Archives de décembre 2005


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Calinette, Sosso, et leur miss lulu vous souhaitent à tous une année 2006 pleine de succès, de joies, de calins, de rencontres, de partages, de bons moments, de bisous, d’amour, de courage, de bonheur, et de popcorn!

Calinette, Sosso, and their miss lulu wish you all a new year 20052006 full of successes, happiness, love, joy, courage, strength, friends, good times, kisses, and pâtisseries!

Et une note toute spéciale pour une grande copine à moi et un grand copain à Calinette et Sosso, qui passent par des moments bien tristes ces jours-ci. Je pense très fort à vous tous!

Les « bad vibes, » ce sont des mauvais états d’esprit, une mauvaise atmosphère, un sentiment que quelque chose n’est pas comme il devrait l’être. Je sens des bad vibes par ici. Je n’aime pas beaucoup cette ville. En regardant les building immenses de Washington DC, ses avenues sans fin, ses décorations outrageuses de fin d’année, on y sent la corruption, la politique malsaine, l’adoration de l’argent, la magouille, et le besoin sans limite de puissance, d’influence, de domination. Comme si cette ville représentait tout ce que je n’aime pas dans ce pays. Je ne voudrais y vivre pour rien au monde. Il suffit déjà de rouler sur l’autoroute pour voir une concentration de Lexus, de BMW, et autres Ferraris comme on en voit rarement rouler agréssivement et comme si le monde leur appartemenait pour se dire qu’il y a quelque chose de pourri dans le royaume de la politique. Une sortie d’autoroute sur deux est pour les « employees only » de boîtes comme la NSA (National Security Agency) ou le Goddard Space Flight Center de la NASA… Et un building sur deux dans Washington appartient au Homeland Security Agency ou autre boîte du genre qui fout les boules. Je n’ai ressenti de tel sentiment de malaise que dans une seule autre ville: Houston. Mais à Houston, ce n’était que la puenteur de l’argent qui reignait. Ici, il y a l’argent mais en plus la politique et tout ce qui va avec.

C’est drôle, je suis en train de me demander pourquoi je n’ai pas ressenti ce malaise à Las Vegas. Peut-être parce que Las Vegas, contrairement à Washington et Houston, n’est pas une ville « sérieuse » mais pour la rigolade. Oui, il y a l’argent à tous les coins de rues, littéralement, il y a l’excès, le pire et le meilleur (si on cherche bien), la corruption et la drogue et tout ça. Mais il y a aussi les touristes qui se baladent en short avec leur petit appareil photo miteux, les grands buffets à cinq dollars, les attractions mirobolantes et ébouissantes… On va à Las Vegas pour s’amuser. Pas à Houston ou à Washington. Et puis à Las Vegas, l’excès fait presque partie du jeu. On aime rêver qu’on gagnera la BMW, on aime se promener à pieds à côté des voitures de luxe, on aime savoir qu’on est avec les stars et les millionnaires. Comme si, pendant quelques instants, on faisait partie du cercle. Pas à Houston ou à Washington. On n’est rien si on n’est pas une star, un politicien verreux, ou un millionnaire, ici. Il n’y a pas de rêve possible. Pas de buffet à moins de 30 dollars. Houston et Washington ne pardonnent pas.

Il y a quand même des trucs sympas ici, c’est sûr. J’évite les grands magasins, je refuse d’aller dépenser de l’argent pour rien et je n’ai besoin de rien. Mais les restaurants sont… disons… agréables :) Le premier soir avec ma tante, on a mangé japonais, et hier soir, du poisson divin … C’est peut-être bête de dépenser l’argent pour de la bouffe, mais je trouve que de bien manger de temps en temps redonne un peu de pimant à la vie. Les goûts, les couleurs, les odeurs, les textures… tout ça fait tellement de bien aux sens! Et puis on a des choses à fêter: mes 10 ans ici, la Sainte lulu, Noël, la nouvelle année, et mon anniversaire… un peu tout en retard ou en avance mais c’est la fête!! Ce soir on va peut-être aller manger italien, et pour le dernier jour de l’an, on a déjà réservé un grand restaurant de poisson! Miam!

C’est drôle, hier on est allées dans ce super restaurant qui se trouvait dans un coin « étudiant » de la ville: Georgetown. Je pensais y retrouver l’ambience sympa des coins étudiants, un peu grunge, un peu baba-cool, hippy sur les bords, comme ce que j’avais aimé à Madison… mais Georgetown est un coin chic, huppé, culturel mais très snob, avec des magasins et des restaurants ultra chers et célèbres. Agréable, parce que je manque beaucoup de culture et de raffinement dans mon champ de maïs… mais en même temps décevant. J’avais adoré Madison pour sa culture mais son attitude relax et sans prétention. Mais Washington reste Washington: la ville de l’argent et de l’argent et de l’argent. Ca me fait vraiment réflechir à ce que j’aime et ce que je veux dans la vie. Le luxe c’est chouette… mais pas plus que quelques jours par an. Je suis sûre que si je vivais ici, comme ça, je perdrais encore plus la notion de ce qu’est la « vie » réelle, le monde en dehors des quartier huppés, le plaisir des choses simples.

Je profite, je m’amuse, je me délecte, j’admire… mais je serai contente de retrouver mon petit coin de champ de maïs avec mes chatounes et mon milkshake à la banane, la librairie locale où je peux aller bouquiner en buvant un chocolat chaud, mes fringues relax, et ma petite vie qui n’attend pas grand’chose de moi et qui me plaît bien!

Quant à mon entretien d’embauche, ça s’est bien passé… pas sûr… mais j’étais assez relax et à l’aise, les gens étaient super sympas, les questions pas trop trop difficiles… et en fin de compte je ne sais pas si c’était trop facile, si j’ai répondu ce qu’ils voulaient entendre… Bon… on verra. J’aimerais bien ce job. C’est une université sympa, pas loin de Pittsburgh, et où je pourrais facilement travailler quelques années avant d’aller au Canada si je n’ai pas d’offre pour le Canada cette année. C’est stressant de ne pas savoir ce qui m’attend! … mais en attendant, je vais aller faire une réservation pour le diner de ce soir et aller visiter Dupont Circle cet après-midi! A bientôt :)

Ce soir je n’écris pas. Promis. J’ai dit que ce blog devait respirer!

(aaaaaahhhh j’arrive pas, c’est ma drogue, je suis une blog-addicte, je vais devoir m’inscrire aux BA (bloggeurs anonymes), c’est tragique, je ne suis rien, je n’existe pas, ma vie est vide si je ne l’écris pas!)

… demain, entretien de boulot très très important: je le veux! A 21 heures heure de Barbotan-les-Thermes, je veux toutes les bougies allumées et les doigts croisés et les m.e.r.d.e.s envoyés…

nan nan, je n’écris rien aujourd’hui…

Il est assez rare, dans ma petite vie monotone, que je fasse quelque chose que je n’avais jamais fait auparavent! Mais là, quand j’ai raconté mon histoire à la madame qui m’aidait avec mes valises à l’aéroport, d’abord elle a ri… et ensuite elle ne m’a pas cru! Alors ce soir, grace à une magnifique connection à internet sans fil et gratuite, dans une chambre au septième étage qui donne sur le capitole mais où on se les gèle, et avec douze heures de voyage et un petit verre de trop dans le nez, je vais essayer de vous raconter cette chose étrange qui m’est arrivée pour la première fois de ma vie! Sinon demain je risque de ne plus y croire moi-même!

Je suis donc partie ce matin vers sept heures de mon champ de maïs pour aller à l’aéroport prendre un avion, d’abord d’Indianapolis à Cinncinati (Ohio), et ensuite de Cincinnati (Ohio) à Washington (bravo à ceux qui auront deviné juste). Il m’a d’abord fallu plus de vingt minutes pour trouver une place de parking… et ensuite, alors que j’attendais notre avion, j’ai entendu un appel dans la salle d’embarquement qui disait « nous avons overbooké l’avion, alors si quelqu’un est flexible dans ses horaires, qu’il le fasse savoir, merci! » Bon, moi j’ai déjà fait ça deux ou trois fois et c’est pas l’enfer, on attend simplement l’avion suivant et on gagne un « voucher » (bon d’achat) pour des billets d’avion. $200 en général. Et comme personne ne m’attendait à Washington, que je devais de toutes les manières attendre trois heures ma connection à Cincinnati et que l’avion suivant partait une heure après, je me suis dit pourquoi pas, je n’ai rien à y perdre!

J’ai commencé à me dire que quelque chose de bizarre se passait quand la gentille dame m’a dit que le voucher serait pour $400! QUATRE CENTS! C’est beaucoup, ça, c’est presque le prix d’un billet pour l’Europe! Bon… Ensuite, étrangement, elle m’a donné un autre voucher en me disant « et celui-ci c’est pour le taxi! » Le taxi?? Le taxi de quoi? Finalement, elle m’a rendu mon billet d’avion et m’a dit gentillement « ne vous inquietez pas, vous arriverez bien à temps! » ???!!!??? Et elle m’a conduit à un taxi!

Quand les trains de la CFF (Compagnie Féroviaire Fuisse? Chemins de Fer Fribourgeois?) tombent en panne, la CFF offre des bus à la place des trains. C’est normal pour moi. Mais que Delta offre des taxis à la place de ses avions, là, je dois avouer qu’il m’a fallu plus d’une minute pour comprendre l’affaire! Et oui, mesdames et messieurs, j’ai fait, toute seule et avec un charmant chauffeur de taxi d’Erythrée, qui est lui tombé sur le cul quand il m’a demandé si je savais où se trouvait son pays et que je lui ai répondu « à côté du Soudan et de l’Ethiopie, non? », une course de taxi de deux heures pour une distance d’exactement 119.1 miles (192 kilomètres) entre l’aéroport d’Indianapolis et celui de Cincinnati! EN TAXI!

Nous avons parlé de son pays et de leur guerre avec l’Ethiopie, de mariage et d’enfants (pas ensemble, rassurez-vous), des temps modernes et qu’il n’y a plus de jeunesse ma brave dame, du Maryland, de champs de maïs, et d’accidents de la route. Heh, c’est pas tous les jours qu’on a la joie de faire la conversation avec un parfait inconnu pendant deux heures en tête-à-tête! Et tout ça gratuitement! Le seul inconvénient du taxi par rapport à l’avion, c’est qu’on ne peut pas se lever pour se dégourdir les jambes et aller faire pipi. Et le service cabine n’est pas non plus à la hauteur. Mais bon. J’ai quand même été très déçue, parce que je me suis réjouie d’aller pour la première fois en Ohio en espérant y voir autre chose que des champs de maïs… et en fin de compte, je n’ai vu que des champs de maïs à perte de vue et en plus, l’aéroport de Cincinnati (Ohio) se trouve en réalité dans le Kentucky! Je me suis fait eue, là!

