boulot boulot


Eh oui, c’est bien à Ottawa que j’ai passé le week-end, et j’y ai rencontré un certain Dr. Gentil dont le prénom est le même que celui d’Apollinaire! Haha, y’avait tous les indices dans mon post, et avec Google, c’était assez facile! Bravo à tous ceux qui ont joué à mon petit jeu! Et non, il n’était ni libre ni intéressé… huhuh… mais on a bien parlé de boulot et c’est pour ça que je l’ai rencontré!

Les personnes suivantes ont donc gagné une carte postale (ou un petit paquet, si ils/elles ont trouvé le nom de l’université et du type) et sont priées de m’emailer leur adresse postale (je mets “ok” si je l’ai déjà) (par ordre d’emailage):

Bluelulie (ok) (a en plus trouvé le nom de l’université et du Dr. Gentil)
Alcib
Lenaig
Gaëlle
Isabelle
Clotilde
E. (ok)
monpère (ok)
A l’Ouest
Lune (ok) (a en plus trouvé le nom de l’université et du Dr. Gentil)
Denis (ok) (a en plus trouvé le nom de l’université et du Dr. Gentil)
Françoise
DoroT
Ze Mimimousse (ok)
nonmais (a en plus trouvé le nom de l’université et du Dr. Gentil)
Moukmouk

Ce voyage était génial! Il faisait -5 degrés quand je suis partie de Granbled vendredi en fin de matinnée, et -14 (ressenti comme -22 à cause du vent) quand je suis arrivé à Ottawa exactement quatre heures plus tard. Et ça a été comme ça tout le week-end: gelé! Pour visiter une ville, c’est pas très pratique, surtout quand on conduit un peu partout avec les fenêtres de la voiture grandes ouvertes pour ne pas avoir la crasse des fenêtres sur les photos… Heureusement, vendredi il faisait très beau, et samedi, il faisait couvert, mais il n’a neigé que pendant une nuit et il n’a jamais plu, donc j’ai réussi à bien me balader.

La route entre Granbled et Ottawa est CHIANTE à mourir! C’est abominable d’ennui, et je devais conduire vite pour ne pas m’endormir. Par contre, même si NPR, ma radio préférée au monde, me manquait beaucoup, je dois avouer que radio-canada (en français) n’est pas mal du tout et a bien aidé à passer le temps avec des débats sur, par exemple, le genre de litérature qu’il faut enseigner au lycée au Québec. Ce qui est vraiment agréable, aussi, c’est d’écouter la radio en français, ça ne m’arrivait jamais aux Etats Unis! (Je vous mets ci-dessous les paroles d’une chanson québecoise que j’ai entendue deux fois à la radio et que j’aime bien). Et puis surprise parmis les surprises, au retour, j’ai réussi à capter NPR pendant 45 minutes, puisqu’à cet endroit du trajet, on est environ à 10 kilomètres de la frontière avec les Etats Unis!

Ottawa? J’ai beaucoup aimé! C’est une ville beaucoup plus petite que Granbled, of course, mais ça la rend plus … manageable, plus facile à “rencontrer,” plus à ma taille. Les bâtiments sont souvent magnifiques, imposants, impressionants, et historiques, et on voit vraiment l’Histoire (avec un grand H) du Canada là-bas. J’ai souvent entendu dire que c’est une ville morte, et le Dr. Gentil l’a confirmé: le centre-ville n’est vivant qu’en semaine, lorsque les gens qui travaillent pour le gouvernement travaillent. Par contre, il y a une sorte de deuxième centre-ville, plus historique et plus mignon, et là, avec le marché de Noël et des dixaines de petites boutiques adorables, les maisons anciennes joliement décorées, et les foules venues admirer les lumières, c’était vraiment très sympa.

En allant me balader samedi après-midi, j’ai rencontré un flic qui était en train de mettre des PVs sur les voitures qui n’avaient pas payé le parking (dont la mienne, mais j’ai pu l’arrêter à temps) et avec qui j’ai longuement discuté de la ville et de parking et qui m’a raconté plein de choses très très intéressantes et envoyée dans un très bon restaurant. Je reparlerai de cette discussion bientôt, puisqu’elle venait à point après mes mésaventures de jeudi après-midi… Et en cherchant à me garer, vendredi soir, je me suis soudain retrouvée sur une autoroute… qui allait directement au Québec! Donc j’ai visité le Québec pendant au moins 10 minutes, le temps d’arriver à Gatineau, de faire demi-tour à la première sortie, et de repasser la rivière de Outaouais pour retourner en Ontario! (En fait j’y suis peut-être retourné le lendemain mais je ne suis pas sûre, faudra voir mes photos, parce que je sais que j’ai repassé un pont mais je ne sais pas lequel. J’adore conduire au hasard et me perdre, c’est comme ça qu’on tombe sur les plus belles découvertes).

J’ai dormi dans un adorable Bed & Breakfast, mais je n’ai pas vraiment bien dormi parce qu’il faisait trop chaud dans les chambres et que mes chatounes me manquaient. Par contre, je suis allée dans deux restos sympas et j’ai bien mangé, un peu trop bien, même, peut-être… Le truc le plus rigolo de l’affaire c’est que je suis arrivée au Bed & Breakfast vendredi en milieu d’après-midi et c’est au moment où le type m’a demandé comment je voulais payer pour la chambre que je me suis rendue compte que je n’avais pas UN DOLLARS sur moi ni sur mon compte en banque! Hahaha! Prévoyante la fille!

Voili voilà, un petit compte-rendu de ma fin de semaine. Je me suis bien amusée, j’ai pris plein de photos que je mettrai sur un album très bientôt, et si on m’offrait un job super super bien payé à Ottawa, je le prendrais (mais vraiment super bien payé, pour oublier le froid, hehe)! Même si on ne m’offre pas de job, il faudra que je retourne dans cette ville voir le canal gelé et ses patineurs et le festival des tulipes! A part ça, c’était quand’même un peu oppressant de rentrer à Granbled et de revoir les éternels embouteillages de fous sur l’autoroute à 12 voies, un dimanche à midi…

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Dégénération, par Mes Aïeux

Ton arrière-arrière-grand-père il a défriché la terre
Ton arrière-grand-père il a labouré la terre
Et pis ton grand-père a rentabilisé la terre
Pis ton père il l’a vendue, pour devenir fonctionnaire

Et pis toi mon p’tit gars tu sais pus c’que tu vas faire
Dans ton p’tit trois et d’mie, ben trop cher fret en hiver
Il te vient des envies de dev’nir propriétaire
Et tu rêves la nuit d’avoir ton petit lopin d’terre.

Ton arrière-arrière-grand-mère elle a eu quatorze enfants
Ton arrière-grand-mère en a eu quasiment autant
Et pis ta grand-mère en a eu trois c’tait suffisant
Pis ta mère en voulait pas, toi t’étais un accident

Et puis toi, ma p’tite fille, tu changes de partenaire tout l’temps
Quand tu fais des conn’ries, tu t’en sors en avortant
Mais y a des matins, tu te réveilles en pleurant
Quand tu rêves la nuit, d’une grand’ table entourée d’enfants

Ton arrière-arrière-grand-père a vécu la grosse misère
Ton arrière-grand-père il ramassait les cennes noires
Et pis ton grand-père, miracle, y est devenu millionnaire
Ton père en a hérité il a tout’ mis dans ses REER

Et pis toi p’tite jeunesse tu dois ton cul au ministère
Pas moyen d’avoir un prêt dans une institution bancaire
Pour calmer tes envies de “hold-uper” la caissière
Tu lis des livres qui parlent de simplicité volontaire

Tes arrière-arrière-grands-parents ils savaient comment fêter
Tes arrière-grands-parents ça swinguait fort dans les veillées
Pis tes grands-parents ont connu l’époque yé-yé
Tes parents c’tait les discos c’est là qu’ils se sont rencontrés

Et pis toi mon ami qu’est-ce que tu fais de ta soirée ?
Éteins donc ta TV faut pas rester encabanné
Heureus’ment que dans vie certaines choses refusent de changer
Enfile tes plus beaux habits car nous allons ce soir danser

Vous savez combien c’est agréable, quand on visite un pays étranger (disons la Finlande), de rencontrer quelqu’un qui parle sa langue maternelle! Alors qu’on ne serait même pas donné l’heure si on s’était rencontrés dans l’ascenseur dans son pays d’origine, soudain, ce compatriote devient notre meilleur ami en Finlande! C’est un peu ce qui s’est passé ces derniers jours pour moi. Non, je n’ai pas rencontré de français (ouf ;) ) mais plutôt des gens qui parlaient enfin ma langue… une langue que je parle depuis seulement sept ans mais que je n’ai pratiquement pas pu utiliser depuis mon arrivée au Canada…

Avant de vous expliquer ce qui s’est passé ces derniers jours de si important, il faut que j’explique ce qui s’est passé à mon boulot depuis quelques mois. D’abord, je n’ai pas été engagée pour faire le travail pour lequel j’ai été préparée pendant ces longues années d’études, mais c’était quand’même dans un domaine qui m’intéressait. En plus, lors de mon entretient d’embauche, on m’a fait beaucoup de promesses qui m’ont parues alléchantes. Je me suis dit qu’on m’offrait la chance de créer un peu mon job idéal et qu’au fil du temps, mon job se rapprocherait de plus en plus de ce que je voulais vraiment faire. Donc j’ai accepté (sinon ça aurait été Chicoutimi ou Tallahassee).

