Qu’est-ce que ça veut dire, prendre le temps de respirer et de penser à sa vie? Quand prend-on le temps de faire les bons choix? Comment sait-on qu’on ne fait pas des erreurs à chaque pas? Et pourquoi ne peut-on pas arrêter le temps, juste le temps de se dire “attends, je fais quoi, exactement, là?”?

Je parlais de ça avec mon père l’autre jour. Une chère amie de la famille est en train de passer par des moment très difficiles, le genre de chose qui fait qu’on a soudain le besoin de réfléchir à sa propre vie pour voir un peu “comment ça va par ici?”

Et puis ça fiche les boules, en fait, même si on n’ose pas trop l’avouer, parce qu’on se demande si ça va nous tomber dessus un jour aussi… De regarder sa vie et de se dire “merde, ce truc m’est arrivé il y a 20 ans et je n’ai jamais eu le temps d’y penser, de m’en remettre, de prendre les bonnes décisions, de bien résoudre le problème, et soudain, les vieux démons se réveillent et ça fait mal!”

C’est comme avec les trunamis, les tremblements de terre, les attaques terroristes: on est horrifié, on fait un petit geste, et puis on oublie parce qu’il y a un nouvel accident, tremblement de terre, problème dans notre vie, événement heureux, thèse à écrire, machin urgent…

Alors comment on fait pour s’arrêter et refléchir une minute? Comment on fait pour résoudre les problèmes qui s’offrent à nous quand on n’a tout simplement pas le temps de les résoudre et que la vie nous force à continuer? Comment on fait pour prendre une vraie bonne décision quand il s’agit de son futur mais qu’on n’a qu’une semaine pour se décider et pratiquement aucun élément qui nous dirigerait dans la bonne direction? Où est-ce qu’on trouve le temps de se remettre de sérieux traumatismes qui vont nous ficher le reste de notre vie en l’air parce que la vie va trop vite et que de nouveaux soucis s’accumulent déjà avant qu’on ait même une minute pour y penser tranquillement?

On dit qu’il faut “prendre le temps de vivre” mais il est où le temps? Je pose mon oreille sur le ventre de Calinette qui ronronne à nouveau, je ne fais que de l’écouter et sentir son bien-être. Une demi minute. J’écoute la pluie tomber sur mon toit et le chant des oiseaux le matin. Une demi minute. Après ça, je me rappelle que je dois aller faire ceci, que j’ai oublié de faire cela, que je dois appeler untel d’urgence… Vivre ma vie une demi minute par jour à la fois, c’est quand même un échec, non? Et ce n’est pas le ronronnement de Calinette ni le chant des oiseaux qui m’a permis de penser à moi, de regarder ce que je suis devenue, et de penser vraiment à tous ces choix que je fais tous les jours et qui à chaque instant changent le cours de ma vie…

Oui, ça me fiche les boules de me dire que dans moins d’un mois j’aurai quitté les Etats Unis pour de bon alors que c’est mon pays depuis plus de dix ans, et je ne sais même pas si c’est la bonne décision. Ca m’attriste de retrouver des vieux journaux et des vieilles lettres et photos d’amis et d’amours et de penser que j’ai peut-être dit des choses que je n’aurais pas dû dire, fait des erreurs, pris des mauvaises décisions “à l’époque.” Ca me glace le sang de me dire que ma grand’mère ne va pas bien et qu’il y a plus de dix ans de ça, j’ai pris la décision égoïste d’abandonner ma famille et de ne plus être là pour eux quand ils en auraient besoin. Et ça me petrifie de peur de me dire que dans deux ans, cinq ans, dix ans, si je trouve une demi minute pour regarder en arrière, je me dirai peut-être “mais qu’est-ce que t’as fais de ta vie, pauvre idiote?”