Dans mon champs de maïs, c’est bien connu, les avocats font fortune sans vergogne et avec grand succès sur le dos du peuple et avec des raisons souvent difficiles à comprendre. Je ne sais pas vous, mais moi j’ai entendu trop d’histoires d’horreurs où les assurences ne payent pas, ou les parents poursuivent les profs en justice, ou les vieilles dames qui se brûlent avec le café du macdo reçoivent des millions, ou les enfants divorcent de leurs parents, ou les jeunes filles parlent de « sexual harrasment » à tout bout de champs, et j’en passe. Cela fait donc 9 ans que je vis dans la hantise de me faire poursuivre en justice par un élève malcontent, un voisin râleur, ou un automobiliste hargneux… et ma hantise n’est pas prête de s’apaiser!

Il y a environ cinq ans de ça, j’habitais en Utah et je conduisais une Mazda grise un peu pourrite sur le campus de mon université, quand soudain, à un feu qui passait au vert, une jeune fille sur son vélo décidait de passer sur le passage piétons avant que je n’y roule et s’envoyait voler par-dessus ma voiture après l’avoir percutée de plein fouet. Je vous passe les détails navrants de ma traumatisation à la vue de ce corps qui gisait devant mes roues et mon incapacité à parler un anglais compréhensible pour expliquer aux gentils policiers, entre deux larmes, que ce n’était pas de ma faute. Ce qui est intéressant dans mon histoire est que s’il existe bien une loi, en Utah, qui parle de piétons toujours prioritaires sur un passage piétons, il n’existe en revanche aucune loi qui parle de vélos sur un passage pour piétons. Les zétazunis étant ce qu’ils sont, cette situation ne pouvait signifier qu’une seule chose: procès, pour savoir qui devait payer les dégâts de ma voiture, le vélo fichu, et la note du docteur. Vous imaginerez bien l’état de votre miss lulu terrifiée, étrangère dans ce pays de fous, et étudiante fauchée comme les blés, quand le père de la jeune fille en vélo et en question lui téléphonait pour lui annoncer qu’il était lui-même assureur et que son beau-père était avocat, et que donc ça allait saigner!

Ces fort gentilles personnes ont heureusement dû se rendre compte assez rapidement que de me pousuivre en justice n’allait pas les aider à payer un nouveau vélo à leur progéniture et ont finalement décidé que de lui acheter une voiture et de me fiche la paix était une bien meilleure solution à notre petite mésentente. Mais je n’étais pas passée loin de la justice américaine et j’en ai encore des frissons quand j’y repense… et ce matin, j’y repense, croyez-moi!

Eh oui, si je vous raconte cette histoire aujourd’hui c’est parce que cela fait bientôt quatre heures que je suis au téléphone avec les garagistes et les assureurs! Peut-être que de vous raconter ma mésaventure d’hier soir me fera arrêter de trembler et me fera passer cette envie de vomir qui me tient depuis qu’une jeune fille indienne charmante a jeté sa voiture sous la mienne en grillant un feu rouge. J’entends encore distinctement les bruits de l’éclatement de son pneu, de l’arrachage de son aile, de la cassure de son radiateur, et de la brisure de mon pare choc en mille morceaux. Ma voiture est robuste et n’a pas beaucoup plus de dégâts que ça, heureusement, et à part une grosse peur un un rhume d’enfer choppé à discutailler avec la police pendant des heures sous la pluie, je m’en sors plutôt bien!

Mais dès 7 heures ce matin, et ça c’est moins chanceux, les assurences m’ont assénée de coups de téléphone et de questions dans tous les sens, et la vieille hantise d’avoir à côtoyer la justice américaine a refait surface. Est-ce que je donne les bonnes réponses? A qui dois-je parler en premier? Que ne faut-il surtout jamais dire à propos de ce qui s’est passé? Qui va payer quoi? Mon assurence va-t-elle augmenter? Comment vais-je faire sans voiture? L’autre conductrice va-t-elle dire la vérité à son assureur? Peut-on dire que c’est de ma faute? Quels sont les mots en anglais pour pare choc et bidule attaché sous le pare choc? Qui veut m’offrir une plaque d’immatriculation française (parisienne!) pour remplacer celle qui vient de se faire détruire? Ai-je encore de l’énergie pour faire face à tout ça? La partie plus rigolotte de l’histoire est que j’avais pris rendez-vous chez le garagiste pour ce matin-même à cause d’un pot d’échappement pétaradeur et un changement d’huile, et ce cher homme a vu son salaire de la journée doubler quand je lui ai apporté ma voiture.

Quand je suis enfin rentrée chez moi, hier soir après l’accident, quelqu’un m’avait piqué ma place de parking couverte, et un énorme pick-up truck s’était mis sur la seule place de parking handicapé de mon building! Comme il ne faut jamais énerver une miss lulu en détresse, j’ai mis un petit mot sur le truck qui disait « Hi, this parking space is for physically handicapped people, not mentally. You obviously can’t use your brain but please use your LEGS because I can’t use mine, and PARK SOMEWHERE ELSE! Next time I’ll blow up your tires! Bye. » Et puis comme sa fenêtre était ouverte j’ai allumé ses phares pour lui vider sa batterie. Ce matin, entre vingt-quatre coups de téléphone, j’ai aussi appelé la « towing company » pour qu’ils embarquent la voiture garée sur ma place de parking couverte. Non mais!

Et comment je vais aller au boulot cet après-midi, moi?!