Nan quand même, ça m’est jamais arrivé un truc pareil! Et une fois arrivé à Cincinnati (Ohio… heu… Kentucky), comme si de rien n’était, paf, je suis montée dans l’avion suivant (après avoir quand même attendu trois heures comme prévu) pour Washington. Les miracles de la technologie, quand même! Et j’ai MEME retrouvé ma valise à l’arrivée (qui elle avait pris deux avions et pas de taxi, la pauvre). Je dois avouer que ça m’a étonné un brin! … Oui bon il faut que j’avoue que je n’étais pas à l’aéroport de Washington… mais à celui de Baltimore… …

….

nan mais ça c’était prévu au programme, c’était juste pour vous faire peur ;) En effet, il n’y avait pas d’avion qui volait à un prix décent pour Washington International (Dulles, IAD) aujourd’hui, et donc j’ai dû me résoudre à attérir à Baltimore Washington International (BWI) qui n’est pas si loin que ça de Washington, de toutes les manières. Une fois attérie, j’ai attendu une « shuttle » pendant 30 minutes, et puis j’ai eu droit à une petite visite de Washington DC, puisque la shuttle est un taxi communautaire, c’est-à-dire qu’il y a plusieurs personnes qui vont à peu près au même endroit qui se partagent un petit bus qui nous conduit chacun notre tour là où on veut aller. Notre conducteur, que je qualifierais de « reckless » (dangereux?), a réussi à conduire une bonne cinquantaine de kilomètres sur l’autoroute et dans tout Washington (magnifique!) en parlant au téléphone en Congolais ou Sénégalais en jouant en même temps non-stop avec son petit guide satellite (GPS?) ET en vérifiant en même temps ses information sur ses multiples cartes en papier! Sont forts, les chauffeurs de taxis de la côte Est! Pour nous donner des arrêts cardiaques.

Bref… je suis arrivée vivante mais un tantinet sur les rotules à mon hôtel, dans une chambre froide frigorifiée (je suis allée vérifier qu’ils n’y gardaient pas les cadavres des anciens clients dans les placards)… et j’ai décidé de me bouger un peu le popotin avant de m’affaler devant la télé. Je suis donc descendue au bar… tadam tadam… (ah, on comprend maintenant mieux le titre de ce post ;) )… et là, je me suis retrouvée absolument et entièrement SEULE face à un charmant barman qui s’ennuyait ferme dans son bar vide et avec qui j’ai fait la causette pendant deux heures (en tête-à-tête, encore un!), devant un délicieux sandwich au crabe cake descendu sans problème grâce à une excellente bouteille de porto. Miss lulu se dévergonde! Le chauffeur de taxi avait raison, y’a plus d’jeunesse! On a parlé d’études, de choses à visiter, de boulot, d’Atlanta et de son nouvel acquarium (il vient de Marietta) (allez voir sur le blot de Sébastien si vous voulez savoir de quoi je cause), de sécurité sociale, de Wal-Mart, et de tas d’autres choses fort sympatiques… et nous avons fini…

… mais non, pas au lit quand même!!!! Skeu vous avez une mauvaise opinion de moi, c’est fou ça!! Non, nous avons fini par nous dire bonne nuit parce que je tombais de sommeil en nous promettant quand même de nous revoir samedi prochain pour le nouvel an, puisqu’il travaillera au bar ce soir-là et que ce sera mon dernier soir ici.

Deubleu debleu skeu j’suis crevée! Si c’est tous les jours comme ça la vie à Washington, c’est pas pour moi, j’aurais des cheveux blancs après deux semaines seulement d’une vie aussi trépiente que ça! Vive mes chatounes et mon p’tit champ de maïs ennuyeux comme tout, finalement ;)

Cliquez sur la fenêtre! Ben oui, en l’honneur de mon départ de ce matin, et comme j’aime les surprises, voilà un calendrier de… l’Après? Disons en tous les cas un petit souvenir de Noël, très spécial, et que je suis sûre que vous aimerez. C’est peut-être pour ça qu’il n’y a plus de porte vers Noël mais une fenêtre vers le futur…

Noël

Noël… Neige sur la province.
Dans les foyers pleins de tendresse,
Un sentiment conserve
Les sentiments passés.

Coeur qui s’oppose au monde entier,
Quelle vérité, la famille !
Profonde est ma pensée,
C’est pourquoi j’ai de la saudade.

Et comme elle est blanche de charme
La vue du paysage que j’ignore,
Telle qu’elle se montre dans la vitre
De ce foyer que je n’aurai jamais.

Fernando PESSOA, Traduction de Patrick Quillier

Je quitte donc aujourd’hui mon champ de maïs… jusqu’au premier de l’an (mon avion de retour part à 8 heures du matin le premier, aïe aïe aïe!). Pour deviner où je vais, je crois qu’il suffira d’un seul mot: buisson! J’y achèterai cinq cartes postales que j’enverrai aux cinq premiers qui m’enverront, par email, la bonne réponses :) J’y vais pour une conférence, un entretien d’embauche, et y retrouver ma tante et fêter avec elle un anniversaire très important: mes dix ans, le 26 décembre, jour pour jour, de ma vie aux Etats Unis. Eh oui, il y a dix ans de ça exactement, j’arrivais avec ma tante à Los Angeles… et nous avons passé le Nouvel An à San Diego… avant d’aller m’installer dans ma petite chambre de dortoire en Utah. Dix ans! Je ne m’en souviens presque plus. C’est comme si j’avais toujours habité ici. Quand on me demande « are you going HOME for the holidays? » j’ai envie de répondre « mais je SUIS ici chez moi! » Je peux aller en visite en France ou en Suisse, mais chez moi c’est ici, dans mon champ de maïs, avec mes chatounes. Je peux rêver de bouffe française, de paysages suisses, de culture, de musées, de la langue de Molière… mais je finis toujours par penser et rêver en anglais, par aimer ma petite vie ici, mes habitudes, ma joie de tourner à droite quand le feu est rouge, les parkings handicapés partout, le respect qu’on donne à ma recherche, ma facilité à enseigner de la façon « américaine » à mes élèves, les restaurants et magasins toujours ouverts… Je suis ici chez moi. Dix ans, presqu’un tier de ma vie!

J’emporte mon ordinateur avec moi, mon appareil photo, et le BON cordon pour les photos! Et aussi mon adaptateur! Alors je pourrai continuer de blogger, addicte que je suis… mais comme je l’ai dit lors du premier jour de mon calendrier, ce blog va respirer un peu. Pas s’arrêter, mais respirer. Parce que de finir ma recherche et ma thèse pour août, c’est beaucoup, beaucoup, beaucoup trop de travail si en plus on raconte ses histoires de champ de maïs à plein temps! Mais pas d’inquiétudes, ce blog n’est pas prêt de fermer!

Je vous laisse mes chatounes à garder. Prennez-en bien soin s’il-vous-plaît! Ne faites pas courir Sosso, qui doit reposer sa guibole, et si vous voyez qu’elle boite, donnez-lui une petite tappe sur la hanche arrière-gauche pour rentrer l’articulation… et faites bien attention que Calinette mange sa part de croquette. Quand je ne suis pas là, elle ne mange presque pas et Sosso mange sa part… Et puis faites-leur des gros calins très souvent, elles en manqueront. Changez l’eau de leur bol tous les jours et nettoyez les litières tous les deux jours. Je suis trop triste de les quitter, mes chatounes, mes crapules adorées, ma p’tite poupée (Sosso) et ma grande princesse (Calinette).

La fenêtre a été offerte par Elvira.

La porte pour le royaume de Noël vous attend, elle est ouverte pour vous tout en grand! Allez, ne soyez pas triste, c’est la dernière mais c’est NOEL :) Et cliquez aussi ici pour voir la porte en plus grand, ça en vaut le détour!!

Voyons, d’où vient le verbe ? Et d’où viennent les langues ?

Voyons, d’où vient le verbe ? Et d’où viennent les langues ?
De qui tiens-tu les mots dont tu fais tes harangues ?
Écriture, Alphabet, d’où tout cela vient-il ?
Réponds.

Platon voit l’I sortir de l’air subtil ;
Messène emprunte l’M aux boucliers du Mède ;
La grue offre en volant l’Y à Palamède ;
Entre les dents du chien Perse voit grincer l’R ;
Le Z à Prométhée apparaît dans l’éclair ;
L’O, c’est l’éternité, serpent qui mord sa queue ;
L’S et l’F et le G sont dans la voûte bleue,
Des nuages confus gestes aériens ;
Querelle à ce sujet chez les grammairiens :
Le D, c’est le triangle où Dieu pour Job se lève ;
Le T, croix sombre, effare Ézéchiel en rêve ;
Soit ; crois-tu le problème éclairci maintenant ?
Triptolème, a-t-il fait tomber, en moissonnant,
Les mots avec les blés au tranchant de sa serpe ?
Le grec est-il éclos sur les lèvres d’Euterpe ?
L’hébreu vient-il d’Adam ? le celte d’Irmensul ?
Dispute, si tu veux ! Le certain, c’est que nul
Ne connaît le maçon qui posa sur le vide,
Dans la direction de l’idéal splendide,
Les lettres de l’antique alphabet, ces degrés
Par où l’esprit humain monte aux sommets sacrés,
Ces vingt-cinq marches d’or de l’escalier Pensée.

Eh bien, juge à présent. Pauvre argile insensée,
Homme, ombre, tu n’as point ton explication ;
L’homme pour l’oeil humain n’est qu’une vision ;
Quand tu veux remonter de ta langue à ton âme,
Savoir comment ce bruit se lie à cette gamme,
Néant. Ton propre fil en toi-même est rompu.
En toi, dans ton cerveau, tu n’as pas encor pu
Ouvrir ta propre énigme et ta propre fenêtre,
Tu ne te connais pas, et tu veux le connaître,
LUI ! Voyant sans regard, triste magicien,
Tu ne sais pas ton verbe et veux savoir le sien !

* Victor Hugo: Voyons, d’où vient le verbe ? Et d’où viennent les langues ?

