de saison


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Mon ami, le paysage

J’ai pour voisin et compagnon
Un vaste et puissant paysage
Qui change et luit comme un visage
Devant le seuil de ma maison.

Je vis chez moi de sa lumière
Et de son ciel dont les grands vents
Agenouillent ses bois mouvants
Avec leur ombre sur la terre.

Il est gardé par onze tours
Qui regardent du bout des plaines
De larges mains semer les graines
Sur l’aire immense des labours.

Un chêne y détient l’étendue
Sous sa rugueuse autorité,
Mais les cent doigts de la clarté
Jouent dans ses feuilles suspendues.

Un bruit s’entend : c’est un ruisseau
Qui abaisse de pente en pente
Le geste bleu de son eau lente
Jusqu’à la crique d’un hameau,

Tandis qu’au loin sur les éteules
Tassant le blé sous le soleil
Semble tenir dûment conseil
Le peuple d’or des grandes meules.

J’ai pour voisin et compagnon
Un vaste et puissant paysage
Qui change et luit comme un visage
Devant le seuil de ma maison.

Sous l’azur froid qui le diapre
L’hiver, il accueille mes pas
Pour aiguiser à ses frimas
Ma volonté rugueuse et âpre.

Lorsqu’en Mai brillent les taillis,
Tout mon être tremble et chatoie
De l’immense frisson de joie
Dont son feuillage a tressailli.

En Août quand les moissons proclament
Les triomphes de la clarté,
Je fais régner le bel été
Avec son calme dans mon âme.

Et si Novembre avide et noir
Arrache aux bois toute couronne,
C’est aux flammes d’un peu d’automne
Que je réchauffe mon espoir.

Ainsi le long des jours qui s’arment
D’ample lumière ou de grand vent
J’éprouve en mon cerveau vivant
L’ardeur diverse de leurs charmes.

J’ai pour voisin et compagnon
Un vaste et puissant paysage
Qui change et luit comme un visage
Devant le seuil de ma maison.

Même la nuit je le visite
Quand les astres semblent les yeux
De héros clairs et merveilleux
Que les splendeurs du ciel abritent.

A haute voix, à coeur ardent,
Je dis ton nom, brusque Persée ;
Et l’ombre immense et angoissée
Tressaille encore en l’entendant.

Je te nomme à ton tour, Hercule,
Et toi, Pollux, et toi, Castor,
Et toi, Vénus, dont le feu d’or
Préside au deuil des crépuscules.

Je mêle aux légendes des Dieux
Ta légende de sang jaspée,
Belle et pâle Cassiopée,
Qui luis sereine au Nord des cieux,

Si bien que grâce à votre gloire
Mon coeur se dresse et s’affermit
Et qu’il s’exalte et crie au bruit
Que font vos noms en ma mémoire.

J’ai pour voisin et compagnon
Un vaste et puissant paysage
Qui change et luit comme un visage
Devant le seuil de ma maison.

Je connais bien les humbles sentes
Qui vont d’un clos à d’autres clos
Ou descendent le long de l’eau
Vers les grottes retentissantes.

Quand l’air est sec et refroidi
Et que tout bruit semble plus proche,
Je reconnais au son des cloches
Quel angelus tinte à midi.

Je sais le dessin de chaque ombre
Dans le soleil, sur les hauts murs ;
Et j’ai compté les brugnons mûrs
Qui ploient la branche sous leur nombre.

Ces deux tilleuls qui montent là,
Je sens la main aujourd’hui morte
Qui les planta devant la porte
Pour que la foudre n’y tombât.

Chaque bête qui vague ou broute
M’est familière et le sait bien ;
D’après l’aboi que fait son chien
J’entends qui passe sur la route.

J’ai pour voisin et compagnon
Un vaste et puissant paysage
Qui change et luit comme un visage
Devant le seuil de ma maison.

Et je lui dis des choses tendres
Et profondes avec mon coeur
Les soirs quand la clarté se meurt
Et que seul il me peut entendre.

