raconter ma triste histoire, faut que vous sachiez comment ça marche, sinon vous ne pigerez que dalle.

Quand on veut vivre dans les champs de maïs, on a plusieurs options. En gros, on peut se marier avec un bel américain et recevoir la fameuse carte verte, on peut trouver un boulot et recevoir un permi de travail et peut-être la carte verte, ou on peut être étudiante et … c’est compliqué. Pour être « valide » en tant qu’étudiante dans les champs de maïs, il me faut plusieurs choses:

- un passeport valide en tout temps mais s’il n’est plus valide on peut aller en refaire un a une embassade suisse à Chicago (si on s’en souvient à temps…) par exemple,
- un I-20, permi donné par l’université dans laquelle on veut aller et qui doit être valide en tout temps, et dont on fait la demande avant de faire la demande de visa.
- un visa, collé au passeport et obtenu à l’ambassade américaine de notre pays d’origine (ou de n’importe où, il suffit que ce soit en-dehors des Etats Unis)
- un I-94, petite carte blanche qu’on rempli dans l’avion et qu’on se fait aggraffer dans le passeport à l’arrivée, et qu’on doit rendre quand on quitte le pays.

Le I-20 est assez facile à obtenir, du moment qu’on est accepté par une université. Le I-94, lui, n’est pas un problème, puisqu’on a déjà reçu tout le reste. C’est leur moyen de savoir quand on est dans le pays et quand on n’y est pas. Le seul truc qui peut être problématique c’est si la douane ne fait pas bien son boulot et ne met pas un gros tampon rouge sur le I-20 et le I-94 à l’entrée aux Etats Unis… et alors là c’est le merdier intégral… mais ces aventures seront pour une autre fois.

Le visa, lui, est déjà un peu plus difficile à obtenir, surtout si on est de peau un peu trop bronzée, qu’on ne parle pas une langue de l’Europe de l’Ouest, qu’on n’aime pas les caricatures de Mohammed, ou qu’on a une mauvaise tête. Un visa pour une suissesse s’obtient en une journée et sans entretien. Pour un chinois, en un mois ou deux et avec parfois plus d’un entretien avec le consul qui se trouve dans une ambassade parfois à l’autre bout du pays. Un Palestinien peut se voir donner un visa après de longs mois mais s’il veut étudier en sciences, on lui refusera probablement l’accès à certains labs où il devrait travailler. Quand je suis partie pour les Etats Unis il y a dix ans de ça, on n’avait même pas besoin d’aller à l’ambassade en personne pour recevoir un visa. Maintenant si. Les visas « étudiants » sont donnés en fonction de la longueur des études, donc ils ne sont pas éternels.

Mais voilà le hic, le très gros hic, en ce qui me concerne: on PEUT étudier dans les champs de maïs MEME AVEC UN VISA EXPIRE! C’est-à-dire que le visa doit être valide SEULEMENT pour les entrées aux Etats Unis. C’est une « clé » pour rentrer, en fait, et il la faut uniquement pour rentrer, pas une fois dedans, et pas pour sortir. Ce qui fait qu’il y a plein d’étrangers qui étudient ici avec un passeport valide, un I-20 valide, et un I-94 valide, mais avec un visa qui a expiré avant la fin de leurs études. Ce n’est pas un problème si on n’a pas l’intention de voyager et d’aller rendre visite à la family, mais si c’est le cas, on est vachement cuit!

Comment j’ai réussi à aller à Granbled, alors? Fastoche: il y a une permission spéciale pour rentrer et sortir des pays limitrophes: Canada, Mexique, et tout plein de petites îles comme Hawaii (nan, pas Cuba quand même), si c’est pour un voyage de moins de 30 jours. Dans ces cas-là, on ne rend pas son I-94 à la sortie, on a une lettre spéciale du bureau des étudiants étrangers de l’université qui dit qu’on est toujours étudiants ici, et c’est comme si on n’était jamais sortis. Mais c’est seulement pour les pays limitrophes!

Le bureau des étudiants étrangers de l’université interdit qu’on quitte le pays (par exemple pour aller au Canada) et fasse une nouvelle de demande de visa, quand on est dans mon cas. Le risque est trop grand: si on me le refuse, je ne peux plus rentrer aux Etats Unis pour finir mes études ici! Je ne peux donc absolument pas rentrer en Europe avant d’avoir fini mon doctorat! Et je n’aurai de nouveau visa (avec un nouveau permi) que quand j’aurai un nouveau boulot et que je ne serai plus étudiante!