PS. Je suis allée manger indien à midi, mon petit cadeau à moi-même… et j’étais entourée de toute la population indienne de Lafayette, c’était très drôle. Et comme les serveurs étaient tous hispaniques, j’étais la seule du restaurant à avoir l’air bien pâle, huhuh ;)

PPS. Calinette est comme moi quand elle est angoissée et triste: de mauvaise humeur! Ca fait quelques jours qu’elle sent que je vais partir et elle hésite entre une humeur triste et caline et une humeur boudeuse et méchante. J’essaye de la rassurer, ma p’tite Calinette chérie, mais je sais qu’elle ne mange rien quand je suis absente. Et à mon retour, elle est toujours hyper caline, comme pour me dire « tu vois, je suis gentille, s’il-te-plaît ne pars plus jamais, je serai toujours gentille! » Ca me brise le coeur. Heureusement que je ne serai pas partie pour plusieurs semaines, comme l’année dernière!

PPPS. Je suis trop naze, je retourne me coucher! Bonne journée de Noël à tous… et n’oubliez pas d’aller faire un tour sur ma dernière porte :) Merci de vos visites sur ce calendrier, ça a été une super expérience! Et… à demain pour un retour aux nouvelles ordinaires du blog de miss lulu dans son champ de maïs!

Le site d’origine de la porte se trouve ici.

Cliquez sur la porte pour entrer. Mais comme hier, n’oubliez pas de mettre votre manteau d’hiver et vos gants… et une carotte, aussi. Conseil d’amie ;)

La frégate La sérieuse

Qu’elle était belle, ma Frégate,
Lorsqu’elle voguait dans le vent !
Elle avait, au soleil levant,
Toutes les couleurs de l’agate ;
Ses voiles luisaient le matin
Comme des ballons de satin ;
Sa quille mince, longue et plate,
Portait deux bandes d’écarlate
Sur vingt-quatre canons cachés ;
Ses mâts, en arrière penchés,
Paraissaient à demi couchés.
Dix fois plus vive qu’un pirate,
En cent jours du Havre à Surate
Elle nous emporta souvent.
- Qu’elle était belle, ma Frégate,
Lorsqu’elle voguait dans le vent !

[...]

* Alfred de Vigny: La frégate La sérieuse

PS. Pour tous ceux qui seraient trop occupés pour venir par ici demain, je souhaite un JOYEUX NOEL! Mais la dernière porte s’ouvrira demain, la plus grande, la plus belle, la vraie porte de Noël. Alors… à demain :) (Moi je retourne à mes statistiques, en attendant!).

PPS. Ceux qui voudraient connaitre mon état d’esprit du moment, c’est en anglais et par là

Foi : VINGT-QUATRE heures de doute… mais une minute d’espérance.
Georges Bernanos

Le site d’origine de la porte se trouve ici.

Cliquez sur la porte pour… heu… sortir… mais n’oubliez pas de mettre votre manteau d’hiver et vos gants, conseil d’amie ;)

Puisque les Ronsard et autres Hugo ont abandonné la partie avant d’arriver à vingt-trois, il faut bien que les poètes modernes reprennent le flambeau et se chargent de me trouver des jolis poèmes pour mon calendrier. Alors après Brassens, un excellent intermédiaire entre la vieille et la nouvelle école, on retrouve Vincent Delerm, que plein de gens n’aiment pas mais moi si quand même un peu. Cette chanson n’est pas ma préférée, mais ma préférée n’avait pas vingt-trois dedans, alors on fait ce qu’on peut avec ce qu’on a mes braves gens :) Ce qui est cool, par contre, c’est qu’on peut l’entendre pour de vrai ici, cette chanson.

L’appartement

Dans cet appartement, 23 rue Saint-Vivien
Tu viens de passer trois ans et tu t’en vas demain
Y a des traces de punaises partout dans le papier peint
Un carton sur une chaise, quatorze piles de bouquins
Tu t’endors les yeux ouverts sur le parquet désert.

Dans cet appartement, 23 rue Saint-Vivien
Trois joyeux anniversaires, une seule Saint-Valentin
Le chauffage qui déconne et la douche explosée
Répondeur, interphone, vous êtes bien chez Daphnée
La cuisine inondée, la voisine désolée.

Et puis aussi un soir d’avril il y a deux ans
Au milieu du couloir toute seule avec Alban
T’as parlé avec lui
Pendant quatorze minuteries.

Dans cet appartement, 23 rue Saint-Vivien
Y a des soirées qui traînent à trois heures du matin
C’est la sauce bolognaise en plein sur la moquette
La fumée des anglaises et la fenêtre ouverte
Une voix qui a demandé : « Est-ce que quelqu’un peut me ramener ? »

C’est Simon qui répare pour la quatrième fois
L’hallogène trouvé un soir dans les poubelles d’habitats
C’est Gwenaëlle qui squatte huit jours le canapé
Un problème d’ouvre-boîte et un double des clés
Des amis inséparables qui se sont séparés.

Et puis aussi un soir avec du martini-gin
T’as avalé pour voir toute la boîte d’aspirines
23, rue Saint-Vivien
Ca n’allait pas si bien.

Toutes les lampes allumées à cinq heures en hiver
L’auto-collant Nestlé en haut du frigidaire
Le mercredi passé sans un projet spécial
Les dessins animés, l’Assemblée Nationale
Descendre un peu plus tard s’il s’arrête de pleuvoir

Devant l’appartement, 23 rue Saint-Vivien
Peut-être que dans trois ans tu passeras avec quelqu’un

Et derrière ton visage tout ce qui ne se dit pas
Les histoires, les images que tu gardes pour toi
Une soirée de juin
23, rue Saint-Vivien.

Dans cet appartement, 23 rue Saint-Vivien
Tu viens de passer trois ans et tu t’en vas demain…

* Vincent Delerme: L’appartement

PS. Merci mille fois à La Miss pour un joli CD de musique que j’adore: les concertos pour piano de Bach. Parfait pour Noël! Y’a pas à dire, j’ai des super copines :)

PPS. On va opérer Sosso au début de l’année :( J’ai vraiment plus envie de partir, là, parce que j’ai peur que quelque chose lui arrive pendant que je suis absente…

PPPS. J’ai commencé à écrire mon quatrième chapitre… Ben mes enfants, je suis pas au bout de mes peines! C’est l’ENFER INTEGRAL! Ma détermination de finir mon doctorat cet été s’en trouve fort ébranlée!

PPPPS. Un blog qui m’était cher est mort… je déteste la mort des blogs que j’aime, ça me fiche le caffard! Comme quand des visiteurs que j’aime ne viennent plus… et on les oublie… ils nous oublient… et c’est comme si notre « rencontre » n’avait jamais existé… Les boules!

Le site d’origine de la porte se trouve ici, chez notre ami Sale bête qui a fait des superbes photos des tempêtes de l’hiver dernier (entre autres!).

Poussez tout doucement la porte… tout doucement…

Le vingt deux septembre

Un vingt et deux septembre au diable vous partites,
Et, depuis, chaque année, à la date susdite,
Je mouillais mon mouchoir en souvenir de vous…
Or, nous y revoilà, mais je reste de pierre,
Plus une seule larme à me mettre aux paupières :
Le vingt et deux septembre, aujourd’hui, je m’en fous.

On ne reverra plus, au temps des feuilles mortes,
Cette âme en peine qui me ressemble et qui porte
Le deuil de chaque feuille en souvenir de vous…
Que le brave Prévert et ses escargots veuillent
Bien se passer de moi et pour enterrer les feuilles :
Le vingt-e-deux septembre, aujourd’hui, je m’en fous.

Jadis, ouvrant mes bras comme une paire d’ailes,
Je montais jusqu’au ciel pour suivre l’hirondelle
Et me rompais les os en souvenir de vous…
Le complexe d’Icare à présent m’abandonne,
L’hirondelle en partant ne fera plus l’automne :
Le vingt et deux septembre, aujourd’hui, je m’en fous.

Pieusement nous d’un bout de vos dentelles,
J’avais, sur ma fenêtre, un bouquet d’immortelles
Que j’arrosais de pleurs en souvenir de vous…
Je m’en vais les offrir au premier mort qui passe,
Les regrets éternels à présent me dépassent :
Le vingt et deux septembre, aujourd’hui, je m’en fous.

Désormais, le petit bout de cœur qui me reste
Ne traversera plus l’équinoxe funeste
En battant la breloque en souvenir de vous…
Il a craché sa flamme et ses cendres s’éteignent,
A peine y pourrait-on rôtir quatre châtaignes :
Le vingt et deux septembre, aujourd’hui, je m’en fous.

Et c’est triste de n’être plus triste sans vous

* George Brassens: Le vingt deux septembre

PS. Vais-je avoir le courage de sortir de mon lit demain?

PPS. J’ai des champignons, des courgettes, un poireau, de l’emmental, plein de lait, de la crème liquide, des pâtes, des canneberges sèches, du beurre, du pain, deux oignons, et des bananes. Que puis-je faire de tout ça?

PPPS. J’ai reçu un très joli sous-tif noir hier, de quelqu’un que j’aime beaucoup et qui se reconnaitra. Merci mille fois :) (je voudrais bien le montrer à mes lecteurs adorés (ça plairait sûrement plus que mon calendrier), mais j’essaye de trouver un boulot ces jours-ci alors c’est pas le moment d’exhiber mes nibards sur mon blog, hehe!

PPPPS. J’ai commandé des timbres très spéciaux… avec mes chatounes dessus! Eh oui, on peut faire ça ici, c’est trop cool, et avec n’importe quelle photo! Ce sont des timbres normaux, sauf qu’on fait sa propre image dessus. C’est la première fois que j’essaye… et tout ça par internet bien sûr. Pour ceux qui habitent aux Etats Unis et qui voudraient essayer, c’est par ici. En plus, pour ceux qui ont un mac, pour une fois, il y a un petit programme spécial qui s’intègre à iPhoto delicieusement bien! Génial! Je vous dirai ce que ça donne quand j’aurai reçu les timbres.

PPPPPS. Sosso boitille toujours de temps en temps. C’est douloureux à voir. Elle continue de sauter et courir quand son genou n’est pas déboîté et bien sûr c’est super mauvais pour elle mais je n’arrive pas à l’arrêter. Ce soir, je me suis fait des chataignes au four, et la Sosso a passé la soirée à courir après les épluchures de chataignes grillées dans toute la maison… Si ça empire, il va falloir l’opérer. Et je pars dans quatre jours… merde!

PPPPPPS. Il parait que je dois beaucoup écrire pour que ceux qui sont coincés au boulot en ces jours difficiles où beaucoup de gens sont en vacances ne s’ennuyent pas trop. Bon… que puis-je vous raconter? Ca fait quelques jours que je passe de fâchée à ennervée à fâchée à déprimée à ennervée à fâchée… en plus ça me fâche d’être fâchée… Heureusement que de recevoir des cadeaux, de parler avec des gens qu’on aime, et de faire de la cuisine ça change les idées, surtout quand on en fiche partout dans la cuisine, qu’on se brûle, et que la pile de vaisselle sale s’accumule aussi vite que les réserves de glace à la pistache diminuent! Les chats ne savent pas encore faire la vaisselles, c’est tragique!