Je lui parle des jours passés
Quand, le corps lourd de déchéances,
Je vins chercher dans sa jouvence
Un air allègre et condensé,

Quand je sentis en moi renaître,
Jour après jour, l’ancien désir
D’aimer le monde et l’avenir
Et d’être fort et d’être maître ;

Quand j’étais si vraiment heureux
De mes marches de roche en roche
Que j’embrassais les arbres proches
Avec des pleurs au fond des yeux

Et que les thyms sous la rosée
Et que les trèfles dans le vent
Me semblaient moins frais et vivants
Que mes espoirs et mes pensées.

J’ai pour voisin et compagnon
Un vaste et puissant paysage
Qui change et luit comme un visage
Devant le seuil de ma maison.

Dites, vous ai-je aimés, retraites,
Coteaux feuillus, sources des bois,
Antres où résonnait ma voix
Avec sa force enfin refaite !

Plus rien de vous n’est étranger
Au coeur ému de ma mémoire,
On ne sait quoi de péremptoire
Entre nous tous s’est échangé.

Aussi quand ma vie accomplie,
Ployant sous le poing noir du sort,
Ira se perdre dans la mort,
Doux ciel ami, je te supplie

D’être présent à mes regards
Avec ta plus ample lumière,
Afin que soit belle la terre
A mon départ.

*Emile Verhaeren: Mon ami, le paysage

PS. Vive les vacances, plus de pénitences! Les cahiers au feu, et la maîtresse au milieu!!

PPS. Maux de tête environ partis… juste au coin de la rue… hésitent à partir pour de bon…

PPPS. Ai bossé 9 heures sur ma thèse aujourd’hui, suis très fière, ai presque fini mon troisième chapitre… heu… presque! Etant donné que je dois le rendre à ma directrice de thèse mercredi, ça vaut mieux! Après ça, y’aura plus qu’à écrire 200 pages de chapitre quatre et une soixantaine de pages de chapitre cinq et c’est FINI lézamis!!! Fastoche!

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La Terrasse Frontenac

Je n’ai vu ni Venise un soir à sa gondole,
Ni Naples, ni l’Etna : pourtant, je m’en console !
Car j’ai vu, rayonnant au soleil de midi,
Québec, perché là-haut comme un aigle hardi.
Je l’ai vu panaché de verglas et de brume,
Et je l’ai vu l’été sous son plus beau costume.
Mais je l’ai vu, surtout, le soir, quand le soleil
Teint tous ses horizons de pourpre et de vermeil.
Pour chanter à l’envi ses larges paysages,
Montons à la Terrasse, à dix pieds des nuages.
Sous ces kiosques chinois n’allons pas nous asseoir :
Pour mieux jouir encor de la fraîcheur du soir,
Pour n’avoir sur les yeux ni coupoles ni voiles
Qui nous cachent un coin de ce ciel plein d’étoiles,
A la grille de bronze accoudons-nous, rêveur ;
Et là, volent mes vers : ils vont partir du coeur !

Je t’aime, ô ma Terrasse, ô ma Terrasse unique :
Ta rivale n’est pas sur ce sol d’Amérique.
Je t’aime, – et l’étranger toujours t’appellera :
L’étincelant bijou de mon beau Canada !

[...]

*Apollinaire Gingras: La terrasse Frontenac

PS. La migraine ne s’en va pas… Trois jours de maux de tête et de nausées ça commence à bien faire! C’est les vacances, heureusement, et demain c’est grève générale des chevaliers de la thèse longue. Lundi je vais me faire faire un bon massage, j’espère que ça calmera ma nuque qui semble être la cause de mes maux de tête. Mardi j’ai un entretien d’embauche. Saints des thésards, des pauvres étudiants, et des chercheurs de travail, priez pour moi.

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Phyllis

Depuis neuf ans et plus dans l’amphore scellée
Mon vin des coteaux d’Albe a lentement mûri ;
Il faut ceindre d’acanthe et de myrte fleuri,
Phyllis, ta tresse déroulée.