Dès le départ, je me suis trouvée face à des gens vraiment sympas mais qui ne connaissaient rien à ce que je faisais. Je me serais retrouvée dans le département de physique que ça aurait été pareil! Dans mon département, personne ne connait rien à la linguistique, ni à la linguistique appliquée, ni à mon domaine précis (teacher education), mais pire encore, personne ne connait rien au domaine dans lequel je dois travailler au jour le jour. Je dois changer l’organisation de certains cours alors que je ne connais pratiquement rien sur ce genre de cours, et les gens qui enseignent ces cours et que je dois “guider” n’ont aucune connaissances théoriques du chmilblick!

Donc depuis quelques mois, je lis avidement tout ce que je peux trouver sur le sujet pour savoir ce que je dois faire pour améliorer ces cours et c’est passionnant mais ce n’est pas “mon truc.” Le problème avec ça, c’est que je suis devenue une experte avec “mon truc,” le sujet de ma recherche de thèse de maîtrise et de doctorat (sept ans d’études là-dessus!), que je suis connue par beaucoup de monde grace à ces projets de recherche, et qu’on ne devient pas experte dans un nouveau domaine en lisant trois bouquins sur le sujet.

La question brûlante et qui m’a vallue beaucoup de nuits d’insomnie, était donc: est-ce que je continue à faire des projets de recherche dans MON domaine, ou bien est-ce que je me lance dans un sujet complètement nouveau pour moi (très intéressant mais auquel je ne connais rien)?

Les avantages et inconvénients de continuer dans mon domaine sont: 1) c’est très “distant” de mon travail et c’est donc difficile de rester en contact avec les autres experts dans le même domaine; 2) je dois quand’même continuer à faire mon travail et donc devenir une semi-experte dans ce domaine aussi ce qui fait que j’ai moins de temps pour ma recherche; 3) je n’ai pas besoin de recommencer à zéro pour faire ces projets puisque je connais la théorie et les gens qui vont avec; 4) si un jour je veux changer de boulot et retourner dans “mon domaine,” je n’aurai pas perdu le contact avec les autres experts et j’aurai continué à publier dans ce domaine.

Les avantages et inconvénients de commencer à faire de la recherche sur un nouveau sujet sont: 1) je ne connais rien à rien et avant de pouvoir faire des projets de recherche qui soient valables et publiables, ça va prendre un moment; 2) ça serait difficile de faire “demi-tour” si un jour je change de boulot puisque les gens dans “mon domaine” n’auront plus entendu parler de moi depuis un moment; 3) c’est un sujet très “nouveau” et qui ouvre la porte à beaucoup de projets intéressants et vraiment uniques.

Finalement, au boulot, les belles promesses faites lors de mon entretient d’embauche n’étaient que ça, des belles promesses, et je me sens coincée dans une trappe à rats. Je ne vois pas d’ouverture possible, de changements à l’horizon, de possibilité de faire un jour ce que je veux vraiment faire… Et après de longues discussions ces derniers jours avec des gens qui SONT, eux, dans mon domaine, qui savent de quoi je parle, qui connaissent bien mon travail et ma recherche, (des profs dans d’autres universités canadiennes et américaines), j’ai pris deux décisions importantes pour mon futur professionel:

1) Je continue dans ma recherche, parce que peu de choses ont été faites à ce sujet au Canada et que donc j’ai encore des tas de projets possibles et intéressants devant moi;

2) Je me donne encore un an, au travail, pour voir si la situation s’améliore ou reste la même, et si non, je cherche un nouveau boulot. J’ai bien vérifié si de changer de boulot ça donnerait une mauvaise image de moi, mais visiblement, pas du tout, la plupart des gens prennent le boulot qu’on leur offre à la fin de leurs études parce qu’ils ont besoin d’un boulot et trouvent (encore) mieux au bout d’un an ou deux.

Mon job est intéressant et sympa, je ne me plains pas. Ce qui est vraiment difficile, c’est de n’avoir personne avec qui pouvoir en parler pour être sûre que je ne fais pas n’importe quoi, et ça va être doublement difficile de faire de la recherche dans un domaine encore plus inconnu au bataillon et puis de naviguer en même temps sur deux océans différents… Mais le jeu en vaut la chandelle, parce que merde, après tout, je suis une célebrité dans le monde entier (dans mon domaine, hein) et je n’ai pas envie de laisser tomber tout ça!

Ouf, je vais enfin pouvoir dormir tranquillement!

Je suis là (et oh mon Dieu, oh mon Dieu, oh mon Dieu!!! Va falloir que je vous raconte tout (pas tout de suite, je suis ultra naze et c’est pas fini!) parce que je sens que ces 76 heures sont en train de changer ma vie…)…

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PS. Calinette a de la chance, elle vient de recevoir son cadeau de Noël en avance: $189 de médicaments et de visite chez un très gentil (et très mignon!) véto pour soigner une vilaine infection urinaire! Joyeux Noël ma Calinette…

Il y a un peu plus d’un an, j’ai reçu un courriel de l’éditeur d’un grand journal de linguistique. Ce monsieur m’expliquait qu’il avait lu ma thèse de maîtrise (ça doit bien être le seul) et qu’il voulait que j’écrive un “state-of-the-art article” sur le sujet. Un article “state-of-the-art” c’est un peu une bibliographie mais en plus détaillé, une sorte d’explication de tous les articles, livres, thèses, présentations de conférences, projects de recherche écrits sur le sujet dans le monde entier. Unutile de dire que j’ai dit “oh oui monsieur, je serais heureuse d’écrire votre machin!” et qu’ensuite je me suis rendue compte de ce que ça voulait dire et j’ai paniqué à mort.

J’ai donc envoyé un courriel à quelqu’un que je n’avais jamais rencontré mais qui venait d’écrire un gros bouquin sur le sujet et qui avait l’air sympa, et je lui ai demandé s’il voulait écrire le “state-of-the-art article” avec moi. Il a dit OK. Or, il se trouve que ce cher monsieur qui m’a sauvé la vie (enfin, pas encore tout à fait) habite en Espagne… et qu’on a jusqu’à l’été prochain pour finir (enfin, il faudrait peut-être le commencer d’abord) notre article et l’envoyer à l’éditeur du grand journal.

On a écrit un “proposal” détaillé de l’article, et il a été accepté, et après on s’est donnés des “deadlines,” des dates limites quand moi je devais avoir fini cette section et lui cette section et nous ce passage, etc…. Mais en fin de compte, on n’y arrive pas. C’est vraiment difficile de travailler comme ça, à distance, et c’est un article tellement gros (et différent des autres articles qu’on écrit en général) qu’on ne sait pas très bien comment s’y prendre.

J’ai donc eu une brillante idée: aller en Espagne bosser avec lui, tout simplement! C’est plus facile quand on se voit et qu’on peut se parler. C’est plus facile de se donner des limites de temps très courtes, du genre “on bosse sur ce passage jusqu’à trois heures de l’après-midi et après on va visiter Barcelone mais seulement si on a fini le passage en question!” Génial, non?

Alors hier je suis allée voir ma cheffe et je lui ai demandé quand je serai libre en été. Les cours finissent mi-avril, mais ensuite il y a les examens, les rapports, et plein d’autres trucs à faire avant de pouvoir aller en vacances. Elle m’a dit que je serai libre vers la mi-juin… mais que si je voulais aller en Espagne, je devrais prendre 10 jours de vacances en février plutôt, parce que c’est à ce moment-là qu’on a le plus besoin de soleil et de chaleur et que comme ça, en plus, je n’attendrais pas trop longtemps avant de pouvoir bosser sur mon article. Et comme on a une semaine de vacances en février, justement, ça tombe parfaitement bien! (Et elle m’a dit que tous les profs profitaient de cette semaine de vacances pour aller en Floride, au Mexique, en Espagne, dans n’importe quel endroit chaud et ensoleillé de la planête!) Elle a des bonnes idées parfois, ma cheffe, hein?

Alors voilà, j’ai enfin un petit projet à moi, quelque chose qui m’aidera à sortir ce matin alors qu’il fait -6 degrés et qu’on attend de la neige pour ce soir. Un petit rêve de soleil qui m’aidera à passer les vacances de Noël à bosser comme une folle à la maison parce que parfois j’ai des idées tordues et qu’il faut ensuite en payer le prix. Je n’ai pas encore le billet, je n’ai pas encore les détails (et je n’ai pas encore demandé à mon ami espagnol si ce moment de l’année lui convient bien, hum), mais je m’en fiche, parce que maintenant j’ai l’Espagne dans la cabeza, et Dieu que ça fait du bien!!!

Hola, me llamo doctor lulu y estoy muy feliz :D

Je vous explique un peu mon boulot parce que certaines l’ont demandé… Mais pas en détail sinon tout le monde va s’endormir et en plus c’est trop compliqué (mais le bouquin sortira en décembre prochain ;) ).

