Bon, ça fait plus d’un mois que je suis employée à plein temps et ça fait une semaine que j’enseigne l’anglais à des morveux qui n’en ont déjà plus rien à fiche, il est grand temps que la retraite arrive! Nan mais c’est vrai, y’en a marre de ce boulot!

Hier, je me disais que j’aurais bien recommencé un doctorat. Sérieux, c’est super cool d’être étudiant en doctorat, on fait à peu près ce qu’on veut quand on veut, on a des dates limites, des gens qui vous disent quoi faire et comment et quand et qui vous donne plein de compliments, un p’tit boulot pas stressant et sans responsabilité à côté pour pas crever de faim, des buts, des succès rapides et faciles, et personne ne s’attend vraiment à ce qu’on fasse des miracles.

Maintenant, tout le monde s’en fout de si je vais au bureau ou pas, tout ce que je dois faire c’est publier publier publier publier publier publier publier, il n’y a aucune échéance, pas de succès faciles, pas de A, pas d’explications mais des mégatonnes d’expectations très vagues, et rien que nous en face de nos p’tains d’articles à se demander quand vient la retraite. C’est IN-SU-POR-TABLE!

Je me suis foutu le dos en l’air, je ne sais pas comment, et j’ai une infection à la jambe. Alors je vais pas au boulot demain. Ah, tout le monde s’en fout? C’est bien ce que je pensais. Je ne pourrai même pas dire « désolée madame, j’ai pas pu faire mes devoirs parce que j’étais malade. » Non, tout le monde s’en fout. Je peux très bien bosser à la maison en plus, ce que je n’ai pas du tout envie de faire. Mais même si je le fais pas, tout le monde s’en fout.

Je n’arrive pas à accepter cette « plate infinitude » de ma vie devant moi. Je n’arrive pas à accepter que dans 10 ans, 20 ans, 30 ans, je serai toujours en train de faire la même chose que ce que je fais aujourd’hui. Elèves, articles, élèves, articles, élèves, articles, élèves, articles… ad perpetuum… ad nauseum. C’est tout, c’est ma vie, et ça ressemble à l’encéphalogramme d’un homme mort. Y’a plus rien d’autre. Plus d’examens, plus de cérémonies de graduations, plus de profs chiants, plus de devoirs à rendre mardi sinon on est mort, plus de copains pour rigoler pendant les cours, plus de procrastination éhontée, plus d’inscouciance.

Je crois que je vais commencer un doctorat en chimie organique.