… C’était les tangiversions pseudo-philosophiques de miss lulu à ses heures creuses… à vous les studios.

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Allez-y, cliquez sur la porte pour entrer… mais je vous préviens, le texte d’aujourd’hui est… heu… différent de ce à quoi nous sommes habitués… mais ça fait du bien de temps en temps :)

*Scott Adams Moi je penche plutôt pour l’affirmative, malheureusement!

Et comme le ouèb n’était pas assez intelligent pour me trouver un poème ni trop long ni trop macabre et tout fait avec vingt et un dedans, je vous offre, en première mondiale, un très joli poème écrit par quelqu’un qui visite ce blog depuis quelque temps, Djinn.

Vingt et un
Ce jour béni
Ou l’on devenait un
Ou l’on avait le droit
Ou l’on obtenait le pouvoir
Vingt et un
Depuis combien de temps
Les attendaient-on?
Enfin..on était grands
Enfin..on pouvait décider
Manger à 7 et demi ou 8 moins le quart
Prendre la porte et ne jamais revenir
Prendre part à la conversation
Dire ses idées ses envies
Ne pas avouer ses fautes
Deja!! Devenir grands
Sans avoir été préparés
Vingt et un…
Etre précipités
Passer des langes à la lumière
Et si souvent s’y brûler.

Merci Djinn :)

PS. Alors, la glace à la noix de Mijo est délicieuse. J’avais oublié de mettre la crème alors ça ne prennait pas et c’était trop sucré, surtout que je n’avais pas trouvé de lait concentré non sucré. Mais bon, j’ai rajouté la crème, et c’est délicieux. Je conseille la recette (très facile) à toute personne qui aime les noix, et je pense que cette glace serait parfaite avec une compote de pommes tiède (pas trop chaude parce que la glace fond vite). Dé-li-cieux!

PPS. J’ai aussi essayé de faire des endives au jambon… mais ma bechamelle s’était « séparée » pendant la cuisson au four, avec le beurre fondu sur le dessus et le reste (blanc) dessous. Quand même très bon mais bizarre. Je me suis super brûlé le doigt en essayant d’enlever le beurre avec une cuillère… Et en plus, ma bouteille de lait s’était renversée par terre au moment où je commençais ma bechamelle! Heureusement que les chatounes venaient de finir de manger et ne traînaient donc pas dans la cuisine… C’est pas miss lulu aujourd’hui, c’est miss catastrophes!

PPPS. A part ça, j’ai rien fichu de la journée. Dieu que ça fait du bien. Je retourne à mes DVD (Nip / Tuck, con et sanglant mais très distrayant), bonne journée les amis :)

PPPPS. J’ai lancé quelques invitations, mais si quelqu’un veut participer à mon calendrier le 22 ou le 23, qu’il le fasse savoir, la porte est encore peut-être ouverte.

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A vingt ans

À vingt ans on a l’oeil difficile et très fier :
On ne regarde pas la première venue,
Mais la plus belle ! Et, plein d’une extase ingénue,
On prend pour de l’amour le désir né d’hier.

Plus tard, quand on a fait l’apprentissage amer,
Le prestige insolent des grands yeux diminue,
Et d’autres, d’une grâce autrefois méconnue,
Révèlent un trésor plus intime et plus cher.

Mais on ne fait jamais que changer d’infortune :
À l’âge où l’on croyait n’en pouvoir aimer qu’une,
C’est par elle déjà qu’on apprit à souffrir ;

Puis, quand on reconnaît que plus d’une est charmante,
On sent qu’il est trop tard pour choisir une amante
Et que le coeur n’a plus la force de s’ouvrir.

*René-François Sully Prudhomme: A vingt ans

PS. Sosso s’est déchiré le ligament latéral externe! Alors son genou (?) ne tient pas bien en place et se déboîte de temps en temps, pauvre petiote. La vétérinaire a dû l’endormir pour pouvoir l’examiner tellement elle avait mal et se débattait! Après l’examen et tout, on pouvait rentrer à la maison, mais je suis restée chez le vétérinaire encore une bonne heure avec ma p’tite Sosso sur les genoux jusqu’à ce qu’elle soit bien réveillée, parce que je ne voulais pas la secouer jusqu’à la maison (emballée dans un de mes pyjamas parce qu’il faisait un méchant -15 C!) et puis je savais que Calinette allait lui sauter dessus (Sosso sent « le vétérinaire » et ça, Calinette déteste alors elle est très méchante avec Sosso à son retour) et je voulais qu’elle soit en état de se défendre. On ne peut rien faire qu’attendre que ça aille mieux tout seul, en essayant que Sosso ne saute pas partout (hum, on peut toujours essayer…), et si ça ne guérit pas tout seul, il faudra l’opérer :( Pauv’ choutte, ça me fait tellement de peine de la voir boitiller comme ça…

PPS. J’ai envoyé des tas de cartes de voeux avec dessus des timbres ultra chers… huhuh… c’était les timbres que j’avais achetés pour ma recherche et qui m’ont été renvoyés par les écoles qui ne les ont pas utilisés. Mes cartes de voeux valent de l’or ;)

PPPS. En bonne consommatrice que je suis, je me suis acheté au moins: de quoi faire de la glace à la noix (qui est dans le congélateur, je vous en dirai des nouvelles demain), de quoi faire des quiches, des gâteaux, des biscuits, des cheese-fries, des gratins d’endives au jambon et d’aubergines à la mozarella, et une bonne soupe, et aussi de la glace à la pistache, à la mangue, au chocolat blanc / framboises, du pain, du lait, du fromage de chèvre… et j’en passe!

PPPPS. Mon champ de maïs serait-il en train de devenir civilisé?? J’ai aujourd’hui trouvé dans mon magasin du sucre bio et de l’huile de canola (colza?) bio!! Bon, pas encore de l’huile d’olive, de pain, ou de beurre bio, mais quand même, là j’étais sur le cul! Je parie que le jour où je quitterai ce bled va s’ouvrir un super restau japonais et un Whole Foods! Ouaip, ça m’avait déjà fait le coup en Utah…

PPPPS. Et parce que tout n’est pas toujours rose dans ce monde, même à Noël, un deuxième joli poème mis en musique:

Nuit et Brouillard

Ils étaient vingt et cent, ils étaient des milliers
Nus et maigres, tremblants, dans ces wagons plombés
Qui déchiraient la nuit de leurs ongles battants
Ils étaient des milliers, ils étaient vingt et cent

Ils se croyaient des hommes, n’étaient plus que des nombres
Depuis longtemps leurs dés avaient été jetés
Dès que la main retombe il ne reste qu’une ombre
Ils ne devaient jamais plus revoir un été

La fuite monotone et sans hâte du temps
Survivre encore un jour, une heure, obstinément
Combien de tours de roues, d’arrêts et de départs
Qui n’en finissent pas de distiller l’espoir

Ils s’appelaient Jean-Pierre, Natacha ou Samuel
Certains priaient Jésus, Jéhovah ou Vichnou
D’autres ne priaient pas, mais qu’importe le ciel
Ils voulaient simplement ne plus vivre à genoux

Ils n’arrivaient pas tous à la fin du voyage
Ceux qui sont revenus peuvent-ils être heureux
Ils essaient d’oublier, étonnés qu’à leur âge
Les veines de leurs bras soient devenues si bleues

Les Allemands guettaient du haut des miradors
La lune se taisait comme vous vous taisiez
En regardant au loin, en regardant dehors
Votre chair était tendre à leurs chiens policiers

On me dit à présent que ces mots n’ont plus cours
Qu’il vaut mieux ne chanter que des chansons d’amour
Que le sang sèche vite en entrant dans l’histoire
Et qu’il ne sert à rien de prendre une guitare

Mais qui donc est de taille à pouvoir m’arrêter ?
L’ombre s’est faite humaine, aujourd’hui c’est l’été
Je twisterais les mots s’il fallait les twister
Pour qu’un jour les enfants sachent qui vous étiez

Vous étiez vingt et cent, vous étiez des milliers
Nus et maigres, tremblants, dans ces wagons plombés
Qui déchiriez la nuit de vos ongles battants
Vous étiez des milliers, vous étiez vingt et cent

Jean Ferrat

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Vingt-quatre heures l’été

Dix-neuf heures
On ne cherche plus, on est
là, on écoute le vent,
son bruit de mer dans les feuilles
ou dans l’enfance. Le corps
va rentrer dans la douceur
de ce qui trouve un nom.
Entre le jour, son envers
il y a comme une fissure,
aux vitres comme des flammes
qui ne brûlent plus. Les mains
reviennent vers les objets,
les visages vers leur image.
Le souffle de l’éphémère
à sept heures tisse les
ombres, les détisse. Un peu
de cendre se mêle au bleu,
au présent un peu d’oubli.
Le soir ressemble à de l’eau:
on l’attend, on ne le voit pas.

Vingt heures
Que l’on compte huit ou vingt
on comprend que la lumière
est en sursis. Maintenant
dedans et dehors échangent
leurs privilèges. On habite
également dans les feuilles,
et dans les murs. D’un espace
à l’autre courent les fils
d’un impalpable réseau.
Les portes n’arrêtent plus
l’allée-et-venue des corps.
La lancette des grillons
larde la lueur des chambres
où pérorent les speakers.
Il faut revenir au ciel
qui est ce qu’on a de mieux
en matière de spectacle:
le rose traverse le bleu
l’ombre le clair, le clair l’ombre.
C’est l’heure de l’intermède.

Vingt-et-une heures
Quand le jour cherche à durer
la douceur de l’air revient
tout effacer. On oublie
le temps. Les arbres se prennent
à l’encre de leurs branches.
A l’intérieur des voix parlent
mais comme éteintes. Le ciel
devient trop proche: une braise
entre les feuilles. On ne sait
plus ce qui vient ou s’en va.
Chaque chose se retire
dans son ombre, disparaît.
L’instant est une lueur.
On reste dans sa clarté
avec juste ce qu’il faut
de corps pour ne pas se perdre.
Ce qu’on regarde, on l’oublie.
La bouche s’ouvre, se ferme.
Le compte n’y est plus. Peu
à peu on s’abandonne aux
délices de l’entre-deux.