Jusqu’à aujourd’hui, c’était triste de savoir ça mais comme je suis bien occupée ces temps-ci, ce n’était pas dramatique, d’autant plus que je peux aller au Canada pour des entretiens d’embauche. Mais là, là ça deviens plus embêtant, parce que ma soeur chérie, la jojo, va se marier! Congratulez-là :) Et si je trouve un boulot cet été, j’aurai un nouveau permi (de travail et non plus d’étudiante) et un nouveau visa (de travail et non plus d’étudiante) et je pourrai donc aller à son mariage en octobre (faire un allé-retour en Europe pour le weekend c’est dur, mais que ne ferait-on pas pour sa soeur!)… mais si je reste à Purdue un an de plus, comme j’étais en train de me dire que ce n’était pas une mauvaise idée, je n’aurai pas de nouveau visa et je ne pourrai donc pas aller au mariage de ma ch’tite soeur! Comme dirait l’autre, zut, flûte, trompette et guitare! Ou, plus précisement, femme de mauvaise vie de chambre très mal rangée d’excréments de dinosaure!

(Je suis en train de me demander si je ne pourrais pas tricher et passer par le Canada… mais ça voudrait dire acheter 2 billets d’avion séparés, genre Indianapolis-Montréal aller-retour (ça c’est OK) et ensuite Montréal-Paris-Venise aller-retour en faisant semblant que je suis une touriste… à mon avis c’est très risqué et très cher (surtout qu’à mon retour à Montréal, ils vont me demander pourquoi je n’ai pas de billet de « retour, » si je suis une touriste)… Je vais en parler au bureau des étudiants étrangers demain, mais je la sens mal, cette histoire!) Quelle galère! :(

PS. Le bureaux des étudiants étrangers de Purdue ne peut RIEN faire pour moi. Si je sors, je prends le risque de me faire refuser un nouveau visa ou que ça prenne des mois… Y’a pas de doute, je suis OBLIGEE de finir mes études et de trouver un boulot ASAP! Je retourne bosser…

Les enveloppes s’accumulent. Dans chaque enveloppe, il y a entre vingt et trente questionnaires. Chaque questionnaire comporte trente-neuf questions et trente-neuf réponses. Ces réponses sont parfois en anglais, mais souvent en arabe, en japonais, en espagnol, en chinois, en allemand, en portugais, en thailandais, en italien, en coréen, ou même parfois en turc! Parfois, ces réponses sont des chiffres, comme pour la question « est-ce que votre prof est beau comme un dieu ou moche comme un vieux céleri? » et les réponses possibles sont: 1 (entièrement d’accord), 2 (pas mal d’accord), 3 (bof, pas sûr), 4 (nan, quand même, pas autant que ça), et 5 (ah nan, t’es trop méchante, là, je suis pas du tout d’accord!). Mais parfois, ces chiffres ne sont même pas des vrais chiffres! Comment?? Quoi?? Et si je vous disais que ma date de naissance c’est le 8/12/1392, vous me croiriez? Non? Vous devriez!

Donc ce soir, je me suis dit que bon, la paresse ça va un moment mais il faut quand même se bouger le popotin si on ne veut pas finir au bagne. En plus, mon horoscope, qui lit dans mes pensées, m’a dit que You’re in the zone and can grasp legions of data that would ordinarily stymie a platoon of analysts. It’s the perfect time to plan out your next several moves — either on your current project or in terms of your career. En gros, ça veut dire: t’es la plus forte et t’arrives à bosser avec des masses d’information incroyables, et c’est le moment idéal pour bosser sur ton projet ou tes plans pour ton boulot! Je le jure, j’invente pas, c’était sur mon horoscope de Yahoo!! Et comme ce matin, j’ai pris un rendez-vous pour un nouvel entretien d’embauche dans deux semaines, j’ai senti que là, j’étais obligée de bosser sur mes questionnaires!!

Fière de ma détermination toute fraîche, je me suis dit « tu rentres 30 questionnaires et ensuite t’as le droit de manger un peu de chocolat blanc à la noix de coco! » … Mais ça n’a pas marché, parce que j’ai des aigreurs d’estomac ces jours-ci alors faut pas en rajouter! Pis en plus samedi j’ai essayé des pantalons achetés il y a six mois… et dans lesquels je ne rentrais plus… donc le temps des vaches maigres est arrivé!

Ensuite, je me suis dit « tu rentres 30 questionnaires et ensuite t’as le droit de te faire une nouvelle recette de riz! » … Malheureusement, il me reste encore du riz aux aubergines farcies d’hier donc fait pas exagérer! Pis en plus ça voudrait dire qu’il fallait faire la vaisselle d’abord, alors heu… ça sera pour une autre fois!

