Tu m’as tué 3,000 soldats américains alors je te tue 200,000 civils japonais.

Tu m’as tué 3,000 américains alors je te tue 10,000 irakiens.

Tu m’as kidnappé 2 soldats israëliens alors je t’envahis le Liban.

Tu m’as dit une méchanceté sur ma soeur alors je te file un coup de tête dans le bide.

Quand j’étais jeune et bête, ma mère me lançait souvent des méchancetés (et des bouquins et des chaussures) à la figure. “Quoi, tu portes encore ce chiffon?” “T’es vraiment conne toi!” “Range ta chambre ou je te casse mon archet de violon sur la tête!” Et moi, bien sûr, je réagissais toujours en criant des horreurs, en jetant des bouquins à la tête de ma mère, en pleurant, en claquant les portes… Ma mère en rajoutait, j’en rajoutais, mon père s’en mêlait, mes soeurs pleuraient…

Et puis un jour, j’en ai eu marre de ces disputes qui me bouffaient l’énergie et le moral et j’ai tout simplement arrêté de répondre à ma mère. Elle me disait une méchanceté? Je l’ignorais. J’étais invitée à manger chez eux et j’ouvrais la porte de la maison… elle m’envoyait une idiotie avant même de dire bonjour et je repartais de chez eux illico, sans rien répondre. La tactique suivante de ma mère a été de me dire que j’étais lâche, que je n’acceptais même plus les critiques, que je refusais bêtement les conversations… Mais je m’en fichais, même quand ça faisait horriblement mal, même quand j’avais envie de hurler et de frapper, je refusais de m’abaisser aussi bas et de répondre pas des conneries toutes aussi bêtes que ce qu’elle m’avait dit. Au bout de quelques mois, ma mère a commencé à se rendre compte qu’on pouvait vivre sans gueuler tout le temps et que c’était bien plus agréable de passer du temps ensemble sans se lancer des méchancetés à la figure, et une relation mère-fille d’adulte et agréable a enfin pu naître.

J’ai entendu aujourd’hui quelque chose qui m’a fait réfléchir 2 minutes. Quelqu’un a dit “Oui, j’ai eu tort de réagir comme ça à ce qu’on m’a dit mais je ne le regrette pas (donc en gros je n’ai pas eu tort, je dis seulement ça parce qu’on m’a dit de le dire parce que les petits gosses qui m’idolâtrent font maintenant la même chose dans la cour de récré et il paraît que c’est pas bien). Et il est surtout important de se souvenir qu’on m’a insulté, qu’on m’a attaqué, qu’on m’a provoqué! C’est la provocation qu’il aurait fallu éviter. La réaction qui s’en est suivie était normale.” (En gros, hein, parce que je ne me souviens plus des mots exacts, et puis j’étais tellement stupéfaite par ce que j’entendais que j’ai vite arrêté de l’écouter).

Je suis d’accord à 100% que c’est stupide de provoquer ainsi les individus, les gouvernements, n’importe qui. Mais en général, on provoque JUSTEMENT parce qu’on sait que l’autre va réagir (en faisant une connerie) et c’est ça qu’on veut! Malheureusement, il y aura toujours des cons, des gens que ça amuse de dire des méchancetés et des bêtises, ceux qui ne se rendent pas compte à quel point ils blessent autrui, et c’est bien triste. Mais si on réagissais tous à toutes les provocations qu’on vit tous les jours, le monde serait un vrai enfer.

C’est exactement ce qu’on critique à propos de la guerre en Irak et en Afghanistan, non? La disproportion de la réponse et le fait que les Etats Unis ont ignoré l’arbitrage international (et humain) (et logique). On n’est plus des barbares, enfin, merde! On devrait savoir la différence entre débattre, discuter, argumenter, négocier, s’expliquer, réagir comme des êtres civilisés, et ficher une baffe (ou envoyer 15 tones de bombes) dans la gueule de l’autre sans réfléchir aux conséquences, non? Et en réagissant avec la même violence (ou souvent pire) que le provocateur, est-ce qu’on ne s’abaisse pas au même niveau de bêtise que lui?

C’est juste une idée… mais je pense qu’il est facile de critiquer les gouvernements et d’oublier ce qu’on fait sur notre propre terrain de foot dans nos propres chaumières. Et honnêtement, avec toute l’expérience que j’ai (plus de 30 ans de provocations), je peux vous dire qu’il n’y a rien qui énerve plus la personne qui me provoque qu’une absence de réponse. Si je réponds à la provocation, le provocateur a gagné et j’ai perdu.

Gandhi a dit “An eye for an eye and the whole world goes blind.”

Enfin, moi j’dis ça mais c’est pas pour rien que je n’ai pas d’enfant, parce que je ne sais pas si je pourrais leur enseigner ce genre de principe aujourd’hui. Mais en attendant, si vous me dites que ma soeur est une terroriste, je vous dirai que vous avez probablement raison et je passerai mon chemin (et j’enverrai ma mère à vos trousses, mouahahaha) ;)

PS. Il y a plein de chouettes nouvelles photos sur mes albums et j’attends toujours celles qui manquent…