L’anis brûle à l’autel, et d’un pied diligent
Tous viennent couronnés de verveine pieuse ;
Et mon humble maison étincelle joyeuse
Aux reflets des coupes d’argent.

Ô Phyllis, c’est le jour de Vénus, et je t’aime !
Entends-moi ! Téléphus brûle et soupire ailleurs ;
Il t’oublie, et je t’aime, et nos jours les meilleurs
Vont rentrer dans la nuit suprême.

C’est toi qui fleuriras en mes derniers beaux jours :
Je ne changerai plus, voici la saison mûre.
Chante ! les vers sont doux quand ta voix les murmure,
Ô belle fin de mes amours !

*Charles-Marie Leconte de Lisle: Phyllis

PS. 30 centimètre en un après-midi, et ça va continuer toute la nuit… 40 minutes pour rentrer chez moi au lieu des 10 minutes normales… et comme tous les hivers, aucun, absolument aucun déneigement de la route! Je n’ai jamais compris pourquoi ils ne déneige pas à Lafayette. Ils n’ont peut-être pas encore inventé le camion avec la grosse raclette devant qui pousse la neige sur le côté! Ou le sel.

PPS. Tout ça n’arrange pas ma migraine!

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Berger d’abeilles

Le doux titre et l’emploi charmant :
Être, en juin, un berger d’abeilles,
Lorsque les prés sont des corbeilles
Et les champs des mers de froment ;

Quand les faucheurs sur les enclumes
Martèlent la faux au son clair,
Et que les oisillons dans l’air
Font bouffer leurs premières plumes !

Berger d’abeilles, je le fus,
A huit ans, la-bas, chez mon père,
Lorsque son vieux rucher prospère
Chantait sous ses poiriers touffus.

Quel bonheur de manquer l’école
Que l’été transforme en prison,
De se rouler dans le gazon,
Ou de suivre l’essaim qui vole,

En lui disant sur un ton doux
Pour qu’il s’arrête aux branches basses :
 » Posez-vous, car vous êtes lasses ;
Belles abeilles, posez-vous !

 » Nous avons des ruches nouvelles
Faites d’un bois qui vous plaira ;
La sauge les parfumera :
Posez-vous, abeilles, mes belles !  »

Et les abeilles se posaient
En une énorme grappe grise
Que berçait mollement la brise
Dans les rameaux qui bruissaient.

 » Père ! criais-je, père ! arrive !
Un essaim !  » Et l’on préparait
La ruche neuve où sans regret
La tribu demeurait captive.

Puis, sur le soir, lorsque, à pas lents,
Du fond des pâtures lointaines
Les troupeaux revenaient bêlants
Vers l’étable et vers les fontaines,

Je retrouvais mon père au seuil
Comptant ses bêtes caressantes,
Et lui disais avec orgueil :
 » Toutes les miennes sont présentes !  »

Le doux titre et l’emploi charmant :
Être, en juin, un berger d’abeilles,
Lorsque les prés sont des corbeilles
Et les champs des mers de froment !

*François Fabié: Berger d’abeilles

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Figure de rêve

La très chère aux yeux clairs apparaît sous la lune,
Sous la lune éphémère et mère des beaux rêves.
La lumière bleuie par les brumes cendrait
D’une poussière aérienne
Son front fleuri d’étoiles, et sa légère chevelure
Flottait dans l’air derrière ses pas légers :
La chimère dormait au fond de ses prunelles.
Sur la chair nue et frêle de son cou
Les stellaires sourires d’un rosaire de perles
Étageaient les reflets de leurs pâles éclairs. Ses poignets
Avaient des bracelets tout pareils ; et sa tête,
La couronne incrustée des sept pierres mystiques
Dont les flammes transpercent le coeur comme des,glaives,
Sous la lune éphémère et mère des beaux rêves.

* Remy de Gourmont: Figure de rêve

PS. J’ai mal à la tête…

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Ce que disent les hirondelles

Déjà plus d’une feuille sèche
Parsème les gazons jaunis ;
Soir et matin, la brise est fraîche,
Hélas ! les beaux jours sont finis !