Je suis, en gros, prof de 1) grammaire, 2) composition, et 3) sociolinguistique. Tout ça pour le prix d’un. Alors c’est le gros foutoire parce qu’on essaye de tout faire en même temps et c’est pas facile. Nos élèves (tous internationaux) sont forcés de prendre ce cours parce qu’ils doivent se préparer à repasser un examen qu’ils ont raté (sinon ils ne seraient pas dans nos classes) et donc ils sont de mauvaise humeur.

Ce que je trouve anti-pédagogique en particulier (en plus du reste qui est un merdier total mais franchement, pardonnez-moi de résumer), c’est de tout enseigner et tout tester à la fois. On a trois “textbooks” (livres de classe) mais aux tests, on pose des questions sur les trucs de sociolinguistique tout en disant aussi aux élèves que leur grammaire et leur organisation compte. C’est effectivement comme ça qu’ils seront testés à la fin, mais s’ils ont raté l’examen, c’est justement parce qu’ils ne savent pas le faire correctement. Et la méthode scientifique de trouver où se trouve un problème c’est de tester un truc à la fois, pas tout à la fois. D’abord la grammaire, par exemple, et si il y a des problèmes de grammaire on se concentre sur la grammaire jusqu’à ce que ce ne soit plus un problème. Si la grammaire n’est pas un problème, on travaille sur l’organisation des textes, et on ne fait que ça jusqu’à ce que les élèves soient au point à ce niveau. Et ainsi de suite. (Par exemple, les élèves étrangers ont beaucoup de mal à développer et organiser leurs idées dans un texte parce qu’ils sont obsédés par les erreurs de grammaire. Il faut donc leur donner la chance d’écrire beaucoup et souvent en ce concentrant sur le développement des idées et sans que leur grammaire compte.) Or, pour le moment, aucune méthode “scientifique” n’est appliquée pour découvrir et “soigner” les problèmes particuliers des élèves.

Un autre truc que je trouve anti-pédagogique c’est la façon dont on doit traiter les élèves. Nos cours acceptent peu d’élèves (maximum 25 par classe) parce qu’on essaye de donner de l’attention à chaque élève en particulier. Cela veut dire, en même temps, que nos cours ne sont pas le genre de cours typiques de l’université (avec 200 élèves ou plus par classe) où il suffit de lire les bouquins et les notes des profs pour réussir les examens. Non, dans ma classe, c’est l’interaction qui est importante, les discussions, les questions, et le travail en petits groupes, parce que je base et réévalue ce que j’enseigne, au jour le jour, sur les besoins des élèves qui sont “révélés” par ce genre de travail quotidien. Mais d’après l’administration, les étudiants sont des adultes et on ne peut pas les forcer à venir en classe et on ne peut donc pas dire aux étudiants que leur participation est importante et qu’ils auront une moins bonne note à la fin de l’année s’ils courbent (un p’tit suisse pour vous ;) ) leurs cours. En même temps, et c’est là que je trouve l’hypocrisie criante, on ne peut pratiquement jamais donner de devoirs aux élèves et on perd un temps incroyable à faire les devoirs en classe (!) parce qu’on a peur que les élèves trichent. Donc par exemple on ne peut pas leur donner un exercice de grammaire à faire à la maison parce qu’ils risquent de demander à leurs copains de le faire pour eux. Or, s’ils étaient vraiment des adultes, on leur laisserait le choix de tricher ou pas comme on leur laisse le choix de venir en classe on pas. Non? Et on arrêtrait de perdre un temps fou pour se concentrer plutôt sur des choses importantes dont les élèves qui ne trichent pas bénéficieraient et puis voilà!

Encore un truc nul? Le bouquin de sociolinguistique qu’on utilise est un bouquin british. Tous les exemples viennent d’Angleterre, et franchement, ça craint! Alors qu’on essaye de parler de language et de société (immigration, sexisme, ethnicité, age, classes, dialects, etc.), on n’est même pas fichus de parler de la société canadienne! Et en plus, on a même pas le doit de dire le mot “sociolinguistique” sinon le chef du département de sociologie gueule parce que d’après lui, la sociolinguistique n’a rien à voir avec la sociologie. Alors il faut trouver un nouveau nom à une section importante de la linguistique connue du monde entier sous le nom de sociolinguistique simplement parce que monsieur Untel l’a dit et qu’on ne peut pas le froisser! (Ce qui n’a pas grand’chose à voir avec mon cours je l’admets, sauf qu’il y a des milliers de petits trucs ridicules comme ça qui m’énervent tous les jours).

Bref. Il faut que je m’arrête ici (parce que je m’énerve très vite et je pourrais encore écrire des pages et des pages là-dessus). Mais j’espère que ce petit apperçu d’une partie de mon travail répond aux questions posées hier et vous donne une meilleure idée de ce que je fais et de pourquoi je veux changer certains trucs.

Dites-moi ce que vous en pensez… mais ne m’en veuillez pas si je ne vous réponds pas tout de suite parce que yé souis partie sous le soleil de Mexicooooo! Au son des rythmes tropicooooooox! (et je ne vous dirai où que demain, na na nère!) :D

J’imagine que d’être prof ça veut dire ça: 40% de réunions, 20% d’enseignement devant des élèves, 60% de corrections de copies, et 50% d’écrivage d’articles à la noix (et remerciez le ciel que je ne sois pas prof de maths).

Bref, comme je le disais l’autre jour, je n’ai pas vraiment été engagée pour faire le boulot que je devrais/pourrais faire avec mon diplôme, et écrire des tas d’articles c’est bien beau, mais j’ai quand’même aussi envie de me sentir utile de temps en temps. Donc, après ma petite déprime passagère, j’ai décidé d’aller parler avec ma cheffe pour lui dire que ras-le-bol, j’en avais marre de servir à rien! Je lui ai expliqué que le cours que j’enseigne est vachement nul pour des tas de raisons et que j’avais envie de changer plein de trucs et d’enseigner cette même classe encore une fois en hiver, pour “tester” ma nouvelle méthode, au lieu d’enseigner un truc différent comme prévu.

Elle a dit OK.

C’est vachement gonflé parce que je n’ai absolument rien de prêt pour enseigner cette classe différemment (en gros, je n’ai aucune idée de ce que je vais faire mais je sais ce que je ne vais PAS faire, c’est un début), et ça va être beaucoup de boulot de préparation, surtout pendant mes “vacances” de Noël, snif snif… Et comme ça va être la première fois que c’est enseigné de cette nouvelle façon, il faudra que je note tous les détails de la préparation, de l’organisation, du pourquoi et du comment, et de tout ce qui se passe pendant tout le cours-même, pour que les profs qui l’enseigneront dans le futur sachent comment le faire et pourquoi (si tout se passe bien)… Mais au moins ça m’occupera pendant les longues nuits d’hiver et j’aurai l’impression de servir à quelque chose!

Les autres profs qui enseignent cette classe ce semestre (on a plusieurs sections de la même classe) ne vont probablement pas être super contentes. Premièrement, elles ne savent pas que je suis leur boss et me traitent pour le moment comme la nouvelle petite jeune qui ne sait rien (c’est à peu près ça, faut dire), alors ça ne va pas leur plaire que je change tout à ma façon alors qu’elles enseignent ce cours à leur façon depuis des années. Deuxièmenent, je leur pique leur boulot (elles se font payer par classe alors que moi, je me fais payer par année, quel que soit le nombre de classe que j’enseigne) alors ça va râler dans les chaumières (et oui je sais, là c’est pas sympa).

Mais faut positiviser! Les élèves perdront moins leur temps avec leur cours à la noix, moi je perdrai moins d’énergie à m’énerver parce que je suis forcée de faire des trucs anti pédagogiques, le niveau de l’université n’en deviendra que plus prestigieux, et le monde deviendra meilleur. Si si, grâce à moi et à mon impertinence héroïsme, le monde deviendra meilleur, y’a aucun doute là-dessus!

Aaahhhh, j’ai déjà les boules… ça fait du bien de se sentir utile :D

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Bon, ça fait plus d’un mois que je suis employée à plein temps et ça fait une semaine que j’enseigne l’anglais à des morveux qui n’en ont déjà plus rien à fiche, il est grand temps que la retraite arrive! Nan mais c’est vrai, y’en a marre de ce boulot!

Hier, je me disais que j’aurais bien recommencé un doctorat. Sérieux, c’est super cool d’être étudiant en doctorat, on fait à peu près ce qu’on veut quand on veut, on a des dates limites, des gens qui vous disent quoi faire et comment et quand et qui vous donne plein de compliments, un p’tit boulot pas stressant et sans responsabilité à côté pour pas crever de faim, des buts, des succès rapides et faciles, et personne ne s’attend vraiment à ce qu’on fasse des miracles.

Maintenant, tout le monde s’en fout de si je vais au bureau ou pas, tout ce que je dois faire c’est publier publier publier publier publier publier publier, il n’y a aucune échéance, pas de succès faciles, pas de A, pas d’explications mais des mégatonnes d’expectations très vagues, et rien que nous en face de nos p’tains d’articles à se demander quand vient la retraite. C’est IN-SU-POR-TABLE!

Je me suis foutu le dos en l’air, je ne sais pas comment, et j’ai une infection à la jambe. Alors je vais pas au boulot demain. Ah, tout le monde s’en fout? C’est bien ce que je pensais. Je ne pourrai même pas dire “désolée madame, j’ai pas pu faire mes devoirs parce que j’étais malade.” Non, tout le monde s’en fout. Je peux très bien bosser à la maison en plus, ce que je n’ai pas du tout envie de faire. Mais même si je le fais pas, tout le monde s’en fout.