Et puis je me suis dit « tu rentres 30 questionnaires et ensuite t’as le droit d’aller t’acheter un nouveau bouquin ou bien un nouveau CD à Borders! » … Hélas, il me reste encore deux supers bouquins à lire et je viens de recevoir 13 CDs de ma chtite soeur pour mon anniversaire (intégral pour piano de Chopin!), donc c’est râpé!

Finalement, je me suis dit « tu rentres 30 questionnaires et ensuite t’as le droit d’aller manger des cheese fries chez Outback! » Là, franchement, ça aurait pu marcher!! … mais en fait non, parce que ce matin-même, j’ai regardé combien il me restait sur mon compte en banque et, heu, disons que je pense aller chanter dans l’allée des tracteurs du fond à droite de mon champ de maïs pour pouvoir survivre jusqu’à la fin du mois!

Alors sont venues les menaces!

Je me suis dit « si tu rentres pas 30 questionnaires, t’es obligée de ranger ta chambre! » … et quand on voit l’état de ma chambre, on peut remarquer que ce ne sont pas des menaces en l’air! Mais non, rien ne me fait peur, j’ai rangé ma chambre!

Et puis je me suis dit « si tu rentres pas 30 questionnaires, t’es obligée de faire la vaisselle! » Ah, là c’est cruel, quand même! … mais je me suis dit qu’après tout, demain j’allais devoir faire une nouvelle recette de riz alors autant faire la vaisselle tout de suite pour bien commencer demain! Et j’ai fait la vaisselle!

Là, il ne me restait plus qu’à raser mes chats, sauter par la fenêtre, aller danser sur de la country music, ou m’inscrire à un club de pop-corneur francophiles, mais heureusement, il restait aussi l’argument qui tue: « si tu rentres pas 30 questionnaires, tu vas jamais finir ta thèse à temps pis tu vas te payer la honte de ta vie sur ton blog! »

Suis-je bête! J’en ai rentré 60, du coup, de ces $@?*&#&£ de questionnaires! Et en cinquième vitesse, en plus, pour qu’il me reste encore un peu de temps pour lire mes blogs préférés avant d’aller me coucher ;)

Beaucoup de gens me demandent pourquoi je ne cherche pas de travail en France ou en Suisse. Il y a trois réponses: 1) parce que j’aime vivre en Amérique du Nord, 2) parce que je n’ai vécu en France que jusqu’à mes huit ans et je ne me vois pas vivre en France, et 3) parce que cela semble tout simplement impossible, pour le moment. Pourquoi?

Un jour, j’ai reçu un email de quelqu’un qui finissait un doctorat en France et qui voulait un boulot aux Etats Unis. Cette personne me demandait comment se passait la fin d’un doctorat et la recherche de boulot aux Etats Unis. Et c’est là que je me suis vraiment rendue compte que rien, rien n’était pareil des deux côtés de l’Atlantique! Et que ce n’était pas demain la veille que je pourrais trouver un boulot en Europe!

J’ai déjà expliqué en gros comment on arrivait au PhD (doctorat) et quels étaient les effets secondaires de ce genre d’entreprise… Aujourd’hui, je voudrais expliquer ce qui se passe vers la fin du doctorat: la recherche de travail.

En général, quand on est doctorant, on travaille déjà, en tous les cas à mi-temps. Quelques personnes ont des bourses, mais en gros, le boulot fait partie des études, qu’on bosse dans un labo, qu’on fasse de la recherche pour un prof, ou qu’on enseigne l’espagnol, les maths, ou l’histoire de l’art. Ce système fait en réalité tourner les université: les « grad students » (étudiants en Master’s ou en doctorat) travaillent à mi-temps pour se payer les études, et par conséquence, ils n’ont pas besoin de se faire payer beaucoup ni de se faire respecter ni de se faire offrir de « benefits » (retraite, assurence maladie, etc.). Ces grad students font en gros le boulot que les « vrais » profs ne veulent pas faire. Bref, on se fait exploiter. L’avantage de ce système, quand même, c’est que l’université coute moins cher (environ 50% de moins) et qu’on a déjà pas mal d’expérience quand on reçoit son diplôme.

A la fin d’un doctorat, donc, on travaille à mi-temps. En plus de ça, les cours sont terminés, donc on bosse à fond sur un travail de recherche et une « dissertation, » la thèse de doctorat. La complexité et la longueur du projet de recherche et de la « dissertation » dépendent beaucoup des départements et des universités. Pour moi, je dois écrire entre 300 et 500 pages, et ma recherche n’est pas complexe comme si je faisais de la chimie ou des maths, mais c’est complexe de part le nombre de personnes avec qui je travaille et qui participent à ma recherche, et aussi à cause de l’importance des résultats de ma recherche à très grande échelle. Un jour je reparlerai de ça. En plus, ma recherche couvre non seulement la linguistique mais aussi la psychologie et les statistiques… qui sont des domaines où j’ai beaucoup moins d’expérience et de connaissance.