Vingt-deux heures
Dix heures. Les chiens aboient
comme si on entendait
l’envers brutal du silence.
Comme si montaient de la terre
une violence de voix
acharnée à mettre en pièces,
le calme à peine conquis
de la nuit. De temps à autre
ils se taisent et c’est, sans fin,
un clignotement muet,
un bourdonnement de bouches,
quelque chose comme des
lèvres entrouvertes, des mots
sans suite qui s’éparpillent
Et puis les cris recommencent.
Ils disent l’heure des dents,
le noir qui s’est mis à luire,
une obscure transaction
de racines et de ténèbres,
l’invisible connivence
de l’étoile et du charbon.

* Jacques Ancet: Vingt-quatre heures l’été

PS. J’ai un peu changé l’apparance de ce blog… qu’en pensez-vous?

PPS. Je vais aller braver la foule en délire pour essayer de trouver du pain, du lait, de quoi vivre encore quelques jours avant mon départ pour, pour… un endroit secret (pas l’Europe, hélas!), et surtout, des noix! Ben oui, j’ai envie d’essayer de faire moi-même toute seule comme une grande de la glace à la noix! Je vous en reparlerai plus tard :)

PPPS. Je fiche plus rien en ce moment… petite déprime d’avoir à passer Noël seule ici… avec en plus une blogosphère très largement en vacances… Heureusement qu’il y a mes chatounes, et puis la glace à la noix… et peut-être d’autres délices, va falloir que je me gâte, hehe ;) Z’auriez pas des idées de trucs bons, faciles à faire, mais quand même un peu « exotics » ou exceptionels (pas des escargots ni des huîtres, siouplait)?

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Cliquez sur la porte pour l’ouvrir. Cliquez fort, elle est lourde celle-là!

Scrupule

Je veux lui dire quelque chose,
Je ne peux pas ;
Le mot dirait plus que je n’ose,
Même tout bas.

D’où vient que je suis plus timide
Que je n’étais ?
Il faut parler, je m’y décide…
Et je me tais.

Les aveux m’ont paru moins graves
A dix-huit ans ;
Mes lèvres ne sont plus si braves
Depuis longtemps.

J’ai peur, en sentant que je l’aime,
De mal sentir ;
Dans mes yeux une larme même
Pourrait mentir,

Car j’aurais beau l’y laisser naître
De bonne foi,
C’est quelque ancien amour peut-être
Qui pleure en moi.

*René-François Sully Prudhomme: Scrupule

PS. Sosso s’est cassé la patte ou quelque chose. Ca fait une semaine qu’elle a l’air de souffrir de sa patte arrière gauche, la pauvrette. On va aller chez le docteur lundi. Quelle mère indigne je dois être, pour que mes chatounes soient toujours mal en point comme ça…

PPS. Y’aurait pas quelqu’un qui chercherait une prof d’anglais, par hasard?

PPPS. J’ai essayé d’aller faire des courses (pain, lait, etc.) hier après-midi… ben avec la circulation merdique qu’il y avait (première fois que je vois ça dans mon champ de maïs, parce que pour qu’il y ait des encombrements sur les routes à quatre voies, faut y’aller! Vous auriez dû voir la queue sans fin de voitures qui essayaient d’aller à la poste, huhuh, toute l’artère principale de la banlieue principale de Lafayette (bien deux kilomètres) était bouchée à cause de ça! Et dans tous les sens, parce que bien sûr les gens continue d’avancer et tournent, même s’ils vont se faire coincer au milieu des intersections. Z’ont dû trop bouffer de maïs transgénique par ici!) j’ai laissé tomber! Je suis rentrée chez moi et j’ai bouffé des pâtes… comme d’hab… sauf que là, ma zia m’avait envoyé du délicieux parmesan, alors c’est beaucoup mieux passé :) Je sens que je vais hiberner quelques jours et aller faire les courses pour mes cadeaux APRES Noël, moi!

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Cliquez sur l’anta pour l’aprire… mais en fait non, ne cliquez pas, le petit lutin d’aujourd’hui n’est pas encore arrivé… Mais j’espère qu’il sera passé à mon reveil, sinon… ben… la surprise d’aujourd’hui sera qu’il n’y a pas de surprise… mais il y a encore de l’espoir, revenez dans quelques heures :) Faut bien qu’il y ait un peu de suspens dans ce calendrier parfois, non? C’est bon, le lutin est passé, allez-y, ça en vaut la peine :)

Roman

I

On n’est pas sérieux, quand on a dix-sept ans.
- Un beau soir, foin des bocks et de la limonade,
Des cafés tapageurs aux lustres éclatants !
- On va sous les tilleuls verts de la promenade.

Les tilleuls sentent bon dans les bons soirs de juin !
L’air est parfois si doux, qu’on ferme la paupière ;
Le vent chargé de bruits – la ville n’est pas loin -
A des parfums de vigne et des parfums de bière…

II

- Voilà qu’on aperçoit un tout petit chiffon
D’azur sombre, encadré d’une petite branche,
Piqué d’une mauvaise étoile, qui se fond
Avec de doux frissons, petite et toute blanche…

Nuit de juin ! Dix-sept ans ! – On se laisse griser.
La sève est du champagne et vous monte à la tête…
On divague ; on se sent aux lèvres un baiser
Qui palpite là, comme une petite bête…

III

Le coeur fou robinsonne à travers les romans,
- Lorsque, dans la clarté d’un pâle réverbère,
Passe une demoiselle aux petits airs charmants,
Sous l’ombre du faux col effrayant de son père…

Et, comme elle vous trouve immensément naïf,
Tout en faisant trotter ses petites bottines,
Elle se tourne, alerte et d’un mouvement vif…
- Sur vos lèvres alors meurent les cavatines…

IV

Vous êtes amoureux. Loué jusqu’au mois d’août.
Vous êtes amoureux. – Vos sonnets La font rire.
Tous vos amis s’en vont, vous êtes mauvais goût.
- Puis l’adorée, un soir, a daigné vous écrire !…

- Ce soir-là…, – vous rentrez aux cafés éclatants,
Vous demandez des bocks ou de la limonade…
- On n’est pas sérieux, quand on a dix-sept ans
Et qu’on a des tilleuls verts sur la promenade.

*Arthur Rimbaud: Roman

PS. Ce soir, je suis allée dans le SEUL endroit des Etats Unis où il ne passe pas de musique de Noël, le restaurant Outback, parce que je n’en peux plus de cette musique sucrée et ringarde et casse-pieds, qui passe dans tous les magasins, les restaurants, à la radio, partout, partout, partout. Et je croyais enfin avoir la paix le temps d’une assiette de cheese fries et d’une salade… mais à la table juste à côté de moi se sont assises quatre jeunes femmes qui faisaient partie d’une chorale et qui se sont exercées pendant tout mon repas à chanter leurs chants de Noël! Ironie, quand tu nous tiens…

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Click on the door to open ze picture… errrr… the picture to open ze door… well really, if you think about it, you need to click on the door to open the window. This is ridiculous! Whoever invented this game was crazy!

La coccinelle

Elle me dit : Quelque chose
Me tourmente. Et j’aperçus
Son cou de neige, et, dessus,
Un petit insecte rose.

J’aurais dû – mais, sage ou fou,
A seize ans on est farouche,
Voir le baiser sur sa bouche
Plus que l’insecte à son cou.

On eût dit un coquillage ;
Dos rose et taché de noir.
Les fauvettes pour nous voir
Se penchaient dans le feuillage.

Sa bouche franche était là :
Je me courbai sur la belle,
Et je pris la coccinelle ;
Mais le baiser s’envola.

- Fils, apprends comme on me nomme,
Dit l’insecte du ciel bleu,
Les bêtes sont au bon Dieu,
Mais la bêtise est à l’homme.

*Victor Hugo: Coccinelle

PS. Dieu que les vacances font du bien!

PPS. Merci à ma zia pour le super cadeau pour les chatounes :)

PPPS. Je suis sûre que c’est l’anniversaire de quelqu’un aujourd’hui, alors joyeux anniversaire :)

PPPPS. Je perds la boule mais c’est pas grave…

PPPPS. Je trouve qu’il est très, vraiment très difficile de travailler avec ça devant moi toute la journée (remarquez que ça a un petit patin rose et l’autre noir):

Le site d’origine de la porte se trouve… heu… j’ai perdu le lien :( Si quelqu’un le retrouve, merci de me le passer.

Pour compliquer un peu les choses: cliquez sur le nez et la porte s’ouvrira… ou en bon français: tirez la bobinette et la chevillette cherra! Tirez pas trop fort quand même, on sait jamais, c’est peut-être Moukmouk là-dessous ;)

Parce qu’il y en a marre de la neige et marre des jolis poèmes!

Ballade de merci

A Chartreux et à Célestins,
A Mendiants et à Dévotes,
A musards et claquepatins,
A servants et filles mignottes
Portants surcots et justes cottes,
A cuidereaux d’amour transis,
Chaussant sans méhaing fauves bottes,
Je crie à toutes gens mercis.

A fillettes montrant tétins,
Pour avoir plus largement hôtes,
A ribleurs, mouveurs de hutins
A bateleurs trayant marmottes,
A fous, folles, à sots, à sottes,
Qui s’en vont sifflant six à six
A vessies et mariottes,
Je crie à toutes gens mercis,

Sinon aux traîtres chiens mâtins
Qui m’ont fait ronger dures crôtes,
Mâcher maints soirs et maints matins,
Qu’ores je ne crains trois crottes.
Je fisse pour eux pets et rottes ;
Je ne puis, car je suis assis.
Au fort, pour éviter riottes,
Je crie à toutes gens mercis.

Qu’on leur froisse les quinze côtes
De gros maillets forts et massis,
De plombées et tels pelotes.
Je crie à toutes gens mercis.

*François Villon: Ballade de merci

(Je comprends pas le poème: il dit merci thank you, ou merci pitié? (oui je sais je suis nulle ne poésie française)). Et deux poèmes pour le prix d’un, parce que Villon m’a fait aimer la poésie française même si je la comprends pas toujours, et à cause de ce qui s’est passé aux Etats Unis lundi soir et ce soir… et qui continue de se passer…

L’Épitaphe de Villon ou  » Ballade des pendus  »

Frères humains, qui après nous vivez,
N’ayez les coeurs contre nous endurcis,
Car, si pitié de nous pauvres avez,
Dieu en aura plus tôt de vous mercis.
Vous nous voyez ci attachés, cinq, six :
Quant à la chair, que trop avons nourrie,
Elle est piéça dévorée et pourrie,
Et nous, les os, devenons cendre et poudre.
De notre mal personne ne s’en rie ;
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !

Se frères vous clamons, pas n’en devez
Avoir dédain, quoique fûmes occis
Par justice. Toutefois, vous savez
Que tous hommes n’ont pas bon sens rassis.
Excusez-nous, puisque sommes transis,
Envers le fils de la Vierge Marie,
Que sa grâce ne soit pour nous tarie,
Nous préservant de l’infernale foudre.
Nous sommes morts, âme ne nous harie,
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !

La pluie nous a débués et lavés,
Et le soleil desséchés et noircis.
Pies, corbeaux nous ont les yeux cavés,
Et arraché la barbe et les sourcils.
Jamais nul temps nous ne sommes assis
Puis çà, puis là, comme le vent varie,
A son plaisir sans cesser nous charrie,
Plus becquetés d’oiseaux que dés à coudre.
Ne soyez donc de notre confrérie ;
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !

Prince Jésus, qui sur tous a maistrie,
Garde qu’Enfer n’ait de nous seigneurie :
A lui n’ayons que faire ne que soudre.
Hommes, ici n’a point de moquerie ;
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !

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Heures

Aumône au malandrin en chasse
Mauvais oeil à l’oeil assassin !
Fer contre fer au spadassin !
- Mon âme n’est pas en état de grâce ! -

Je suis le fou de Pampelune,
J’ai peur du rire de la Lune,
Cafarde, avec son crêpe noir…
Horreur ! tout est donc sous un éteignoir.

J’entends comme un bruit de crécelle…
C’est la male heure qui m’appelle.
Dans le creux des nuits tombe : un glas… deux glas

J’ai compté plus de quatorze heures…
L’heure est une larme – Tu pleures,
Mon coeur !… Chante encor, va – Ne compte pas.

*Tristan de Corbière: Heures

PS. Mon entretien s’est passé… bien… je ne sais pas, en fait, c’était difficile de savoir. Les gens (cinq personnes) étaient sympas et les questions pas trop difficiles, mais comme d’habitude je cause je cause je cause, j’ai essayé d’être concise et rapide dans mes réponses. Alors j’ai l’impression que je n’ai pas vraiment répondu à leurs questions. Bon… on en saura plus fin janvier, pour cette université.

PPS. Ma masseuse a dit que mon cou et ma nuque étaient des sacs de noeuds comme elle en avait rarement vu. Mes maux de tête sont donc bien le résultat de sterno-cléïdo-occipito-mastoïdiens en bien mauvais état, comme je m’en doutais. Elle m’a fait du bien mais c’est pas encore la joie. Je pense que le stresse de la fin du semestre et des entretiens d’embauche et de ma recherche, la neige qui rend chacun de mes pas péreilleux, le froid polaire, et les 12 heures par jour que je passe devant mon ordinateur n’aident pas. En attendant mon prochain rendez-vous, je me shoot aux anti-douleurs et j’essaye de ne pas garder ma tête dans la même position plus de quelques minutes de suite…

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Te voilà donc statufiée en compagnie de ton fidèle ami !
Tu nous avais bien caché ça ;-)

Bises

Michel

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Fantaisie

Il est un air pour qui je donnerais
Tout Rossini, tout Mozart et tout Weber,
Un air très-vieux, languissant et funèbre,
Qui pour moi seul a des charmes secrets.

Or, chaque fois que je viens à l’entendre,
De deux cents ans mon âme rajeunit :
C’est sous Louis treize; et je crois voir s’étendre
Un coteau vert, que le couchant jaunit,

Puis un château de brique à coins de pierre,
Aux vitraux teints de rougeâtres couleurs,
Ceint de grands parcs, avec une rivière
Baignant ses pieds, qui coule entre des fleurs ;

Puis une dame, à sa haute fenêtre,
Blonde aux yeux noirs, en ses habits anciens,
Que dans une autre existence peut-être,
J’ai déjà vue… et dont je me souviens !

*Gérard de Nerval: Fantaisie

Et parce que le 13 est un jour spécial pour moi, voilà un deuxième poème aimablement offert par Jean Michel:

Artemis

La Treizième revient… C’est encor la première;
Et c’est toujours la seule, – ou c’est le seul moment;
Car es-tu reine, ô toi! la première ou dernière?
Es-tu roi, toi le seul ou le dernier amant?…

Aimez qui vous aima du berceau dans la bière;
Celle que j’aimai seul m’aime encor tendrement:
C’est la mort – ou la morte… O délice! ô tourment!
La rose qu’elle tient, c’est la Rose trémière.

Sainte napolitaine aux mains pleines de feux,
Rose au coeur violet, fleur de sainte Gudule:
As-tu trouvé ta croix dans le désert des cieux?

Roses blanches, tombez! vous insultez nos dieux,
Tombez, fantômes blancs, de votre ciel qui brûle:
- La sainte de l’abîme est plus sainte à mes yeux!

Gérard de Nerval: Artemis, Les Chimères

PS. J’ai cassé mon essuie-glace droit et mon gratte-glace en plastique en essayant d’enlever la glace de mon pare-brise. Et je ne trouve de gratte-glace dans aucun magasin, ils ont tout vendu après la dernière grosse tempête de neige! C’est décidé: je déménage au Mexique! (Qui est la nouille qui a dit que je devrais aller vivre au Canada???)

PPS. Demain: entretien d’embauche… ze crise! On est au moins QUATRE, dans mon département (une franco-suissesse, une allemande de l’est, une chinoise sérieuse, et un américain du midwest), à vouloir le même poste et à avoir un entretien demain. Avis à la famille: ne me téléphonez SURTOUT PAS entre 19 et 22 heures, heures de Tolochenaz!!! C’est pas une blague!!

PPPS. Première internationale: miss lulu a fait une tarte aux oignons! Complètement au p’tit bonheur la chance (plein d’oignons, une pâte toute faite (eh oui, personne n’est parfait), deux oeufs, de la crème, des petits cubes de gruyère), mais délicieuse quand même! S’il faut des entretiens d’embauche pour que je commence à faire la cuisine, où va-t-on?! L’est pas belle ma tarte?

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Cliquez sur la porte pour l’ouvrir… heu… bon d’accord, y’a pas de porte, sont fous ces finlandais ;)

La ronde sous la cloche

Douze magiciens dansaient une ronde sous la grosse cloche
de Saint-Jean. Ils évoquèrent l’orage l’un après l’autre,
et du fond de mon lit je comptai avec épouvante douze
voix qui traversèrent processionnellement les ténèbres.

Aussitôt la lune courut se cacher derrière les nuées,
et une pluie mêlée d’éclairs et de tourbillons fouetta
ma fenêtre, tandis que les girouettes criaient comme des
grues en sentinelle sur qui crève l’averse dans les bois.

La chanterelle de mon luth, appendu à la cloison, éclata ;
mon chardonneret battit de l’aile dans sa cage ; quelque
esprit curieux tourna un feuillet du Roman-de-la-Rose qui
dormait sur mon pupitre.

Mais soudain gronda la foudre au haut de Saint-Jean. Les
enchanteurs s’évanouirent frappés à mort, et je vis de
loin leurs livres de magie brûler comme une torche dans
le noir clocher.

Cette effrayante lueur peignait des rouges flammes du
purgatoire et de l’enfer les murailles de la gothique
église, et prolongeait sur les maisons voisines l’ombre
de la statue gigantesque de Saint-Jean.

Les girouettes se rouillèrent ; la lune fondit les nuées
gris de perle ; la pluie ne tomba plus que goutte à goutte
des bords du toit, et la brise, ouvrant ma fenêtre mal
close, jeta sur mon oreiller les fleurs de mon jasmin
secoué par l’orage.

*Aloysius Bertrand: La ronde sous la cloche

PS. J’ai rencontré mes maintenant ex-élèves internationaux dans un petit restau thaïlandais ce soir, et c’était super sympa! On a parlé de bilinguisme, de voyages, de réunification de la Corée, de passages souterrains en Chine pour échapper aux Japonais, de tourisme dans le Kentucky, de la culture à Taiwan, de famille, de nourriture Malaisienne… et de tas d’autres trucs encore! J’adore les élèves internationaux, ils me manqueront!

PPS. C’est fou ce que je bosse mieux et plus quand je suis en vacances! Quand je dois bosser, je fiche rien… et quand je suis en vacances, c’est difficile de m’arracher à ma thèse! Bon, j’ai jamais dit que j’étais une fille logique, hein ;)

PPPS. J’ai enfin découvert à quoi peuvent servir les litières de chats, à part à… heu… servir de litière. C’est très pratique, quand il y a le petit toit dessus, à mettre juste devant les toilettes pour s’y asseoir (devant les toilettes, donc) et vomir tout ce qu’on peut (dans les toilettes, donc, pas devant si possible) sans trop se fatiguer à rester debout (devant les toilettes, donc, pas dedans). Merci mes chatounes!

La heu… porte est un cadeau d’un certain Petitpatapon lapon.

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Mon ami, le paysage

J’ai pour voisin et compagnon
Un vaste et puissant paysage
Qui change et luit comme un visage
Devant le seuil de ma maison.

Je vis chez moi de sa lumière
Et de son ciel dont les grands vents
Agenouillent ses bois mouvants
Avec leur ombre sur la terre.

Il est gardé par onze tours
Qui regardent du bout des plaines
De larges mains semer les graines
Sur l’aire immense des labours.

Un chêne y détient l’étendue
Sous sa rugueuse autorité,
Mais les cent doigts de la clarté
Jouent dans ses feuilles suspendues.

Un bruit s’entend : c’est un ruisseau
Qui abaisse de pente en pente
Le geste bleu de son eau lente
Jusqu’à la crique d’un hameau,

Tandis qu’au loin sur les éteules
Tassant le blé sous le soleil
Semble tenir dûment conseil
Le peuple d’or des grandes meules.

J’ai pour voisin et compagnon
Un vaste et puissant paysage
Qui change et luit comme un visage
Devant le seuil de ma maison.

Sous l’azur froid qui le diapre
L’hiver, il accueille mes pas
Pour aiguiser à ses frimas
Ma volonté rugueuse et âpre.

Lorsqu’en Mai brillent les taillis,
Tout mon être tremble et chatoie
De l’immense frisson de joie
Dont son feuillage a tressailli.

En Août quand les moissons proclament
Les triomphes de la clarté,
Je fais régner le bel été
Avec son calme dans mon âme.

Et si Novembre avide et noir
Arrache aux bois toute couronne,
C’est aux flammes d’un peu d’automne
Que je réchauffe mon espoir.

Ainsi le long des jours qui s’arment
D’ample lumière ou de grand vent
J’éprouve en mon cerveau vivant
L’ardeur diverse de leurs charmes.

J’ai pour voisin et compagnon
Un vaste et puissant paysage
Qui change et luit comme un visage
Devant le seuil de ma maison.

