Quand je suis allée au Centre for the Arts de Granbled pour y écouter Sibelius et du Tchopine, j’étais super bien fringuée parce que je me suis dit que y’avait que les riches qui pouvaient se payer ce genre de soirée et que les riches s’habillaient chic. En fin de compte, c’était seulement des semi-riches et des pas-trop riches qui étaient à ce concert et peu de gens s’étaient bien habillés. Donc j’avais l’air d’une poire.

Hier soir, je suis allée à un concert au Roy Thompson Hall, en plein centre ville (superbe salle de concert!), pour y écouter un concert de la 9ème de Beethoven jouée par l’orchestre Symphonique de Granbled que j’attendais avec impatience depuis des semaines. Et je m’étais habillée, heu… pas super chic pour ne pas avoir l’air d’une poire… mais cette fois-ci, les gens étaient en limousines et smokings et robes de soirées et rivières de diamants ultra chics et ultra snobs et… j’avais l’air d’une poire!

D’ailleurs, en regardant l’audience, je me suis rendue compte à quel point c’était un concert “pour les blancs,” ce qui est frappant compte tenu de la diversité de la population de Granbled. Même les chanteurs et les musiciens étaient blancs blancs blancs, à part quelques asiatiques et une soprano noire. La musique classique est-elle réservée aux blancs? Aux riches? Ou c’est la même chose? Est-ce une question de culture (les hindous s’en fichent de Beethoven, par exemple) ou d’argent?

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Vous avez remarqué comme on comprend mieux ce que disent les gens si on peut voir leur visage quand ils nous parlent? C’est pareil avec la musique. J’adore les concerts “live” parce que ça permet d’entendre des trucs qu’on n’entendrait jamais sur un CD parce que là, on peut regarder la taille des trompettes, le mouvement des archets des violons, le nombre de violoncelles, les bras du conducteur, la largeur des tambours… Et soudain, on se rend compte que les trombones ne jouent que tout à la fin de la 9ème symphonie mais que par contre, il y a des tas de contrebasses et que ça pédale ça pédale ça pédale pendant tout le concert. Et puis qu’il y a de jolis solos de haubois, qu’il y a des espèces de barrières transparantes (anti-bruit?) entre les vents et les tambours, et que le troisième mouvement est en fait assez nul.

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Bref, tout mon argent va y passer. La musique, y’a que ça de vrai. C’est ma drogue, mon air frais, ma raison, mon équilibre, mon océan, le sang qui coule dans mes veines. Hier soir encore j’ai acheté deux nouveaux billets pour des concerts (concerto numéro 3 pour piano de Rachmaninov et London Philharmonic Orchestra avec Kurt Masur et Sarah Chang) et j’aurais été prête à aller faire la manche dans la rue, à ne pas manger pendant trois jours, ou à laver la vaiselle dans un restau glauque tout un mois s’il avait fallu, pour pouvoir m’acheter ces billets.

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Dans le metro qui me reconduisait à la maison, je me suis presqu’endormie. Mais pas vraiment, parce que j’étais déjà trop excitée par le prochain concert!