dim 19 nov 2006
Vous savez combien c’est agréable, quand on visite un pays étranger (disons la Finlande), de rencontrer quelqu’un qui parle sa langue maternelle! Alors qu’on ne serait même pas donné l’heure si on s’était rencontrés dans l’ascenseur dans son pays d’origine, soudain, ce compatriote devient notre meilleur ami en Finlande! C’est un peu ce qui s’est passé ces derniers jours pour moi. Non, je n’ai pas rencontré de français (ouf
) mais plutôt des gens qui parlaient enfin ma langue… une langue que je parle depuis seulement sept ans mais que je n’ai pratiquement pas pu utiliser depuis mon arrivée au Canada…
Avant de vous expliquer ce qui s’est passé ces derniers jours de si important, il faut que j’explique ce qui s’est passé à mon boulot depuis quelques mois. D’abord, je n’ai pas été engagée pour faire le travail pour lequel j’ai été préparée pendant ces longues années d’études, mais c’était quand’même dans un domaine qui m’intéressait. En plus, lors de mon entretient d’embauche, on m’a fait beaucoup de promesses qui m’ont parues alléchantes. Je me suis dit qu’on m’offrait la chance de créer un peu mon job idéal et qu’au fil du temps, mon job se rapprocherait de plus en plus de ce que je voulais vraiment faire. Donc j’ai accepté (sinon ça aurait été Chicoutimi ou Tallahassee).
Dès le départ, je me suis trouvée face à des gens vraiment sympas mais qui ne connaissaient rien à ce que je faisais. Je me serais retrouvée dans le département de physique que ça aurait été pareil! Dans mon département, personne ne connait rien à la linguistique, ni à la linguistique appliquée, ni à mon domaine précis (teacher education), mais pire encore, personne ne connait rien au domaine dans lequel je dois travailler au jour le jour. Je dois changer l’organisation de certains cours alors que je ne connais pratiquement rien sur ce genre de cours, et les gens qui enseignent ces cours et que je dois « guider » n’ont aucune connaissances théoriques du chmilblick!
Donc depuis quelques mois, je lis avidement tout ce que je peux trouver sur le sujet pour savoir ce que je dois faire pour améliorer ces cours et c’est passionnant mais ce n’est pas « mon truc. » Le problème avec ça, c’est que je suis devenue une experte avec « mon truc, » le sujet de ma recherche de thèse de maîtrise et de doctorat (sept ans d’études là-dessus!), que je suis connue par beaucoup de monde grace à ces projets de recherche, et qu’on ne devient pas experte dans un nouveau domaine en lisant trois bouquins sur le sujet.
La question brûlante et qui m’a vallue beaucoup de nuits d’insomnie, était donc: est-ce que je continue à faire des projets de recherche dans MON domaine, ou bien est-ce que je me lance dans un sujet complètement nouveau pour moi (très intéressant mais auquel je ne connais rien)?
Les avantages et inconvénients de continuer dans mon domaine sont: 1) c’est très « distant » de mon travail et c’est donc difficile de rester en contact avec les autres experts dans le même domaine; 2) je dois quand’même continuer à faire mon travail et donc devenir une semi-experte dans ce domaine aussi ce qui fait que j’ai moins de temps pour ma recherche; 3) je n’ai pas besoin de recommencer à zéro pour faire ces projets puisque je connais la théorie et les gens qui vont avec; 4) si un jour je veux changer de boulot et retourner dans « mon domaine, » je n’aurai pas perdu le contact avec les autres experts et j’aurai continué à publier dans ce domaine.
Les avantages et inconvénients de commencer à faire de la recherche sur un nouveau sujet sont: 1) je ne connais rien à rien et avant de pouvoir faire des projets de recherche qui soient valables et publiables, ça va prendre un moment; 2) ça serait difficile de faire « demi-tour » si un jour je change de boulot puisque les gens dans « mon domaine » n’auront plus entendu parler de moi depuis un moment; 3) c’est un sujet très « nouveau » et qui ouvre la porte à beaucoup de projets intéressants et vraiment uniques.
Finalement, au boulot, les belles promesses faites lors de mon entretient d’embauche n’étaient que ça, des belles promesses, et je me sens coincée dans une trappe à rats. Je ne vois pas d’ouverture possible, de changements à l’horizon, de possibilité de faire un jour ce que je veux vraiment faire… Et après de longues discussions ces derniers jours avec des gens qui SONT, eux, dans mon domaine, qui savent de quoi je parle, qui connaissent bien mon travail et ma recherche, (des profs dans d’autres universités canadiennes et américaines), j’ai pris deux décisions importantes pour mon futur professionel:
1) Je continue dans ma recherche, parce que peu de choses ont été faites à ce sujet au Canada et que donc j’ai encore des tas de projets possibles et intéressants devant moi;
2) Je me donne encore un an, au travail, pour voir si la situation s’améliore ou reste la même, et si non, je cherche un nouveau boulot. J’ai bien vérifié si de changer de boulot ça donnerait une mauvaise image de moi, mais visiblement, pas du tout, la plupart des gens prennent le boulot qu’on leur offre à la fin de leurs études parce qu’ils ont besoin d’un boulot et trouvent (encore) mieux au bout d’un an ou deux.