Même la nuit je le visite
Quand les astres semblent les yeux
De héros clairs et merveilleux
Que les splendeurs du ciel abritent.

A haute voix, à coeur ardent,
Je dis ton nom, brusque Persée ;
Et l’ombre immense et angoissée
Tressaille encore en l’entendant.

Je te nomme à ton tour, Hercule,
Et toi, Pollux, et toi, Castor,
Et toi, Vénus, dont le feu d’or
Préside au deuil des crépuscules.

Je mêle aux légendes des Dieux
Ta légende de sang jaspée,
Belle et pâle Cassiopée,
Qui luis sereine au Nord des cieux,

Si bien que grâce à votre gloire
Mon coeur se dresse et s’affermit
Et qu’il s’exalte et crie au bruit
Que font vos noms en ma mémoire.

J’ai pour voisin et compagnon
Un vaste et puissant paysage
Qui change et luit comme un visage
Devant le seuil de ma maison.

Je connais bien les humbles sentes
Qui vont d’un clos à d’autres clos
Ou descendent le long de l’eau
Vers les grottes retentissantes.

Quand l’air est sec et refroidi
Et que tout bruit semble plus proche,
Je reconnais au son des cloches
Quel angelus tinte à midi.

Je sais le dessin de chaque ombre
Dans le soleil, sur les hauts murs ;
Et j’ai compté les brugnons mûrs
Qui ploient la branche sous leur nombre.

Ces deux tilleuls qui montent là,
Je sens la main aujourd’hui morte
Qui les planta devant la porte
Pour que la foudre n’y tombât.

Chaque bête qui vague ou broute
M’est familière et le sait bien ;
D’après l’aboi que fait son chien
J’entends qui passe sur la route.

J’ai pour voisin et compagnon
Un vaste et puissant paysage
Qui change et luit comme un visage
Devant le seuil de ma maison.

Et je lui dis des choses tendres
Et profondes avec mon coeur
Les soirs quand la clarté se meurt
Et que seul il me peut entendre.

Je lui parle des jours passés
Quand, le corps lourd de déchéances,
Je vins chercher dans sa jouvence
Un air allègre et condensé,

Quand je sentis en moi renaître,
Jour après jour, l’ancien désir
D’aimer le monde et l’avenir
Et d’être fort et d’être maître ;

Quand j’étais si vraiment heureux
De mes marches de roche en roche
Que j’embrassais les arbres proches
Avec des pleurs au fond des yeux

Et que les thyms sous la rosée
Et que les trèfles dans le vent
Me semblaient moins frais et vivants
Que mes espoirs et mes pensées.

J’ai pour voisin et compagnon
Un vaste et puissant paysage
Qui change et luit comme un visage
Devant le seuil de ma maison.

Dites, vous ai-je aimés, retraites,
Coteaux feuillus, sources des bois,
Antres où résonnait ma voix
Avec sa force enfin refaite !

Plus rien de vous n’est étranger
Au coeur ému de ma mémoire,
On ne sait quoi de péremptoire
Entre nous tous s’est échangé.

Aussi quand ma vie accomplie,
Ployant sous le poing noir du sort,
Ira se perdre dans la mort,
Doux ciel ami, je te supplie

D’être présent à mes regards
Avec ta plus ample lumière,
Afin que soit belle la terre
A mon départ.

*Emile Verhaeren: Mon ami, le paysage

PS. Vive les vacances, plus de pénitences! Les cahiers au feu, et la maîtresse au milieu!!

PPS. Maux de tête environ partis… juste au coin de la rue… hésitent à partir pour de bon…

PPPS. Ai bossé 9 heures sur ma thèse aujourd’hui, suis très fière, ai presque fini mon troisième chapitre… heu… presque! Etant donné que je dois le rendre à ma directrice de thèse mercredi, ça vaut mieux! Après ça, y’aura plus qu’à écrire 200 pages de chapitre quatre et une soixantaine de pages de chapitre cinq et c’est FINI lézamis!!! Fastoche!

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La Terrasse Frontenac

Je n’ai vu ni Venise un soir à sa gondole,
Ni Naples, ni l’Etna : pourtant, je m’en console !
Car j’ai vu, rayonnant au soleil de midi,
Québec, perché là-haut comme un aigle hardi.
Je l’ai vu panaché de verglas et de brume,
Et je l’ai vu l’été sous son plus beau costume.
Mais je l’ai vu, surtout, le soir, quand le soleil
Teint tous ses horizons de pourpre et de vermeil.
Pour chanter à l’envi ses larges paysages,
Montons à la Terrasse, à dix pieds des nuages.
Sous ces kiosques chinois n’allons pas nous asseoir :
Pour mieux jouir encor de la fraîcheur du soir,
Pour n’avoir sur les yeux ni coupoles ni voiles
Qui nous cachent un coin de ce ciel plein d’étoiles,
A la grille de bronze accoudons-nous, rêveur ;
Et là, volent mes vers : ils vont partir du coeur !

Je t’aime, ô ma Terrasse, ô ma Terrasse unique :
Ta rivale n’est pas sur ce sol d’Amérique.
Je t’aime, – et l’étranger toujours t’appellera :
L’étincelant bijou de mon beau Canada !

[...]

*Apollinaire Gingras: La terrasse Frontenac

PS. La migraine ne s’en va pas… Trois jours de maux de tête et de nausées ça commence à bien faire! C’est les vacances, heureusement, et demain c’est grève générale des chevaliers de la thèse longue. Lundi je vais me faire faire un bon massage, j’espère que ça calmera ma nuque qui semble être la cause de mes maux de tête. Mardi j’ai un entretien d’embauche. Saints des thésards, des pauvres étudiants, et des chercheurs de travail, priez pour moi.

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Phyllis

Depuis neuf ans et plus dans l’amphore scellée
Mon vin des coteaux d’Albe a lentement mûri ;
Il faut ceindre d’acanthe et de myrte fleuri,
Phyllis, ta tresse déroulée.

L’anis brûle à l’autel, et d’un pied diligent
Tous viennent couronnés de verveine pieuse ;
Et mon humble maison étincelle joyeuse
Aux reflets des coupes d’argent.

Ô Phyllis, c’est le jour de Vénus, et je t’aime !
Entends-moi ! Téléphus brûle et soupire ailleurs ;
Il t’oublie, et je t’aime, et nos jours les meilleurs
Vont rentrer dans la nuit suprême.

C’est toi qui fleuriras en mes derniers beaux jours :
Je ne changerai plus, voici la saison mûre.
Chante ! les vers sont doux quand ta voix les murmure,
Ô belle fin de mes amours !

*Charles-Marie Leconte de Lisle: Phyllis

PS. 30 centimètre en un après-midi, et ça va continuer toute la nuit… 40 minutes pour rentrer chez moi au lieu des 10 minutes normales… et comme tous les hivers, aucun, absolument aucun déneigement de la route! Je n’ai jamais compris pourquoi ils ne déneige pas à Lafayette. Ils n’ont peut-être pas encore inventé le camion avec la grosse raclette devant qui pousse la neige sur le côté! Ou le sel.

PPS. Tout ça n’arrange pas ma migraine!

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Berger d’abeilles

Le doux titre et l’emploi charmant :
Être, en juin, un berger d’abeilles,
Lorsque les prés sont des corbeilles
Et les champs des mers de froment ;

Quand les faucheurs sur les enclumes
Martèlent la faux au son clair,
Et que les oisillons dans l’air
Font bouffer leurs premières plumes !

Berger d’abeilles, je le fus,
A huit ans, la-bas, chez mon père,
Lorsque son vieux rucher prospère
Chantait sous ses poiriers touffus.

Quel bonheur de manquer l’école
Que l’été transforme en prison,
De se rouler dans le gazon,
Ou de suivre l’essaim qui vole,

En lui disant sur un ton doux
Pour qu’il s’arrête aux branches basses :
 » Posez-vous, car vous êtes lasses ;
Belles abeilles, posez-vous !

 » Nous avons des ruches nouvelles
Faites d’un bois qui vous plaira ;
La sauge les parfumera :
Posez-vous, abeilles, mes belles !  »

Et les abeilles se posaient
En une énorme grappe grise
Que berçait mollement la brise
Dans les rameaux qui bruissaient.

 » Père ! criais-je, père ! arrive !
Un essaim !  » Et l’on préparait
La ruche neuve où sans regret
La tribu demeurait captive.

Puis, sur le soir, lorsque, à pas lents,
Du fond des pâtures lointaines
Les troupeaux revenaient bêlants
Vers l’étable et vers les fontaines,

Je retrouvais mon père au seuil
Comptant ses bêtes caressantes,
Et lui disais avec orgueil :
 » Toutes les miennes sont présentes !  »

Le doux titre et l’emploi charmant :
Être, en juin, un berger d’abeilles,
Lorsque les prés sont des corbeilles
Et les champs des mers de froment !

*François Fabié: Berger d’abeilles

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Figure de rêve

La très chère aux yeux clairs apparaît sous la lune,
Sous la lune éphémère et mère des beaux rêves.
La lumière bleuie par les brumes cendrait
D’une poussière aérienne
Son front fleuri d’étoiles, et sa légère chevelure
Flottait dans l’air derrière ses pas légers :
La chimère dormait au fond de ses prunelles.
Sur la chair nue et frêle de son cou
Les stellaires sourires d’un rosaire de perles
Étageaient les reflets de leurs pâles éclairs. Ses poignets
Avaient des bracelets tout pareils ; et sa tête,
La couronne incrustée des sept pierres mystiques
Dont les flammes transpercent le coeur comme des,glaives,
Sous la lune éphémère et mère des beaux rêves.

* Remy de Gourmont: Figure de rêve

PS. J’ai mal à la tête…

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Ce que disent les hirondelles

Déjà plus d’une feuille sèche
Parsème les gazons jaunis ;
Soir et matin, la brise est fraîche,
Hélas ! les beaux jours sont finis !

On voit s’ouvrir les fleurs que garde
Le jardin, pour dernier trésor :
Le dahlia met sa cocarde
Et le souci sa toque d’or.

La pluie au bassin fait des bulles ;
Les hirondelles sur le toit
Tiennent des conciliabules :
Voici l’hiver, voici le froid !

Elles s’assemblent par centaines,
Se concertant pour le départ.
L’une dit :  » Oh ! que dans Athènes
Il fait bon sur le vieux rempart !

 » Tous les ans j’y vais et je niche
Aux métopes du Parthénon.
Mon nid bouche dans la corniche
Le trou d’un boulet de canon.  »

L’autre :  » J’ai ma petite chambre
A Smyrne, au plafond d’un café.
Les Hadjis comptent leurs grains d’ambre
Sur le seuil d’un rayon chauffé.

