Fri 20 Aug 2004
Dans la vie, j’ai plein de rêves du genre “je rêve d’aller en Australie” ou bien “je rêve de parler chinois” ou bien “je rêve de mesurer 1 mètre 70″… et tout ça c’est bien beau mais on dirait bien que ça restera des rêves parce que j’ai pas de sous, pas de temps pour apprendre le chinois, et pour les 1,70 mètres c’est râpé! Mais comme je suis pas trop bête (ça arrive, c’est plutôt rare mais ça arrive), je me suis donné comme but d’y croire et de tout faire pour les réaliser, ces rêves, parce que la vie c’est fait pour ça et que si on n’a pas de rêves, on ne va nulle part! Et puis très bizarrement, ça marche, même mieux que ce qu’on pourrait croire. Il faut se bouger le popotin pour y arriver, avoir un p’tit grain aussi, et avoir le courage de sauter sur des occasions sans trop refléchir, mais ça marche! Voilà l’histoire de deux rêves, et leur réalisation m’a prouvée que j’ai le droit, et le devoir, même, de continuer à rêver.
En 1997, voilà une partie de ma liste de rêves:
- aller en Grèce suivre les traces de Camus (je venais de lire ses Carnets)
- aller aux Pays Bas (dans le port d’Amsterdam, y’a des marins qui chantent les rêves qui les hantent…)
- prendre ma voiture et partir à l’aventure n’importe où.
- mesurer 1,70 mètres.
Donc cet été-là, comme je rentrais passer quelques semaines en Europe, il advint que je mangeais le premier soir de mon arrivée en France avec quelques très chers amis de Paris, quand soudain Annie, avocate et fort sympatique (ça existe!) nous raconta qu’elle allait partir 2 jours plus tard pour la Grèce parce que des amis à elle lui laissaient leur appartment mais que ça l’embêtait un peu d’y aller toute seule et est-ce que vous ne connaîtriez pas quelqu’un que ça intéresse d’aller passer 10 jours en Grèce. Moi, j’avais déjà mon billet de TGV pour aller en Suisse voir ze family, mais mon fort intérieur m’a chuchoté: lulu ma chère, c’est maintenant où jamais, et le lendemain, j’échangeais mon billet de TGV contre un billet d’avion pour Athènes! Très raccourci, le séjour en Suisse, complètement vide, le compte en banque, rouge comme une tomate après 2 jours en Grèce, la fille… mais HEU-REUSE! Le fait que je suis rentrée de Grèce avec une méningite n’est qu’accessoire et ne remet pas une seconde en compte le fait que j’ai passé 10 jours incroyables avec Annie, vu la Grèce de mes propres yeux, senti le soleil à travers les vagues, appris à baragouiner en grec, mangé des délices aux noms délicieux, visité tout ce que je pouvais visiter, et réalisé un de mes plus grands rêves!
L’hiver suivant, j’ai décidé de me mettre aux “chat rooms,” ces inventions du démon qui veut qu’on perde plein de temps à papoter avec des gens qui sont probablement des psychopathes dangereux à l’autre bout du monde alors qu’on a plein de devoirs à faire et la lessive aussi. Dans la première “room” que je trouvais, j’y rencontrais ce soir-là un certain “John” dont l’anglais laissait à désirer mais qui me paraissait sympa et avec qui je bavardais un bon moment. Le lendemain, oh surprise, je l’y trouvais à nouveau… et puis le jour d’après et celui d’après aussi… et comme il vivait (supposément) en Finlande et avait des cours d’informatique, il me parlait pendant ses cours et je lui parlais pendant mes nuits! TOUTES mes nuits! Et ainsi se passa mon hiver, à dormir 2-3 heures par nuit, à aller à mes cours comme une zombie, à papoter avec “John” pendant des heures et des heures et des heures, jusqu’à ce que nous devînmes de très chers amis. Cet été-là, alors que mes parents se réjouissaient de me voir enfin passer quelques semaines en Suisse, je pris ma voiture et montais visiter le Danemark, la Norvège, la Suède, et finalement la Finlande, pour y retrouver “John” et passer avec lui et ses amis et sa famille quelques semaines extraordinaires!
Oui je sais, c’était complètement irresponsable de ma part de lui faire ainsi confiance et d’aller me balader seule comme ça pour rencontrer un de ces psychopathes internetistes… mais qu’est-ce que j’ai aimé la brume sur les ports du nord de l’Allemagne, les toits des églises danoises, les petits villages colorés de Norgève, ces longues heures de conduite et de découvertes à travers la campagne scandinave, les châteaux enchanteurs, la neige au mois de juin, la captivante légende du Kalevala, les succulents repas de poissons suédois, l’architecture d’Alvar Aalto et son musée à Jyväskylä, la petite sirène, la vodka, les traversées aventureuses en ferry, la musique envoûtante de la saint Jean, les nouveaux amis que je me suis faits, les bateaux Vikings, les noms de villes aux sonorités mystérieuses, ma voiture qui perdait de l’huile et ma visite à tous les garages du coin (pour y apprendre que öl ça veut dire bière et non pas huile), les petits hôtels miteux, la pêche à la ligne sur les lacs si bleus de Finlande, la gentillesse des gens, les fruits inconnus auxquels j’ai osé goûter, ces nuits d’été étranges et sans nuit, les fou-rires que je me suis pris en essayant de parler finnois, les forêts infinies, et la beauté intime de la Laponie… où j’ai goûté au renne avec de la sauce aux airelles et de la purée de pommes-de-terre et même que c’était super bon!
Quand j’étais gosse, on avait un jeu qui s’appelait “voyage en Europe” et la ville la plus au nord de l’Europe était Rovaniemi, sur le cercle polaire, qui me paraissait être au bout du monde… A 10 ans, je rêvais d’y aller. Quelques 15 ans plus tard, j’ai réalisé deux rêves d’un coup: prendre ma voiture et partir à l’aventure, et visiter Rovaniemi, la ville du père Noël. Il ne faut jamais croire que les rêves ne sont que des rêves! (Oui je sais, les 1,70 mètres, c’est pas encore gagné!)
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