Mon job est intéressant et sympa, je ne me plains pas. Ce qui est vraiment difficile, c’est de n’avoir personne avec qui pouvoir en parler pour être sûre que je ne fais pas n’importe quoi, et ça va être doublement difficile de faire de la recherche dans un domaine encore plus inconnu au bataillon et puis de naviguer en même temps sur deux océans différents… Mais le jeu en vaut la chandelle, parce que merde, après tout, je suis une célebrité dans le monde entier (dans mon domaine, hein) et je n’ai pas envie de laisser tomber tout ça!
Ouf, je vais enfin pouvoir dormir tranquillement!
18 commentaires que j'aime à “schprechen sie swahili?”
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19 novembre 2006 à 11:06
Vu de loin, tout ça me paraît un plan parfait bien mûri après une analyse non émotionnelle – Bravo !!!
19 novembre 2006 à 11:15
Et bien Doc Lulu voilà un billet qui me semble TRES TRES POSITIF… cela fait plaisir à lire , vraiment … tu as enfin réussi à faire le ménage dans tes pensées contradictoires … cela fait un bien fou de rencontrer des gens qui vous comprennent n’est-ce pas
19 novembre 2006 à 1:43
Tout à fait d’accord avec toi!
19 novembre 2006 à 1:54
Bon, ben j’ai pas tout compris mais c’est pas grave, mes deux neurones ne se connectent plus ces jours-ci
Le principal c’est que tu saches où tu vas
19 novembre 2006 à 4:25
ah ben oui, même que tu vas aller exprès en Espagne sur le sujet de ta célébrité,non ???
19 novembre 2006 à 11:31
Ouais, eh, ma soeur elle est tellement super celebre qu’on parlait d’elle dans mes cours l’annee derniere. Bon, on n’a plus le meme nom de famille, mais je l’ai quand meme dit a tout l’monde que « zat’s maille sisteur!!! »
19 novembre 2006 à 11:33
… et au fait, il a quoi a faire, dans l’histoire, le swahili???
20 novembre 2006 à 12:28
Cela aurait été effectivement dommage de laisser tomber ce qui t’anime et te passionne. Je ne doute pas que tu vas en même temps faire des étincelles pour la tâche qui t’as été confiée. Je te souhaite beaucoup de force et tu verras que tu en sortiras plus forte.
20 novembre 2006 à 2:55
Je crois, Anaïs, que le swahili vient justement poser la question de la « pertinence », celle pour Miss Lulu de continuer de faire ce qu’elle fait ou de se battre pour faire ce qu’elle veut faire et ce pour quoi elle est compétente.
20 novembre 2006 à 3:25
j’ai pas compris grand chose non plus, est-ce que ce que vous publiez est public et disponible quelque part sur internet ?, mais j’ai vaguement l’impression que ce que vous faites n’est pas tellement accessible au commun des mortels dont je suis un exemplaire plus que commun, j’en ai bien peur..
20 novembre 2006 à 5:14
Anaïs, je croyais que tu en était seulement au heu, heu heu, gouzigouzi, bababababababa, je vois que tu t’instructionnes !
20 novembre 2006 à 6:07
The Return of Miss lulu le petit bonze
Du concentré de sagesse !
(pinaise si seulement j’avais un peu de temps, y’aurait matière a une bonne chtite image détournée là…)
20 novembre 2006 à 9:12
heidi: hihih, mais je suis tres patiente moi
pragmata: je suis sûre qu’elle lit du Chomski à son marmot, déjà
guizee: peu de choses sont accessibles sur internet, et seulement si on est membre de certaines associations professionelles, effectivement. sinon, j’ai publié certains trucs qu’on peut acheter, mais c’est assez chiant et illisible pour ceux qui ne sont pas dans ma branche
si vous allez dans CV (à droite), vous pouvez trouver plein d’info là-dessus, et si ça vous intéresse vraiment, je peux vous envoyer des copies de certains articles ou de ma thèse… mais c’est 300 pages de statistiques, je vous préviens
Alcib: voui
Chamade: merci, je vais essayer d’être à la hauteur, on verra ce que ça donnera
Anaïs: huhuh
zia: exactement!
Ze Mimimousse: je sais toujours où je vais exactement quand c’est pour aller m’acheter un pain aux raisins
!Béo! ouf
Cloclo: oui, on sent qu’on respire enfin, et qu’on n’est plus toute seule au milieu du désert
Musarde: huhuh, tu me fais rougir
20 novembre 2006 à 3:25
Pas facile de suivre un plan de carrière.
20 novembre 2006 à 11:11
quand même t’es vraiment géniale … tu trouves toujours un petit mot approprié pour chacun !
21 novembre 2006 à 7:21
difficile de si loin d’exprimer une reflexion aboutie, étayée, sur tes prises de décisions … je dirais simplement qu’à te lire rien ne me choque, au contraire je hoche la tête en me disant » oui, c’est logique » , ou encore » ah pas mal comme opportunité » …
donc en gros, la façon dont tu exprimes ton projet, et le projet lui même, me paraissent tout à fait sains et interessants, vu d’ici
.
21 novembre 2006 à 8:25
krysalia: merci merci
Cloclo: merci merci
mijo: surtout quand on la commence tout juste, sa carrière
9 décembre 2006 à 3:19
Prends un PhD student sur ton domaine si tu as les sous, ainsi tu pourras parler a q’un