Je n’arrive pas à accepter cette “plate infinitude” de ma vie devant moi. Je n’arrive pas à accepter que dans 10 ans, 20 ans, 30 ans, je serai toujours en train de faire la même chose que ce que je fais aujourd’hui. Elèves, articles, élèves, articles, élèves, articles, élèves, articles… ad perpetuum… ad nauseum. C’est tout, c’est ma vie, et ça ressemble à l’encéphalogramme d’un homme mort. Y’a plus rien d’autre. Plus d’examens, plus de cérémonies de graduations, plus de profs chiants, plus de devoirs à rendre mardi sinon on est mort, plus de copains pour rigoler pendant les cours, plus de procrastination éhontée, plus d’inscouciance.

Je crois que je vais commencer un doctorat en chimie organique.

Premier jour d’école pour le dr. lulu! Et mon estomac en était tellement chamboulé que j’ai bien failli arriver en retard, moi qui allait passer la moitié du cours à rabacher à mes chers bambins que s’ils osaient arriver même une minute en retard à mes cours, j’en serais mortellement offensée!

Donc je suis partie de chez moi en retard, et puis j’ai failli trucider le streetcar qui a mis bien longtemps pour arriver, et puis je me suis dit qu’il fallait décidemment aussi trucider la compagnie des transports de Granbled (TTC) parce qu’ils n’ont aucuns sièges où on peut s’asseoir dans leurs stations de métro et de streetcar et qu’avec un cheval mort trois tonnes de bouquins dans mon sac à dos et le bide en compote, c’était vraiment la galère.

Finalement, je ne suis arrivée en classe que 10 minutes avant le début du cours, ce qui, pour moi, est être en retard. Je me suis assise au bureau du professeur (ça me fait toujours bizarre) et j’ai attendu mes élèves en priant pour qu’ils aient tous la brillante idée de choisir un autre cours que le mien parce qu’il y avait 25 élèves inscrits sur ma liste et que c’était 25 élèves de trop! Malheureusement, certains n’avaient pas été inspirés et ils sont arrivés les uns après les autres, tous avec des yeux de merlans frits à la vue de leur prof qui avait une tête de lycéenne anorexique.

Au fur et à mesure que les élèves entraient dans la salle de classe, je leur demandais leurs noms et les langues qu’ils parlaient. Au début, je me suis dit “oh un iranien, c’est original ça,” et puis “tiens, deux iraniens dans la même classe, c’est inhabituel,” et puis “trois iraniens? mais c’est le débarquement de Normandie par ici!” et puis quand j’en étais à huit iraniens, j’ai bien été forcée de me rendre à l’évidence que soit je m’étais trompée de salle de classe et que j’avais atterri dans une mosquée iranienne par erreur, soit j’avais mal lu la description de l’université et je ne m’étais pas rendue compte que tous mes élèves seraient iraniens, soit le ciel m’envoyait un signe comme quoi mon prochain mari serait iranien. Toujours est-il que j’étais bien soulagée en voyant s’asseoir dans ma classe un coréen (c’est bien la première fois que j’étais heureuse de voir un coréen!), un azerbaïdjanais, un hong kongois, un sri lankais, et un irakien.

Moi j’aime pas les premiers jours de classe. On fait des risettes aux élèves, on leur parle de plein de trucs importants et qu’ils oublieront deux minutes plus tard, on leur dit de ne pas dire docteur lulu mais miss lulu parce que ça fait trop sérieux, on leur explique en long et en large comment on va les tortuer mais qu’ils doivent garder le sourire aux lèvres sinon ça va barder, et à la fin de l’heure, tout le monde il est content, tout le monde il se connaît, tout le monde il a tout compris, et on se dit que finalement ça va bien se passer parce qu’avec une prof aussi chouette que ça des élèves aussi chouettes que ça, ça ne peut QUE bien se passer… Et puis il y a le deuxième jour de classe qui arrive et là paf, les douze élèves qui manquaient le premier jour (désolée m’dame, le métro a eu un accident, j’ai pas trouvé le bon building, y’avait une chèvre sur l’autoroute, mon chat a mangé mon réveil) débarquent et il faut TOUT recommencer à zéro et on les aime beaucoup moins, ces nouveaux élèves, ils ne font pas partie du “groupe” et ils cassent l’atmosphère et ils seront jamais bien intégrés, et on regarde les “anciens” élèves avec une petite larme à l’oeil en se disant qu’eux ils étaient bien sympas et qu’on le regrette bien notre petit groupe de 13 élèves à majorité iranienne et que ces nouveaux ils nous fonch’ et que le semestre est foutu!

En tous les cas, saviez-vous qu’en farsi, on peut laisser tomber les pronoms personels comme en espagnol? C’est pour apprendre des trucs comme ça que je suis devenue prof, et avec tous ces élèves iraniens, le farsi n’aura bientôt plus de secrets pour moi. Tout n’est pas perdu…

Il fait une chaleur à crever. Pas juste chaud chaud, mais VRAIMENT étouffant! De très très loin pire que la canicule européenne de 2003 parce qu’il fait non seulement chaud mais en plus horriblement humide. Avec en plus la pollution, les maux de tête et les pieds et mains enflés comme des bibundums… c’est la joie!

Devoir marcher ainsi pour aller au boulot tous les jours me fait réfléchir à ma survie. Pour de vrai. Chaque pas dehors est une épreuve et en hiver ça risque de ne pas s’améliorer, mais en même temps, conduire est aussi un calvaire. Quand je suis dans le streetcar (photo ci-dessous), je suis vraiment vraiment heureuse de ne pas avoir à conduire et à payer des places de parking hors de prix! Je soupèse encore le pour et le contre, mais c’est une décision difficile à prendre.

streetcar.jpg

Le boulot… Ce matin j’étais en avance de 15 minutes et les blahs blahs ont continué: que faire si un élève triche, que faire si un élève ne vient pas en classe, que faire si on est malade, que faire si on a 160 élèves, que faire … pfff… s’teu galère! Heureusement que j’ai aussi bien rigolé avec mes voisins de table, un yougoslave matheux, une fashion designer anglaise, un biologiste moustachu, un historien bigleux, et un chimiste chauve. A midi, le repas était un peu meilleur que celui d’hier, surtout le petit dessert de coupelle en chocolat avec sa crème au citron! Miam!

A la fin du déjeuner, Sheldon (mon copain le président de l’université, pour ceux qui ne suivent pas) a fait un long discours un peu ennuyeux, et les 80 nouveaux profs que nous étions avons ensuite pu lui poser des questions… quand soudain, l’alarm à incendit a retentit! Sheldon a dû s’arrêter en pleine phrase. En allant vers la sortie de la salle, il est passé devant moi, s’est arrêté, m’a dit bonjour, et m’a gentillement escorté vers la sortie en me racontant que lors de son premier jour comme président, il y avait eu un vrai feu dans l’immeuble, qu’il avait pensé que c’était une fausse alerte et était resté dans son bureau au 11ème étage et qu’il s’était ensuite fait sérieusement engeuler parce que s’il ne sortait pas, l’assurance incendit ne couvrait rien. Maintenant, je peux dire que je suis sortie (de la salle de conférence) avec le président de l’université, trop cool!

Après 15 minutes dehors, nous avons eu le droit de retourner dans la salle de conférences pour continuer à y entendre des tas de trucs ennuyeux. Au bout de quelques heures, je me suis cassée en douce parce que vraiment, je n’en pouvais plus! Dommage, je ne connaîtrai jamais la régulation numéro 124 932B qui explique ce que je dois faire si un de mes élève pète en classe!

Demain, après encore une journée intense au boulot, Nils et moi on part pour les Etats Unis, pour mon petit champ de maïs et ma cérémonie de graduation! Retour dimanche soir :) En attendant (mon retour et plein de photos), bises à tous et bonne fin de semaine!

Déjà, je suis arrivée en retard de 10 minutes. Le premier jour. Mais c’est parce que j’ai pris le streetcar et ces ânes sont soit très rapides soit très lents… En plus, il faisait, à exactement 6 heures du matin, 28 degrés celcius, ce qui n’est pas une sinécure!

Etant donc arrivée 10 minutes en retard, je me suis assise au fond de la salle, toute seule à une table vide, après avoir dit bonjour à ma copine des Resources Humaines. La réunion n’avait pas commencé alors j’ai pris un petit pain au chocolat… et j’avais à peine mordu à pleines dents dedans qu’un monsieur d’un certain âge s’est assis à côté de moi. La conversation suivante a ensuite eu lieu:

Le Monsieur: Bonjour, je m’appelle Sheldon. Je vois que vous êtes nouvelle ici?

miss lulu: Bonjour, oui, très nouvelle même (miss lulu essaye de mâcher très très vite et espère ne pas avoir de miette de pain au chocolat dans les dents). Je suis miss lulu du département d’anglais, et vous, vous êtes de quel departement? (miss lulu essaye d’être sociale et pas trop timide…)

Le Monsieur: Je suis le Président de l’université.

miss lulu: Ohhhh (toute rouge et très embarassée)… Ahhhh, OK, je vois.