La dernière année de doctorat, en plus du boulot et de la « dissertation, » on doit chercher du travail. On peut finir un doctorat quand on veut, à la fin de n’importe quel « semestre » ou « term » ou « quarter » de l’année. Encore une fois, ça dépend des universités, mais à Purdue je peux « graduer » en décembre, en avril, ou en août. Mais si je trouve du boulot en temps que prof dans une université nord-américaine, mon contrat commencera fin août ou début septembre. Après la défense de ma « dissertation » (soutenance de thèse), il y a une cérémonie de fin d’études, la « graduation, » dont j’ai déjà parlé avant, avec le petit chapeau et la robe noire et tout le baratin. Ensuite, il n’y a plus rien entre la graduation et le nouveau boulot, c’est-à-dire qu’il n’y a aucun concours. Chaque université recrute les personnes qu’elle veut et de la façon qu’elle veut. Et les candidats envoient leurs dossiers de candidature là où ça leur chante.

Pour trouver un boulot, donc, il faut commencer à chercher un an à l’avance. Il y a des listes sur internet où sont publiées les offres d’emploi et qui paraissent début septembre. Chaque université et département suit plusieurs étapes, et ces étapes peuvent changer un peu, ainsi que les dates limites pour chaque étape, mais en gros, il faut d’abord envoyer un dossier avant octobre ou novembre. Dans ce dossier, il faut en général mettre une lettre de candidature, un CV, des publications, et deux ou trois autres trucs du genre. Ensuite, après la première selection, les universités vont soit nous dire bye bye, soit prendre contact pour une « job interview, » un premier entretien d’embauche. Ce premier entretien peut avoir lieu soit sur place (c’est rare), soit lors d’une conférence nationale ou internationale (raison pour laquelle je suis allée à Washington la semaine dernière), soit par téléphone. Et par téléphone, c’est la galère! Il y a toujours au moins deux personnes qui participent à l’entretien et posent des questions, même si c’est par téléphone… et ce n’est pas toujours facile. Ce premier entretien peut durer de 30 minutes à une heure, environ, et a généralement lieu en décembre ou janvier.

Ensuite, soit on nous dit bye bye, soit on a la chance d’être invitée à une « campus visit. » Ces visites ont normalement lieu entre février et avril. Là, c’est le grand shlem! Ces visites durent en général un ou deux jours complets, sur le campus de l’université qui embauche. Pendant cette visite, on rencontre tous les profs du département où on veut travailler, tous les directeurs, les « deans » et les « chairs, » les chefs et les sous-chefs et les grands chefs, et aussi les élèves du département en question. On doit aussi faire deux présentations. La première, c’est un « teaching simulation, » donc on nous met devant une classe qu’on doit enseigner pendant une heure ou deux. La deuxième présentation, c’est une présentation sur notre recherche, et n’importe qui de l’université peut y assister. Ces « campus visits » sont terriblement fatiguantes et stressantes, parce qu’on n’a en général pas une minute à soi entre 7 heures du matin et 10 heures du soir. Même les repas sont pris en compagnie des membres du committé d’embauche, p’tit dèj inclu! Il faut être super bien habillée et souriante et répondre à dix mille questions et en poser cinq mille et paraitre intelligente et tout ça pendant deux jour non-stop! Il y a en général deux ou trois candidats qui sont invités à des « campus visits » pour chaque position (pas en même temps).

Ensuite, soit on nous dit bye bye soit on nous dit que oui, on a le boulot. Là, il faut savoir être intelligent… et c’est pas évident. Soit on veut le boulot et il ne reste plus qu’à négocier le salaire et les « benefits » et tout ça, soit on attend encore la réponse d’autres universités… donc on essaye de faire trainer les choses en longueur. En ce qui me concerne, je suis très embêtée parce que le Canada est environ deux mois en retard par rapport aux Etats Unis, ce qui veut dire que je peux avoir une offre d’une université américaine alors que je suis tout juste en train d’avoir un premier entretien par téléphone avec une université canadienne. Même aux Etats Unis, certaines universités sont en avance sur les autres. Par exemple une copine a déjà reçu une offre de Purdue il y a quelques semaines de ça, alors qu’elle attend encore des réponses de plusieurs autres universités, et donc elle a du mal à se décider à signer le contrat avec Purdue qui n’était pas son premier choix. D’un autre côté, c’est très risqué de trop attendre… Les très grandes universités vont aussi en général plus vite que les plus petites, parce qu’elles ont plus d’argent et de resources, et aussi parce qu’elles veulent les meilleurs candidats avant qu’on leur offre un contrat ailleurs.