On voit s’ouvrir les fleurs que garde
Le jardin, pour dernier trésor :
Le dahlia met sa cocarde
Et le souci sa toque d’or.

La pluie au bassin fait des bulles ;
Les hirondelles sur le toit
Tiennent des conciliabules :
Voici l’hiver, voici le froid !

Elles s’assemblent par centaines,
Se concertant pour le départ.
L’une dit :  » Oh ! que dans Athènes
Il fait bon sur le vieux rempart !

 » Tous les ans j’y vais et je niche
Aux métopes du Parthénon.
Mon nid bouche dans la corniche
Le trou d’un boulet de canon.  »

L’autre :  » J’ai ma petite chambre
A Smyrne, au plafond d’un café.
Les Hadjis comptent leurs grains d’ambre
Sur le seuil d’un rayon chauffé.

 » J’entre et je sors, accoutumée
Aux blondes vapeurs des chibouchs,
Et parmi les flots de fumée,
Je rase turbans et tarbouchs.  »

Celle-ci :  » J’habite un triglyphe
Au fronton d’un temple, à Balbeck.
Je m’y suspends avec ma griffe
Sur mes petits au large bec.  »

Celle-là :  » Voici mon adresse :
Rhodes, palais des chevaliers ;
Chaque hiver, ma tente s’y dresse
Au chapiteau des noirs piliers.  »

La cinquième :  » Je ferai halte,
Car l’âge m’alourdit un peu,
Aux blanches terrasses de Malte,
Entre l’eau bleue et le ciel bleu.  »

La sixième :  » Qu’on est à l’aise
Au Caire, en haut des minarets !
J’empâte un ornement de glaise,
Et mes quartiers d’hiver sont prêts.  »

 » A la seconde cataracte,
Fait la dernière, j’ai mon nid ;
J’en ai noté la place exacte,
Dans le pschent d’un roi de granit.  »

Toutes :  » Demain combien de lieues
Auront filé sous notre essaim,
Plaines brunes, pics blancs, mers bleues
Brodant d’écume leur bassin !  »

Avec cris et battements d’ailes,
Sur la moulure aux bords étroits,
Ainsi jasent les hirondelles,
Voyant venir la rouille aux bois.

Je comprends tout ce qu’elles disent,
Car le poète est un oiseau ;
Mais, captif ses élans se brisent
Contre un invisible réseau !

Des ailes ! des ailes ! des ailes !
Comme dans le chant de Ruckert,
Pour voler, là-bas avec elles
Au soleil d’or, au printemps vert !

*Théophile Gautier: Ce que disent les hirondelles

PS. Calinette va beaucoup mieux: elle a recommencé à tapper sur Sosso, c’est bon signe! Mais on va quand même aller faire une dernière radio pour voir si le bidule en question est sortit parce que moi je l’ai pas vu…

PPS. Cet après-midi, j’ai eu un « examen d’entretien » et c’était pas mal, sauf que j’ai dit quelques grosses bêtises et que j’étais un peu toute rouge de temps en temps. Mais sinon j’ai eu des bonnes notes. J’ai un vrai entretien le 13 décembre… big panique!

PPPS. Après les 801 questionnaires que j’ai reçus de mes participants au début de l’année, en revoilà qui arrivent des mêmes participants… déjà environ 300 nouveaux à trier, compter, entrer dans mon petit programme de statistiques… et le plus difficile c’est de trouver les paires! Qu’est-ce qu’on s’amuse!

PPPPS. J’adore absolument ce poème!

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Croquis parisien

La lune plaquait ses teintes de zinc
Par angles obtus.
Des bouts de fumée en forme de cinq
Sortaient drus et noirs des hauts toits pointus.

Le ciel était gris. La bise pleurait
Ainsi qu’un basson.
Au loin, un matou frileux et discret
Miaulait d’étrange et grêle façon.

Moi, j’allais, rêvant du divin Platon
Et de Phidias,
Et de Salamine et de Marathon,
Sous l’oeil clignotant des bleus becs de gaz.