Le Président: (continue la conversation comme si de rien n’était…) Et vous venez d’où, miss lulu?

miss lulu: Heu… (p’tain, la question qui tue!)… Je viens de graduer de Purdue mais je suis originaire de France et de Suisse.

Le Président: Votre langue maternelle est le français? Je ne l’aurai pas deviné.

miss lulu: (toute rouge de nouveau) Heu… merci…

Le Président: C’est marrant, vous êtes francophone et vous enseignez l’anglais, et ma fille est anglophone et enseigne le français.

Et puis nous avons parlé de la canicule et des blizards, d’Utah et de Lille, de Granbled et de l’université… Et puis la réunion a commencé et il a dû aller faire un petit discours à tout le monde.

Le reste de la matinée s’est passé en blah blah. J’ai entr’autre appris que mon université était publique et non privée, contrairement à ce que je croyais, et j’ai fait la connaissance de deux chinois, un indien, et un japonais qui s’étaient assis à ma table (ouf, je n’étais pas la plus en retard), profs de génie méchanique, de géographie, et de business, et avec qui j’ai parlé de sushis, de circulation, de politique, de salaires, de tenure, et d’élèves internationaux. Les sandwiches de midi n’étaient pas géniaux, mais j’ai reçu une superbe “mug” (grande tasse à café), et j’ai eu une conversation très sympa avec ma copine des Resources Humaines à propos du parking.

J’ai finalement décidé à 98% (c’est-à-dire que je peux encore changer d’avis demain matin) de ne pas prendre le parking de l’université, qui coûte $140 par mois et pour lequel il faut signer un contrat d’un an et en plus le parking est loin de mon bureau… Je crois que je vais plutôt prendre le metro et les streetcars ($90 par mois) et marcher dans la neige et la canicule. Et si j’en ai trop marre, je payerai le parking public en face de mon bureau et qui ne coûte que $115 par mois (et il ne faut signer que pour deux mois minimum). Bref…

Finalement, Sheldon était très sympa. J’ai rencontré des gens intéressants, même s’ils ne sont pas de mon département, et j’ai osé sortir dehors pour aller reprendre le metro alors qu’il faisait 46 degrés celcius (j’avais exactement l’impression d’avoir la tête dans un pot d’échappement tellement il faisait chaud). Mais les discours étaient assez chiants. Dire qu’il va falloir se retaper ça demain et après-demain toute la journée…

Bref, ma première journée s’est bien passée et ce soir on a mangé un délicieux sushi après avoir appris que mon air conditionné fuyait et que l’appartement d’en-dessous était innondé, hum… Je vais me coucher tôt pour essayer de ne pas être en retard demain ça ferait quand même plus sérieux, non? Sinon mon copain Sheldon ne sera pas content…

Il est passé 20 heures et je dois impérativement envoyer un “conference proposal” avant minuit… le stress ne s’arrête jamais.

Le truc marrant dans ma vie, c’est que je dois tout le temps expliquer aux gens ce que je fais, ici. Non, je ne suis pas la plus vieille dans mon programme, on a même fêté les 55 ans d’une copine il y a une semaine. Non, je ne lis pas du Chomsky jour et nuit. Oui, j’ai 10 ans d’expérience après 10 ans à l’université et trois diplômes. Oui, le doctorat est une saleté d’invention. Non, finir un doctorat et trouver du boulot n’est pas une partie de plaisir.

Le truc que je dois expliquer, maintenant, c’est la suite, la “vie” après le doctorat, la vie d’une “faculty member on tenure track.” Kéké? Accrochez-vous, ça va secouer!

Il y a cinq façons différentes d’être prof à l’université:

- lecturer: prof embauché pour un contrat d’un an, renouvelable une ou deux fois. Mal payé, sans “benefits” (assurence maladie, cotisation à la retraite, etc.).

- visiting professor: souvent un prof d’une autre université qui va passer un ou deux ans ailleurs, ou bien un contrat de courte durée mais un peu mieux payé qu’un lecturer et avec les “benefits.”

Ces deux premières “positions” ne sont pas permanentes, ou, comme on dit en anglais, ce ne sont pas des “tenure track positions.”

- assistant professor: (c’est ce que je vais être) position conditionellement permanente, bien payée et avec tous les “benefits” (surtout au Canada, haha). On est normalement un assistant professor pendant trois-quatre ans.

- associate professor: après avoir été assistant professor et si on passe la “tenure review,” on devient aussi associate professor. Le job est maintenant permanent à vie et on se fait beaucoup mieux payer et c’est le début de la belle vie.

- full professor: ben c’est le top, Paname, plein de sous et plus besoin de se faire chier à publier et tout ça ;)

Voili voilà. Sauf que vous ne savez pas ce que ça veut dire, “tenured.” J’vous esqueuplique: si j’ai une “tenure track position” ça veut dire que j’ai un contrat potentiellement permanent, et si je suis “tenured” ça veut dire que je l’ai, le contrat permanent. Le truc, c’est que pour passer de tenure track a tenured, il faut bosser à mort, dans trois domaines bien distinctifs: la recherche + publications + conférences, l’enseignement, et le “service.”

  1. la recherche: continuer à bosser sur des projets de recherche et en publier les résultats dans des journaux professionels importants et à des tas de conférences. L’importance des journaux et des conférences, ainsi que la longueur et le nombre d’articles publiés et présentés sont comptabilisés très scientifiquement.
  2. le service: cela correspond à tout le reste, les trucs comme être patron d’une association professionelle, faire partie de plein de comités de thèse ou d’embauche, organiser des trucs au niveau départemental ou de l’université, aller à toutes les réunions, créer des nouveaux programmes, mettre des nouveaux cours sur pied, organiser une conférence, etc. Tout ça est aussi très scientifiquement évalué et comptabilisé.
  3. l’enseignement: ça, ce sont les évaluations des élèves à la fin de chaque semestre. Si les élèves ne sont pas contents, ça fait très mal.

Quand on est assistant professor, on se fait donc évaluer à la fin de chaque année (au niveau départemental) pour vérifier qu’on a bien bossé dans ces trois domaines. Normalement, on ne peut pas se faire virer, sauf pour faute grave, mais la pression monte avec les années. Pendant la sixième année, on est non seulement évalué par tous les chefs du département où on travaille mais aussi par ses collègues, et plein d’autres chefs de l’université (deans, chairs, directors, etc.). Tous ces braves gens écrivent des tas de lettres de recommendation (ou pas), tout le boulot des cinq dernières années est réévalué, on a plein de meetings avec plein de gens qui fichent la trouille parce qu’ils ont le droit de nous virer alors qu’ils ne nous connaissent même pas, les autres profs qu’on croyait être des amis vous poignardent dans le dos, etc. Et tout ça pendant un an!

Si tout va bien, on devient “tenured.” Si ça se passe mal, on a un an pour trouver un nouveau boulot et byebye! C’est un procédé long, attroce, et humiliant pour tous. J’ai vu plusieurs de mes profs passer par là. Certains ont craqué et sont partis avant même d’avoir les résultats. Et puis il y a par exemple des injustices: publier c’est plus important que d’être un bon prof; être un bon prof c’est normal donc on n’est pas récompensé pour ces bonnes évaluations, mais être un moyen prof ça compte tout de suite contre vous; les hommes ont 24% de plus de chance de recevoir leur tenure s’ils ont des enfants, alors les femmes ont 70% de moins de chance (en fait, je me rends compte que je ne connais qu’une seule prof qui ait reçu sa tenure alors qu’elle avait un enfant); on se base parfois moins sur les résultats concrets que sur les les inamitiés et brouilles entre collègues; et j’en passe!

Voilà ce qui m’attend! Mon boulot est donc “tenure tracked” et l’avantage de l’université où je serai, c’est qu’ils donnent une première chance de tenure après seulement trois ans, pour les gens exceptionnels (c’est-à-dire qui n’ont pas de vie)! Si ça ne passe pas après trois ans, on a une deuxième chance la sixième année.

J’ai trois amis qui sont devenus assistant professors l’année dernière. Ils me racontent que 60% de leur temps est passé en réunions, 30% est passé à faire de la recherche et bosser sur leurs publications, et les 10% restants sont passés à préparer les cours, à corriger les copies, et à essayer de ne pas s’endormir devant les élèves.

Bien sûr, je vais essayer de viser les trois ans seulement… et je suis donc déjà en train de bosser sur quatre articles (dont un qui doit être fini fin juin) et une idée de livre (que je dois présenter fin juillet)! Alors que je commence seulement à bosser me faire payer en août!

J’ai juré ne jamais écrire de thèse de maîtrise et je l’ai fait. J’ai juré ne jamais essayer d’avoir un doctorat et je l’ai eu. Je ne sais pas si c’est une bonne idée de me donner des buts, en fait. Les non-buts ont plutôt l’air de bien marcher…

Ahhhhh c’teu trouille que je me tappe déjà, à l’idée de devoir passer par tout ça!!!!

Et ailleurs, c’est comment?