Ce que je trouve intéressant, c’est qu’on cherche un boulot bien avant d’avoir fini ses études. La première question qu’on me pose à tous mes entretiens est « est-ce que vous êtes sûre de pouvoir finir vos études avant septembre prochain? » et je dis toujours que oui, bien sûr. Mais bon, rien n’est jamais sûr. Souvent, même si on n’a pas terminé ses études mais presque, on peut quand même commencer à bosser, mais on se fera payer beaucoup moins et le contrat ne sera que pour un an au lieu d’être permanent comme il le serait si on avait fini ses études.

Voili voilà. C’est là où j’en suis. Comme dit ma prof, c’est encore tôt dans la « job search season, » ce qui me fait penser à la « hunting » season, la saison de la chasse… J’ai envoyé des dossiers de demandes d’emploi à 38 universités différentes (dont huit ou neuf canadiennes, je crois) et j’en enverrai encore deux ou trois le week-end prochain. J’ai déjà reçu neuf réponses négatives (dont deux canadiennes) et eu quatre entretiens, dont deux par téléphone, et j’en ai encore un le 19… et j’espère plusieurs autres bientôt. On croise les doigts!

Petit récapitulatif:

- septembre – novembre: trouver les offres et envoyer les dossiers de demandes d’emploi,
- décembre – mars: avoir les premiers entretiens et les « campus visits » si on a de la chance; envoyer les derniers dossiers,
- mars – août: avoir les derniers entretiens et « campus visits » et signer un contrat, soutenir sa thèse, et graduer!

Ce n’est pas difficile. C’est juste long, fastidieux, et stressant! En règle générale, dans mon département à Purdue et si on a beaucoup de chance, on a entre quatre et huit entretiens pour chaque 40 dossiers envoyés. Et une offre de boulot pour chaque six entretiens. Si on a beaucoup de chance.

Merci mille fois à Arno pour son aide précieuse et sans laquelle je n’aurais jamais pu ouvrir ce nouveau blog!

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Mon ami, le paysage

J’ai pour voisin et compagnon
Un vaste et puissant paysage
Qui change et luit comme un visage
Devant le seuil de ma maison.

Je vis chez moi de sa lumière
Et de son ciel dont les grands vents
Agenouillent ses bois mouvants
Avec leur ombre sur la terre.

Il est gardé par onze tours
Qui regardent du bout des plaines
De larges mains semer les graines
Sur l’aire immense des labours.

Un chêne y détient l’étendue
Sous sa rugueuse autorité,
Mais les cent doigts de la clarté
Jouent dans ses feuilles suspendues.

Un bruit s’entend : c’est un ruisseau
Qui abaisse de pente en pente
Le geste bleu de son eau lente
Jusqu’à la crique d’un hameau,

Tandis qu’au loin sur les éteules
Tassant le blé sous le soleil
Semble tenir dûment conseil
Le peuple d’or des grandes meules.

J’ai pour voisin et compagnon
Un vaste et puissant paysage
Qui change et luit comme un visage
Devant le seuil de ma maison.

Sous l’azur froid qui le diapre
L’hiver, il accueille mes pas
Pour aiguiser à ses frimas
Ma volonté rugueuse et âpre.

Lorsqu’en Mai brillent les taillis,
Tout mon être tremble et chatoie
De l’immense frisson de joie
Dont son feuillage a tressailli.

En Août quand les moissons proclament
Les triomphes de la clarté,
Je fais régner le bel été
Avec son calme dans mon âme.

Et si Novembre avide et noir
Arrache aux bois toute couronne,
C’est aux flammes d’un peu d’automne
Que je réchauffe mon espoir.

Ainsi le long des jours qui s’arment
D’ample lumière ou de grand vent
J’éprouve en mon cerveau vivant
L’ardeur diverse de leurs charmes.

J’ai pour voisin et compagnon
Un vaste et puissant paysage
Qui change et luit comme un visage
Devant le seuil de ma maison.

Même la nuit je le visite
Quand les astres semblent les yeux
De héros clairs et merveilleux
Que les splendeurs du ciel abritent.

A haute voix, à coeur ardent,
Je dis ton nom, brusque Persée ;
Et l’ombre immense et angoissée
Tressaille encore en l’entendant.

Je te nomme à ton tour, Hercule,
Et toi, Pollux, et toi, Castor,
Et toi, Vénus, dont le feu d’or
Préside au deuil des crépuscules.

Je mêle aux légendes des Dieux
Ta légende de sang jaspée,
Belle et pâle Cassiopée,
Qui luis sereine au Nord des cieux,

Si bien que grâce à votre gloire
Mon coeur se dresse et s’affermit
Et qu’il s’exalte et crie au bruit
Que font vos noms en ma mémoire.