* Paul Verlaine: Croquis parisien

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C’est ainsi

Faire des vers, des vers gamins,
Et rire, et rire, et rire encore,
Et, comme un pierrot qui picore,
Cueillir leurs parfums aux jasmins ;

Forger des vers comme des armes,
Pointus, effilés, sans merci,
Ou, pour expier son souci,
Égrener des ave de larmes,

C’est bon supérieurement
Et tout le reste est journalisme ;
La strophe d’or est comme un prisme
Où s’irise le firmament.

Et crevât-on, phtisique et blême,
Avec des recors à la clé,
Le violon qu’on a raclé
Laisse des notes en nous-même.

La flûte, avec ses quatre trous,
Quatre regards de mélodie,
Quand elle est triste, psalmodie
Comme un martyr sous les verrous ;

Et rien n’y fait, ni les gendarmes,
Ni les huissiers, ni les tailleurs ;
L’air de flûte a toujours des larmes
En attendant des jours meilleurs !

*Max Waller: C’est ainsi.

PS. Calinette est à la maison, après une dure journée chez le vétérinaire… on n’est pas encore sorties d’affaire mais elle va bien, même si elle est très fâchée parce qu’elle ne peut pas manger… et donc moi pas dormir ;) Mais je suis heureuse qu’elle soit rentrée, moi aussi ma journée a été dure, sans elle et avec tous ces soucis et avec des statistiques qui me sortent par les trous de nez!

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Le jour

Levons-nous, le jour bleu colle son front aux vitres,
La note du coucou réveille le printemps,
Les rameaux folichons ont des gestes de pitres,
Les cloches de l’aurore agitent leurs battants.
La nuit laisse en fuyant sa pantoufle lunaire
Traîner dans l’air mouillé plein de sommeil encor
Et derrière les monts cachant sa face claire
Le soleil indécis darde trois flèches d’or.
Il monte. Notre ferme en est tout éblouie,
Les volets sont plus verts et le toit plus vermeil,
La crête des sapins dans la brume enfouie
S’avive de clarté. Voilà le plein soleil
Avec son blanc collier de franges barbelées,
Avec ses poudroiements de cristal dans les prés,
Avec ses flots nacrés, ses cascades brûlées,
Ses flûtes, ses oiseaux et ses chemins pourprés.
L’abeille tôt levée, attendant sa venue,
Essayait d’animer les boutons engourdis,
Dérangeait l’ordre neuf de la rose ingénue,
Pressait de toutes parts les lilas interdits.
Dès qu’elle vit au ciel fuser la bonne gerbe,
Son gorgerin blondit, son aile miroita,
Et, tandis que les fleurs se découpaient dans l’herbe,
Sur un lis qui s’ouvrait son ivresse pointa.
Quel massacre badin de vierges cachetées !
La nonnain-violette en conserve un frisson,
Les corbeilles d’argent aux blancheurs dépitées
S’inquiètent du vent rural et sans façon.
Sur l’églantine fraîche aux saveurs paysannes
Voici que les frelons éthiopiens vont choir,
Les bambous en rumeur entre-choquent leurs cannes,
Sur un brin d’amandier sifflote un merle noir.
Levons-nous. Notre chien lappe son écuelle,
Les chevaux affamés piaffent après le foin,
On entend barboter un refrain de vaisselle
Et des appels de coqs s’égosiller au loin.
Déjeunons sur le seuil de tartines miellées,
Dans nos verres en feu le soleil boit sa part,
Les arbres font danser leurs feuilles déroulées
Et teignent leurs bourgeons d’un petit point de fard.
C’est l’heure puérile où la margelle est rose,
Où la jeune campagne éclose au jour nouveau
Dans ses terrains bêchés brille comme une alose,
Où l’araignée étend son lumineux réseau.
C’est l’heure où les lapins se grisent de rosée,
Où l’enfant matinal aux gestes potelés,
Agitant le soleil de sa tête frisée ;
Rit tenant à deux mains un pesant bol de lait.
La montagne se vêt de légères buées
Et semble perdre un peu de son austérité,
Les cyprès accusant leurs grâces fuselées
Dressent des cierges verts sur l’autel de l’été.
Ô rajeunissement du réveil, ô lumière
Qui laves les noirceurs, les fanges, les chagrins,
Qui donnes des splendeurs au bourbier de l’ornière
Et mets une ombre d’or sur nos charniers humains.