La pile de questionnaires est en face de moi… elle est plus petite que moi mais à peine… j’en connais chaque feuille, chaque colonne, âge, lieu, club, présence, antécédent, blessures… c’est à croire que les sportifs ont plus d’os que les autres et qu’ils ont une capacité étonnante à se les casser ! Malléole cassée, astragale cassée, tarse… cassée aussi… encore et encore des questions, entraîneur, pratiques, sociabilité… ils n’en finissent pas, je n’ai jamais vu un questionnaire aussi long… et ils sont là par centaines, et feuille après feuille je viens d’entrer tout dans ma machine, la moindre croix ne manque pas, la moindre remarque est prise en compte… toutes leurs histoires … l’un qui m’avait dit, mon frère c’est l’entraîneur m’sieur et il me fait pas jouer… et l’autre qui trouvait, moi je méritais, j’vous jure que je méritais, alors pourquoi… et encore l’autre qui disait, quand je suis rentrée dans la salle et que j’ai entendu le public, c’était mieux que… oui même que ça c’était mieux… des heures et des heures et des heures d’entretiens.

Mais j’ai fini, je l’ai eu, je viens de tourner la dernière page, la dernière question, réponse 2 c’est fini… pour la saisie, il ne me reste plus qu’à analyser tout ça et à en faire un joli rapport, moi j’appelle ça des cales à armoires mes rapports… et encore dans ce cas ils serviraient à quelque chose ! J’ai mal au yeux, j’ai mal au dos, j’ai mal au ventre à force de café, j’ai commencé vers 9h après les enfants et il est 23h, heureusement que Marie s’occupe de tout le reste… j’ai mal partout mais je ne me plains pas, il y a bien plus malheureux, j’ai juste besoin de m’étirer pendant… un jour ou deux ! Je jette le dernier questionnaire par terre juste pour le plaisir de penser j’t'ai eu ! Nous savons bien, lui et moi, que je finirais par le ramasser pour le ranger avec les autres. Je prends une respiration, je sauvegarde et je lance l’analyse, demain je saurais à quelle sauce manger mes sportifs, ils seront triés, comparés, croisés et recroisés… mais pour l’instant j’ai envie de ne plus penser, de prendre mes chats sur les genoux, d’avoir Marie pas loin et de manger un truc réconfortant, rassurant, une douceur parfumée… comme un petit riz au lait…

Ce petit bout d’vie date de quelques mois mais quand Lulu m’a écrit il y a quelques jours…pour le kedgéré c’est râpé, mais tu peux sûrement trouver une autre recette à base de riz à mettre sur mon piti blog dans quelques jours, j’en suis sûre ;) j’ai pensé à ça, va savoir pourquoi ;-) … et à ce petit riz au lait dont j’ai eu tellement envie, mais commencer un riz au lait à 23h… en espérant que toi tu le mangeras Lulu dès que tu auras fini, le nez sur la vitre avec la buée qui s’y forme et les deux chatounes qui te réclament à coup de miaulements et de ronronnements… bientôt donc !

Riz au lait parfumé pour Lulu si affinités… (une recette qui doit beaucoup à P.Wells)

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Ingrédients : 70g de riz blanc à grains ronds – 1 gousse de vanille – 50cl de lait – le zeste d’une orange et d’un citron prélevé en une ou plusieurs larges bandes d’1 ou 2cm – 20g de beurre – 50g de sucre vanillé maison – 20g de raisins secs – 20g d’amandes émincées – une pincée de 4 épices

Lavez le riz et égouttez-le. Mettez-le dans une casserole, puis couvrez le largement d’eau. Sur un feu moyen portez à ébullition puis laissez cuir 5 min. Mettez-le alors dans une passoire et rincez-le puis égouttez-le. Mettez le lait dans une casserole, ajoutez les petits grains noirs prélevés dans la gousse de vanille (il faut la fendre et gratter avec un couteau ou une petite cuillère) et les zestes des agrumes. A feu moyen, portez le tout à ébullition. Dès ébullition retirez du feu et ajoutez le beurre et le sucre, mélangez délicatement. Laissez refroidir une dizaine de minutes puis versez dans le plat de cuisson, moi j’utilise un plat en terre qui ressemble à un saladier (à l’origine ce plat sert à faire le cassoulet). Couvrez le plat d’une feuille d’alu et enfournez dans un four préchauffé à 170° pendant 1h30 puis découvrez et laissez cuire jusqu’à la consistance désirée entre 15 et 30min de plus. Pendant ce temps faites griller les amandes émincées (je préfère émincer mes amandes, comme ça je taille plus gros et ça croustille sous la dent…), quelques minutes dans une poêle. Quand le riz est cuit, ajoutez délicatement les raisins et saupoudrez avec la pincée de 4 épices et les amandes, ne mélangez pas… vous pouvez enlever les écorces si vous n’aimez pas ! après vous vous collez le nez sur la vitre et vous mangez en regardant le bleu de l’horizon…

Mais pourquoi, tiens je ne suis pas seulement chez moi, est-ce que je vous raconte ça…

Dorian !

Ca y est, le début de la fin a commencé. Les “c’est mon dernier…” et “c’est la dernière fois que…” arrivent doucement mais sûrement. Impression de fin alors qu’il n’y a pas encore de nouveau début. Impression de m’approcher déjà un peu trop près du bord de la falaise et de devoir bientôt en sauter sans encore être sûre qu’il y a un trampolin qui m’attend en bas.

Aujourd’hui, c’était mon dernier jour de travail à Purdue. Dernier jours avec mes élèves, dernières copies à corriger, dernières notes à donner, derniers papiers à signer, mon contrat de travail avec Purdue s’est innexorablement terminé comme on termine un carton de glace à la pistache: quand c’est fini c’est fini. Sauf que là, je peux pas aller en acheter un nouveau à Target.

Quatre ans de labeur pour un salaire de misère mais des instants mémorables. Première année cauchemardesque, deuxième année extraordinaire, troisième année pénible, quatrième année sympa, et environ 180 étudiants traumatisés à vie par ma faute :lol:

Je suis rentrée de mon dernier cours, cet après-midi, entièrement lessivée, vidée, épuisée, non pas seulement comme tous les vendredis mais comme si c’était mon premier vendredi après une semaine de quatre ans. Impossible de penser, impossible de bouger, impossible de réaliser l’importance du moment, impossible de jouer avec les chatounes qui m’auront pour elles toutes seules pour les quelques mois à venir.

Au revoir et bonne chance à tous, mes chers élèves. Moi, je prends le train pour d’autres contrées.

Mes élèves chéris travaillent en ce moment (les pauvres) sur un “grant proposal,” c’est-à-dire une demande de beaucoup d’argent pour un projet de recherche quelconque. Et moi je dois leur dire comment on écrit ces “proposals” (c’est pas évident) et les aider à les écrire… ce qui, étant donné les sujet de recherche de mes élèves, n’est pas tous les jours de la tarte. Les titres de projets continennent des mots comme SAS-based ZnO NW-FETs, poly-silicon thin-film transistors, active matrix organic lighting-emitting diode, PAR-3/PAR-6/atypical-PKC et CRB-3/Pals-1/PATJ, ou encore STATic synchronous COMpensator, multirate algorithm, apical polarity, claudins, occludins et JAMs, Polypyrrole / Cl- et Polypyrrol /TSO-, electrochemical analyzers/workstations model 400A, et j’en passe! Autant vous dire que je comprendrais mieux leurs bidules s’ils étaient écrits en chinois!

Heureusement, mes élèves doivent aussi présenter leur “grant proposal” à toute la classe, comme s’ils étaient à une conférence, et je leur ai bien dit qu’ils devaient expliquer leur projet de recherche en se rappelant que ni la prof (moi) ni les autres élèves ne connaissent rien à leur truc. Le résultat? Des présentations absolument passionantes où j’apprends des tonnes de trucs intéressants à propos de programmes informatiques ingénieux, de détection du cancer, de films chimiques qui filtrent les métaux lourds, d’enseignement de l’anatomie en Jordanie, de nanotechnologie, et de plein d’autres projets diverses et étonnants. J’arrive même à comprendre la plupart des projets, à la fin, et à poser des questions intelligentes, de temps en temps.

Tout ça pour vous dire qu’hier, une élève a présenté un projet de détection du cancer du sein, c’était super complex mais palpitant, et j’ai tout compris. Au départ, elle expliquait comment la présence ou l’absence de certaines protéines peuvent être une indication qu’il y a un cancer et comment on pouvait “chercher” ces protéines lors d’une biopsie avec des teintures qui réagissaient seulement à ces protéines. Sans ces teintures bien spécifiques, on ne pouvait pas savoir que ces protéines étaient présentes. … et tout-à-coup, dans ma petite tête de folle à moi, je me suis dit que ces teintures, c’était comme mon blog: sans mon blog, on ne pourrait jamais deviner qu’une certaine partie de moi existe. Mon blog, produit réactif très potent, révèle au monde un petit bout de moi qui est invisible à l’oeil nu pour le commun des mortels et qui ne peut être observé que grâce à la réaction chimique suivante:

500µl de réactif de Blog (ne contient pas de détergents ni d’autres agents dénaturants), 25.6 ml (1% w/v) de miss lulu, et 800 g d’échantillon de patience (dans des cubettes d’écran d’ordinateur), le tout stabilisé par des intéractions ioniques et achtéèmèliques (avec des acides gras de glace au caramel), forment des clusters avec les groupes aminés des ABSC-TAAQM (Autres Bloggeurs Supers Chouettes-Tout Aussi Addictés Que Moi), et révèlent, par agitation vigoureuse, un petit bout de miss lulu (158 mM Tris, 0.256 N H3PO4, pH 6.9) que si on n’était pas v’nus on n’aurait jamais vu.