J’ai pour voisin et compagnon
Un vaste et puissant paysage
Qui change et luit comme un visage
Devant le seuil de ma maison.

Je connais bien les humbles sentes
Qui vont d’un clos à d’autres clos
Ou descendent le long de l’eau
Vers les grottes retentissantes.

Quand l’air est sec et refroidi
Et que tout bruit semble plus proche,
Je reconnais au son des cloches
Quel angelus tinte à midi.

Je sais le dessin de chaque ombre
Dans le soleil, sur les hauts murs ;
Et j’ai compté les brugnons mûrs
Qui ploient la branche sous leur nombre.

Ces deux tilleuls qui montent là,
Je sens la main aujourd’hui morte
Qui les planta devant la porte
Pour que la foudre n’y tombât.

Chaque bête qui vague ou broute
M’est familière et le sait bien ;
D’après l’aboi que fait son chien
J’entends qui passe sur la route.

J’ai pour voisin et compagnon
Un vaste et puissant paysage
Qui change et luit comme un visage
Devant le seuil de ma maison.

Et je lui dis des choses tendres
Et profondes avec mon coeur
Les soirs quand la clarté se meurt
Et que seul il me peut entendre.

Je lui parle des jours passés
Quand, le corps lourd de déchéances,
Je vins chercher dans sa jouvence
Un air allègre et condensé,

Quand je sentis en moi renaître,
Jour après jour, l’ancien désir
D’aimer le monde et l’avenir
Et d’être fort et d’être maître ;

Quand j’étais si vraiment heureux
De mes marches de roche en roche
Que j’embrassais les arbres proches
Avec des pleurs au fond des yeux

Et que les thyms sous la rosée
Et que les trèfles dans le vent
Me semblaient moins frais et vivants
Que mes espoirs et mes pensées.

J’ai pour voisin et compagnon
Un vaste et puissant paysage
Qui change et luit comme un visage
Devant le seuil de ma maison.

Dites, vous ai-je aimés, retraites,
Coteaux feuillus, sources des bois,
Antres où résonnait ma voix
Avec sa force enfin refaite !

Plus rien de vous n’est étranger
Au coeur ému de ma mémoire,
On ne sait quoi de péremptoire
Entre nous tous s’est échangé.

Aussi quand ma vie accomplie,
Ployant sous le poing noir du sort,
Ira se perdre dans la mort,
Doux ciel ami, je te supplie

D’être présent à mes regards
Avec ta plus ample lumière,
Afin que soit belle la terre
A mon départ.

*Emile Verhaeren: Mon ami, le paysage

PS. Vive les vacances, plus de pénitences! Les cahiers au feu, et la maîtresse au milieu!!

PPS. Maux de tête environ partis… juste au coin de la rue… hésitent à partir pour de bon…

PPPS. Ai bossé 9 heures sur ma thèse aujourd’hui, suis très fière, ai presque fini mon troisième chapitre… heu… presque! Etant donné que je dois le rendre à ma directrice de thèse mercredi, ça vaut mieux! Après ça, y’aura plus qu’à écrire 200 pages de chapitre quatre et une soixantaine de pages de chapitre cinq et c’est FINI lézamis!!! Fastoche!

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La Terrasse Frontenac

Je n’ai vu ni Venise un soir à sa gondole,
Ni Naples, ni l’Etna : pourtant, je m’en console !
Car j’ai vu, rayonnant au soleil de midi,
Québec, perché là-haut comme un aigle hardi.
Je l’ai vu panaché de verglas et de brume,
Et je l’ai vu l’été sous son plus beau costume.
Mais je l’ai vu, surtout, le soir, quand le soleil
Teint tous ses horizons de pourpre et de vermeil.
Pour chanter à l’envi ses larges paysages,
Montons à la Terrasse, à dix pieds des nuages.
Sous ces kiosques chinois n’allons pas nous asseoir :
Pour mieux jouir encor de la fraîcheur du soir,
Pour n’avoir sur les yeux ni coupoles ni voiles
Qui nous cachent un coin de ce ciel plein d’étoiles,
A la grille de bronze accoudons-nous, rêveur ;
Et là, volent mes vers : ils vont partir du coeur !

Je t’aime, ô ma Terrasse, ô ma Terrasse unique :
Ta rivale n’est pas sur ce sol d’Amérique.
Je t’aime, – et l’étranger toujours t’appellera :
L’étincelant bijou de mon beau Canada !

[...]