*Cécile Sauvage: Le jour

PS. J’ai reçu aujourd’hui une carte postale de Russie, une de France, et quatre de Finlande, plus un gros paquet de chocolat de France! Merci à tous :)

PPS. Ma Calinette a vomi toute la journée, aujourd’hui, et n’a rien pu avaler! Demain dès l’aube on va chez le docteur, pov’ chérie! Je sais pas si on arrivera même à attendre demain matin… en tous les cas, on va pas beaucoup dormir cette nuit dans mon champ de maïs!

PPPS. Je suis une star aujourd’hui encore sur le blog Profil d’Olivier Gochet. My twenty-four minutes of fame ;)

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Premier amour

Nous nous étions connus tout petits à l’école.
Comme son père était de mon père voisin,
Nous partions tous les deux sac au dos le matin
Nos têtes s’encadraient d’une même auréole.

Dans la rose candeur du sourire enfantin,
Nous étions bons amis. Quand les flots du Pactole
Roulaient chez l’un de nous, par hasard, une obole,
Nous divisions toujours en deux parts le festin.

Souvent, aux lendemains de mes fainéantises,
Me laissant consulter en route son devoir,
Elle sut m’épargner l’horreur du cachot noir.

Moi, je grimpais pour elle à l’arbre des cerises,
Pour elle je pillais la vigne et le pommier,
Et je la défendais comme un bon chevalier.

Plus tard, à l’âge d’or où dans notre poitrine
Vibre l’enchantement des frissons amoureux,
A l’âge où l’on s’égare au fond des rêves bleus,
Sans songer à demain et ce qu’il nous destine,

Sous les érables du grand parc, à la sourdine,
Nous nous cachions, loin des oreilles et des yeux,
Et, son front virginal penché sur mes cheveux,
Ensemble nous lisions le divin Lamartine.

Oui ! nous avons vécu l’âge de nos seize ans
Où le coeur entend mieux ce que la lyre exprime,
Parmi les vers d’amour frappés au coin sublime.

Oui ! nous avons connu les baisers innocents,
Sur le lac de cristal que la nacelle effleure,
Devant le livre ouvert à la page où l’on pleure.

Comme ils coulaient heureux ces beaux jours d’autrefois !
Comme nous nous aimions avec nos âmes blanches !
Dans les sentiers discrets émaillés de pervenches
Qu’épargnaient en passant ses brodequins étroits,

Nous allions écouter l’harmonieuse voix
Des souffles attiédis qui chantaient dans les branches ;
Nous mêlions au murmure infini des grands bois
L’écho de nos serments et de nos gaîtés franches.

Fervents du clair de lune et des soirs étoilés,
Nous allions réveiller les nénufars des plages,
Inclinant sur les flots leurs corps immaculés.

Et nous aimions unir nos riantes images
Aux scintillants reflets des milliers d’astres d’or,
Dans l’immense miroir du Saint-Laurent qui dort.

*Charles Gill: Premier Amour

PS. Je suis une star, aujourd’hui et pendant trois jours, sur le blog Profil d’Olivier Gochet. My fifteen minutes of fame :)

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Le Petit Chat

C’est un petit chat noir effronté comme un page,
Je le laisse jouer sur ma table souvent.
Quelquefois il s’assied sans faire de tapage,
On dirait un joli presse-papier vivant.

Rien en lui, pas un poil de son velours ne bouge ;
Longtemps, il reste là, noir sur un feuillet blanc,
A ces minets tirant leur langue de drap rouge,
Qu’on fait pour essuyer les plumes, ressemblant.