Par contre, le spectrum du complex rodamine-acide linoléique dans du benzène a un point isosbestique à 495nm et un maximun à 515nm, mais ça on s’en fout!

Trop cool, mon projet de recherche, hein?

Tous ces mots savants et ces expressions viennent des projets de mes élèves et de ce site traduit avec google, on dirait.

Partir comme ça, dès l’aube, alors qu’il fait encore un froid à tuer les cariboux, ce n’est pas mon truc. Surtout si le gèle a bloqué ma portière et que je dois rentrer dans ma voiture par la porte du passager…

Et SURTOUT si le gèle a bloqué la porte de mon réservoir d’essence et que je dois rouler plus d’une-demi heure sur l’autoroute avec un réservoir pratiquement vide en priant que le champ de maïs ne soit pas trop grand et que le bled suivant n’arrive pas trop tard!

Chicago, c’est une ville que j’aime vraiment beaucoup, à part qu’il y fait encore plus froid que dans mon champ de maïs! Grace au lac, il est très difficile de s’y perdre, et l’architecture me ravit toujours autant à chaque fois.

Pour ma conférence (à laquelle je suis arrivée une heure en avance même si cette fois j’avais prévu le coup du décalage horaire, il n’y a pas beaucoup d’embouteillages un samedi matin à sept heures), je me suis garée dans un grand parking… et à la sortie, ma carte a été refusée… puis annulée… puis j’ai réessayé… et puis ça m’a dit que j’avais reçu une réduction de 100%… et j’étais en train d’essayer de comprendre le truc quand la barrière s’est ouverte et je me suis cassée sans demander mon reste! J’espère bien avoir eu la réduction, parce que $24 de parking c’est quand même beaucoup!

D’habitude, je suis de l’autre côté de la ville et je vois la Sears Tower, mais cette fois, j’étais près du lac et la vue est très différente… enfin, si on sait distinguer la Sears Tower de la Hanckock Tower ;) La foule ça m’étouffe… je ne suis pas une fille des grandes villes… mais aujourd’hui j’ai essayé de m’imaginer vivant à Chicago… ou dans un autre Granbled du genre…

Tiens, d’ailleurs même la ville m’aide à mieux me l’imaginer…

C’est dans ce genre de building que je veux habiter, au bord du lac et avec personne autour, sauf que là il y a pas de balcon. Mais ce matin, en essayant de déneiger ma bagnole, je me suis rendue compte que la priorité numéro deux pour mon nouvel appartement, après le balcon pour les chatounes, c’est un parking couvert!

Ce que j’aime bien dans l’architecture de Chicago, c’est la diversité. Il y en a pour tous les goûts! Et grace aux embouteillages permanents de la ville, c’est facile de prendre des photos!

Ce que j’aime aussi, c’est caler mon appreil photo sur mon volant et prendre des photos sans regarder, juste comme ça, de temps en temps, en roulant au hasard des rues, et trouver des trucs marrants dans les photos prises ainsi, à mon retour.

Je veux aussi des souvenirs de ce pays que j’aime malgré tout beaucoup. Depuis que j’ai décidé de partir, après quand même plus de 10 ans ici, je me demande, à chaque fois que je vois un restaurant que j’aime bien, ou un magasin, ou une marque de nourriture, “est-ce que ça existe aussi au Canada?”

Ce qui est drôle (ou pas), c’est que les choses qui me manqueront le moins des Etats Unis sont probablement celles que je retrouverai le plus vite au Canada (à part un certain buisson maudit, thank goodness, mais malheureusement il a des acolytes même au pays des cariboux…)

Pour le déjeuner, je suis allée avec quelques copains manger dans un restau thailandais très sympa. J’étais assise en face d’une copine allemande qui vient d’accepter un boulot au Mexique! On a bien papoté des différences de législations entre l’immigration au Canada et l’immigration au Mexique, les prix, les papiers, les permis de travail, les chats, les voitures (personne n’a deviné pourquoi Nissan m’avait envoyé une lettre, et pourtant c’est facile: pour passer la frontière canadienne en prouvant que ma bagnole n’est pas mal fichue), les banques, les cours qu’on va enseigner, les salaires, etc. Marrant. La conclusion? C’est vachement plus simple d’immigrer au Mexique qu’au Canada!

Voili voilà. Retour à la case départ (et alors là, bonjour les embouteillages à la sortie de Chicago!!!) après une journée bien occupée. Snif si c’était mon dernier voyage à Chicago…

Ras le bol des conférences, ras le bol des présentations à la noix, j’veux des vacances, moi, et surtout, je veux pouvoir bosser sur ma thèse!!! Bon, je suis partie, aujourd’hui, et la devinette du jour est assez facile:

Je suis à Chicago pour une conférence qui a lieu du 22 au 25 mars. Et c’est un truc qui correspond un peu à ce que je fais comme boulot mais pas beaucoup à ce que je fais comme études. Qui trouvera le nom de la conférence? Tous ceux qui trouvent la bonne réponse ont le droit de m’envoyer une carte postale :D

OK c’est trop facile. Alors une autre devinette: hier soir, j’ai fait du riz… mais sous une forme vraiment très … heu… inhabituelle! Comment? Quoi? Le seul indice que je vous donne c’est que c’était une recette typique du sud des Etats Unis et d’une ville très très célèbre en particulier! Et ça m’a pris plus d’une heure juste pour la préparation (sans compter la cuisson)! Miam!!! Tous ceux qui devineront la réponse ont le droit d’essayer de faire la recette, dont je donnerai les détails demain. (Et non, je n’ai réussi ni à déclancher l’alarm anti-incendit ni à retuer ma cuisinière que mon proprio m’a réparée ce matin pendant que j’étais au boulot, je me déçois!).

Pas encore assez de travail pour le week-end? Allez, une troisième devinette: ce matin j’ai reçu une lettre de “Nissan North America” qui me disait quelque chose à propos de ma voiture à moi (pas juste à propos de n’importe quelle Nissan). Quoi? Et pourquoi? Ceux qui trouvent la réponse de cette devinette-là ont le droit de… heu… recevoir toute mon admiration :) (nan mais en fait c’est super fastoche si on me connait un tout petit peu).

Allez, je vais me pieuter parce que je dois encore me réveiller aux horreurs aurores. Kiss kiss.

… Ça dure à peine une semaine,
Mais quelle semaine!

La jolie maison où j’ai passé la semaine et ma petite voiture de location… C’est embêtant de louer des voitures, comme ça, parce que je ça me donne toujours envie d’en acheter un autre pour remplacer mon tracteur…

Les maisons sont construites comme ça un peu partout, comme la Floride est en réalité un immense étang avec des petites îles où sont construites quelques maisons…. Il y a toujours une immense véranda entièrement entourée de “screen” (c’est quoi en français, ce machin qui empêche les moustiques de passer?). Ca permet de passer la soirée dehors sans être embêtés par les petites bestioles. Je ne sais pas, par contre, si c’est efficace contre les crocodiles!

Il y a plein de canards et autres oiseaux magnifiques un peu partout (tiens, ça me rappelle que j’ai vu un faucon l’autre jour sur le campus de Purdue! Tous les passants étaient immobiles, c’était impressionant). Donc j’ai vu cet oiseau-là (un héron?) par ma fenêtre un matin…

Là, c’est la petite terasse où j’ai réussi à m’échapper pour prendre un peu de soleil pendant 10 minutes, mes seules 10 minutes de soleil de toute la semaine!

C’est sympa, comme ça, on dirait, mais en fait, Tampa est une ville qui est en train de se dire qu’elle pourrait être une “grande” ville et donc tout est en travaux, tout est absolument merdique, pas fait pour les touristes, pas pratique, mal indiqué, compliqué… Il n’y a pas de centre ville mais quelques petits coins chics ici et là (souvent entourés de quartiers sordides) avec des magasins et des restaurants. Par exemple autour du centre des congrès où j’étais, il n’y avait pas un seul restaurant (même pas un macdo, imaginez un peu!!) à moins de 20 minutes à pieds!

J’avais donc réussi à convaincre ma chtite soeur d’envoyer un “proposal” pour cette conférence et son truc a été accepté, donc elle est venue avec moi. Ses beaux-parents habitent à Tampa ce qui nous a permis de ne pas prendre d’hôtel mais de nous perdre un certain nombre de fois, comme ils habitaient quand même assez loin du centre-ville. Les embouteillages étaient assez coriaces, eux aussi… Bref, sa présentation était super géniale, et tout le monde lui a dit qu’elle devrait faire un doctorat mais elle veut pas, je sais pas pourquoi…

Là c’était après sa présentation et une des miennes qui était juste après. On était absolument nazes toutes les deux. C’était cool, pour une fois, parce que moi je me fatigue en général très rapidement, mais cette fois je n’étais pas la seule, comme elle se trimbalait avec un p’tit garçon de la taille d’un gros melon dans le bidon, huhuh!