 » J’entre et je sors, accoutumée
Aux blondes vapeurs des chibouchs,
Et parmi les flots de fumée,
Je rase turbans et tarbouchs.  »

Celle-ci :  » J’habite un triglyphe
Au fronton d’un temple, à Balbeck.
Je m’y suspends avec ma griffe
Sur mes petits au large bec.  »

Celle-là :  » Voici mon adresse :
Rhodes, palais des chevaliers ;
Chaque hiver, ma tente s’y dresse
Au chapiteau des noirs piliers.  »

La cinquième :  » Je ferai halte,
Car l’âge m’alourdit un peu,
Aux blanches terrasses de Malte,
Entre l’eau bleue et le ciel bleu.  »

La sixième :  » Qu’on est à l’aise
Au Caire, en haut des minarets !
J’empâte un ornement de glaise,
Et mes quartiers d’hiver sont prêts.  »

 » A la seconde cataracte,
Fait la dernière, j’ai mon nid ;
J’en ai noté la place exacte,
Dans le pschent d’un roi de granit.  »

Toutes :  » Demain combien de lieues
Auront filé sous notre essaim,
Plaines brunes, pics blancs, mers bleues
Brodant d’écume leur bassin !  »

Avec cris et battements d’ailes,
Sur la moulure aux bords étroits,
Ainsi jasent les hirondelles,
Voyant venir la rouille aux bois.

Je comprends tout ce qu’elles disent,
Car le poète est un oiseau ;
Mais, captif ses élans se brisent
Contre un invisible réseau !

Des ailes ! des ailes ! des ailes !
Comme dans le chant de Ruckert,
Pour voler, là-bas avec elles
Au soleil d’or, au printemps vert !

*Théophile Gautier: Ce que disent les hirondelles

PS. Calinette va beaucoup mieux: elle a recommencé à tapper sur Sosso, c’est bon signe! Mais on va quand même aller faire une dernière radio pour voir si le bidule en question est sortit parce que moi je l’ai pas vu…

PPS. Cet après-midi, j’ai eu un « examen d’entretien » et c’était pas mal, sauf que j’ai dit quelques grosses bêtises et que j’étais un peu toute rouge de temps en temps. Mais sinon j’ai eu des bonnes notes. J’ai un vrai entretien le 13 décembre… big panique!

PPPS. Après les 801 questionnaires que j’ai reçus de mes participants au début de l’année, en revoilà qui arrivent des mêmes participants… déjà environ 300 nouveaux à trier, compter, entrer dans mon petit programme de statistiques… et le plus difficile c’est de trouver les paires! Qu’est-ce qu’on s’amuse!

PPPPS. J’adore absolument ce poème!

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Croquis parisien

La lune plaquait ses teintes de zinc
Par angles obtus.
Des bouts de fumée en forme de cinq
Sortaient drus et noirs des hauts toits pointus.

Le ciel était gris. La bise pleurait
Ainsi qu’un basson.
Au loin, un matou frileux et discret
Miaulait d’étrange et grêle façon.

Moi, j’allais, rêvant du divin Platon
Et de Phidias,
Et de Salamine et de Marathon,
Sous l’oeil clignotant des bleus becs de gaz.

* Paul Verlaine: Croquis parisien

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C’est ainsi

Faire des vers, des vers gamins,
Et rire, et rire, et rire encore,
Et, comme un pierrot qui picore,
Cueillir leurs parfums aux jasmins ;

Forger des vers comme des armes,
Pointus, effilés, sans merci,
Ou, pour expier son souci,
Égrener des ave de larmes,

C’est bon supérieurement
Et tout le reste est journalisme ;
La strophe d’or est comme un prisme
Où s’irise le firmament.

Et crevât-on, phtisique et blême,
Avec des recors à la clé,
Le violon qu’on a raclé
Laisse des notes en nous-même.

La flûte, avec ses quatre trous,
Quatre regards de mélodie,
Quand elle est triste, psalmodie
Comme un martyr sous les verrous ;

Et rien n’y fait, ni les gendarmes,
Ni les huissiers, ni les tailleurs ;
L’air de flûte a toujours des larmes
En attendant des jours meilleurs !

*Max Waller: C’est ainsi.

PS. Calinette est à la maison, après une dure journée chez le vétérinaire… on n’est pas encore sorties d’affaire mais elle va bien, même si elle est très fâchée parce qu’elle ne peut pas manger… et donc moi pas dormir ;) Mais je suis heureuse qu’elle soit rentrée, moi aussi ma journée a été dure, sans elle et avec tous ces soucis et avec des statistiques qui me sortent par les trous de nez!

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Le jour

Levons-nous, le jour bleu colle son front aux vitres,
La note du coucou réveille le printemps,
Les rameaux folichons ont des gestes de pitres,
Les cloches de l’aurore agitent leurs battants.
La nuit laisse en fuyant sa pantoufle lunaire
Traîner dans l’air mouillé plein de sommeil encor
Et derrière les monts cachant sa face claire
Le soleil indécis darde trois flèches d’or.
Il monte. Notre ferme en est tout éblouie,
Les volets sont plus verts et le toit plus vermeil,
La crête des sapins dans la brume enfouie
S’avive de clarté. Voilà le plein soleil
Avec son blanc collier de franges barbelées,
Avec ses poudroiements de cristal dans les prés,
Avec ses flots nacrés, ses cascades brûlées,
Ses flûtes, ses oiseaux et ses chemins pourprés.
L’abeille tôt levée, attendant sa venue,
Essayait d’animer les boutons engourdis,
Dérangeait l’ordre neuf de la rose ingénue,
Pressait de toutes parts les lilas interdits.
Dès qu’elle vit au ciel fuser la bonne gerbe,
Son gorgerin blondit, son aile miroita,
Et, tandis que les fleurs se découpaient dans l’herbe,
Sur un lis qui s’ouvrait son ivresse pointa.
Quel massacre badin de vierges cachetées !
La nonnain-violette en conserve un frisson,
Les corbeilles d’argent aux blancheurs dépitées
S’inquiètent du vent rural et sans façon.
Sur l’églantine fraîche aux saveurs paysannes
Voici que les frelons éthiopiens vont choir,
Les bambous en rumeur entre-choquent leurs cannes,
Sur un brin d’amandier sifflote un merle noir.
Levons-nous. Notre chien lappe son écuelle,
Les chevaux affamés piaffent après le foin,
On entend barboter un refrain de vaisselle
Et des appels de coqs s’égosiller au loin.
Déjeunons sur le seuil de tartines miellées,
Dans nos verres en feu le soleil boit sa part,
Les arbres font danser leurs feuilles déroulées
Et teignent leurs bourgeons d’un petit point de fard.
C’est l’heure puérile où la margelle est rose,
Où la jeune campagne éclose au jour nouveau
Dans ses terrains bêchés brille comme une alose,
Où l’araignée étend son lumineux réseau.
C’est l’heure où les lapins se grisent de rosée,
Où l’enfant matinal aux gestes potelés,
Agitant le soleil de sa tête frisée ;
Rit tenant à deux mains un pesant bol de lait.
La montagne se vêt de légères buées
Et semble perdre un peu de son austérité,
Les cyprès accusant leurs grâces fuselées
Dressent des cierges verts sur l’autel de l’été.
Ô rajeunissement du réveil, ô lumière
Qui laves les noirceurs, les fanges, les chagrins,
Qui donnes des splendeurs au bourbier de l’ornière
Et mets une ombre d’or sur nos charniers humains.

*Cécile Sauvage: Le jour

PS. J’ai reçu aujourd’hui une carte postale de Russie, une de France, et quatre de Finlande, plus un gros paquet de chocolat de France! Merci à tous :)

PPS. Ma Calinette a vomi toute la journée, aujourd’hui, et n’a rien pu avaler! Demain dès l’aube on va chez le docteur, pov’ chérie! Je sais pas si on arrivera même à attendre demain matin… en tous les cas, on va pas beaucoup dormir cette nuit dans mon champ de maïs!

PPPS. Je suis une star aujourd’hui encore sur le blog Profil d’Olivier Gochet. My twenty-four minutes of fame ;)

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Premier amour

Nous nous étions connus tout petits à l’école.
Comme son père était de mon père voisin,
Nous partions tous les deux sac au dos le matin
Nos têtes s’encadraient d’une même auréole.

Dans la rose candeur du sourire enfantin,
Nous étions bons amis. Quand les flots du Pactole
Roulaient chez l’un de nous, par hasard, une obole,
Nous divisions toujours en deux parts le festin.

Souvent, aux lendemains de mes fainéantises,
Me laissant consulter en route son devoir,
Elle sut m’épargner l’horreur du cachot noir.

Moi, je grimpais pour elle à l’arbre des cerises,
Pour elle je pillais la vigne et le pommier,
Et je la défendais comme un bon chevalier.

Plus tard, à l’âge d’or où dans notre poitrine
Vibre l’enchantement des frissons amoureux,
A l’âge où l’on s’égare au fond des rêves bleus,
Sans songer à demain et ce qu’il nous destine,

Sous les érables du grand parc, à la sourdine,
Nous nous cachions, loin des oreilles et des yeux,
Et, son front virginal penché sur mes cheveux,
Ensemble nous lisions le divin Lamartine.

Oui ! nous avons vécu l’âge de nos seize ans
Où le coeur entend mieux ce que la lyre exprime,
Parmi les vers d’amour frappés au coin sublime.

Oui ! nous avons connu les baisers innocents,
Sur le lac de cristal que la nacelle effleure,
Devant le livre ouvert à la page où l’on pleure.

Comme ils coulaient heureux ces beaux jours d’autrefois !
Comme nous nous aimions avec nos âmes blanches !
Dans les sentiers discrets émaillés de pervenches
Qu’épargnaient en passant ses brodequins étroits,

Nous allions écouter l’harmonieuse voix
Des souffles attiédis qui chantaient dans les branches ;
Nous mêlions au murmure infini des grands bois
L’écho de nos serments et de nos gaîtés franches.

Fervents du clair de lune et des soirs étoilés,
Nous allions réveiller les nénufars des plages,
Inclinant sur les flots leurs corps immaculés.

Et nous aimions unir nos riantes images
Aux scintillants reflets des milliers d’astres d’or,
Dans l’immense miroir du Saint-Laurent qui dort.

*Charles Gill: Premier Amour

PS. Je suis une star, aujourd’hui et pendant trois jours, sur le blog Profil d’Olivier Gochet. My fifteen minutes of fame :)

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