Quand il s’amuse, il est extrêmement comique,
Pataud et gracieux, tel un ourson drôlet.
Souvent je m’accroupis pour suivre sa mimique
Quand on met devant lui la soucoupe de lait.

Tout d’abord de son nez délicat il le flaire,
La frôle, puis, à coups de langue très petits,
Il le happe ; et dès lors il est à son affaire
Et l’on entend, pendant qu’il boit, un clapotis.

Il boit, bougeant la queue et sans faire une pause,
Et ne relève enfin son joli museau plat
Que lorsqu’il a passé sa langue rêche et rose
Partout, bien proprement débarbouillé le plat.

Alors il se pourlèche un moment les moustaches,
Avec l’air étonné d’avoir déjà fini.
Et comme il s’aperçoit qu’il s’est fait quelques taches,
Il se lisse à nouveau, lustre son poil terni.

Ses yeux jaunes et bleus sont comme deux agates ;
Il les ferme à demi, parfois, en reniflant,
Se renverse, ayant pris son museau dans ses pattes,
Avec des airs de tigre étendu sur le flanc.

*Edmond Rostand: Le petit chat

PS. Je voudrais remercier du fond du coeur la personne qui m’a offert le livre Second Language Acquisition de ma ouichlist. Je n’ai, cette fois-ci, aucune, mais alors vraiment aucune idée de qui ça peut bien venir… et je suis très curieuse :)

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C’est fait, l’hiver est de retour, je l’ai entendu ce matin pour la première fois: le moteur des voitures qu’on laisse chauffer pendant 30 minutes sous ma fenêtre avant de partir au boulot, le scratch scratch scratch scratch des parebrises qu’on gratte en vain pour en faire partir le premier givre qu’on ne prend même pas le temps d’admirer tellement on se gèle les doigts et le reste aussi, le swouch swouch swouch swouch des essuiglaces qu’on tente en vain de faire passer et repasser sur le parebrise mal nettoyé avec le chauffage à fond pour effacer les dernières traces de cet hiver qu’on n’aime déjà plus en essayant de réchauffer l’intérieur de la voiture alors que la chaleur écrasante du soleil de l’été, avec son volant brûlant et l’air conditionné si lent à refroidir nous manquent soudain si cruellement…

Alors en l’honneur de cet ami glacial de retour, j’ouvre le nouveau concours de cet hiver: le concours de photos glacées, enneigées, congelées, verglacées, surgelées, pétrifiées, et gelées, ouvert tout l’hiver! Et si vous ne vous sentez pas d’aller vous frigorifier les petons pour prendre des photos dans le grand nord, allez donc me faire des jolis flocons de neige sur ce site absolument génial! Voilà la première contribution de l’hiver: la mienne!

A vos ciseaux!

Sur la pointe des pieds

Lac-d'automne

Un instant liquide du Petit Nord Québécois: Bonne nuit Miss Lulu…
Etolane

J’ai pensé à votre blog et ses textes sur l’automne en rentrant dans mon bureau où la vigne vierge rougit….

father.

Wouah, l’automne est arrivé sur mon blog, cette fois c’est sûr, plus d’hésitation, il a débarqué avec ses trompettes et ses belles couleurs! Merci merci merci!!! Continuez, chers visiteurs, à mettre de belles photos sur mon blog, cette collection est admirablement belle et me rechauffe le coeur! La porte vous est toujours ouverte, pas besoin de demander la permission!

Là, je viens de rentrer… Comme d’habitude quand je suis en vacances, j’étais malade pendant trois jours… mais j’ai quand même bien profité de mon long week-end. Par contre, faire aujourd’hui deux décolages et deux aterrissages avec une grippe d’enfer, c’est idéal pour se faire une otite du tonerre… et je n’entends pour le moment plus rien de l’oreille droite. Alors pour les détails et les photos (hummm…) ça sera pour demain, parce que là, j’ai la tête comme une citrouille (c’est de saison, c’est bien), le nez rouge comme une tomate (ça doit être La Miss qui m’a refilé ça, huhuh), l’oreille à la Van Gogh, la gorge en feu, et j’ai en même temps trop chaud et trop froid. Alors je vais me coucher!