Ce qui m’a fait le plus rire, là-bas, c’est que tous les stéréotypes que je pouvais avoir sur la Floride ont été confirmés: les filles blondes avec leur lunettes de soleil en super bagnoles décapotables, les vrais palmiers à l’intérieur des hôtels, la chaleur torride (plus de 25 degrés celcius en fin d’après-midi), les conducteurs qui ont pris un coup de soleil de trop sur la tête, la bouffe super bonne quand on y met le prix (et surtout plein de poisson, miam!!!), les alligators, … vraiment comme dans la série Miami Vice, vous voyez le genre?

Coucou la chtite soeur :)

Dernière soirée de conférence, on n’avait encore deux dîners auxquels il fallait aller en même temps! On n’en pouvait plus, on se serait couchées sur la table (ou même dessous) si on avait osé! Heureusement que les gens avec qui on était étaient vraiment super chouettes! C’est une des seules raisons pour lesquelles je vais encore à ce genre de conférence: revoir les vieux copains d’Utah ou de Purdue, d’anciens profs, des amis qu’on ne voit qu’une fois par an, et puis rencontrer des tas de gens sympas qui me donnent des idées pour mon déménagement au Canada (95% sûr), mon boulot, et mes études, et que je me réjouis déjà de revoir l’année prochaine… à Seattle cette fois 8)

Boulot de miss lulu jusqu’à aujourd’hui:

- étudiante
- chercheuse de boulot
- écriveuse de dissertation pour durée illimitée
- cheffe (faut que je m’habitue au Canada) d’association professionelle
- visiteuse de campus
- présenteuse à moultes conférences
- voyageuse
- écriveuse et liseuse addicte de blogs
- prof
- glandeuse!

Boulot de miss lulu à partir d’aujourd’hui:

- écriveuse de dissertation (thèse) en urgence (défense (soutenance) le 13 juin)
- chercheuse d’appartement dans Granbled
- prof jusqu’à fin avril
- bosseuse à fond!

Conclusions:

- y’a d’l'espoir
- merde
- et vice-versa!

Il y a des millions de choses qui se passent dans ma vie en ce moment, c’est infernal! Je ne peux plus vous donner de détails parce que j’ai eu quelques problèmes (rien de sérieux) du côté de mes blogs (marrant que je vous aie écrit ce post il n’y a pas si longtemps) et vous avez peut-être remarqué que j’ai changé le nom d’une grande ville canadienne dans laquelle je suis allée il y a quelques semaine en “Granbled” dans tous mes posts et les commentaires. Ce nom de ville est absolument interdit sur ce blog (et sur l’autre encore plus) à partir d’aujourd’hui, alors s’il-vous-plaît, utilisez Granbled quand vous voulez m’en parler.

En même temps, j’ai reçu une invitation pour une autre “campus visit” à Toupetibledeneigé10moiparan au Québec… et j’ai un entretien d’embauche avec Petituniversité (qui se trouve à CapitaldézUSA) dans dix jours (mais pas à CapitaldézUSA). Donc c’est vachement la panique à babord! (J’adore commencer les conversations téléphoniques avec Toupetibledeneigé10moiparan en anglais très formellement (good evening professor miss lulu) et puis ça passe en moins formel (you know, miss lulu…), et puis en français (bien sûr, lulu…), et finalement, à la fin de la conversation, on est copains (donc tu nous rappelles, lulu, hein). J’aime le Québec ;) ).

Le pire, dans l’affaire, c’est l’histoire de mes papiers d’immigration. J’ai commencé la collection de papiers en Novembre, et comme j’ai vécu dans trois pays différents, étudié dans deux pays et trois universités différentes, et travaillé dans au moins deux pays et quatre endroits différents, ça a pris très, très longtemps. Quand Granbled m’a fait une offre il y a quelques jours, je me suis rendue compte que … heu… j’avais presque menti à ces braves gens en leur disant que j’étais “en train” de faire la demande de “permanent residency” au Canada et donc je me suis engagée une avocate vite fait (à Montréal) à qui j’ai pu poser deux milles questions et à qui j’ai envoyé TOUS mes papiers en FedEx hier soir. Elle les a bien reçus aujourd’hui et va normalement les envoyer à l’immigration vendredi! Malheureusement, ça prend encore pas mal de temps pour recevoir le bidule… et je me trouve donc super coincée avec Granbled et Toupetibledeneigé10moiparan qui croient que je vais recevoir le papier de “permanent residency” dans quelques semaines. Je vais sûrement devoir faire une demande de “temporary work permit” pour six mois ou un an en attendant la residency… mais pour ça, il faut être approuvée par les services de Resources Humaines du Canada, qui ne voient pas d’un si bon oeil qu’on file des jobs à ces saletés d’étrangers au lieu de les donner à des bons canadiens méritants. Je suis donc dans la m.e.r.d.e!

Bref, je suis dégoûtée par ce qui s’est passé et qui se passe toujours sur mon autre blog (y’a pas de traces publiques, et encore une fois, c’est pas si grave, pas la peine de poser des questions, je ne peux rien dire pour le moment mais je donnerai tous les détails dès que j’ai un contrat de signé quelque part), je suis complètement débordée et épuisée par tout ce stress de l’immigration, et en plus je dois me préparer pour la semaine prochaine qui risque d’être l’enfer le pire de cette année (plus de détails à ce moment-là). En même temps, c’est un sentiment très nouveau et très très agréable que de se sentir “voulue” et appréciée. Toupetibledeneigé10moiparan me veut visiblement beaucoup, parce qu’ils n’ont pas le droit de payer un voyage de visite à des étrangers mais vont quand même le faire pour moi parce qu’ils sont “très impressionnés” par mon dossier (et puis je pense pas qu’il y ait beaucoup d’autres candidats assez fous pour aller dans ce coin!).

Donc ce soir, pas de thèse, pas de correction de copies, rien! Je vais me faire du riz aux courgettes, me regarder Femmes au bord de la crise de nerfs pour la dixième fois, et puis me pieuter tôt. En attendant, le copain Jid a dit que ce qui compte dans la vie d’un blog, “ce n’est pas le nombre de visites mais le nombre de commentaires,” alors je vous propose de faire sauter mes commentaires aujourd’hui, juste parce que ça me refera sourire et aussi pour vérifier la théorie de Jid, huhuh! Racontez-moi votre vie, des blagues, des bêtises, n’importe quoi, et faites-moi un p’tit coucou si vous êtes d’habitude un peu timide :)

… on ne fiche pas grand’chose du weekend. On prépare vaguement quelques trucs pour la semaine suivante, on écrit deux ou trois pages de thèse qu’on efface vite tellement c’était pourri, on se fait du riz cantonais un peu raté, on regarde un film un peu nul pour la dixième fois, et on n’arrive même pas à finir trois soduku en entier.

Et puis le dimanche soir, on se dit que quand même, on est déjà en mars et que le temps passe trop vite, que la thèse n’avance pas assez, et qu’on est vraiment trop paraisseuse, et qu’il faut d’urgence se bouger le popotin. Alors on essaye de travailler… de réécrire quelques pages potables, de comprendre des pages et des pages de statistiques, et de penser intelligemment, pour une fois. C’est dur. Mais on se motive en se disant que si on finit de bosser sur une variable, on a le droit de se commender une pizza comme l’autre soir!

Alors on réussit à finir de bosser sur la variable “expected grades” et on téléphone à Domino’s pour se commender une pizza bien chaude et bien grasse. Et on dit bien au type qui délivre à domicile qu’il faut téléphoner depuis l’interphone en bas de l’immeuble pour ouvrir la porte.

Et puis on attend impatiemment sa pizza et quand le téléphone sonne, on répond comme une patate… mais parfois dans la vie, ce n’est pas le délivreur de pizza! Non, pas du tout, même. C’est une gentille madame qui demande très poliment si miss lulu est là et si elle voudrait venir travailler pour eux parce que les cinq membres du committé d’embauche l’aiment beaucoup et ont voté unanimement pour elle.

AAAAAAAHHHHHHHHHH!!!!!!! C’est là qu’il ne faut pas sauter de joie et partir courir un peu partout en rigolant toute seule comme une folle en tremblant de joie et d’exitation mais rester calme et dire “Ah oui? Oh, et qu’est-ce que vous me proposez, alors?” comme si on avait l’habitude de recevoir des coups de téléphones comme ça tous les soirs. Il faut vite réfléchir, trouver sa liste de questions qu’on a failli jeter dix fois (est-ce qu’il y aura un ordinateur dans le bureau, est-ce que les conférences professionelles sont payées, est-ce que le déménagement est pris en charge, etc.) et écouter sagement en prenant des notes pour ne rien oublier alors qu’on tremble d’émotion et qu’on a du mal à penser et à dire des trucs intelligents et que le délivreur de pizza arrive à ce moment-là et qu’il faut interrompre deux fois la conversation avec la madame au téléphone pour ouvrir la porte en bas et puis celle de l’appartement et payer la pizza et puis essayer d’empêcher des chatounes voraces de déchiqueter le carton pour la manger sous mon nez!

AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAHHHHHHHHHHHH!!!! Parfois dans la vie on racroche le téléphone et on crie un bon coup et on embrasse mille fois ses chatounes qui sont un peu surprises et on se dit que merde on n’arrivera jamais à finir cette fichue thèse et on va sauter sur son lit en criant c’est pas possible c’es