*Apollinaire Gingras: La terrasse Frontenac

PS. La migraine ne s’en va pas… Trois jours de maux de tête et de nausées ça commence à bien faire! C’est les vacances, heureusement, et demain c’est grève générale des chevaliers de la thèse longue. Lundi je vais me faire faire un bon massage, j’espère que ça calmera ma nuque qui semble être la cause de mes maux de tête. Mardi j’ai un entretien d’embauche. Saints des thésards, des pauvres étudiants, et des chercheurs de travail, priez pour moi.

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En janvier 2002, j’attendais la réponse de Purdue pour savoir si j’étais acceptée en doctorat ou pas. 2001 avait été de loin la pire année de ma vie, et j’avais besoin de quelques bonnes nouvelles. Mais j’avais peur. Tellement peur, en fait, que j’avais l’impression d’être au pied d’une montagne gigantesque que je n’arriverais jamais à franchir. Peur de ne pas être acceptée mais en même temps peur de l’être. Peur de ne pas être à la hauteur, de ne pas y arriver, de décevoir ceux qui m’aiment, de me décevoir. J’avais tout simplement envie de disparaître de la surface du monde, de me faire toute petite et me cacher dans un trou de souris, de fermer les yeux et tout oublier, tout simplement.

Aujourd’hui, bientôt quatre ans plus tard, je me trouve non plus devant une montagne gigantesque, cette fois-ci, ni devant une immense muraille qui n’en finit pas, mais devant un mur de Berlin vengeur et violent et impossible à approcher, impossible à dépasser. Ce n’est pas comme une montagne, pour laquelle le premier pas est difficile et qui demande de la force et du courage. Non. Cette fois, le premier pas peut me tuer. Le deuxième aussi! Et même si j’arrivais de l’autre côté vivante, je pourrais encore y laisser ma peau! Il n’y a pas seulement mon égo, en face de moi, il y a l’ennemi.

Je ne veux pas avoir à y faire face. Je veux arrêter les pendules, changer les règles du jeu, inverser le cours des planètes. Je ne veux plus rien voir, plus rien entendre, plus rien savoir, plus rien être. Je ne veux pas me forcer, me pousser, me faire humilier, me sentir bête, ne pas être à la hauteur, décevoir ceux que j’aime, sourire quand je veux pleurer, devoir prouver quoi que ce soit, me dire que je peux y arriver et ne pas y arriver. Je veux m’évaporer dans l’air froid, me fondre dans la neige, dormir avec mes chats jusqu’au printemps, et tout oublier pour toujours.

Calinette, Sosso, la thèse de miss lulu, et miss lulu, ont la grande tristesse de vous faire part de la mort subite et complète du cerveau de miss lulu il y a quelques jours, à 18 heures 24, heure de Tenochtitlan, après une lente et douloureuse agonie.

Le cerveau de miss lulu laisse derrière lui de nombreuses piles de corrections éplorées et non finies, une symphonie qui ne sera elle non plus jamais achevée de mauvaises notes pour de bien mauvais élèves, deux petits chats affamés, une thèse à moitié commencée et bien mal barrée, quelques conférences qui devront tragiquement se passer de la présence de cette grande éminence grise, des voisins bruyants, une maison en foutoir, un gros tas de linge propre mais non repassé, quelques milliers de livres non lus, et un frigidaire à moitié vide.

Le cerveau de miss lulu laisse aussi en héritage pour qui voudra un projet de recherche ultra merdique, une vieille bagnole couverte de sève de sapin, deux petits chats affamés, un tas de fringues qui n’iront à personne, une pile de copies dont les élèves attendent les corrections depuis des semaines, et un fond de glace à la mangue dans le congélo.

R.I.P.