Une citrouille de Bretagne envoyée par une gentille lectrice!

Mont de l’Arpille, Valais, Suisse


Coucou Miss Lulu !
C’est une autre Lulu qui t’envoie cette photo ;-)

En Ecosse aussi les arbres commencent à perdre leurs feuilles. Et il pleut de plus en plus souvent !

Mam’zelle Lulu, from Glasgow
http://oneyearinglasgow.over-blog.com

A Trieste, les arbres sont encore verts, mais le vent a soufflé très fort ce week-end et les 1800 bateaux, petits et grands, qui ont participé à la régate « la Barcolana » ont fini la course en un temps record!

Butterfly traumatise les premieres feuilles mortes…

Depuis hier, il pleut enfin sur le nord du Portugal et on sent l’automne pointer le bout de son nez!

Nettah
http://nettah.canalblog.com/

Dans le Colorado, les trembles sont tout dorés, mais il neige depuis dimanche et ça ne va pas durer!



Kimon (Ft Collins, CO)


Voici une photo prise à Helen en Géorgie. C’est une petite ville dans les « Blue Ridge Mountains » le long de la « Chattahoochee River ». La particularité de cette ville, c’est qu’on se croirait en Bavière. Les maisons, les restos, les magasins… tout est de type allemand. Quand on arrive dans cette ville, on n’a plus l’impression d’être aux Etats-Unis. En ce moment, on y fête l’Oktoberfest, donc j’y suis allée à cette occasion. J’y ai mangé une excellente choucroute accompagnée de bière allemande, et tout ça au son de musique folklorique allemande bien sûr.
Martine – American Gazette


Ça, c’était dimanche 9, après un festin pantagruélique, une ballade sympa entre amis de longue date dans le splendide parc du château de Villers-Cotterêts, sous un fabuleux soleil d’automne ayant quelques faux airs d’été.
C’était là, en août 1539, que François 1er y signa l’Ordonnance (dite de Villers-Cotterêts) instaurant l’usage du français dans les actes officiels. Ça a bien changé depuis, ma bonne dame, isn’t it…
Gerhard (once again)

…certain(e)s le dégustent!

From Lola and her Candy-mama-Froggie, amatrices de raisin made in Paris (si si!)
bizatoi**~~*^* *

J’aurai posté une photo de l’automne à Atlanta mais il n’a pas vraiment encore commencé, puis surtout je suis en Utah ce week-end…

Il est très avancé ici! Je crois savoir que tu as vécu en Utah, en espérant que cela te rappèle de bons souvenirs.

- Sébastien

Pour te réchauffer le coeur !
Laurange


Il faut dire, l’autome ici c’est vraiment magnifique. Et il n’y a pas besoin d’aller jusqu’aux chutes du Niagara. Cette photo vient du nord du Michigan, la « UP », (ioupee), ou « Upper Peninsual », partie du Michigan tres peu connue (faut dire qu’il n’y a pratiquement personne qui y habite, a part peut-etre quelques ours).
Moi qui deteste l’arrivee du froid, j’avoue que je n’avais jamais vu d’aussi belles couleurs avant d’arriver dans le Michigan. Et faut dire aussi qu’il faut en profiter vite, parce que bientot il va faire tres tres froid et tres tres gris, la neige arrive vite.
Anaïs


Un peu de briques et de broc, dans la rue de derrière, au piémont noroit de Montmartre.

Comme je n’arrive pas à poster de commentaires dans le champs de maïs, et que je ne veux pas m’en-mailer, quelques pixels par une autre voie.

Caroline, Ouvert la Nuit, Fermé la Nuit, Ithaca, NY ©


Il faisait fort beau ce vendredi 7 octobre dans la jolie ville médiévale de Mirepoix, les arbres étaient encore bien verts et le soleil brillait…

Voici une pensée automnale, de la part de Samantdi et en souvenir de ton petit séjour dans le Sud-Ouest.