J’en ai marre du parmesan râpé qui a un goût de lessive en poudre!
J’en ai marre de la neige avant même qu’elle soit arrivée!
J’en ai marre de ne pas trouver de poisson frais ni même de pas frais, en fait!!
J’en ai marre de bosser comme une malade sans savoir si mon projet sera bon à mettre à la poubelle à la fin!
J’en ai marre de mes élèves qui bossent pas et qui s’en fichent!
J’en ai marre de ma maison qui continue de se remplir de poils de chats plus vite que l’aspirateur les aspire!
J’en ai marre de devoir me reveiller tous les matins!
J’en ai marre de toujours aller au même restaurant et de ne plus rien avoir à découvrir dans ce maudit champ de maïs!
J’en ai marre du bruit des camions poubelles, des aspirateurs de feuilles, et des voisins sourds-dingues!
J’en ai marre qu’il fasse encore nuit quand je vais au boulot et déjà nuit quand j’en sors!
J’en ai marre des milliers de trucs que je n’ai pas le temps de faire!
J’en ai marre de ne pas réussir à publier mon &/%£$*%£&/% d’article!
J’en ai marre de ne pas savoir faire la cuisine!
J’en ai marre de ne pas savoir ce que je deviendrai l’année prochaine!
J’en ai marre d’avoir mal au crâne quand je n’ai pas le temps de manger!
J’en ai marre de devoir m’acheter des fringues de temps en temps parce que je déteste ça!
J’en ai marre de la sève de sapin qui est tombée sur ma bagnole!
J’en ai marre de ne plus pouvoir rentrer en Europe avant que les poules aient des dents!
J’en ai marre de la pub qui est apparue sur mon blog sans que je sache d’où!
J’en ai marre du froid de canard qu’il fait déjà ici!
J’en ai marre de devoir sortir les poubelles, faire la lessive et la vaisselle, et nettoyer la baraque tout le temps!
J’en ai marre des gens que la musique pourrie qui passe à ma radio préférée!
J’en ai marre de ma chasse d’eau qui se coince tout le temps!
J’en ai marre de passer ma vie à corriger des copies et préparer des cours!
J’en ai marre de ne pas avoir de sous pour me louer des DVD le weekend quand je suis trop associale pour me sortir!
J’en ai marre de ne pas avoir plus de temps pour jouer avec mes chatounes!
J’en ai marre de ma vie de pignouffle!
J’en ai marre que le facteur ne m’apporte que des factures!
J’en ai marre de la violence, de la misère, de la déprime, de la pauvreté, de la souffrance, et de la corruption de ce monde!
J’en ai marre de tous ces gens à qui j’ai envoyé des demandes d’emploi et qui ne m’ont pas encore répondu!
J’en ai marre de ne jamais savoir comment m’habiller le matin!
J’en ai marre de ne pas pouvoir lire tous les livres que j’ai envie de lire!
J’en ai marre de l’ascenseur de l’école qui est foutu et des quatre étages à monter et descendre trois fois par jour!
J’en ai marre de devoir être sérieuse et adulte!
J’en ai marre de l’absence de tout produit civilisé et mangeable dans mon super-marché!
J’en ai marre des spams qui envahissent ma boîte aux lettres électronique!
J’en ai marre de mon compte en banque qui se vide toujours trop vite!

J’en ai marre d’en avoir marre!

… on passe une journée pourrite avec un mal de gorge tel que de parler à ses élèves est un suplice et un mal de crâne à faire pâlir de jalousie les citrouilles d’Halloween…

… et puis on rentre à la maison et il n’y a toujours rien dans la boîte aux lettres électronique… et on se dit que merde, de toutes les manières la vie est pourrite… … et puis que bon, tant pis, on savait que ça n’allait pas nous arriver, ça aurait été trop beau…

… alors on va se faire une grosse soupe et sortir les chats sur le palier et discuter un moment avec le gentil voisin… et puis la soupe est délicieuse et fait tellement de bien… alors on se souvient qu’on a réussi à avoir une autre petite bourse il n’y a pas longtemps, et puis qu’on a réussi à avoir le droit d’enseigner LA classe qu’on voulait enseigner pendant l’hiver et qui est si facile à enseigner qu’elle nous permettra de finir le doctorat l’été prochain… alors on se sent mieux et bien qu’il soit seulement 6 heures et demi du soir, on se dit qu’on va aller se pieuter et bien dormir…

et c’est là qu’on se rend compte qu’on a reçu un email pendant qu’on mangeait la soupe en question, et que l’email dit (on relit bien 20 fois pour être sûre qu’on ne rêve pas): I am pleased to tell you that your proposal has been recommended for funding by our Research Advisory Committee, and that the Board of Trustees has approved this recommendation. The total grant will be [a lot of dollars]. »

OHHHHHHHHH C’EST INCROYABLE J’AI REUSSI JE L’AI EUE C’EST UN MIRACLE J’EN REVIENS PAS C’EST PAS POSSIBLE C’EST UN REVE J’AI VRAIMENT REUSSI JE VAIS POUVOIR REMBOURSER MES DETTES JE VAIS ETRE CELEBRE JE SUIS LA MEILLEURE C’EST DINGUE MA RECHERCHE EST IMPORTANTE JE NE SUIS PAS SI NULLE QUE CA APRES TOUT IL Y A DE L’ESPOIR JE VAIS TROUVER UN BOULOUT MAINTENANT C’EST SUR C’EST INCROYABLE C’EST UN MIRACLE!!!!

Merci mille fois du fond du coeur à tous pour vos gentils messages d’encouragement! J’avais peur de devoir vous décevoir, mais visiblement, comme dit mon père, il y a un bon dieu pour les crapules!

CHAMPAGNE POUR TOUS!!!!!!!!!!